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 Article publié le 1er février 2015.

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TEMPS III

 Dans son automobile, une grande berline qui fonctionne à l’énergie électrique, la grande dame brune est en train d’effectuer le trajet du retour, les quelques kilomètres qui relient son pavillon et sa périphérie au vaste noyau urbain dont elle s’éloigne, progressivement. Peu à peu, les innombrables façades s’estompent, s’effacent, peu à peu apparaissent de larges voies qui mènent, entre autres directions, vers l’intérieur du pays et, d’abord, vers cette nébuleuse agglomérée autour du noyau, autant de villes, autant de cités quadrillées par des quartiers résidentiels, des zones à la fois urbaines et rurales. La conductrice est seule à bord de son automobile, seule avec le silence qui l’accompagne, au moins jusqu’à sa maison, sa demeure. A l’intérieur de cet espace, dans cet habitacle, elle peut entendre le bruit ténu des autres voitures qui la croisent parfois, le bruit étouffé des pneumatiques qui épousent l’asphalte à grande vitesse, le bruit de la gomme sur le goudron, un goudron sombre, presque noir, un goudron uni. Du côté droit, après la traverse de sécurité, de grands parcs se dessinent, de véritables poumons verts où les habitants des alentours ont l’habitude de se rendre afin de s’oxygéner, afin de faire une pause, une halte.

Maintenant la voie se rétrécit, maintenant la conductrice franchit un pont au bout duquel le paysage est radicalement différent, un paysage où la verticalité est absente, excepté celle qui caractérise quelques arbres, ceux notamment qui ornent une place vide, une place vierge derrière laquelle se trouve son pavillon. Là, elle gare sa voiture et entre dans un commerce pour y effectuer un ou deux achats. Elle en ressort rapidement, munie d’un journal semble-t-il et continue le chemin à pied, sur la voie étroite et ouverte qui y mène, habitée probablement par l’intention de repartir dans peu de temps. Pour l’instant elle marche, ayant parcouru les grands titres de certaines pages, tandis qu’à gauche, non loin de la place, est en train de se produire ce que l’on pourrait appeler un spectacle de grande envergure. Dans ·une aire dégagée, plusieurs tours résidentielles, d’une hauteur relative sinon modeste, s’effondrent dans une progression lente, inéluctable, la chute d’un étage entraînant l’anéantissement du suivant, et ainsi de suite, jusqu’à ce que les fondations, c’est-à-dire la base des poutres et piliers, s’écrasent, se réduisent à leur plus simple expression, des gravats de pierre et de béton désormais multiples et disséminés sur le sol, tandis qu’une épaisse poussière opaque vient de s’élever, prenant la place, provisoirement, de la verticalité rigide dressée depuis quelques décennies et qui devenait obsolète, désuète, une hauteur à jamais dissoute. Pendant la chute de ces tours, le bruit n’a cessé de s’amplifier, comme s’il s’agissait d’une succession de déflagrations, de bruits typiques de temps de guerre, un bruit comme exponentiel qui s’est répercuté dans le sol, ce dernier en ayant amorti l’impact. Pendant ces quelques secondes particulières, la grande dame brune a semblé indifférente à l’événement, à tout le moins n’a laissé transparaître la moindre attention, la moindre émotion, continuant sa marche d’un pas identique, sans même regarder une seule fois en direction des tours.

A l’intérieur de sa maison, elle se sert un jus de fruit bien frais, monte au premier étage et rejoint la terrasse qui se trouve sur un balcon, un balcon dont le panorama donne sur les anciennes tours, cet espace désormais libre, vide, où la réhabilitation, la transformation prendront pleinement leur sens.

Sans lien apparent, deux images prennent place dans son esprit, dans sa tête : d’abord une grand route bordée de convois, de camions incommensurables qui se succèdent les uns aux autres, à faible allure, si faible qu’ils ont l’air à l’arrêt, tandis que des femmes, à intervalles irréguliers, marchent au milieu de la chaussée et discutent avec les chauffeurs, des femmes toutes habillées de manière plus que suggestive, des femmes prêtes, donc, à se transformer en transaction ; ensuite, une jeune femme, une très jeune femme à cheval, traversée par une volonté hors du commun, une femme mystique en pleine action, celle de repousser des envahisseurs décidés. Cette jeune belligérante a les yeux clairs et le regard fixe, elle avance, elle donne des ordres ... elle est inflexible.

Sur la table du salon, le journal est ouvert en deux parties. Dans les pages centrales, un fait majeur marque l’actualité, jusqu’à peut-être la dominer, un fait qui concerne très certainement la résidente à l’étage au- dessus, une femme qui s’apprête à redescendre, l’esprit libre.

 

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