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De terres et de feu
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 Article publié le 24 mai 2015.

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Ah le feu n’est jamais neutre, il signale un foyer, une grillade entre amis, un incendie, une volonté de nuire ou bien une forêt en flammes, un essartage, que sais-je encore ?

Le feu n’est jamais pur, ne purifie rien ni personne.

La pureté des eaux, à la rigueur… Mais dans l’ordre humain, toute volonté de pureté ethnique ou raciale n’est que sauvagerie éhontée.

Le feu du ciel, l’orage vibrant qui parfois enflamme la grange, détruit toute une ferme, n’inspire plus le respect mais la crainte.

Le feu du ciel glace les uns, galvanise les autres. J’étais de ces autres dans l’enfance.

Le feu des terres, ces volcans endormis ou vomissant leur lave rougeoyante qui attirent vulcanologues et touristes, fascinent encore et toujours petits et grands.

Quand le géant débonnaire se réveille, quand la terre tremble, tout alors devient incertain, obscur, mais jamais vain.

La terre achève de vomir Empédocle.

Ses sandales pour preuve de sa marche hallucinée ? Quelques écrits pour en tenir lieu en leur absence. Empédocle réduit à n’être plus qu’une légende.

Tous feux éteints, une voiture achève sa course sur le chemin forestier. Quelque mauvais coup se prépare dans la boue des sous-bois détrempés. Les oiseaux cessent de chanter.

Feux de joie fêtent le printemps renouvelé, chassent détresse et tristesse des hommes de mon pays qui ont vu le soleil s’absenter pour de bon.

Et si aujourd’hui partant en fumée, il me fallait ne plus compter que sur des temps immémoriaux persistants pour retracer l’histoire des hommes anéantis ?

Ce qui implique témoignage et présence des autres dans la flamme d’un regard.

Suivez mon regard. Aujourd’hui se trouve ainsi restauré.

A qui va au loin, le proche n’offre plus d’appui. De lointain en lointain, le monde perdu.

Dans la caverne bleuie, une flamme a marqué les esprits, laissé traces et dessins sur les parois inégales.

Nous remontons le temps à la lueur des lampes-torches.

La lueur d’une bougie donne de l’entrain à la rêverie la plus douce.

*

Le fond de l’air est si frais ce soir.

L’été joue à cache-cache avec les nuages lourds qui nous viennent de l’ouest tonnant.

Il faut se souvenir tant qu’on peut, maintenir vive la présence à soi dans l’amour de quelques-uns qui nous surprendront toujours.

C’est en somme ce que nous suggère Hermann Hesse :

Die Lieder sindvollWehmut, aber die WehmutistnureineSommerwolke, dahintersteht Sonne undVertrauen.

Le fond de l’air gonfle les voiles, attise le feu dans le foyer, ramène la barque enchantée de Lohengrin vers des rives tendrement aimées.

Jusqu’aux clapotis des vaguelettes sur la rive du lac de montagne sont touchées par une grâce qui ne doit rien aux terres enchanteresses, tout à l’air qui danse.

Mais l’air, dans l’innocence de son bonheur, effleure les terres ou les dévaste.

Une harpe éolienne laissée là dans le secret du jardin ensauvagé me ramène en Grèce où là-bas tout n’est que ruines antiques et misère moderne mêlées, mais rien n’est perdu, tant que des personnes de bonne volonté acceptent de se parler et que des musiques font signe vers un avenir indécidable.

Vigueur et élan, malgré le peu de cas que l’on fait des faits de culture qui rivalisent dans l’espace inquiet. 

*

Enfant, j’ignorais physiquement le sens du mot fleuve. 

Les fleuves emportent et charrient, découpent des territoires, dessinent des paysages, engendrent villes et prospérité.

Ecolier, je sentais confusément qu’une hiérarchie était à l’œuvre : les fleuves, à l’instar des capitales régionales, se taillaient la part du lion.

Paris et les quais de Seine… Pour un peu, je n’aurais pas été étonné que toutes les rivières fussent des affluents de la Seine.

Ici, en Franche-Comté, comme en d’autres lieux, aucun fleuve majestueux ne force l’admiration.

Je vis dans un pays de rivières.

Elles suivent leur cours, nonchalant ou pressé.

Toutes finissent dans plus grand qu’elles.

Les rivières de mon pays finissent toutes dans le Rhône lointain qui ne rayonne pas par ici.

A vrai dire, le partage des eaux importe peu.

Le Doubs parti de Mouthe semble se diriger vers le Nord, avant de plonger finalement vers le Sud pour se jeter dans la Saône absorbée par le Rhône.

On ne ressent nullement le partage des eaux à marcher le long des berges humides de l’Ognon ou de la Conche, du Lison ou de la Bienne, et tout savoir est inutile à qui se contente, au-delà des coutumes et des contraintes, d’en suivre le cours inexorable, un brin amusé.

La Saône, si lente, aux eaux si étales qu’on ne peut décider en toute certitude dans quelle direction elle coule, est telle qu’en elle-même, telle que la décrivait un certain Jules César dans La guerre des Gaules.

*

Terres de feu battues des vents, proches-lointaines.

Islande, mon amie, premier refuge de tant d’exilés et base de tant de voyages aux confins du merveilleux.

L’Italie sourit dans l’eau d’une fontaine de mon pays.

Où que j’aille, le pays s’étend.

Forêts de mon enfance trop sage, je pense à vous.

C’était folie que de vouloir vous quitter pour un ailleurs calamiteux.

Rivières et bois font mon quotidien imaginaire et bien réel. Nulle part mieux qu’ici, je sens combien la réalité sensible seule importe dans une vie bien remplie.

Je ne parle pas aux arbres, loin s’en faut. Samja, elle, y lit patiemment les runes. Elle les traduit pour moi dans sa langue de source.

Un profond amour des langues nous anime. Elle est fille de la forêt.

J’aime, comme elle, caresser la rude écorce des chênes et des hêtres.

Le tremble dans le jardin nous regarde vivre dans l’espace inquiet qui fait signe vers ici et là-bas, partout où vivent et parlent des êtres de chair et de sang qui aiment le pays.

 

Jean-Michel Guyot

26 avril 2015

 

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