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Baldr
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 Article publié le 9 octobre 2016.

oOo

A deux pas de la mer violacée,
Assise en tailleur, dos au soleil couchant,
Dans ma main le sable
Dans mes cheveux en bataille
La brise marine qui soulève la poitrine
Fouette le corps nu couvert de salure délébile

Dans ma main le sable fin, si fin
Oùnaguère m’apparutdistinctement la figure instable d’un amour-miroir
Et lent à venir le verre translucide
Des métamorphoses, encore et encore
Et peut-être toujours
Car enfin il me plut dès alors de laisser le sable
A la mouvance de son destin

C’est dans ce lieu émouvant que je réside
A même le sable humide
Là où la côte oscille au gré des marées fertiles
Dans le grain la graine, dans la graine le grain
Grain de voix chagrine aux heures sombres
Limpide aux heures claires
Graine d’attente toujours

Mesmains-sabliers ne comptent plus les heures passées en ta présence,
Désert, toipar qui le verre advint,
Cette merveilleentre les mains des hommes
Ma main
N’est plus que paume ouverte sur l’écume du ciel,
Son bleu éblouissant, ses gris enivrants
Avidement je peuple les rythmes arides
Comme si, jaillissant de la lumière des micas,
Une flèche sonore,
Puis une autre et une autre encore,
En venait à marteler le vide
Comme à plaisir
Afin d’y créer l’aisanceinconnue encore

Partie qu’elles sont, immobiles,
A la recherche des pas perdus sur le mouvant estran
Paumesdeviennent cadrans solaires sans aiguille
Boussoles d’ambre
Lumières orangée
Par où ciel et terreredeviennent opales agissantes
Au violet de la mer indolente mêlée

A la nuit tombée
Violence ainsi contenue des flots
Imperturbable battue
Que l’œil, dans l’infini de la couleur, capture
Pour n’en faire usage que plus tard, bien plus tard
Dans la paix des images cadencées

Toutes affaires cessantes
Je me mets à l’œuvre
Assise en tailleur dans le couchant
C’estla nuit dans le bruit doux des vagues
Qu’on perçoit-devine maintenant
A présent que
Les rythmes s’agrègent

Des grains de sable, unis-désunis, je dirais
Volontiers qu’ils sont comme autant de portes
Ouvertes sur l’ensemble fermé qu’elles ne figurent pas,
Pas même n’augurent
Mais rendent sensibles dans la violence coercible
Des rythmes par elles enchaînés-déchaînés
Qu’inaugure la main sensible qui laisse à plaisir
S’écouler le sable à travers ses doigts
Préhensiles
Mais du sable, j’aime aussi l’humide ductilité,
Quand la mer retirée
En agrège les grains,
En fait cette pâte molle qui se souvient de mes pas

L’obscur alors ?
Y voir clair, mais pourquoi pas ?
Une noble tâche
Mais nullement une fin en soi
Pas même un moyen parmi d’autres en vue d’unequelconque fin,
Si obscure, si attrayante soit-elle
Dans l’occurrence qui appelle

A l’obscurvouloir rendre justice,
Voilà somme toute notre part joyeusement maudite
Jeté au feu
Il y brûle gaiement,
S’y enveloppe de flammes importunes
Y disparaît aussi,
Fidèle au mouvement initial de sa mise
Sa raison d’être restant obscure
Comme indifférente à sa supposée cause première
Et c’est bien ainsi

A l’obscurité retreinte de nos villes
A cette pollution lumineuse qui empêche
De discerner les étoiles
Oppose l’obscure qui converge
Vers ce point lumineux qui s’abîme
Dans la lumière,
Et l’obscure, c’est toi toute entière
De toutes tes fibres
Rythmes croisés par où convergent les sources
Qui t’animent

Un écrin de lumière échevelée
Voilàqui tu es, amant,
Mêlant en cela le cela des gemmes muettes mais brillantes
A ta faconde d’être parlant
Et ni gain ni perte qui vaillent
Dans l’impossible décompte de nos étreintes

Penser à toi, c’est comme me glisser dans le chas d’une aiguille
Si fine, si peu tenable,
Que mes mains renoncent à palper
L’obscure présence de la lumière
Qui émane de toi
Dans un amour qu’il faut dire solaire,
Notez bien
Tout est aboli à l’exception de la matière de nos jeux
Rayonnants

Et cachée dans une botte de foin
L’aiguille
Perdue dans l’obscurité de la grange
Mais un feu couve
En toi, en moi
Qui,germant dans les terres insolites,
Ravagera quelque jourles parages
Et jusqu’à la toiture de la grange
Ainsi rivalisantsournoisement avec l’orage
Sanstoutefois en déployer toute la force tonnante

Les temps obscurs n’existent pas plus pour toi
Que n’existe pour moi un rythme naturel
Pris aux choses
Et qu’il me suffirait d’agiter pour en tirer parti
Afin de faire entendre l’antique parole des dieux et des hommes à venir
Les mots en grappe, je n’en fais pas une crécelle
Annonciatrice de mort
Je veux ignorer la lèpre des rythmes empruntés aux choses
Leur préfère la vaillance sans nom des mots
Qui se hérissent devant les êtres et les choses de ce monde
Nul mouvement de mauvaise humeur dans cet élan
Mais l’éclat d’un parti pris
Rayonnant

De nos jeux émane un feu doux
Et la constance d’un foyer ouvert sur le monde
Que le feu embrase la forge de Thor
Sous les rires de Loki,
Peu nous importe
Il advint, certes,
Que le gui fût arraché de force à son hôte
Devint malgré lui ce mortel projectile
Annonçant obscurément des temps à venir,
Ce à quoi Loki ne pouvait s’attendre
Sa cible atteinte par le truchement de Hodr l’aveugle,
Loki ne pouvait imaginer la suite à donner
A cet épisode mémorable
Baldr attend son heure
Les sables humides en attestent l’attente
Que nos mains serrées délivrent
Et roule l’ambre amoureuse de la houle
Et Baldr de sourire en signe d’amitié
A tout ce qui vit

D’un pied gaillard foulant les ombres
Pareilles au vent,
Je m’avance

Jean-Michel Guyot
2 octobre 2016

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