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Le chant du danseur
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 Article publié le 12 juillet 2006.

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Les souffles qui ont chanté la gwerz de Taliesin, les mains qui ont peint les tableaux de Picasso, les cordes vocales qui ont parlé le langage de Joyce, les pieds qui ont dansé le samâ’ de Rumi, les oreilles qui ont composé la musique de Mozart, le vent qui a porté les semelles de Rimbaud, tous ceux-là reconnaîtront dans ces textes les braises du creuset dans lequel fut forgée la lame au damasquin d’éther. Amis du feu, de l’air, de l’eau, de la terre et de l’éther, bon voyage sur cette lande désertique d’où jaillissent les laves des volcans de l’apocalypse d’azur.

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Nous sommes les automates programmés pour défenestrer les idées crasseuses des maniaques du mécanique, nous baisons les femelles syphilitiques de la logique binaire du profit, nous séduisons les illicites de la moralité, nous sommes le feu au cul des turbos encrassés, la fange est notre terreau, tels des sangliers ardents, nous nous sommes vautrés dans ses mille replis avant de bondir, immobiles, vers l’attraction mouillée qui nous a rendus aveugles, sourds et insensibles à tout ce qui n’est pas l’Amour.

Le vent lèche les hémorragies internes du temps qui coule au fond de l’océan des mystères. Les abricotiers péruviens s’illuminent sous la lune sucrée des gothiques harmonies dansantes et la cadence lance ses oeillades aux arômes délictueux des obélisques flamboyants. Laissons-nous ravager par les stances de l’ammoniaque, ondulation prégnante qui caresse les sens, laissons-nous enlacer par le charme des mégalithes vaporeux pour conquérir l’espace vide des chimères, laissons-nous embrasser par les yeux de Méduse, laissonsnous réveiller par Morphée. Qu’avons-nous à faire de ce monde robotique où des momies sérieuses et frigides ruissellent le pathétique attrait de la liberté sclérosée ? Non, nous voulons le sang et les larmes de l’azur, nous voulons la brûlure de l’eau crémeuse, nous voulons la splendeur des hardes d’or et des oripeaux du Néant absent, nous voulons l’esclavage à outrance, les chaînes du vacant libre-arbitre, la peine maximum, l’anéantissement sans retour.

Oui, cette chair est faible mais inoxydable et atemporelle. Et sa puissance ravage totalement le simoun égaré dans de cruelles impasses indolores et mécaniques. Alors, déferle sur ce désert et répand-toi, immobile, joyeux et resplendissant au milieu des ombres que tu es et qui réfléchissent ta clarté. Portées de miroirs en reflets sans tain, les images absentes se réverbèrent au travers de prismes invisibles pour revenir dans le sein qui les avait délicatement déposées dans la paume d’un souffle sans atmosphère. Dans le bleu de tes yeux verts, j’ai cueilli la mer en grappes vermeilles. Saisi par la patrouille de tes charmes vivifiants, mon coeur a traversé l’espace qui nous séparait pour atterrir au milieu de tes seins accueillants, tendre bergerie sauvage, treille sylvestre pour mendiant affamé.

Asphyxié par cette braise énamourée, j’ai rendu les armes devant un si délicieux ennemi et le vent s’est alors mis à caresser mes hémorragies, suturant les plaies, comblant les fossés de feu vivant, asséchant les marécages et arasant les pitons gracieux. Le miroir a trouvé sa chaussure, le brasier est alimenté, voguent les flammes au gré de tes désirs, porte-moi où l’incendie doit trouver ses combustibles. La mer brûle dans un temps sans limite dont seul cet instant éternel porte le flambeau.

Ce n’est qu’en dehors des mots que s’exprime ce qui se doit de s’exprimer. Les mots ne sont que substance grossière véhiculant d’apoplectiques concepts, déjà périmés à leur naissance, les mots ne sont que le regard de la pensée mécanique, tournée en permanence vers un passé stérilisant, les mots sont ce qui sépare, ce qui tronçonne, ce qui méprise, les mots ne sont pas ce qui aime.

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extrait de Le chant du danseur
cratères littéraires

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