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 Article publié le 13 mars 2016.

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"Litteratura quae omnium iurtutum maxima est" - "Il importe de récompenser la culture littéraire qui occupe le premier rang parmi les vertus"

 

Le modèle familial romain est foncièrement différent de son homologue grec.

Rome est avant tout un peuple de paysans qui conserve, tout au long de son histoire, l’archaïsme de son idéal collectif : l’individu se consacre à l’Etat. Contrairement à l’éducation chevaleresque grecque, l’éducation romaine est terrestre. Le travail acharné, la frugalité, l’austérité constituent les axes principaux des vertus paysannes. Autre trait distinct à souligner : la coutume des anciens est essentielle, les jeunes Romains se laissent volontiers guider par leurs aînés, illustrant la cohésion entre générations. Plus largement, l’éducation est avant tout familiale, la mère élevant son enfant avant qu’il ne soit, à partir de sept ans, pris en charge par le père. C’est à partir de seize ans que l’enfant dépose la toge pourpre pour la toge virile, signe distinctif de la citoyenneté, et consacre une année - avant le service militaire - , à " l’apprentissage de la vie publique " , guidé par un vieil ami expérimenté de la famille. Un mot sur la morale romaine : elle repose sur des valeurs de sacrifice, de renoncement, de dévouement de la personne à la communauté, étroitement liée à l’idéal familial qui met en avant l’imitation des ancêtres.

C’est donc une sorte de révolution qui s’opère entre la Cité et la famille, une incessante révolution qui prend également le chemin inverse, fabriquant peu à peu le futur citoyen romain. Enfin, les lois de la justice, de la morale et du droit constituent la piété romaine, une piété profondément religieuse. 

Ici, donc, à Rome, dans cette civilisation en marche, c’est le pragmatisme qui domine, avec en son sein des vertus traditionnelles qui perdurent, et juste ce qu’il faut de souplesse d’esprit pour absorber les cultures étrangères, surtout si elles sont brillantes, comme la civilisation hellénistique. 

C’est l’extension de Rome, d’abord vers le Sud en Campanie puis au cours des grandes guerres d’Orient avec l’annexion de la Macédoine et de la Grèce qui favorise l’influence hellénistique : d’une part la prise de Pergame apporte le bilinguisme, d’autre part le grec devient la langue diplomatique et internationale. Les grands centres universitaires du monde grec, ceux d’Athènes et de Rhodes, attirent les jeunes Romains, soucieux de parfaire leur éducation. Si l’œuvre du consul Cicéron, au Ier siècle avant J-C, permet de diffuser la pensée hellénistique, elle n’en demeure pas moins exclusivement prisée par l’aristocratie. Par ailleurs, le sport est considéré comme un entraînement ou un jeu, loin de l’émulation des Jeux Olympiques, pouvant être banni de par la nudité, la pédérastie et la gratuité, attitudes absolument inacceptables pour un Romain. Concernant les arts musicaux, ils sont certes repris et intégrés à la culture, mais sous la forme de spectacles. Globalement, la pensée philosophique demeure hellénistique, tandis que l’architecture, l’arpentage et la médecine - celle-ci devenant plus pragmatique - sont développés par les latins. Avec une passion encore plus forte pour l’art des champs qui inspire des traités ( signés Caton, Virgile, Varron, Gargilius ) , l’agronomie, l’art militaire et bien sûr le droit. 

De l’héritage grec, les latins prennent ainsi la texture qui nourrit et fait avancer leur propre civilisation, rejetant les coutumes incompatibles avec leurs traditions. 

Qu’en est-il de l’école ? Comment éduque-t-on la jeunesse romaine ?

On peut dire que pour l’essentiel, Rome reprend ce que les Grecs ont inventé. Ce qui change, c’est l’attribut de l’enseignant : à l’école primaire, de sept à onze ans, les enfants sont instruits par le magister ; ensuite, de onze à seize ans, ils sont à l’école du grammaticus ; puis, jusqu’à vingt ans, ils fréquentent l’école du rhéteur. Tout en s’appuyant sur le socle grec, les Romains apportent quelques innovations, à la fois sur le contenu et la pédagogie. D’abord, l’école n’est pas seulement destinée aux hommes libres mais aussi aux esclaves pour qu’ils remplissent au mieux leur fonction de page, de secrétaire ou encore de confident. Dans l’enseignement secondaire, la déclinaison et la conjugaison sont strictement étudiées, liées à la langue latine, tandis qu’apparaît la syntaxe. L’évolution pédagogique concerne l’enseignement primaire : selon le niveau des élèves ( avancement, âge, tempérament ) , les classes sont divisées dans un esprit nouveau, fait d’émulation, de récompense, du goût de l’étude. Voilà l’une des spécificités romaines, à savoir l’humanisation croissante de la discipline. Une autre et non des moindres, c’est l’invention de " l’enseignement mutuel " : le répétiteur est repris par les plus grands qui montrent l’exemple aux petits, à partir du " tableau " qui fait son apparition. La classe moderne, en quelque sorte, est née. Mais ce n’est pas tout : dans l’enseignement supérieur, l’orator possède de belles salles en exèdre où il enseigne la rhétorique hellénistique afin essentiellement de préparer les élèves à la carrière du barreau. L’enseignement du droit est érigé en véritable science, une éminente invention romaine qui fonde la juris prudens ou Sagesse du Prudent. Quant à la littérature, elle est étudiée dès lors que surgissent les plumes. Jusqu’à la fin du 1er siècle après J-C, ce sont les auteurs contemporains qui font le programme - Ovide, Néron, Stace - , alors qu’après, place est faite aux anciens - Virgile, Térence, Salluste, Cicéron - , des noms comme César ou Tacite étant étrangement ignorés.

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