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 Article publié le 2 novembre 2015.

oOo

à Patrick Cintas

 

Vincent Peulier aimait la vie. Enfin… il y tenait. Et Isabelle ne croyait pas Jean-Pierre quand il lui disait que ce n’était pas par amour. D’après lui, Vincent n’avait jamais aimé. Il tenait à la vie parce qu’il ne voulait pas la perdre, voilà tout.

« Est-ce que je veux la perdre, moi ? gémissait Isabelle.

— On ne peut pas aimer la vie, » concluait Jean-Pierre.

Vincent vivrait peut-être encore longtemps. Dans son état, comment aurait-il pu aimer la vie, en effet ? Il possédait une grande fenêtre qu’il avait fait transformer en porte-fenêtre. Une balustrade de fer forgé laissait voir un jardin d’agrément mi-sauvage mi-composé de caprices saisonniers. L’horizon était bouché par une ligne de peupliers où s’agitaient des oiseaux. En hiver, le bassin se figeait. Et aux premiers jours du printemps, Isabelle apparaissait toute nue, couchée dans l’herbe déjà haute. Vincent se branlait doucement.

Elle ne montait que trois fois par jour, à l’heure des repas. Elle en profitait pour vider les ordures. Elle apportait des cigarettes, un peu d’alcool et un nouveau livre qu’il avait demandé la veille avant de s’endormir sous l’effet d’un somnifère. Elle montait nue. Les seules fois où il la voyait habillée, c’était en présence d’une tierce personne. Ce pouvait être Jean-Pierre, l’ami de toujours, celui qui l’avait remplacé dans le lit d’Isabelle. Il ne montait pas souvent. Il passait la journée dehors, à cause de son travail. Il partait tôt le matin et rentrait tard le soir. Entretemps, Isabelle faisait son cinéma.

Je n’étais pas le bienvenu dans la maison. Mais je venais. J’étais au volant ce soir-là. Jacques a été tué sur le coup. Forcément… à la place du mort. Il faut dire que la poutre d’acier lui a arraché la tête. Sinon, il s’en sortait. Vincent, qui se trouvait derrière et avait oublié de boucler sa ceinture, a été projeté dans le pare-brise qu’il a traversé pour aller s’empêtrer dans les poutres qui avaient dégringolé du camion. Je m’en sortais avec une égratignure sans gravité. Le chauffeur du camion est apparu à ma vitre, épouvanté et agité comme un cochon qu’on sacrifie sur l’autel de la gourmandise. Bref, Vincent s’en sortait aussi, mais avec quelques mutilations.

Les mois ont passé et il est revenu à la maison où Isabelle l’attendait en compagnie de Jean-Pierre qui s’était installé chez elle sous prétexte de l’aider à surmonter cette tragédie. Je n’étais pas le bienvenu. Mais je venais. Je suis venu la première fois deux jours après le retour de Vincent. Isabelle était nue dans le jardin.

Bon. Je monte, certain de ne pas rencontrer Jean-Pierre qui travaillait dehors toute la journée. Vincent n’est pas surpris de me voir. Il m’attendait, même. Il ne m’en voulait pas. L’enquête avait déterminé les responsabilités de chacun des protagonistes de l’accident et concluait que je n’y étais pas pour grand-chose. Il cria au balcon :

« Isabelle ! Rhabille-toi ! Pierre-Henri est là ! »

Elle disparut dans un buis. Je vis le linge voleter au-dessus de l’animal que le buis était sensé reproduire. Vincent avait l’air ravi. Il y avait des mois qu’on ne se voyait plus. Je n’avais pas mis les pieds à l’hôpital, à cause de Jean-Pierre. Je n’avais pas revu Isabelle non plus. Elle entra dans la chambre, s’annonçant par une bouffée de cigarette. Elle me toisa tout de suite. Je n’avais pas changé. Elle savait même à quel endroit exact de mon visage j’avais été égratigné par une poutre d’acier qui avait manqué de peu ma décollation. Mais cette trace avait disparu.

« Jean-Pierre ne veut pas comprendre, dit-elle. Jacques était son meilleur ami…

— Ça ne lui passera pas, » fit Vincent en agitant ses quatre moignons.

En principe, on dit exactement le contraire. Mais Jean-Pierre ne m’avait jamais aimé. J’ai été le premier à caresser amoureusement le corps d’Isabelle. Elle avait à peine douze ans. Je me souviens de ce plaisir comme si c’était hier. Isabelle me regarde toujours avec les yeux de cette enfant. Pourtant, plus de vingt ans ont passé.

« C’est le destin, dit Vincent. Dieu seul sait ce qui est écrit. Et toi, PH, tu écris toujours ?

— Non ! m’écriai-je comme si on m’enfonçait une aiguille sous un ongle.

— Mais tu écrivais avant que ça nous arrive, dit Isabelle avec un brin de cruauté. Il n’y a donc pas si longtemps que tu n’écris plus. Tu écriras encore.

— Dieu le veuille ! » s’écria Vincent.

Ce n’était plus Vincent. Aucune poutre d’acier n’avait brisé sa moelle épinière ou écrasé une région fondamentale de son cerveau. Elles s’en étaient pris à ses membres et les avaient coupés. Sinon, il « fonctionnait » parfaitement bien. J’en conclus qu’il avait conservé sa virilité. En tout cas, il avait refusé d’entrer dans l’exosquelette que Jean-Pierre avait fait venir d’Israël. Il préférait « se la couler douce » dans un confortable fauteuil. Il mentait.

La chambre, malgré l’ouverture en grand de la porte-fenêtre, était saturée d’odeurs corporelles. Isabelle avait cligné d’un œil. Elle portait une légère robe légèrement rose qui se mêlait aussi facilement à ce qu’elle montrait encore de sa peau. Vous ai-je dit que sa blondeur me fascinait encore ?

« Nous n’allons pas rester là à nous regarder en chiens de faïence, fit Vincent dans un éclat de joie feinte. Descendons !

— Mais tu n’es jamais descendu, Vince ! s’écria Isabelle.

— Fais quelque chose au lieu de me regarder comme si je demandais l’impossible ! »

Le visage de Vincent était cramoisi maintenant. Et ses mains étreignaient les accoudoirs de son fauteuil, crissant sur le cuir. Je reculai.

« Je ne peux pas rester longtemps, bafouillai-je.

— Tu travailles ? s’étonna Isabelle.

— Il n’a jamais travaillé, » fit Vincent.

Cette déclaration le tranquillisa soudain. Son visage retrouva sa pâleur convalescente. Elle arrangeait nerveusement les plis du plaid. Cette dernière trouvaille me tranquillisa aussi. Plidu plé. Plidu plé. Pliduplé !

Nous ne descendîmes pas. Il eût fallu descendre aussi le lourd et complexe appareillage qui reliait Vincent à la vie. C’était comme ça qu’il y tenait, rêvant souvent à haute voix de miniaturisation et d’intégration, selon ce que me confia Isabelle.

« Tu conduis toujours ? me demanda Vincent maintenant parfaitement apaisé.

— Pourquoi lui poses-tu cette question ? grogna Isabelle.

— J’ai bien le droit de me renseigner, non ?

— Et que veux-tu savoir, si ce n’est pas trop te demander ?

— C’est à lui que je pose la question ! »

Et ainsi de suite. Pendant trois bonnes minutes qui me parurent une éternité. Je conduisais « toujours », finis-je par hurler.

« Mais tu ne travailles pas… »

Non… Je ne travaillais pas. Je n’avais même jamais travaillé. Et je n’écrivais plus depuis l’accident. Je n’avais jamais vraiment écrit, à vrai dire. Mais comme je ne travaillais pas, et que j’écrivais, tout le monde pensait que j’avais des projets. On est un type bien si on a des projets. Même et surtout si on ne travaille pas.

« Qu’est-ce que tu fais maintenant ? dit Isabelle qui s’attendait à tout de ma part.

— Je fais des tas de choses…

— Avec tout le pognon qu’il a… » murmura Vincent.

Quelque chose glougloutait sous le lit. Et des molécules de mauvaises odeurs m’assaillaient.

« Tu continues de t’amuser ? dit Isabelle.

— M’amuser ? Non !

— Mais tu ne travailles pas non plus…

— Je me demande bien ce qu’on peut faire quand on ne travaille pas et qu’on ne s’amuse pas non plus… » ricana Vincent.

Il me cherchait. Je m’empourprai à mon tour.

« Et toi, lui dis-je les dents serrées, qu’est-ce que tu fais donc si tu ne fais rien ? »

Je devenais méchant. Pourtant, depuis l’accident, je ne m’étais jamais permis ce genre d’amertume ou de cruauté. J’avais vécu dans la peur de recommencer. Mais recommencer quoi ? On ne rencontre pas des poutres d’acier tous les jours de cette foutue existence. Isabelle s’était interposée. Elle redevenait douce. Il me sembla, à cet instant, que nous retrouvions nos seules et vraies natures. Vincent n’était ni doux, ni méchant. Il n’avait jamais su ce qu’il était et laissait peu d’indices aux autres pour leur permettre de se faire une idée de ce qu’il était vraiment.

« Si nous descendions toi et moi ? » me proposa-t-elle.

Je m’attendais à une réaction furieuse de Vincent, mais il ne broncha pas. Quand nous fûmes dans le salon, qui est au rez-de-chaussée, Isabelle me confia qu’elle avait quelquefois des envies de le voir disparaître.

« Qui ? fis-je bêtement.

— Mais Vincent… Enfin… ne comprends-tu pas la situation ?

— Jean-Pierre aussi veut s’en débarrasser ? »

J’avais posé cette question dans le feu de l’action. Je comprenais très bien qu’un couple aussi bien formé qu’Isabelle et Jean-Pierre souffrait de la présence de ce handicapé sans avenir. Il finirait par les tuer à force d’exigences. Mais Isabelle pensait à la providence, pas au meurtre. J’aurais dû m’en douter. Pourquoi m’avait-elle fait venir ?

« Il ne nous entend pas… tu es sure ?

— J’ai fermé la porte… La maison est vieille. Les murs sont si épais que…

— Que quoi, mon amour ! »

Nous nous étions jetés dans les bras l’un de l’autre. Nous disposions d’une heure avant le retour de Jean-Pierre. Ne l’aimait-elle donc pas ? Mon esprit vaticinait à la recherche d’une réponse claire à cette trouble question. Était-ce donc moi qu’elle aimait ? Elle me déconcertait. Elle m’avait toujours embarrassé. Depuis le jour où elle s’était donnée parce que j’étais un « fils à papa plein aux as ». Avec un « avenir démentiel ». Et pourtant, dix ans plus tard, elle épousa Vincent qui n’était rien. Ou pas grand-chose. Un de ces petits bourgeois qui se font une place dans l’administration. À cette époque, Jean-Pierre n’existait pas encore. En fait, Jean-Pierre est apparu après l’accident. Il était l’ami de Jacques. Et Jacques avait eu la tête emportée par une poutre d’acier alors qu’une autre poutre du même type m’avait épargné. Et vingt autres poutres avaient découpé Vincent en… voyons… cinq morceaux. En admettant qu’il ne fut pas émasculé. Tout à l’heure, j’avais compté ses oreilles, reluqué son nez et observé qu’il avait des seins de femme. Ses cheveux étaient impeccablement coiffés.

« Dépêchons ! fit soudain Isabelle en enfilant sa robe si légère. Jean-Pierre va arriver !

— Mais je ne connais pas Jean-Pierre !

— Mais tu connaissais Jacques !

— Il vaut mieux que je m’en aille ! »

 

*

Quelle ne fut pas ma surprise, un mois plus tard, quand je vis entrer dans mon appartement… un robot. On avait sonné à la porte. Clément, mon factotum, était allé ouvrir. Je l’avais entendu parler avec le robot. Et il était venu m’annoncer cette visite en termes si peu intelligibles que je me suis agacé tout seul. Le robot est entré. C’était Vincent.

« Comme tu vois ! » fit-il d’un air joyeux.

Qu’avais-je bien pu lui dire pour qu’il me dise cela ? Il était haut sur pattes, plus haut qu’il ne l’avait été du temps où il marchait sur ses jambes. Ses bras aussi me semblèrent plus longs. Le tronc était tout entier enfoncé dans une sorte de fourreau métallique parcouru de veines noires qui palpitaient. Il venait m’annoncer la nouvelle de la mort « conjointe » d’Isabelle et de Jean-Pierre dans un « autre » accident de la route. Les circonstances, « bien entendu », étaient différentes. Rien ne leur était tombé dessus. Ils avaient quitté la route, exécuté une série de tonneaux dans un pré où paissaient des animaux et un arbre séculaire avait mis fin à cette cinétique improvisée. Ils étaient morts quand, cinq minutes plus tard, le paysan voisin jeta un œil dans la carcasse du cabriolet. Mais pourquoi ne pas m’avoir prévenu ?

Ça s’était passé dans la semaine que j’avais vécue sur la Côte. Seul et incapable de me lier à un autre destin. Personne ne savait où j’étais. C’était la semaine dernière. Tout s’expliquait. Confusément. Mais je compris pourquoi Isabelle avait été calcinée en mon absence. Vincent accepta un verre qui grinça étrangement dans ses doigts d’acier. Un cristal de Bobo… de Bohème…

« Ainsi va la vie, dit-il après une longue et impatiente gorgée de mon whiskey préféré. Il n’a pas fallu plus de quelques secondes au destin pour changer le cours de ma propre existence. Il a bien fallu que j’accepte d’utiliser cette… machine pour assister aux obsèques de l’amour de ma vie !

— Ah pardon ! Elle était le mien !

— Le tien quoi ?

— Amour…

— Tu veux dire que toi et Isa… Avant moi ? »

Il s’était levé pour se resservir un verre plus profond. L’exosquelette faisait un bruit de moulin à café électrique. Jiiiiiii ! Jiiiii ! J’étais pétrifié. Je venais de passer aux aveux. Vincent n’en paraissait pas affecté. Pas au point de me sauter à la gorge. Jiiiii !

« Oh ! finis-je par baver, ce n’était qu’un amour d’enfants…

— De quels enfants parles-tu, nom de Dieu ! Si je calcule bien… »

L’exosquelette s’anima de toutes sortes de grincements, cliquetis, torsions, étirements. Il n’y manquait plus qu’une batterie de témoins lumineux. Je crois qu’il calculait à la place de Vincent. Je commençais à peine à le croire. Au bout de quelques secondes de cette activité électromécanique, le résultat tomba des lèvres de Vincent :

« En admettant qu’elle eût douze ans, débita-t-il, tu en avais trente-deux ! C’est… c’est… »

Heureusement que les machines ne bavent pas. Mais qu’est-ce qu’elles peuvent sentir mauvais quand elles perdent patience !

« C’est ignoble ! » acheva Vincent.

Il s’écroula dans le fauteuil, comme si l’effort avait épuisé toute l’énergie nécessaire au bon fonctionnement de la machine.

« Tu ne ressembleras jamais à un homme dans cette tenue ! » grognai-je.

Nos regards évitaient de se rencontrer. L’exosquelette ne produisait plus aucun bruit. Il dégageait une certaine chaleur, mais sans odeur de circuit grillé. Le visage de Vincent avait perdu toute trace de joie. Il se tourna lentement vers moi et se releva légèrement, car j’étais debout, révolver au poing.

« J’avais moi aussi douze ans à l’époque, dit-il d’une voix sans relief particulier. Je fréquentais déjà Isabelle. Mais je ne te connaissais pas… »

Le visage se tendit soudain.

« Je n’avais aucune raison de te connaître, poursuivit-il. Vingt ans nous séparaient déjà. Je n’étais qu’un… qu’un branleur ! »

Les yeux virent alors le révolver que j’étreignais.

« Je ne comprends pas… dit la bouche. Pourquoi ? Elle est morte. Et nous sommes vivants…

— Je ne comprends pas moi non plus. »

Ce qui était strictement exact. D’autant que le coup de feu attirerait le fidèle Clément. Fidèle, mais pas au point de se rendre complice d’un crime de sang. Combien pesait ce maudit exosquelette ?

« Tu tiens donc tant que ça à la vie ? dis-je aussi fermement qu’il m’était possible.

— J’y tiens. Tu n’y tiens pas, toi ?

— J’y tiens aussi. Mais je me demande comment m’y accrocher si tu prétends utiliser la même branche que moi…

— Isabelle ? Une branche ? »

 

*

Épilogue

 

Finalement, je suis tombé amoureux de Clément et nous sommes allés vivre notre bonheur au bord de la mer dans la maison de nos rêves. Elle appartenait à Clément qui la tenait de sa famille, je ne sais plus de quel côté. Heureusement, il ne restait plus rien de ce passé. Et les plus proches voisins demeuraient à des kilomètres. Le monde était à nous. Il n’y a rien comme cette sensation pour nous approcher de la perfection. Au début, je pensais qu’on partagerait les pénétrations. Je n’y connaissais rien en homosexualité. Et dès le deuxième jour, je me suis senti, je ne dirais pas femme, mais féminine.

Après quelques mois de patients travaux, lesquels furent exécutés par les meilleurs artisans du coin, nous pûmes jouir pleinement de la situation. Ça m’avait coûté près de la moitié de ma petite fortune. Ces arrachements de capital m’ont toujours fait hurler de douleur. Jamais je n’avais dépensé autant. En fait, j’avais toujours calculé mes dépenses de manière à recouvrer mes liquidités dans l’état où la nécessité ou le plaisir les avaient trouvées avant de me plonger dans l’angoisse. Jamais je n’avais vécu pareille inquiétude. J’étais si imprévisible que Clément en perdit la faculté de bander comme un homme. Il projeta alors de me tuer. Il héritait ainsi d’un bien non seulement entièrement refait à neuf mais aussi et surtout considérablement amélioré tant du point de vue esthétique que pécuniaire. Il avait tout à gagner à me liquider. Pour la première fois de ma vie, je vivais dans une vraie histoire policière. Ce qui vous laisse supposer que je n’ai pas tué Vincent…

Il arriva par un beau jour de pluie battante. Comme son exosquelette craignait l’humidité, il avait enfilé un imperméable. Clément, qui l’adorait, s’était précipité dehors avec un parapluie que le vent pliait en faisant grincer les baleines. J’étais derrière la fenêtre. J’attendis, me sembla-t-il, longtemps. Puis les pieds frottèrent le paillasson et la porte claqua. Les flammes, dans la cheminée, se dressèrent de nouveau. Jiiii ! Jiiiii !

« Je t’ai ramené le révolver, me dit Vincent avant même de me demander ce que je fabriquais dans cette maison qui ne m’appartenait pas.

— Nous n’en avons pas l’utilité, dit Clément que l’arme toute nue dans les mains d’acier de Vincent inquiétait sournoisement.

— Je te l’échange ! » lançai-je dans un cri de joie.

Vincent se redressa tout entier. Jiiiiii !

« Je n’ai pas besoin d’une arme, dit-il, étonné par ma proposition.

— Nous non plus ! s’écria Clément.

— Comment ça, nous ? » couina Vincent.

Il attendait une réponse. Il ôta lentement son imperméable que Clément reçut sur son avant-bras expert. Le parapluie avait déjà rejoint le coin du mur derrière la porte. Puis l’imperméable commença à s’égoutter contre le même mur. Vincent s’approcha de la cheminée. L’exosquelette émit un petit bruit de satisfaction.

« Nous n’avons jamais reparlé de l’enfant, murmura Vincent. Et veux-tu que je te dise ? »

Il attendait que je répondisse oui. Il avait décidé de me poursuivre. Il avait trouvé comment. Et il avait l’air de triompher maintenant. Je répondis :

« Non ! »

Clément s’était assis sur l’accoudoir du fauteuil que j’occupais. Vincent, ou plutôt la machine qu’il habitait, se plia et prit place dans l’autre fauteuil, celui que Clément avait commencé à occuper pour en prendre l’habitude.

« Je n’ai jamais rien achevé dans ma vie, dit Vincent comme s’il donnait une leçon à des élèves réduits au silence par le règlement en vigueur. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir travaillé. Toi qui n’as jamais rien foutu de ta vie, tu ne peux pas comprendre…

— Moi, je peux, » cliqueta Clément.

Un grand sourire illumina le visage de Vincent.

 

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