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 Article publié le 3 mai 2015.

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Le mystère des choses est la source de toute cruauté à l’égard des hommes. 

Emmanuel Levinas, Heidegger, Gagarine et nous

 

Ainsi partout où j’irais, nulle part ne serais.

La dissolution de l’être dans les techniques, l’appel de la terre occulté, méprisé, et les « vieilles » superstitions abandonnées en lieu et place d’un être au monde qui ignore le monde pour n’en faire qu’un champ d’expériences, un vaste chantier ou, au besoin, une ruine.

Voilà où nous en sommes.

Nature ruinée par l’homme, et dangereuse que les techniques tiennent à distance et dont elles filtrent, canalisent et exploitent les ressources pour le besoin du plus grand nombre.

Techniques supranationales censées rapprocher, unifier même les hommes sur cette terre.

Dans ces conditions, un gouvernement mondial fondé sur les grand partage équitable des ressources naturelles apparaît comme la seule solution pour battre en brèche les nations orgueilleuses, figées dans leur glorieux passé et veillant jalousement sur leurs intérêts.

Pure illusion que cette gouvernance.

Une justice internationale sembla s’imposer avec la création du tribunal de Nuremberg dont on put à bon droit saluer les verdicts. Il sembla que durant ce procès l’humanité entière parlât d’une seule voix pour dénoncer des crimes qui dépassaient l’entendement.

C’était une illusion consolatrice, en dépit du fait que des condamnations furent prononcées en toute justice, si par justice l’on entend la prise en compte de souffrances sans nom subies par les nations occupées par l’Allemagne nazie au sein desquelles les minorités juives et tziganes furent les victimes les plus exposées à la folie meurtrière de cet état criminel que fut le Troisième Reich.

Mais comment considérer les crimes du passé antérieurs au nazisme ? Et aux fins de quelles impossibles réparations ?

Aucune volonté politique n’est désireuse d’embrasser toute l’histoire de l’humanité.

Toute volonté politique est circonstancielle, aimantée par les préoccupations du moment, certes capable de faire date dans l’histoire des hommes.

Le procès de Nuremberg était de pure circonstance.

Les techniques, elles, sont de toutes les circonstances. Elles sont, font et fondent notre monde. Il n’y a lieu ni de s’en réjouir ni de s’en plaindre.

C’est un destin.

« L’homme dans la nudité de son visage » ( Emmanuel Levinas ), découverte fondamentale du judaïsme, n’a fondé à ce jour aucune politique, et il suffit de songer à la politique actuelle de la droite israélienne pour mesurer l’écart qui sépare l’humanisme juif de la réalité concrète qui voit des milliers de réfugiés africains menacés d’expulsion et presque sûrement voués à l’errance mortelle par un gouvernement qui se dit soucieux des seuls intérêts du peuple d’Israël.

Certains Juifs s’émeuvent, protestent et agissent en faveur de ces immigrés, et l’on ne peut que s’en réjouir.

La route est longue, si l’on considère que même Israël, pays de réfugiés, refuse à d’autres réfugiés menacés dans leur vie le refuge du gîte et du couvert, de l’emploi et d’une vie sociale digne de ce nom, et ce au nom d’une judéité soi-disant menacée par des non-Juifs.

Ironie de l’histoire : l’universalisme juif souligné à bon droit par Levinas s’arrête là où commence l’appartenance à une nation religieuse, repliée sur elle-même, vivant depuis sa fondation dans une situation obsidionale.

L’entre-soi a de beaux jours devant lui, si même Israël le pratique, en déniant à des étrangers le droit de mener en son sein une existence paisible, alors que ce même Israël révéla au monde, par la voix de ses prophètes, « l’homme dans la nudité de son visage ».

Ainsi donc, ni les techniques ni la politique n’unifient l’humanité toujours aussi divisée en états-nations, peuples ou peuplades d’obédiences religieuses différentes.

L’enracinement heideggérien semble alors une solution toute trouvée, séparant nettement l’autochtone de l’étranger : à chacun sa terre, à chacun son soleil et malheur aux exilés !

Que l’homme tire du monde substance et subsistance ou bien que le monde ré-enchanté innerve nos pensées et fonde le langage humain sur une base anté-humaine, toujours il reste que l’homme face à l’autre homme est évacué au profit des techniques et des calculs économiques ou bien de l’Etre dans le langage, Etre et technique figurant les deux pièces d’une même monnaie toute humaine qui détourne l’homme de l’homme.

Ne serait-il pas possible de concilier « la nudité du visage humain » - la prise en compte de l’altérité de l’autre, et présente dans toute personne familière ou étrangère - avec le partage des techniques « douces », respectueuses de l’environnement, soucieuses du bien-être des hommes, partage assuré par tous pour le bien de tous, ce qui définirait assez bien une politique écologique de première force seule à même de rendre au monde sa place au sein de la triade monde-homme-technique ?

Pourquoi faudrait-il fatalement n’adhérer qu’à l’un de ces trois termes à l’exclusion des autres, comme l’ont fait jusqu’à présent tous ceux qui nous ont précédés sur terre ?

Trop d’intérêts nationaux et privés jouent contre l’élaboration d’une telle politique qui mettrait l’homme au centre de son monde, lui permettant d’être au monde tout en s’y activant, mais ce n’est pas une raison pour renoncer à cette lucidité nouvelle qui nous enjoint de concilier trois termes jusque-là restés concurrents voire antagonistes, alors qu’ils sont complémentaires, et, dans leur complémentarité, seuls à même de faire monde pour nous qui parlons, œuvrons et créons au sein d’un monde humain et sur une terre dont nous sommes tous issus, à défaut d’en être les dignes héritiers.

 

Jean-Michel Guyot

10 avril 2015

 

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