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 Article publié le 10 mai 2015.

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Jo Pimlico était un de ces braves types qui finissent mal sur un coup de colère. Il s’était toujours comporté comme on doit, serviable et tout et tout. Il avait même épousé une fille du quartier, pauvre connasse qui savait rien faire de ses dix doigts mais elle avait d’autres avantages à mettre en pratique pour nourrir la famille. Je dis famille parce que Jo et elle avait fait un gosse. Il était pas beau ni intelligent. Et pourtant il allait à l’école laïque.

Bref, un jour Jo revient de chez les flics avec un papier qui disait que la justice le condamnait à payer il savait pas trop combien parce qu’il fallait additionner les frais de ceci, les charges de cela, le dû au ministère qui doit payer ses larbins et même une amende pour des bricoles que si ç’avait été lui il aurait laissé pisser. Mais c’était pas lui.

C’était ce salaud de Salvain, Hugues qu’il se prénommait et on l’appelait Hugo en souvenir d’Océano Nox, un pote à nous qui savait écrire de la poésie et tout. C’était un salaud parce qu’il était devenu flic, sinon il était pas méchant. Il était même con. Et on en profitait. Feux rouges, machins sur la voie publique et à l’étalage. Toujours dehors les mecs, quoi !

On sortait tout le temps. Dedans, c’est pour les gonzesses qu’on a épousées. On a pas tort d’épouser avant d’avoir des emmerdes. Et surtout de faire des gosses, que ça inspire la compassion, les gosses. Mais Hugo avait pas de gosses pour le faire chier ni de gonzesse pour l’épouser. Et à force de rien faire à l’intérieur, que c’était chez lui tout seul, il sortait tout le temps pour voir s’il n’y avait pas quelque chose à faire pour s’améliorer.

Mais nous, ses potes, on était pas dans l’amélioration. Au contraire ! Ça empirait. Que des emmerdes avec les flics quand c’était pas Hugo qui relevait l’infraction, voire le délit parce que des fois on poussait le bouchon bien au fond de la bouteille. Et Hugo il avait pas mal de potes dans la police. Alors on morflait moins. Mais on morflait, quoi ! Et on avait pas envie de morfler. Il s’est énervé.

« Vous exagérez, » dit-il un jour alors qu’on avait plutôt l’impression que c’était la république qui profitait de nos sous, de notre temps et de notre patience. Il comprenait pas. Il avait étudié l’addition à deux chiffres pour pouvoir être flic. Un chiffre sous l’autre, que ça donnait par égalité avec je sais pas trop quoi un résultat à un autre chiffre à prendre en considération. Et comme tous les flics, s’il fallait soustraire, il additionnait. C’est facile à faire comme ça à première vue, mais il était le seul d’entre nous à avoir réussi à convaincre la république qu’il pouvait faire ce con de boulot aussi bien que les autres moins cons que nous.

Bref, Hugo finit par s’énerver. Et c’est Jo Pimlico qui était la cause. Ce con avait traité un flic. De quoi, on savait pas exactement. Il l’avait traité et l’autre, ça lui avait pas plus. C’était un mec dans le genre de Hugo, un branleur quoi. Jo avait commis l’erreur, et non pas la faute, de cartonner jusqu’au sang un vendeur qui avait pas pitié des pauvres. Ça arrive que des fois on réclame justice et qu’elle est pas là pour changer la merde en salaire de fonctionnaire. Le vendeur, qui s’appelait Marrant (je rigole pas) avait juste perdu deux dents alors que Jo risquait de foutre en l’air six mois de sa vie dans une prison républicaine à une époque socialiste. Et au lieu que ça soit Hugo qui s’amène pour faire pencher la balance du côté de Jo, c’est son pote le branleur solitaire qui arrive. Et en gueulant qu’on fait chier le commerce et qu’il va régler ça définitivement. Jo s’énerve.

« T’es d’où, toi ? » qu’il demande au flic.

Le flic note en suivant la question sur un bout de papier en disant que ça va lui coûter cher, à Jo.

« Je te demande pas combien ça va me coûter, gueule Jo, mais d’où tu viens !

— Ça vous regarde pas ! Le Parquet jugera. Je signale. »

Là-dessus, Jo se tourne vers nous en disant que ce flic doit parler français, parce qu’on comprend rien à ce qu’il veut. On est tous d’accord sur ce point. Et prêts à témoigner si on nous fait chier.

« Tu réponds ou je passe à l’action ! » fait Jo en levant le poing.

Le flic recule et perd son stylo. Comment Jo a réussi à le lui foutre dans le cul, je sais pas. Et je pense qu’aucun des témoins a eu le temps de le savoir. En plus du trou dans le fond de son pantalon, le personnel des urgences a constaté que le stylo que le flic se plaignait d’avoir dans le cul était le sien. C’était écrit : ceci est la propriété de l’État.

Nous, on dit pas le contraire.

Alors Hugo s’est mis à siffler avec les doigts en plein milieu du trottoir. On est sorti pour rappliquer aussitôt. Tu parles ! Et ben vous allez pas en revenir, mes juges ! Vous allez pas deviner d’où il était le pote à Hugo avec son stylo dans le cul… Il était de la cambrouse ! Et il voulait pas y retourner. Surtout avec un truc dans le cul, qu’on peut écrire avec !

 

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