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FONCTION POÉTIQUE
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 Article publié le 25 septembre 2016.

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« La fonction poétique projette le principe d’équivalence de l’axe de la sélection sur l’axe de la combinaison. L’équivalence est promue au rang de procédé constitutif de la séquence », indique Roman Jackobson. La rime fait de la parenté phonologique l’équivalent d’une fonction grammaticale. Le linguiste donne l’exemple de la publicité « I like Ike » où « i », « ike » et « like » s’imbriquent comme des poupées russes.

La notion de « fonction poétique » n’est pas spécifique au domaine poétique mais elle a eu un retentissement spectaculaire dans le domaine de la critique littéraire. Elle permet de rendre compte de phénomènes plus larges que la seule rime : l’allitération, l’assonance et la paronomase peuvent être étudiés comme des « parallélismes » à l’intérieur du vers, dont la fonction est analogue à celle de la rime finale. Ainsi, dans le Britannicus de Racine :

Je veux l’attendre ici. Les chagrins qu’il me cause

M’occuperont assez tout le temps qu’il repose.

Tout ce que j’ai prédit n’est que trop assuré :

Contre Britannicus Néron s’est déclaré ;

« Ici » et « assez » marqués par l’s et souligné par leur position dans le vers à l’hémistiche, mais aussi "ici" et « prédit », via le « i », instaurent des parallélismes forts à l’intérieur du vers et renforcent l’homogénéité de sa prosodie.

On peut s’interroger sur le degré de pertinence de les associations plus diffuses : « attendre », « le temps » (du vers 1 au vers 2) se répondent assurément, comme « assez » et « assuré » du vers 2 au vers 3.

Selon Henri Meschonnic (qui par ailleurs critique vertement Jakobson), ce serait tout le réseau des parentés phonologiques qui serait redevables d’une analyse sous le titre de « sémantique sérielle ». Ainsi, un même réseau sémantique associerait : « attendre », « m’occuperont », « le temps », « tout », « trop », « Contre Britannicus » (t) ; « l’attendre », « chagrin », « m’occuperont », « repose », « prédit », « trop assuré », « contre Britannicus Néron s’est déclaré » (r) ; « ici », « assez », « ce que (j’ai prédit) », « assuré », « Britannicus », « (Néron) s’est (déclaré) » (s).

Cette théorie reste sujette à caution, la série n’offrant pas de critère de vérification, contrairement au parallélisme théorisé par Jackobson.

D’une certaine façon, le linguiste russe répond à l’interrogation de son aîné Ferdinand de Saussure par rapport au rôle des rapprochements phonologiques dans les "séries associatives" de la langue, qui lient entre elles des identités grammaticales, lexicales et morphologiques. Son extension hors du champ littéraire tend à faire penser que la parenté phonologique, loin d’être une simple décoration du discours, participe de la conscience linguistique de tout locuteur d’une langue.

 

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