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XXV - C'est-y pas beau, la littérature ?
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 Article publié le 7 juin 2015.

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Comme Pédar était devenu fonctionnaire, il s’est mis à boire. Et comme c’est une maladie, il est devenu encore plus malheureux. Seulement, comme il disait, il avait un boulot et j’en avais pas. Il comprenait pas que je m’angoisse pas. On se voyait chez Popol, lui devant un verre de pinard toujours plein et moi buvant mon eau sans Javel. Comme Popol aimait pas trop qu’on occupe une de ses chaises sans payer ce qu’elle était censée lui rapporter, je grignotais des cacahuètes sans sel que je payais plus cher que si je les avais aussi amenées.

« Mais où tu trouves tout ce pognon ? me demandait quelquefois Pédar.

— J’y trouve pas ! Et c’est pas faute de le chercher.

— Non mais je rêve pas ! C’est bien du pognon, ça ! Même que Popol dit que c’est du vrai.

— Et il a raison. Mais je le trouve pas.

— Ah ! je comprends pas ! »

Il valait mieux pas qu’il comprenne, l’ami Pédar. Faut se méfier des fonctionnaires. Ils peuvent vous balancer rien que pour le plaisir d’avancer. Pédar y donnait l’impression de faire du sur place, mais peut-être bien qu’un jour il en aurait plus envie et il consacrerait son temps de travail, qui est énorme tellement il glande, à trouver un moyen d’avancer sans se la fouler à la place des autres, de moi par exemple. Mais pour l’heure, il était le plus souvent sous l’influence de l’alcool, qu’il enlevait pas. Il aurait plutôt eu tendance à enlever tout de ce qui n’en était pas. Je sais pas quand il prenait le temps de manger tellement il était occupé.

« Tu finiras dans la rue, prédisait-il.

— Ah ! mais ça m’irait ! Sauf l’hiver. Si tu comptes bien, j’ai du souci à me faire que la moitié de l’année, quand il gèle en profondeur.

— Et bouffer ? T’es pas cannibale, que je sache !

— Que je le suis ! mais j’ai pas encore mis en pratique. Ça viendra.

— Tu devrais mettre de l’alcool dans ton eau… »

J’allais aussi le voir aux ateliers municipaux. Il y occupait un petit bureau étroit comme une chaise. C’est là qu’il attendait. Quand un véhicule de la ville venait faire le plein, il jetait un œil pour savoir qui c’était et il faisait rien d’autre, parce que tout était automatisé. On aurait dit qu’on avait oublié de supprimer son poste. Ou alors qu’il savait rien faire d’autre. Un peu comme si j’avais bossé à sa place, sauf que moi je fricotais pas avec le maire. Pédar savait même pas souffler dans un cor. J’ai tout observé dans son bureau. Et j’ai rien trouvé pour expliquer comment qu’il faisait pour être son propre chef sans avoir personne à commander ni personne à qui obéir. Le type même du rebelle tel que je le concevais alors. Il faut dire que question rébellion, j’en connaissais que les mots, n’ayant jamais pratiqué aussi loin que mon ami. Mais comme j’étais pas jaloux, je mettais pas toutes mes forces, que j’en ai pas des masses, à comprendre ce qu’il espérait de la vie. Moi, j’espérais vivre vieux. À part ça, rien. Le temps passe à la même vitesse pour tout le monde, preuve qu’on en a pas la même idée selon qu’on se marre ou qu’on angoisse. Et ne me demandez pas de vous expliquer comment que j’enlevais la Javel de mon eau.

Je vous raconte tout ça pour vous dire que j’ai pas tué Pédar et que vous savez pas ce qui l’a tué. On était les deux coupables désignés, moi et l’alcool. Moi en jaloux qui a trouvé où Pédar planquait son pognon. Et l’alcool frelaté de Popol, comme si Popol avait qu’une idée en tête : tuer les poules aux œufs d’or qui le font vivre. Vous feriez mieux de chercher ailleurs si vous voulez trouver. Je peux bien sûr vous filer un coup de main, au fil de l’écriture. Je sais pas ce qui me prend depuis quelques temps, mais j’ai qu’une envie : écrire. C’est peut-être d’avoir entendu Arto à la télé. Encore un qui s’est bien démerdé. Je sais pas si vous regardez son émission, mais ils en ont passé la version intégrale en première partie de ce bouquin. 36 saisons ! Rien que ça. LE bouquet à la mode. Et que je t’encule Marine ! Et que je te fais crever de chagrin le vieux Jean-Marie qui n’a plus que ça à faire. Pédar, lui, il a rien dit. Il est parti avec son secret. C’est le destin de l’homme ordinaire. Mais n’allez pas croire que je veux m’élever au-dessus de ma condition en écrivant ce que vous lisez peut-être. C’est que j’en sais des choses ! Et je vais vous les dire. Rien qu’en écrivant. C’est-y pas beau, la littérature ?

 

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