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Les gens s'aiment trop
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 Article publié le 27 mars 2016.

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Extrait de [Gor Ur, le gorille urinant...]


Quand je me réveille, il est onze heures. J’ai dormi comme le gros bébé que je suis quand on s’occupe de moi. Une douche froide et je suis partant pour deux mille kilomètres à la journée. À un détail près : je peux commencer à tourner en rond tout de suite : elle a filé. Une seringue de DSA explique mes babillages. La Drogue Sexuelle Admissible. Le coup des femmes en manque d’amour. On en trouve à tous les coins de rue et pourtant c’est interdit aux mineurs. Elle m’a piqué dans le dos. Ensuite elle a fait de moi sa poupée sexuelle. Dans mon cas particulier, elle m’a abandonné au cauchemar du priapisme. Je me souviens d’avoir regardé l’heure : il était trois. Elle a huit heures d’avance sur moi. Une journée de production de Papa quand il était accroc à l’usine et aux matières en fusion. Pendant que mon cerveau croyait visiter clé en main des lupanars de rêve, elle est retournée chez elle ou elle est allée dans un endroit dont je n’ai pas la moindre idée. En tout cas, elle n’a pas prévenu les flics, sinon je ne me réveillerais pas dans le même hôtel. C’est fou ce que je suis en forme. L’eau froide m’éclaircit un peu l’esprit. J’en ai besoin, de mon esprit calculateur et prévoyant. Le fuyard, c’est moi. Je cours devant les autres. J’ai fourré mon nez dans une histoire dont je ne connais pas les tenants ni les aboutissants, ce qu’on appelle une enquête criminelle. Le problème, c’est que l’enquête en question est close. Il faudrait du nouveau pour ouvrir ce dossier encore chaud. Et surtout, il faudrait absolument que je sois un flic. Or, je suis le concierge de mon immeuble. J’ai une femme anorexique qui me fait payer ma propre angoisse et un gosse gras comme un confit et sucré comme une barbe à Papa. Moi-même, à part mes crises de priapisme dues à l’excès de DSA et autres babioles de la pharmacopée antiguerreréelle, j’étais sous-flic, presque flic et il a fallu que je ramène ma gueule à cause d’un rupin qui se plaint d’assassinat sans la moindre tentative. Je fais du zèle et personne n’apprécie. Ya tout de même un cadavre, donc un assassin. C’est mon fantôme, mais je suis le seul à le voir. Il hante mes nuits et mes jours et sa veuve m’a injecté la seule toxine qui peut me faire du mal en agissant sur le rapport GMPc/PDE5 que mon cerveau n’a pas appris à contrôler quand il en était encore temps. Il faut dire que j’ai été un enfant problématique. On a su assez tard que j’étais un enfant comme les autres, ce qui n’a pas manqué de me signaler à tout jamais comme un problème social à ne pas négliger sous peine de me voir faire des victimes. J’ai été alors catalogué comme agent potentiel de victimes. Ils avaient écrit ça, non pas au fer rouge sur mon épaule, mais au fronton de mon petit palais subliminal, ce qui limitait les entrées et me condamnait à la victime innocente tombant dans les pièges de mon baratin. J’ai grandi avec cette idée de l’autre, cet autre dont on a un besoin intense et inexplicable, une intensité surveillée de près comme si ça suffisait pour qu’elle ne diminue jamais, surtout au mauvais moment, et l’inexplicable qui doit le rester parce que les seules explications valables sont celles de l’expertise médicale et/ou judiciaire. Ils font de vous un enfant improbable et ensuite ils vous poussent à rechercher sans repos les preuves mêmes d’une normalité dont la question ne se pose plus ouvertement. Il devrait y avoir des lois pour protéger l’enfant qui n’a plus d’enfance et d’autres encore pour leur plonger le nez dans la merde qui leur appartient. Mais qu’est-ce que tu peux foutre dans un monde qui veut te faire croire que la politique n’a pas besoin de la religion et que la religion c’est de la politique ? Les géniteurs se caressent et caressent des rêves de bonheur avant d’essayer d’oublier qu’ils sont à l’origine du malheur. Mais si tous ces cons étaient stérilisés, d’autres cons leur injecteraient ce qu’il faut pour ça, et d’autres enfants passeraient de vie à trépas sans avoir vécu l’enfant normalement doué pour la découverte et le plaisir solitaire à deux à la place de l’amour qui est une connerie politico-religieuse. Les gens s’aiment trop et c’est pas ce qu’il faut accepter en temps de guerre permanente.

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