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L'orange et l'oronge
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 Article publié le 31 janvier 2016.

oOo

Complètement stoned, j’ai voyagé dans la peau d’un ange.

Je n’étais plus que poussière au vent.

Oh pas de grandes ailes déployées, restons calmes ! Pas de froufrou mystico-alarmant, non, juste deux petites pattes griffues montées sur le ressort mou d’un visage bouffi d’orgueil.

Argus avait jeté ses yeux au vent, j’étais cerné.

Difficile de prendre son envol ainsi monté. Le ressort des plaines fertiles, c’est la mer houleuse toute proche, la mer qui attaque sans relâche ses enfants de craie. Le granit des eaux s’abat, terrifiant, sur le monde.

La chute est rude, l’entente parfaite. La compagnie des anges est chose aisée.

La mer peut attendre, elle a le temps pour elle.

Prenez une montagne de belle taille et allez, broyez-la, réduisez-la en poudre, vous aurez une idée en miniature de ce que ça fait que de voyager de collines échevelées en frissons, de plaines humides en plaintes lascives, de plateaux rocailleux en orgasmesmultiples dans une peau d’orange.

J’ai toujours été poreux, sorte de pierre ponce flottant sur les eaux, une vraie contradiction ambulante.

Ce corps traversier qui me hante habite bien des bois et divers lacs, quelques sources et rares torrents de montagne.

Symphonie ? Concerto ? Bacchanales ? Le rythme y règne en maître débonnaire, sûr de ses aises.

Eux et moi, le rythme et les bois et les lacs et les torrents, formions au moment de mourir un joyeux imbroglio qui ne se suffit jamais à lui-même.

Les veines du présent filaient doux dans les artères héritées du passé, singulière physiologie, j’en conviens, un vrai filon.

C’était, et cela demeure, en dépit de tous nos efforts conjugués, un ensemble en expansion, une étendue fragile, un conglomérat de glaires et de chairs, comme le poisson-lune, dans sa folie, s’imagine contenir tout un océan.

Longue marche dans les bois tout proche. Ainsi va.

Enfin, la grâce faite vie, turgescente :sous l’épicéa centenaire sans doute, l’oronge se tenait coite face à l’ange déchu venu des montagnes.

Sa peau d’orange luisait au soleil. La cire de ses cils coulait sur ses joues.

Oronge et orange rendues à l’évidence que l’ange médiateur - c’est moi ! - qui chantait leurs louanges, ardemment dessinait une courbe ascendante-descendante rivale du piètre réel, et seule en mesure, à toutes fins utiles, d’entraîner l’univers en son entier dans sa ronde céleste, ici, sur place, sur cette terre boisée en proie aux rapines.

La seule conclusion qui s’impose encore est qu’il est impossible de conclure fermement.

La seule fermeté qui vaille est ailleurs, dans les soubresauts des consciences en proie au déchirement des mondes.

 

Jean-Michel Guyot

23 janvier 2016

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