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Les tétées du poète
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 Article publié le 14 juin 2015.

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J’étais encore à la mamelle,
J’en voulais à tout l’univers,
A ses effrayants pêle-mêle,
Quand je fis mes tous premiers vers.

Tandis que des vieilles sorcières
Enfourchaient le manche à balai,
Ma grosse vache nourricière
Pestait contre mes dents de lait.

Où est la vénus tétonnière
Qui m’allaitait dans son garni,
Et plus tard dans ma garçonnière,
Une fois mes travaux finis ?

Quand je décrêpe ma négresse,
Que je prends l’envers pour l’endroit,
Je bafoue les sept allégresses
Et le jugement de la croix.

Où sont mes canons de naguère ?
Je tâtais leurs pesants obus.
A la guerre comme à la guerre,
Je ne parlais que par rébus.

Je ne sais boulanger ni traire,
Mais je fête tous les nibards ;
Je fuis l’antienne funéraire
Des consolantes des milk-bars.

La terre est de plus en plus basse
Dans mon doux pays vigneron ;
Je m’abreuve à ses calebasses,
A ses outres, à ses jarrons.

Je liche les boutons de rose
D’une muse sur le retour.
Brisant mes vers, foulant mes proses,
Elle me joue de sales tours.

Mes garces me gardent leurs poires
Pour une soif, pour une faim.
Je laisse à toutes des pourboires
Et comble de fleurs leur couffin.

J’en ai tété des Jacqueline,
Des dames Jeanne au coin du feu
Dans leurs dentelles de malines,
Avant de passer aux aveux.

J’en ai suçé des bordelaises,
Des demoiselles au long cou,
Bandant à part, bandant à l’aise.
Ai-je rué mes derniers coups ?

Non, je n’ai jamais eu vergogne
De donner ma langue au bijou
Des grandes filles de Bourgogne,
Des petites filles d’Anjou.

Quand je mordille des gibasse,
Des seins tristes, des tristes seins,
Toute ma paroisse cabasse
Et me recommande à ses saints.

Je désarçonne à la dragonne
Une amazone au pis pendant.
En perdant mes dents opsigones,
Suis-je moins sage pour autant ?

Tous ces tétins entre mes lèvres…
J’avais, j’en suis persuadé,
Une patience d’orfèvre,
Le calme du joueur de dés.

Je suis un bagnard qui tétaille
Tous les goulots, tous les goulets.
C’est une besogne de taille
Qui me détache du boulet.

Je rhapsode souvent l’histoire
De celui qui femme devint,
De ce Thébain, le plus notoire,
Tirésias l’aveugle devin.

La bienheureuse, la divine
Bacbuc me dessale le bec
Et ma chanson de gueux s’avine ;
Je scie mon sec et creux rebec.

On dit, dans tous les bons hospices :
Le vin est le lait des vieillards !
Qu’ils chantent, pissent, s’assoupissent
En attendant le corbillard.

Aux lisières du sombre empire,
Qu’une parque à califourchon,
Juste avant que je sois au pire,
M’étouffe entre ses mous nichons.

Robert VITTON, 2015

 

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