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 Article publié le 5 avril 2015.

oOo

En route (dans la nuit) je me mis à rire et je traçais dans le sable (je passai par la plage) les deux lignes obsédantes :

 

PATERSON / GILETTE

 

ELSIE / NINA

 

Il fallait me rendre à l’évidence de :

 

LUCIENNE / MOI

 

Est-ce qu’on pose la question : « Qui est moi ? »

 

Des crabes fuyaient. J’eus la tentation d’un bain. Nuit. Nudité. Seul dans la mer. Enfin.

 

Un cargo scintillait comme une constellation, immobile.

 

l’enfant fend l’eau

l’eau le lavant

vent à l’eau va

 

les chansons de l’enfance

n’ont pas de sens

mais elles savent

 

le sable mouille encore

les vieux rêves de hasard

et l’eau se retire comme un refrain

 

eau des rivières se jetant

écume des mers plus loquaces

distillation des idées de mort

 

là où croît la patience

le désert connaît le vent

et ce qu’il change des chemins

 

nous connaissons avant d’aimer

erreur de vision après la nuit

car c’est la nuit que nous traversons

avant de donner le jour au jour

 

Et ainsi errant et pourtant sachant où me conduisaient mes pas.

 

couteau couteau que je ne connais pas

file du sang au fil de l’eau

qui ne sait pas où il va en a parlé

qui veut témoigner de ce détail insignifiant

 

pas de mes pas ne sachant pas

croissance de l’infime

la douleur est un couteau

et le sang une chance

 

nous les raisons de tuer avec le couteau

rassemblons nos mains au travail

le mur de l’incompréhension

s’élève déjà de la hauteur du cri

 

couteau couteau il n’y a pas de couteau

sans que l’os n’en soit l’idée

si j’ai bien compris l’Histoire

qui est l’histoire des histoires

 

La lumière qui avait totalement disparu est revenue avec la promenade qui finit son trottoir dans le sable, marche après marche descendant jusqu’à moi. Le regard supporte cette ligne de fuite à peine courbe qu’empruntent les voyageurs n’allant pas plus loin. Les autres n’existent déjà plus. J’entrai dans un bar. Pas de traces de Paterson, ni de Gilette. J’étreignais ce maudit couteau. Dans la rue de Nina, j’ai hésité. Le sdf dormait sous une voiture. Sa bouteille trônait sur le bord du trottoir, vide. Vous n’allez pas me croire, mais j’ai escaladé un mur aussi facilement que vous gravissez un escalier. Envie de toit. Riez ! Riez ! Riez si le cœur y est ! Mais je montais aussi haut que je pus. Si j’ai rencontré le chat ? Il m’a peut-être rencontré. Il le dit, mais je ne me souviens pas de lui. A-t-on le droit d’oublier ce qui n’a plus d’importance ? Faut-il satisfaire votre curiosité ou revenir pour que tout cela ait un sens ? Donc, un chat si vous voulez, mais sans moi.

 

on perd vite l’habitude des fenêtres

quand on les voit de l’extérieur

et que le rideau est à l’abri

de ce qu’on a envie d’en faire

 

douce romance des nuits mortes d’ennui

le carreau étincelant de cet extérieur

qui ne rentre pas dans la danse

 

les glissades au fil de la nuit sont connues

pour laisser des traces dans la mémoire

et empoisonner la conversation nécessaire

avec ce qui n’a plus aucune espèce d’importance

 

dehors la nuit ne ressemble pas au jour

alors que de l’intérieur j’en ai l’habitude

comment ne pas voir plus loin

quand on s’approche d’aussi près

 

et je ne parle pas du bruit qu’occasionne la prudence

bruit du pan de chemise qui se déchire

ou du chapeau qui retombe sur ses pattes

sans aucune prévention pour la douleur

 

il faut sauter dans ce noir de fumée sans fond

pour revivre ce qui n’avait duré qu’une seconde

dans les circonstances d’une autre tentative

de mettre fin au partage de la femme trouvée

 

retrouvée — comme vous voulez la rencontrer

par l’intermédiaire de cette trace stridente comme

comme l’avertissement d’une mouette au hasard

d’un cadavre — retrouvée jusqu’à la fin de tout

 

Comment savez-vous que le chat était là ? M’attendait-il ? M’avait-on annoncé ? Une fenêtre s’ouvrit et le visage blanc de Nina coupa la nuit à l’endroit de mon attente. Elle semblait respirer profondément pour chasser une impression. Si j’entrais par cette fenêtre, elle ne me reconnaîtrait plus. Je crois que c’est à ce moment que le chat est apparu. Mais nous ne parlons peut-être déjà plus du même chat. Nina referma la fenêtre en prononçant des paroles que je ne compris pas. Où va-t-on quand on sait jusqu’où on est capable d’aller ? Surtout si la nuit est aussi noire que celle dont je vous parle. Folie ! Folie que tout ceci ! N’écoutez plus ! Refermez la fenêtre vous aussi ! Que je sois damné si ce chat est un chat !

 

LES VOISINS DE CETTE HONORABLE DAME N’ONT RIEN VU MAIS ILS ONT ENTENDU CLAIREMENT LE BRUIT QUE FAISAIT CET HOMME SOUS LA VOITURE. DANS SON SOMMEIL, IL IMITAIT LE SON QUE PRODUISENT CES FILMS OÙ ÇA TIRE DANS TOUS LES SENS SANS QU’ON SACHE TRÈS BIEN QUI EST QUI ET DE QUEL CÔTÉ DOIT PENCHER NOTRE CŒUR. ON A CRU À UN POSTE DE TÉLÉ LAISSÉ ALLUMÉ MAIS LE SEUL POSTE QUI JOUAIT ENCORE AVAIT LE SON COUPÉ. CE N’ÉTAIT ÉVIDEMMENT PAS DE CE CÔTÉ QU’IL FALLAIT CHERCHER POUR SATISFAIRE UNE CURIOSITÉ BIEN LÉGITIME À CETTE HEURE DE LA NUIT. Votre correspondant etc.

 

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