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Le noir et le complexe (nouvelle extraite de N)
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 Article publié le 6 juillet 2015.

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Les 40 premières pages [ICI...]

 

Jules Sarabande avait un double. Voici ce qui se passa :

Les histoires de double ont fait florès tant dans la littérature populaire que dans la savante, scission typiquement française qui correspond au trobar leu et au trobar ric des troubadours eux-mêmes héritiers de la tradition andalouse qu’on retrouve intacte dans la culture gitane : cante chico et cante intermediario. L’amateur de littérature ne manquera pas d’ajouter que toute la littérature française, en tous cas jusqu’à Stéphane Mallarmé, s’est appliquée non seulement à supprimer le troisième et nécessaire palier, mais aussi et surtout à en démontrer l’inutilité et donc, dans un sens cartésien, la nuisance. L’aristocratie et sa bourgeoisie, doublées d’une domesticité impitoyable, ont formé l’esprit français, curieux phénomène toujours en déclin, comme l’y contraint sa nature même de mutilé. Heureusement, Mallarmé a su greffer la prothèse nécessaire équivalente au trobar clus, exploration de l’obscurité, et au cante jondo, plongée dans les profondeurs. Hélas, encore de nos jours, de médiocres écrivains tiennent le haut du pavé en appliquant le bon vieux principe hexagonal : importer, adapter et protéger. Pourtant, l’existence elle-même se charge le plus souvent de contredire l’auteur à succès officiel en poussant d’autres personnages dans le labyrinthe du noir et du complexe. Jules Sarabande, que je connus, fut un de ceux-là.

Après quelques années passées dans un établissement de soin (souffrait-il d’autre chose que de la rage de n’être pas ce qu’il rêvait d’être ?), Jules trouva à se loger chez l’habitant, à Parigi où il vendait sa force de travail, comme on disait alors. Ses nouveaux propriétaires formaient un vieux couple tout prêt de la mort qui avait aussi sa place sur les murs et dans les vitrines où elle apparaissait sous forme de croix, de grimace douloureuse et de face béate. Monsieur Cayetano Lacome entretenait une relation maritale avec Dolores Incarna depuis plus de soixante ans. C’est dire ! Mais n’anticipons pas.

Dans les premiers jours de liberté retrouvée après l’avoir perdue au cours d’une enfance agitée ou malheureuse (comme on voudra), Jules avait trouvé à se loger dans un foyer pour citoyens sans domicile, ni fixe ni autre. Or, Cayetano Lacome (prononcez lacomé) occupait dans cette institution un poste de factotum qui était, depuis des décennies, ce qu’il avait trouvé de mieux à faire. Un certain lundi, alors qu’il se remettait des abus du dimanche, il tomba en syncope devant Jules Sarabande qui, poussé par deux policiers, entrait librement dans le hall d’accueil du foyer. Cayetano Lacome crut ne plus pouvoir se relever. Jambes coupées par l’émotion, il s’était assis sur une chaise qui servait ordinairement à lacer les chaussures. Les policiers appliquèrent le corps de Jules Sarabande contre le comptoir, l’intimant à se conduire comme l’exigeait la Loi de l’époque (qui n’a pas changé, crois-je…). Ce qui donna une intervention dialoguée de ce genre (je n’en garantis pas l’authenticité) :

« Encore une connerie et je t’écrase la gueule pour qu’on te reconnaisse plus !

— Mais quéqu’il a donc fait ?

— Il a mordu ma collègue… tenez !

— Faut pas mordre, monsieur ! Vous n’êtes pas un chien.

— Dites ça à un chien !

— Je vais me le… ! »

La tête de Jules heurta accidentellement le comptoir. Le sang fut vite épongé. Les policiers quittèrent les lieux, apparemment satisfaits de la tournure des faits. Et Cayetano Lacome fit un signe à la dame de garde. Il voulait s’entretenir un peu avec le nouvel arrivant. La dame rechigna, car elle avait promis aux policiers de donner à Jules le matelas pissé qui séchait au soleil à l’entrée du foyer.

« Ce sera juste une minute, dit Cayetano Lacome. Je me suis trouvé mal et…

— Et vous comptez sur ce déchet social pour vous remettre d’aplomb ? Vous êtes fou !

— Je l’ai été ! s’insurgea Cayetano. Mais je ne le suis plus ! »

Cette parole fit sur la dame l’effet escompté par le sournois factotum. Elle le laissa s’approcher de Jules qui attendait, jambes croisées, sur une chaise. Cayetano, la casquette à la main, se montra bien poli :

« Vous n’allez pas me croire, jeune homme…

— Je ne crois personne ! grogna Jules en serrant ses mâchoires si fortement qu’il en devint tout rouge.

— Oh ! ce n’est pas ce que j’ai voulu dire…

— Mais c’est ce que j’ai entendu !

— Je comprends votre colère… Ces policiers…

— Je les aurais tués…

— Il ne faut pas dire ça ! Enfin… pas ici, » s’inquiéta le factotum.

Il se pencha. Son haleine sentait le tabac. Jules grimaça, plongeant ses yeux dans ce regard généreux.

« Il y a des mouchards, murmura Cayetano. Les sycophantes…

— Je sais, je sais ! Et qu’est-ce que vous voulez me faire croire ?

— Vous le croirez quand je vous aurai amené chez moi pour le voir…

— Ah dis donc ! »

Jules repoussa le vieux d’un doigt pointé sur la clavicule.

« Je ne suis pas pédé, dit-il en souriant. Même si j’en ai l’air.

— Oh ! Pédé, non ! Certainement pas ! J’en serais mort ! »

Le vieux se frappait la poitrine, se penchant de nouveau.

« Je vous assure que mes intentions sont bonnes, dit-il. D’ailleurs je suis marié. Oh ! nous sommes bien vieux. Puis-je vous inviter à dîner ?

— Je ne sais pas si cette dame sera d’accord…

— Je vais lui parler… ne vous inquiétez pas. »

La perspective d’un dîner rasséréna le jeune homme. Il n’avait pas mangé aujourd’hui. Il savait bien ce qui arrivait si la faim s’imposait encore. Le vieux négociait à voix basse avec la dame de garde. Elle opinait maintenant. Était-il en train de la payer ? Jules aurait juré que la main du vieux s’activait sous les jupons de soie grise. Enfin, le vieux revint avec la bonne nouvelle.

Ils marchèrent longtemps dans la ville. Le vieux transportait ses outils en se plaignant de leur poids, mais il refusa l’aide que Jules lui proposait mollement. La nuit tomba tandis qu’ils étaient à mi-chemin, selon le vieux. Les rues s’obscurcirent à cause de la guerre. De loin en loin, une sentinelle les saluait en levant un menton humide. Il répondait par une plaisanterie censée alléger la dureté de la tâche.

« Non, je ne vous dirai rien ! riait le vieux. Avez-vous un emploi en vue ?

— Certes ! répondit le jeune homme. Mon père connaît du monde à Parigi. Mais je me permets un peu de bon temps en attendant de me crever au boulot !

— Ah, ça ! Le travail. Je ne dis pas que c’est sacré…

— Moi non plus !

— Et qu’est-ce que vous passez comme bon temps ? Les femmes, je suppose…

— Pour l’instant, je bois. Les femmes viendront ensuite.

— Ah ? Je croyais que c’était le contraire…

— Vous n’avez jamais fait la fête ?

— Non… jamais ! »

Le vieux ne parut triste qu’un instant. En effet, on approchait. Il passa devant, trottinant au rythme des outils qui s’entrechoquaient dans sa caisse. Jules allongea le pas. Les effets de l’alcool avait disparu. Il apprécia l’air frais de la nuit. Au bout de la rue, une barricade envoyait des signaux lumineux. En fait, s’aperçut Jules avec une joie qui ne s’expliquait pas, ils répondaient à ceux que le vieux venait d’envoyer avec sa petite lampe de poche.

« On peut y aller ! Suivez-moi ! »

Il fallut enjamber un mort, ce que le vieux fit sans émotion, après avoir regardé longuement le visage, toutefois. Jules le regarda aussi. Il ne connaissait personne à Parigi. Il salua un soldat en armes et suivit le vieux qui trottait maintenant. On entra dans un immeuble. Le hall d’entrée était plongé dans le noir. Le vieux refusait d’allumer sa lampe. Ce n’était pas interdit, pourvu qu’on s’en tînt à quelques secondes d’éclairage, mais la prudence était de mise en ces temps-là. Jules pensa grimper six ou sept étages, il n’aurait su le dire. Une porte s’ouvrit, jetant sur le sol du couloir une lumière peuplée d’ombres dont une seule s’agitait.

« Regarde qui je t’amène ! » jubilait le vieux.

Jules vit alors nettement la femme qui s’avançait avec une bougie à la main. La lumière dansait. Grimaçait-elle ? Ses lèvres étaient agitées de spasmes entre lesquels la géométrie des dents trahissait un râtelier à bon marché.

« Regarde qui je t’amène ! »

La vieille ne répondait pas aux cris de joie de son vieil époux qui avait disparu dans l’ombre, ne se signalant que par son « Regarde qui je t’amène ! » qu’il répétait sans cesse, réduisant les intervalles de silence où sa respiration haletait.

« Regarde qui je t’amène ! »

Ce fut l’avant dernier cri. Jules se boucha les oreilles quand le dernier retentit, soufflant la bougie. Plusieurs portes s’ouvrirent dans le couloir. Jules entendit clairement :

« Encore elle !

— Fais la taire, vieux con ! »

Le bruit qui suivit était celui d’un corps qui tombe. La vieille avait cependant trouvé la force de s’accrocher à la chemise de Jules qui rencontra ses mains osseuses dans les siennes. Il les lâcha tandis que le vieux disait :

« Malheureux ! Tu aurais dû la serrer dans tes bras ! »

Jules recula. Une porte l’avala. Il se retrouva en face d’une jeune femme qui le regardait en hochant la tête, mordillant ses lèvres pulpeuses. Elle augmenta l’intensité de la lumière en tapant dans ses mains. Jules souriait. Il avait déjà oublié pourquoi il était venu.

« Cayetano a raison, dit la jeune femme. Vous lui ressemblez beaucoup…

— À qui donc ? fit Jules qui s’emplissait de la beauté de la fille.

— Mais à leur fils !

— Voilà donc l’explication !

— Voilà pourquoi il vous a invité à dîner. Ce n’est pas la première fois que ça arrive… Mais vous n’expliquez pas tout…

— Que voulez-vous dire ?

— Ça ne vous intéresse pas de savoir pourquoi elle s’est trouvée mal ?

— Ma foi, s’il y a tant de sosies que vous dites…

— Oui, c’est étrange… d’autant que Pablo est mort. Asseyez-vous et dînons. Je suppose qu’ils ne vous attendent plus. C’est toujours comme ça que ça se passe. Pensez-vous que ce soit un effet de la guerre ? »

*

 

L’histoire pourrait se terminer ici, mais elle ne serait qu’étrange, propre à titiller l’ « idiosyncrasie du lecteur ». Or, Jules Sarabande était un mauvais exemple de ce qu’il convient d’écrire pour trouver un lectorat.

Il ne fit pas l’amour ce soir-là, car l’existence l’avait accidentellement privé d’une partie de ses organes. Il poussa jusqu’au dessert puis, mécontentant la belle inconnue qui se proposait pour de plus savants plaisirs que ceux de la bouche, il s’enfuit dans la nuit. Il ne retourna pas au foyer. Il dormit entre un buisson et un vieux mur qui sentait le XIXe siècle.

Le lendemain matin, humide et glacé, il retrouva la cabine téléphonique qui avait été choisie comme point de contact par son père. Celui-ci négociait depuis une semaine déjà avec son ami Tapère qui avait le bras long chez Soriano. Qu’était-ce que Soriano ? Son père s’étant embrouillé dans ses explications, Jules n’en savait pas plus. Il avait d’ailleurs renoncé à s’intéresser à la nature des choses humaines. L’anecdote de la veille ne le tracassait pas. Il regrettait de ne pas avoir pu répondre aux désirs sans doute torrides de la belle, mais les prothèses organiques étaient hors de prix à cette époque. Le salaire qu’il pouvait espérer, si toutefois les démarches de son père aboutissaient, suffirait tout juste à le nourrir et à payer un loyer de misère. Le téléphone sonna.

Jules fit signe à une grosse dame que c’était pour lui. Elle s’enfuit, cape au vent. Il entra dans la cabine et décrocha. C’était bien son père.

« Tapère te recevra cet après-midi à 14 h. Tâche de repasser tes fringues et te raser. Ne fume pas. Ménage tes nerfs. L’heure est grave !

— Je veux bien, mais de quoi s’agit-il ? Je voudrais bien savoir à quoi il est question de m’employer…

— Un travail est un travail ! Tu démarres. Que pourrais-tu exiger ?

— Je voudrais savoir… C’est important !

— Pas tant que ça. Tapère est un brave type qui te rend service.

— Je lui lècherai le cul, promis ! »

Jules raccrocha. Il était 10 heures. Quatre heures à tuer ! Il entra dans les Bains-Douches et se prépara méticuleusement. Il se parfuma même. On ne sait jamais. Il erra ensuite de jardin en jardin, cueillant au passage des fleurs printanières qu’il froissait comme s’il se fût agi de pages décevantes. Il grignota dans un troquet, évitant d’abuser du vin qui pourtant était délicieux comme une promenade sous le soleil. À 14 heures pile, il rencontrait Jean Tapère, petit homme maigre et nerveux qui ne lui sourit pas. Au contraire, il regardait Jules comme s’il l’avait déjà vu. Or, Jules ne ressemblait pas du tout à son père. Jean Tapère finit par s’exclamer :

« Ça alors ! Suivez-moi ! »

Jules le suivit, répandant sa bonne odeur d’après-rasage. On traversa un entrepôt où s’activaient des employés sérieusement attachés à leurs fonctions. Jean Tapère marchait vite. Il savait où il allait. Jules, le suivant d’un bon pas, mais sans précipitation, se demandait s’il allait accepter d’offrir ses muscles à une entreprise qui possédait autant de cageots. Enfin, Jean Tapère s’arrêta net, tenant un pan du rideau qui séparait le vaste entrepôt d’un étroit bureau qui sentait l’eau de Javel.

« Entrez ! Mais entrez donc ! Ne vous faites pas prier !

— En parlant de prière… » commença Jules.

Mais les mots venaient de retourner d’où ils venaient. Jules écarquilla les yeux pour mieux voir. Devant lui, c’était lui ! Un autre lui-même en tablier gris, avec un bonnet rouge sur la tête et une cigarette au coin des lèvres. La belle de la veille l’avait prévenu, mais il ne l’avait pas cru. Il ne croyait jamais les femmes. Jean Tapère avait posé ses fesses étroites sur le coin du bureau et observait en haletant les deux hommes qui se dévisageaient devant lui. Jules fit le premier pas.

« Je suis étonné, fit-il en tendant la main.

— Pas plus que moi, dit l’autre en prenant la mine de Jules. Mais je suis habitué.

— Combien sommes-nous ? »

L’autre, qui ne s’était toujours pas présenté, se gratta la joue, la même joue !

« À vrai dire, dit-il, je n’en sais rien. J’attends toujours la réponse.

— Il a interrogé le système, précisa Jean Tapère.

— Vous aurez peut-être plus de chance que moi, dit l’autre.

— Je suppose que c’est la première chose à faire… murmura Jules.

— Donc, dit Jean Tapère, le système est saturé. Remettez ça à plus tard. Suivez-moi maintenant. Je vais vous montrer en quoi consiste votre travail. »

Il retourna dans l’entrepôt. Jules eut à peine le temps de serrer la main de l’autre. Il trottait déjà. L’émotion lui avait coupé les jambes. Jamais son père ne lui avait parlé de ce phénomène. À croire que nous sommes des robots, pensa-t-il. Ou pire : des clones. Mais c’était là des idées indignes de son esprit tout tourné vers les difficultés du noir et du complexe. On sortit de l’entrepôt. Un long comptoir, où s’affairaient des fourmis, se déroulait comme un ruban entre deux murs. Jules se promit se refuser la place si on comptait sur lui pour assumer ce genre de travail. Son esprit revenait sans cesse au nouveau problème qui se posait à lui. Cette ressemblance, voire cette similitude pouvait-elle être la conséquence de l’alimentation, de la pollution industrielle, des traitements médicaux, voire d’un phénomène extraterrestre, extrasensoriel, extra… ? Jean Tapère était en train de lui expliquer comment et où coller l’étiquette.

« On colle encore des étiquettes de nos jours ? ironisa Jules pour s’extraire de sa réflexion.

— C’est la rentabilité qui prime, dit Jean Tapère qui récitait le Manuel. Ce n’est pas un travail difficile, mais il faut un début à tout.

— Plus on avance, plus c’est difficile… J’ai compris !

— Et je vous en félicite ! Ne soyez pas trop impatient. Ça viendra ! »

Jean Tapère disparut dans un rideau. Jules avait déjà le pinceau dans la main droite et le pot de colle dans la gauche. Il hésitait. L’autre sortit du néant. Ce fut du moins l’impression qu’il fit sur l’esprit agité de Jules.

« Vous vous demandez comment coller l’étiquette alors que vos deux mains sont occupées, dit l’autre en riant.

— Je suppose qu’il y a une solution…

— Il y en a une ! Monsieur Tapère attend de vous que vous la trouviez par vos propres moyens, aussi me tairai-je. Je suis passé par là, vous savez ?

— Je ne savais pas, mais je commence à comprendre ce que veut dire le mot travail.

— Vous allez vite ! Et vous irez loin.

— Je ne vous ai pas demandé votre nom… Le mien est…

— Jules Sarabande, je sais ! J’ai connu votre père…

— À la guerre, je suppose…

— Exactement. Connaissez-vous le mien ?

— Je n’ai pas fait la guerre…

— Il n’est pas trop tard !

— Mais cela ne vous aidera pas, hélas. »

Jules, qui ne comprenait pas et voulait comprendre, secoua le pinceau dans le pot de colle. L’autre s’assit sur une caisse qui attendait son étiquette.

« Je suppose que vous connaissez mon père, dit l’autre.

— Si je le connaissais…

— Il vous a fait le coup du dîner, hier soir…

— Je comprends…

— Vous ne comprenez rien. Il me croit mort.

— Votre mère aussi vous croit mort !

— Il lui fait le coup dès que l’occasion se présente. Nous sommes de plus en plus nombreux.

— Mais qui ça, nous ! Qui êtes-vous ?

— Je vous l’ai dit. Il ne vous reste qu’à connaître mon prénom : Geronimo.

— Ravi ! »

Geronimo éclata de rire, répétant :

« Il est ravi ! Il est ravi ! Ah ! Ah ! Ah ! »

Jules ne savait pas pourquoi, mais cette attitude le vexa profondément. Cet homme riait de lui.

« Pourquoi riez-vous ? grogna-t-il, secouant le pinceau dans le pot de colle.

— Je suppose que Paula aussi vous a fait le coup…

— Paula… oh ! Elle…

— Paula Morize. Elle fait toujours le coup. Et ça se termine comment ? »

Geronimo était secoué des pieds à la tête par un rire qui ressemblait exactement à celui qui secouait Jules quand il se moquait de quelqu’un. C’était plus qu’il ne pouvait en supporter de la part d’un type qu’il ne connaissait ni d’Adam ni d’Ève. La bouche étant grandement ouverte, il y fourra le pinceau généreusement enduit de colle, ce qui stoppa net le rire, la moquerie, l’humiliation, le travail et surtout, surtout… l’envie de se regarder dans un miroir quand la vie penche du mauvais côté de l’existence.

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