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XXIV - Des guerres que même en étudiant j'ai pas compris si elles étaient justes ou en dépit du bon sens
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 Article publié le 31 mai 2015.

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Pédar et moi on s’est connu sous les drapeaux. On passait par là. Je crois qu’y avait le préfet. Des médailles en veux-tu en voilà et des mecs pas rapiécés qui avaient survécu à des guerres que même en étudiant j’ai pas compris si elles étaient justes ou en dépit du bon sens. Même la statue portait un drapeau au bout de son fusil. Et la guirlande bleu blanc rouge voulait pas s’allumer. Alors Pédar et moi on s’est marré, mais sans savoir qu’on était sous les drapeaux. Ils flottaient dans le ciel gris de novembre. 

« On leur apprend plus rien à l’école ! » avait grogné un moustachu qui me rappelait que quand j’étais gosse j’adorais les marionnettes.

Comme le sang ne coulait pas, on a continué de se marrer Pédar et moi. Le maire a fini par s’amener en secouant une médaille :

« Et le respect, bande d’écervelés ? » gueulait-il en expirant des signes avant-coureurs de la joie républicaine au service de ses serviteurs.

Première nouvelle que Pédar et moi on était une bande alors qu’à deux on était pas suffisant pour espérer une victoire définitive sur ce tas de roubignoles domestiquées par le traitement mensuel. Alors on s’est encore plus marré et on a fini d’énerver tout le monde sur la place. On nous commentait et ils étaient tous d’accord pour dire la même chose, que ça a fini par nous énerver nous aussi. Pédar était allumé :

« Tant qu’y a pas de musique, lança-t-il à la foule bigarrée, y pas de raison de chanter ! »

L’argument était juste, aussi une bonne moitié de ces communiants lui a donné raison ! J’en revenais pas. Pédar en conçut un orgueil tellement fier qu’on s’est demandé s’il était pas venu chercher une médaille. Le maire, qui en tenait une entre le pouce et l’index, paralysé par la proposition, se mit à baver du rouge aux commissures, comme s’il venait de recevoir une balle en plein cœur. Et le récipiendaire, qui attendait sagement entre une crevure et le préfet, s’est mis à expliquer qu’il avait même casqué pour l’écrin, ce qui agita la tête du préfet. La crevure se mit à suer. Il allait entrer en action, ça se voyait comme quand le curé trempe son goupillon dans le calice de l’Église. Et que j’avais raison ! Il poussa d’abord ce qui ressemblait à un cri. Les troufions et autres crevures qui se trouvaient là n’y comprenaient plus rien. On leur demandait d’avancer ou de reculer ? Un pas sur le côté peut-être… Un demi-tour… ? Ils avaient pâli comme si on leur interdisait de s’approcher du buffet. Puis, la voix de la crevure trouva le la et on commença à distinguer les notes familières de l’hymne national. Il arrêtait pas de répéter qu’on était des enfants et qu’on avait bien fait de venir parce que c’était le bon jour. Du coup, Pédar a pété. Le maire se dressa sur ses orteils :

« Cette bande de bons à rien insulte le drapeau ! » s’écria-t-il en réclamant un verre d’eau avec du vin à la place de l’eau.

Il y tenait à sa bande. Le récipiendaire, qui tenait parce qu’on le soutenait de chaque côté, voulait qu’on fouille dans sa poche pour vérifier la facture. La crevure chantait à tue-tête pour le couvrir, comme à Kolwezi. Comme les pompiers refusaient d’intervenir, les gendarmes sont arrivés en traînant la patte. Immédiatement, le maire s’est porté devant le chef. Il était agité, comme s’il voulait se supprimer toutes les bulles à cause de sa mauvaise digestion. La médaille a fini par s’envoler. On aurait dit une libellule. Le récipiendaire perdit conscience aussitôt. On l’évacua discrètement des fois qu’il soit déjà mort.

« Voyons, monsieur Hartzenbusch, me dit le chef Gronaire que nous connaissons déjà par le miracle des possibilités chronologique du récit, me dites pas que vous savez pas comment on se comporte un 11 novembre ?

— C’est pas moi ! C’est Pédar !

— Mais qu’est-ce que vous feriez sans Pédar, monsieur Hartzenbusch ?

— Je serais bien tranquille à la maison à regarder des séries américaines… »

Gronaire se tourna vers le maire :

« Vous voyez, monsieur le maire, que ces petits cons sont animés de bonnes intentions. Dites-lui, monsieur Hartzenbusch, que vous êtes venu saluer le drapeau.

— Ah ! si c’était la bannière étoilée, je dis pas. Mais ce drapeau qu’on met à toutes les sauces depuis plus de deux siècles, n’y pensez pas !

— C’est votre dernier mot, monsieur Hartzenbusch ? »

Comme c’était le dernier, on m’a embarqué. Pendant que l’estafette prenait le chemin inverse, j’ai vu Pédar qui chantait avec les autres. L’œil du maire le surveillait, mince et furieux.

 

*

« J’ai même du papier tricolore pour me torcher le cul !

— Vous l’avez à la maison ou dans un endroit secret ?

— J’ai rien à cacher !

— Méfiez-vous, monsieur Hartzenbusch… On va vérifier.

— Il est comment, le papier cul, en prison ?

— Et les bandes, elles sont en long ou en large ?

— J’ai les deux modèles.

— Sans l’adresse IP de votre fournisseur, on vous lâchera pas, monsieur Hartzenbusch ! On vérifiera votre carte bancaire. Ça laisse des traces, de payer sur Internet.

— C’était pas ma carte. J’ai pas de carte.

— Vous l’avez volée ?

— J’ai jamais rien volé !

— Comme celle-là ! »

On me battait maintenant. Et comme je l’avais pas volé, on m’a jeté à la rue en me promettant de revenir à la première occasion. Sur la place, y avait plus personne. Un électricien de la municipalité faisait des étincelles sous la guirlande tricolore, mais les ampoules clignotaient maintenant, comme si quelque chose avait mal tourné.

« Zavez pas vu Pédar ? que je lui demande.

— Il est au cocktail dînatoire, si vous voulez le savoir.

— On lui a donné une médaille ?

— Non, mais il va tout faire pour en avoir une. Il s’est engagé. »

Ah ! ce que j’étais seul ! Je suis rentré chez moi comme si j’habitais dehors. Et c’est là que, allez donc savoir pourquoi, je me suis mis dans la tête que je buvrais plus d’eau javellisée. Il me restait plus qu’à trouver le moyen d’enlever la Javel de celle qui coulait du robinet. Et ben vous savez quoi ? J’ai trouvé. Et je vous emmerde !

 

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