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 Article publié le 12 avril 2015.

oOo

Nous commençons la semaine par l’achat du chapeau d’Elsie car celui qu’elle portait en arrivant s’est envolé. Nous suivons (Paterson et moi) ces deux femmes qui nous appartiennent. Nous saluons d’autres femmes assises aux terrasses. Cela ferait un beau plan-séquence dans votre film. Oui, oui, celui que vous passez sur votre mur-solitude chaque soir avant de vous endormir. Des jambes en veux-tu en voilà. Et ces bouches qui bavardent ou au contraire ne disent rien, comme en attente. Des garçons étaient plantés de loin en loin, devant leur reflet.

 

« Il faudra quand même que tu m’en dises un peu plus, dit Paterson sans cesser de mesurer la distance qui le sépare des deux femmes. Sinon je perds un temps précieux. Je vais finir par t’en vouloir, mec. Réfléchis. » Et il ajoute à son coup de coude dans les côtes : « On n’a pas toute la semaine ! »

 

« Un ruban suffira à les distinguer, » dit Elsie.

 

Des bacs remplis de fleurs semblent nous croiser. « Arrête de penser à papa-maman, dit Paterson. Je veux pas tout savoir. Juste ce qui te met à l’abri. Je tiens à toi, mec. » Il tient surtout à Elsie.

 

comme le monde est monde

et comme la terre est terre

les femmes sont des femmes

et les hommes des hommes

il n’y a que l’enfant pour changer

mais il en a tellement peur

 

n’écrase pas cet insecte qui ne t’a rien fait

n’arrache aucune des feuilles de cet arbuste

ne reviens pas avec l’eau de la rivière

et laisse les oiseaux morts

où tu les as trouvés

 

comme la ronde est ronde

et comme les fées sont fées

on dirait que j’arrive pour te le dire

mais ta voix me conseille le silence

et je retourne à mes occupations

 

pas là ça glisse et ici c’est sale

et c’est profond comme jamais

tu ne pourras te l’imaginer

laisse cet animal qui appartient

à quelqu’un de si différent de nous

 

comme il pleuvait les soirs d’été

et comme j’aimais qu’il plût à l’heure

ô fidèle fin de journée

mon seul labeur d’enfant

ayant consisté à comprendre

au lieu de reconnaître

 

encore un petit effort et tu y es

dans la descente laisse-toi aller

non le vent n’a pas d’importance

nous te retrouverons toujours

 

Le même chapeau. Trois chapeaux pour un seul homme. Mais cette fois il y a deux rubans pour les distinguer. Elsie a choisi l’or, ce que Gilette ne comprend pas car le sien est bleu comme le ciel.

 

« Il suffit de retrouver Frank, dit Paterson, et le tour est joué. Avec deux meurtres sur la conscience, il n’apitoiera personne. Or, il faut inspirer la pitié si on veut s’en sortir quand on s’est foutu dans une pareille merde. Nina ne sait rien. »

 

LE CHOCOLAT ADOUCIT LES MŒURS. TOUT LE MONDE LE SAIT. MAIS SAVEZ-VOUS QUE LE CHOCOLAT CHAUD LES REND AGRÉABLES AU PALAIS ? ET À TOUT AUTRE ENDROIT DE VOTRE CORPS SI VOUS AVEZ DE L’IMAGINATION.

 

comment ne pas penser à vous

chaque fois que quelqu’un s’en va

 

vous êtes la mort des autres

parce que vous avez trop existé

 

LA MORT PAR NOYADE EST-ELLE UN AGRÉABLE MOMENT À PASSER EN COMPAGNIE DE SOI TOUT SEUL ? C’EST LA QUESTION QUE NOS SPÉCIALISTES POSERONT AUX GRANDS RESCAPÉS DU SUICIDE QUI SONT LES SEULS TRANSPARENTS QU’ON PEUT VOIR ET TOUCHER SANS RISQUE.

 

Elsie virevolta sur un pied, tenant le chapeau d’une main et de l’autre s’appuyant sur l’épaule gracile de Gilette qui vacilla. Les lunettes de soleil confisquaient un regard inquisiteur, mais les dents, éclatantes et provocantes, soutenaient le mien. Elle savait bien que mon esprit était ailleurs et peut-être même en savait-elle plus long que moi sur ce sujet. Paterson mesurait la distinction, la langue en pointe sur sa lèvre supérieure. Le soleil y agitait une petite étoile filante, dorée et bleue.

 

penser à vous nous fragilise

nous n’avons pas acquis cette force

celle qui vous rend inépuisables

comme les sources de l’horizon

 

pourtant nous y pensons ô morts

et pas seulement avec les oiseaux

qui reviennent de la pêche

avec les bateaux sillonnant

 

une jetée bouillonnante vous rejoint

que nous arpentons en attendant

d’en mesurer les conséquences

 

arracher un coquillage à cette roche

nous expose au sourire de la mer

et nous en mourons quelquefois

 

.

. .

 

Maintenant les rubans de deux chapeaux nous font des signes.

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