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 Article publié le 24 avril 2016.

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J’ai voulu écrire une composition. A la petite semaine. C’est-à-dire, en respectant les jours de la semaine. En effet, il semble que d’importants compositeurs, par qui le sérialisme est arrivé, consacrent leurs séries à la petite semaine ; je pense particulièrement à Karlheinz Stockhausen.

La semaine forme une série septénaire, pour reprendre la formule de Louis de Saussure. Le comportement de cette série est une rotation invariable des mêmes termes, mais son plan est une ligne aux termes successifs et irréversibles, la suite des années qui ne connaît pas de retour, sauf mythique.

Moi, j’écris à la petite semaine. Ce qui signifie que plusieurs facteurs concourent à ce qu’en écrivant de la musique, je n’ai pas de préoccupations proprement musicales. Cette situation est plus banale qu’on ne pourrait le croire. L’homme qui siffle en travaillant n’a pas non plus des préoccupations purement musicales.

Je suis une série. Vous pouvez m’appeler ainsi, cela ne me dérange pas. Mon histoire est donc celle de la série. Mais qu’est-ce qu’une série ? Tout le problème est là. Série est de ces termes qu’on ne peut guère définir sans avoir recours à son histoire. Un jour, il est arrivé que le mot série n’a plus du tout eu d’autre signification que son histoire. Et la musique a eu, en plusieurs occasions, affaire à la série.

Arnold Schoenberg est l’inventeur d’une méthode de composition qui emploie les douze demi-tons de la gamme chromatique, méthode à laquelle ont été donnés divers noms : composition avec douze sons, musique dodécaphonique, musique sérielle. Suite aux élargissements de musiciens ultérieurs à Schoenberg, ce dernier terme recouvre un sens plus large. Néanmoins, la série de douze sons reste au fondement de la pensée sérielle de la musique de notre temps.

Jean-Claude Nattiez a bien exprimé une attente du public d’aujourd’hui, vis-à-vis de la musique sérielle. Voici en effet ce qu’il écrivait en guise d’introduction aux cours de Pierre Boulez au Collège de France, groupés sous le titre de Jalons (pour une décennie) :

Il ne faut pas attendre de la publication des leçons de Pierre Boulez au collège de France ce que prétendrait offrir un manuel de composition à l’usage des classes. Chapitre I : comment tailler les crayons(1) ; chapitre II : comment tracer les portées ; chapitre III : comment bâtir une série ; chapitre IV : comment la transformer, etc.! (2)

Tout se passe comme si le musicien amateur devait se cantonner à ses gammes et accords diatoniques posés sur des périodes qui dépassent rarement huit mesures, et dont les divisions même ternaires se laissent ramener à des principes binaires, tandis que le professionnel, qui le regarderait de haut, serait le seul dépositaire de la liberté en musique.

Voilà une bêtise assez communément répandue, et qui rejoint la vieille idée imbécile qui voudrait que, pour improviser, il faudrait maîtriser les théories caduques de nos aïeux. Et s’y arrêter, peut-être. Alors que la musique appartient à quiconque la produit, selon ses moyens propres.

La musique sérielle est une musique compliquée. Une musique écrite a forcément des complications qu’on ne rencontre pas dans la musique non écrite. Le contraire n’est pas moins vrai, d’ailleurs, et l’on raconte que Bartok se donna en son temps un mal de chien à décrire par le moyen du solfège les musiques traditionnelles qu’il relevait, en fondateur de l’ethnomusicologie qu’il était.

Ce qui est compliqué, c’est, par le biais de l’écrit, rendre à la tradition orale une pensée musicale écrite.


1. Le plus important quand on compose, disait Schoenberg, c’est d’avoir une gomme. Ce qui implique d’écrire au crayon. Il n’est pas un de ses disciples, et pas un des compositeurs qui aient été un tant soit peu influencés par le maître de Vienne, et qui n’aient retenu cette leçon.

2. Jean-Claude Nattiez, « Mode d’emploi », in Pierre Boulez, Jalons (pour une décennie), p. 11.

 

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