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 Article publié le 1er mai 2016.

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Les catégories du continu et du discontinu sous-tendent tout le discours critique, toutes disciplines confondues.

Ce sont des notions abstraites qui interrogent la réalité dans sa substance. Toute échelle, toute gradation présupposent une action discontinue sur la réalité analysée. En poésie, la métrique opère une série de coupures dans le continu du langage. En musique, la gamme opère des coupures dans le continuum sonore. Dans la langue, des coupures multiples s’exercent qui permettent de décrire le réel.

L’évaluation dispose d’une série de valeurs dont la découpe est arbitraire et peut être remodelée à l’infini. Mais on peut en donner, à titre d’exception, la partition suivante : c’est mauvais c’est médiocre, c’est correct, c’est bien, c’est très bien, c’est excellent.

« Sous ce qui se répète, il y a ce qui se continue », disait Paul Claudel dans son Art poétique. C’est sans doute une des sources d’inspiration majeures de Meschonnic quand il oppose le continu du rythme au discontinu du signe. Et le poéticien de revendiquer une « pensée du continu » contre le discontinu. Dans son esprrit, le continu représente la métrique et revient à une pensée clivante et fondamentalement binaire.

Conceptuellement, il est cependant délicat de prendre position pour le continu contre le discontinu, autant qu’il serait absurde de penser le discontinu contre le continu. Cette opiniâtreté à stigmatiser le discontinu est d’autant plus troublantes qu’elle paraît répondre (sans la nommer) à l’archéologie des discours que programmait Michel Foucault :

Les notions fondamentales qui s’imposent maintenant ne sont plus celles de la conscience et de la continuité (avec les problèmes qui leur sont corrélatifs de la liberté et de la causalité). Ce sont celles de l’événement et de la série, avec le jeu des notions qui leur sont liées ; régularité, aléa, discontinuité, dépendance, transformation ; c’est par un tel ensemble que cette analyse des discours à laquelle je songe s’articule non point certes sur la thématique traditionnelle que les philosophes d’hier prennent encore pour l’histoire « vivante » mais sur le travail effectif des historiens.

M. Foucault, L’ordre du discours, p.58-59.

Entendons-nous : le continu n’est pas la continuité. Cela dit, la nuance entre les deux notions dépend, pour beaucoup, des discours qui s’y engagent. La complexité de cette réalité que ne peut appréhender la mesure – fondamentalement discontinue – mais qui échappe tout autant à la continuité , si l’on suit la pensée de Foucault, est décrite par le philosophe qui veut expliciter le « principe de discontinuité ».

Un principe de discontinuité : qu’il y ait des systèmes de raréfaction ne veut pas dire qu’en-dessous d’eux, ou au-delà d’eux,, régnerait un discours illimité, continu et silencieux qui se trouverait, par eux, réprimé ou refoulé, et que nous aurions pour tâche de faire lever en lui restituant enfin la parole (…) Les discours doivent être traités comme des pratiques discontinues, qui se croisent, se jouxtent parfois, mais aussi bien s’ignorent ou s’excluent.

Ibid, p.54-55.

Paradoxalement, on le voit bien ici, la pensée de la discontinuité est avant tout une reconnaissance de ce que peut être ce « continu » que promeut Henri Meschonnic. Et ce que Foucault pointe avec prudence, c’est la nature même de ce continuum. Le discours, explique-t-il, est le produit d’un ensemble de limitation, d’un processus de raréfaction, qui opère à différents niveaux. Pour autant, l’existence de ces procédures limitatives n’implique pas l’existence manifeste de ce qui est « empêché ». Il est probable que nous ne puissions avoir, du continu, qu’une connaissance négative, dont le négatif ne se dessine lui-même qu’à travers des discontinuités. Le continu est une masse confuse, antérieure à la langue et au langage articulé. Cette pensée a, semble-t-il, échappé aux disciples du poéticien auteur de la Critique du rythme. Or, elle a une incidence toute simple sur le discours critique : il n’est, en aucun cas, fondé de prendre le parti du continu contre le discontinu, ou inversement. C’est une aberration conceptuelle qui conduit, au mieux, à un discours d’ordre religieux et, au pire, à une dérive sectaire.

 

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