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Nouvelles lentes - suite de N (nouvelles de Patrick Cintas)
La poupée (nouvelle)

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 Article publié le 23 mai 2020.

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La suite de cette nouvelle se trouve ici (in progress)

 

J’avais trouvé le pied droit. Il était enfoui dans le sable derrière un grand rocher. Ce rocher, que je pouvais voir de la maison, était toujours dans l’ombre. Quand Peter a lancé le jeu, j’ai tout de suite pensé à ce rocher. Le matin, une femme nue s’y exposait, à l’abri du soleil qui se levait sur la mer. Je l’observais à la lunette jusqu’à ce qu’elle parte. Elle semblait alors plonger dans l’ombre derrière le rocher. Je ne la revoyais plus de la journée. Personne d’autre que moi n’avait observé ce phénomène. J’avais posé la question à tout le monde, mais d’une façon détournée. Personne n’avait jamais rien vu sur ce rocher. La possibilité d’un animal n’inquiéta personne. Il n’y avait pas d’animal dans la maison. Et aucune autre maison à moins de dix kilomètres. Peter a lancé le jeu vers dix heures du matin. La femme avait quitté le rocher depuis trois heures. Je me levais chaque matin à six heures. J’étais seul dans ma chambre. Sabrina la quittait vers quatre heures. Elle y était entrée à deux. Peter s’absentait de minuit à six heures. Il travaillait au casino, à vingt bornes d’ici. Je me demandais tous les soirs ce que Sabrina pouvait bien fabriquer de minuit à deux heures, mais je comprenais qu’elle revînt dans sa chambre une heure avant que Peter ne rentre. Une heure, ce n’est rien. Mais deux…

Les couples s’égaillèrent aussitôt que Peter lança le jeu. Il avait démonté la poupée la veille avant de partir au casino. Une tête, deux bras, deux mains, deux jambes, deux pieds. Le tout articulé. Neuf pièces en tout. Nous étions dix en comptant Peter. Et Sabrina ne jouait pas. Après tout, il n’était pas interdit de revenir avec plus d’une pièce. J’avais trouvé le pied droit. Il était onze heures et des poussières. Les traces de pas remontaient la dune entre les herbes. Je les suivis.

Arrivé au sommet, je n’avais plus qu’à descendre de l’autre côté. On voyait la route plus loin. Je m’attendais à tomber sur des traces de pneus. Les pas étaient réguliers. Ils appartenaient à une seule personne. Donc, la femme que je voyais tous les matins. Elle était seule. Je dus marcher une bonne heure en direction des montagnes. De temps en temps, les traces disparaissaient, mais elles réapparaissaient plus loin et je les suivais obstinément. Je dus traverser la route et m’aventurer dans le désert. Je n’étais pas vêtu pour les grandes randonnées sous le soleil. Il allait être midi. Là-bas, on devait me chercher. On m’avait vu gravir la dune après le rocher. Je leur avais même adressé un salut. Ils pouvaient être à ma poursuite en ce moment. Je m’en fichais.

J’abandonnais le pied sur un talus. Je le retrouverais au retour. Personne ne vient jamais par ici. La femme était peut-être une de ces visions qui empoisonnent mon existence depuis que j’ai eu peur, un jour, à Paris. Je ne suis pas retourné en France. J’étais guide touristique. En attendant mieux. Mais après l’attentat, j’ai trouvé un emploi au service de Peter, ce qui m’a éloigné. Je vis très bien ici. Je m’occupe de la maison. Peter me laisse sa bagnole, un buggy. Je l’entretiens aussi. J’aime la solitude. Quand ils seront partis, à la fin de l’été, me dis-je, j’éclaircirai cette histoire de femme sur le rocher. Je savais que je ne la trouverais pas. Mais à qui appartenaient ces pas ?

Je suis rentré à la tombée de la nuit. Je me suis fait engueuler par Peter parce qu’il manquait un pied à la poupée de Jenny, une morveuse de huit ans qui me déteste. Il était trop tard pour aller le chercher. On irait le lendemain en buggy. Jenny adorait le buggy. Elle aimait le buggy, les casquettes et les lunettes de soleil. Je ne savais rien de plus à propos de cette gosse, sauf qu’elle appartenait à Sabrina et que Peter s’en méfiait. Depuis un an que je les connaissais, les Bradley, je ne m’étais pas intéressé à leur intimité. Sabrina était entrée dans mon lit sans m’en demander la permission. Ça m’ennuyait pour Peter qui était un brave type. Il avait perdu un bras dans l’attentat. Et autre chose de plus précieux.

Mes excuses ne suffisaient pas. Jenny m’a jeté la poupée à la figure et elle s’en est pris une sur la sienne. La main de Sabrina est leste. Jenny s’est mise à pleurer et on est monté se coucher. Peter n’a même pas pris le temps de nous inventer un nouveau jeu. Ses amis adoraient jouer. Je ne les connaissais pas. Ils étaient fascinés par cet attentat et Peter exhibait son moignon. Moi, j’avais eu peur. Rien d’autre. Et j’avais pris des photos. Je ne les ai montrées qu’une fois. C’était des flics que j’avais photographiés. Des flics aux visages tendus. À ce moment-là, la peur était en train de ravager mon esprit. Et je ne sais pour quelles raisons profondes, je ne m’étais intéressé qu’aux visages des flics. Je ne savais vraiment pas expliquer pourquoi. Les amis de Peter trouvaient ça bizarre, mais la peur ne s’explique pas aussi facilement qu’un bras coupé ou une paire de testicules emportés avec ce qui va avec. C’était il y avait un ou deux ans. Ou plus. Peter ne voulait pas mesurer ce temps avec moi. Il hurlait de douleur pendant que je photographiais les flics. Et il ne savait toujours pas ce qu’il devait penser de mon comportement.

Le lendemain, la femme est à l’heure. Je la regarde dans ma lunette que je tiens d’une main et de l’autre je me caresse. En bas, Jenny attend dans le buggy, assise au volant comme un garçon. Cette nuit, Sabrina n’est pas venue. Peter a finalement renoncé à aller au casino. Alors forcément, j’ai de l’énergie à revendre. Je ferais peut-être mieux de courir jusqu’au rocher en prenant soin de me dissimuler derrière le talus. Cette femme peut courir plus vite que moi. Je ne la rattraperais pas si c’est ce qu’elle veut. Voilà ce qui me traverse l’esprit pendant que cette morveuse de Jenny m’empêche de jouir. J’abandonne et je range la lunette. De toute façon, la femme est partie. Plus tôt que prévu. Je descends.

Jenny est à la place du mort. Elle a attaché sa ceinture. Elle sait ce qu’elle veut. Je m’apprête à prendre le volant quand elle se met à gueuler qu’elle n’a aucune envie de se laisser conduire par moi. D’après elle, je ne suis pas assez doué pour ce genre de conduite.

« Parce que tu comptes conduire ce bolide… ? éructai-je.

— Peter prend le volant. Pas toi !

— Et c’est qui qui sait où il est, ce maudit pied ?

— Je m’en fous du pied ! T’iras le chercher à pied. Ça t’apprendra ! »

J’étais sur le point de lui en mettre une quand Peter est arrivé. Il me dit :

« Va chercher le pied, l’ami. J’emmène cette conasse en ville pour remplacer la poupée. Quelqu’un lui a mis le feu cette nuit… »

Il me regarde comme si c’était moi.

« Pourquoi j’irais chercher le pied si cette foutue poupée n’existe plus ? grognai-je.

— Parce que tout ça, c’est ta faute ! » hurle la morveuse.

Peter rigole et se met au volant. Il va impressionner la petite par un démarrage sportif. Elle serre les dents et sans doute les fesses. C’est fou ce qu’on a envie de chier quand on a peur. Les flics me regardaient comme s’ils me plaignaient. J’ai mis du temps à entendre les cris de Peter. Il était ficelé sur un brancard et un flic ou autre chose lui injectait des liquides dans l’autre bras. Il me parlait de Sabrina. Elle l’attendait à l’hôtel. S’il avait su, il ne serait pas venu. J’ai eu l’inspiration d’aller pisser parce que le concert m’ennuyait.

« Hé ! dit Peter en lançant le moteur. N’oublie pas le pied. Tu trouveras peut-être une explication à ta vision. On ne sait jamais… »

Et les traces de pas ? Je ne lui en parle pas. Je vais finir de me branler entre les cuisses de Sabrina. Si les autres m’en laissent le temps. Le matin, ils engouffrent des tonnes de pancakes et des mètres cubes de café au lait. Ça leur prend une bonne demi-heure. Baiser sous l’influence d’un tel vacarme n’est pas ce que je connais de mieux en matière de plaisir, mais il faut que je libère mes neurones de cette emprise. Ensuite, je réfléchirai.

Je traverse la salle à manger. Ils sont tous là. On m’interroge :

« Ya pas de jeu ce matin ?

— Peter est allé en ville pour acheter une poupée…

— Quelqu’un l’a brûlée, on sait…

— Et ça ne peut être que l’un d’entre nous…

— Mais c’est pas nous ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! »

Bref. Sabrina est à la cuisine. Dans la poubelle, la poupée. Calcinée jusqu’à l’os. Rien ne m’accuse. C’est con, les gosses. Ça peut vous foutre en l’air votre vie d’adulte. Sabrina n’est pas disposée.

« Tu vas chercher le pied ? dit-elle sans se retourner.

— Pour en faire quoi ? Je voudrais bien qu’on m’explique…

— Au fond, il n’y a que toi que ça arrange, cette histoire de pied et de poupée en feu…

— Ah ouais… ? Et c’est qui qui va avoir une poupée toute neuve ? Moi, peut-être ?

— Oh ! Tu es odieux ! »

Je ne le suis pas. Je ne me fatiguerais jamais de Sabrina. Elle est mon type, si je peux dire. Entre la beauté canon et le bien ordinaire. Mais Peter est encore vivant. On ne meurt pas de mutilation. La preuve. Ou alors, comme dit la chanson du poète français : faut qu’ça saigne !

« Bon ben j’y vais, dis-je en m’enfilant une crêpe et une gorgée de café brûlant juste derrière.

— J’espère que tu vas le retrouver… Il y a eu du vent cette nuit…

— Je sais… J’ai pas dormi…

— Il n’y a personne, là-bas. Des animaux, peut-être. Mais les bêtes ne s’intéressent pas aux pieds des poupées.

— Tu deviens obscure, ma chérie… »

Je sors de la cuisine. Elle me rattrape, m’enfonce ses ongles dans la chair et me siffle :

« Ne m’appelle pas comme ça ici ! Ya du monde ! »

Il y a longtemps que j’ai renoncé à comprendre les femmes. Je me demande si je vais prolonger mon séjour paradisiaque. Je retournerais où ? D’où je viens ? Ah j’ai trop peur ! Je ne suis pas prêt. Et je ne connais pas d’autres pays. Je n’ai jamais voyagé. Peter m’a emmené dans ses bagages. Et me voilà. Cette histoire de vision me tarabuste. Elle m’enquiquine même. Je veux en avoir le cœur net. Et je me remets en route. Mais cette fois, force m’est de constater qu’il y a deux traces. Deux traces humaines.

Je me jette par terre, dans la poussière, pour mesurer les différences. Il s’agit peut-être d’une superposition. Le vent a-t-il vraiment soufflé cette nuit ? Ou était-ce une métaphore ? Avec Sabrina, je me perds toujours en chemin. Les traces de gauche sont différentes. Plus larges. Plus profondes. Ce sont celles d’un homme. Et cet homme, ce n’est pas moi. Hier, j’ai bien pris la précaution de marcher sur le talus. Et c’est dessus que je retrouve le pied de la poupée.

Pourquoi revenir ? Cette fois, je me suis habillé en explorateur et j’ai emporté de l’eau et des galettes. J’ai un chapeau sur la tête et des godasses aux pieds. Sabrina m’a observé tout le temps que j’ai mis à disparaître derrière les dunes. Elle en parlera à Peter. Quand je suis seul, je me balade à poil. Mais je ne peux pas à cause de Jenny. Peter s’en fout, mais Sabrina a de la pudeur une idée vieillotte. Pourtant, de là à m’habiller comme si je partais au bout du monde… C’est peut-être là que je vais.

 

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Commentaires :

  Dé-lire « La poupée » de Patrick Cintas par Gilbert Bourson

La question est de savoir si écrire est équivalent à prendre son pied. La question posée, c’est déjà répondre par Nietzche interposé, que c’est avec la paire de ce membre (au moins) que l’on écrit. Le bras bien évidemment, collabore au jeu, et quand il s’agit de toucher son petit soi bandé par la vision (intérieure) d’une vierge au rocher, (gonflable au gaz langagier de l’imagination), ce bras se détache du manche à balai de la nécessité. Et commence la Peur d’inventer un Peter qui prend en main le jeu. Ce sera inévitablement le jeu de ce je, qui ne perd jamais des yeux la fameuse et mythique Verge du rocher dressée devant la vue, et alternativement avec ou sans la Vue mais toujours le rocher. La poupée (si fliquée aujourd’hui par les culculs bénis) est portée (à portée) de ce démembrement en morceaux Osiriens. Ça cherche sans chercher puisque déjà trouvé : Faiblesse de l’écrit ? La poupée (ou le titre) est en phase éperdue avec les phrases qui piétinent sur un pied. L’un n’est donc pas perdu quand l’autre est disparu, afin que quelque chose justifie un peu le jeu de la fiction. Bien sûr le désirant se met martel en quête des morceaux perdus, en lutinant, baisant les meufs des environs, qui sont un peu d’ailleurs comme les andalouses de Chateaubriand dans la vie de Rancé. Quel chahut cette Peur engendre Peter Pan qui crochète l’enfance avec son soi Crochet ? Lecteur de ce nouveau morceau de notre auteur, on se prend à ne pas vouloir quitter ce jeu, celui de notre je, qui se joue au scrabble avec les osselets épars de ses désirs de se reconstituer. La poupée vaut le jeu sexuel de perdre un peu d’horizon pour se dire que l’on va vers quoi l’on aimerait aller, pour ne pas reconnaitre qu’on y est déjà. Impossible de lire intacte cette histoire effilochée que l’air du vierge azur affame. Serait-ce la poupée qu’on s’offre découpée en rêves successifs, qui nous laissent au seuil d’un deuil qui nous refait à neuf et tout défait ? Le héros de ce texte ne perdra jamais que son bras scripturaire, et se servant de l’autre pour le remplacer sans avoir l’air de rien, prendra pour s’le taper, sur le clavier des mots, son pied masturbatoire. Cette nouvelle (lente selon son auteur) est un texte labyrinthique où la sortie se cherche comme son chercheur, dont on peut supposer que sa poche recèle la mélancolie de Durer le rêveur avec dans la mémoire un peu de la recette de Robert Burton.


  Pédophiles et « conception » par Patrick Cintas

Les pédophiles cultivent en principe l’art de l’ellipse. Sauf en cas de pédopornographie. La narration de cette « poupée » est à rattacher plutôt à cette « immaculée conception » qui réunit Breton et Éluard. Les tergiversations du narrateur ont-elles un intérêt poétique ? Ce serait chouette, n’est-ce pas ? L’auteur de cette nouvelle (qui n’en est pas une) aurait réussi à dépasser le stade trop étriqué du récit circonstancié. Son narrateur tourne autour du pot. Mais a-t-il échappé à la tentation comme il le prétend ? Des prétextes annexes servent de moyen de détournement du sujet. On observe cela chez la personne auditionnée dans le cadre d’une enquête qui le cerne dès le départ (car sinon il n’aurait pas été convoqué). Il s’agit donc pour lui de nier plutôt que d’affirmer un quelconque goût pour la chose littéraire. Bien sûr, l’auteur doit entrer dans la peau de son personnage pour l’interpréter le mieux possible. Mais sans expérience de la chose et soutenu seulement par ce qu’on en sait sans s’y adonner, il faut reconnaître que la tâche n’est pas facile. En tout cas, rien de moral ou d’immoral là-dedans. Et surtout aucune recherche esthétique. Une connaissance livresque ou par écran interposé : notre homme d’action (l’auteur) se demande à la fin s’il peut pousser son personnage dans un roman, car il sait que souvent ça s’est passé comme ça pour lui. Mais dans le cas de « La poupée », l’interruption semble définitive. Ou (ce n’est pas nouveau) : De la nouvelle comme début de roman. Plus loin (dans le temps), on lira mon roman Hypocrisies qui trouva de quoi naître dans une nouvelle intitulée justement : [L’interruption]. Ici, donc, deux perspectives : le roman et la « conception » comme revêtement du langage. La « lenteur » de la nouvelle est un effet du ralentissement final, non pas du texte, mais de son auteur à cheval sur son dada.


  Stop à la masturbation de la plume par Henri Valéro

Salut Patrick - Quel plaisir, quel pied que celui de la poupée… Immédiatement suivi d’une grimace d’incompréhension totale. Comment peut-on commenter un texte qui n’a besoin de rien, si explicite et si bien mené ; une œuvre parfaite. Et ce n’est pas de la lèche, mon personnage ne fait pas dans ce genre !

Comment tant de mots, tant d’emphases, sont-ils assemblés pour ne rrrrrrrrrien dire du tout. Pas sûr que celui qui a pondu le commentaire soit capable de le récrire au semblable si on le lui demandait ni savoir vraiment ce qu’il a voulu dire au premier jet. Aberrant ! Ni un agagadémicien peut comprendre pareille ineptie. Quel oubli de la beauté du simple où le bulbe s’arrête de phosphorer, plutôt que de pédaler dans la semoule, et où le cœur est touché d’une flèche de bonheur.

Merde, cela devient illisible voire ridicule et gâche le plaisir du lu précédemment. Une personne sensée, aimant à lire, ouvre la RAL,M et tombe là-dessus… Elle s’en va, vitesse grand V, à Volo en Italie, effrayée par l’auto gonflette de pets trop retenus.

Pardon, pardon, pardon, mais cela me fiche le moral et la bite au plus bas.

Ne te fâche pas, il m’a fallu te le dire. Des textes merveilleux ont paru grâce à ton travail et je m’en suis gavé. Pas toujours simples et parfois très vulgaires mais toujours poignants par leur véracité vorace. Stop à la masturbation de la plume qui décharge un foutre indigeste. Pour être atteint par cette flèche du bonheur, il faut pouvoir comprendre sans être obligé de se tordre comme une serpillère qui ne veut pas lâcher son jus.

Tu peux me censurer, me répudier en me dépubliant, cela m’est égal. La RAL,M continuera de m’alimenter car j’y retrouve souvent des parcelles de nature humaine qui s’étaient éparpillées dans tous les sens. Y compris les interdits.


  Gilbert Bourson et les perdrix par Patrick Cintas

Gilbert Bourson a inventé le genre « perdrix ». Cet envol a animé le ciel de la RALM de février 2013 à juillet 2019, suivi d’une parution partielle chez Le chasseur abstrait où il a publié une bonne douzaine d’ouvrages.

[Voir la rubrique des perdrix]

[Lire le no 104 de la RALM] où les perdrix se sont posées le temps d’une préface.

Une fois qu’on aura compris en quoi consiste une perdrix boursonienne, on saura comment Gilbert Bourson réagit devant un texte et ce qu’il en tire pour commenter ou ajouter à sa propre bibliographie. Il y a du Sartre chez cet auteur.

Il faut donc s’attendre à ce que l’intervention du poète ne perde jamais ses ailes au décollage ni au retour sur la terre ferme.

La sagesse veut que si le livre ne te plaît pas, referme-le. Et s’il ne te convient pas, réfute-le. En aucun cas ne le jette à la poubelle.

Il n’y a pas d’autre alternative à la voix dès qu’on la place dans ce forum : le silence ou la réfutation.

Je ne sais jamais ce qu’il faut penser du silence pour la raison que je ne l’entends pas. Quant à la réfutation, elle appartient à son auteur qui a le droit de garder les pieds sur terre, quitte à subir un coup d’aile de perdrix ou rien du tout.

Que peut-il se passer entre un Gilbert Bourson qui recherche les applaudissements, à sa grande joie (il en tape des ailes), et un Henri Valéro qui n’en a rien à fiche d’avoir le cul verni ni les pompes cirées ?

J’aurais préféré, à cet endroit, poursuivre la tentation d’écrire là où les post-modernes l’ont laissée. La question de l’objet d’art n’a toujours pas trouvé de réponse définitive et c’est sans doute tant mieux : car sinon de quoi alimenterions-nous nos attentes ?

Auteurs et éditeurs se multiplient à Chanaan comme ailleurs. Revenant à Sartre (décidément), on ne peut s’empêcher de revoir sa définition du philosophe : ni salaud, ni pédant. Salaud celui qui construit sa pensée après l’action (pour la justifier). Pédant celui qui soumet ses actions à une pensée prédéfinie. Le philosophe est-il un sycophante ?

Question à laquelle je ne soumettrai pas la pauvreté de mon vocabulaire ni les faiblesses de mes constructions artisanales. D’autres questions plus terre à terre me soulèvent encore : Qu’est-ce qu’une nouvelle ? Une fable ? Une chronique ? Comment fait-on ? Pourquoi ne saurai-je jamais pourquoi ?


  Jeu de roman avec la poupée par LUCE

L’inversion des pôles est, paraît-il, imminente. Mais la pratique de l’écrit n’a pas attendu cette promesse pour procéder au déplacement linguistique de l’adage : "L’art est facile, la critique est difficile."

L’époque le veut : la plume n’est plus l’apanage des princes ni des révoltés. Elle se fait prendre par n’importe qui et notamment par les graphomanes soucieux de loisir ou carrément de reconnaissance dans le domaine des Lettres naguère si vierge que son hymen résistait à toute tentative de pénétration. Mise donc à l’imparfait du principe qui dit "N’aime pas qui veut."

Pourtant, notre temps, séduit par les lois du marché, ouvre les portes sans y regarder de si près. On ne parle même plus d’hymen. On écrit. La plume vole au secours des causes aussi diverses qu’utiles. Elle explore les possibilités d’en dire plus et mieux que les autres (croit-on). On se pavane dans les mythologies toujours héritées de lectures le plus souvent traduites et même adaptées. Et j’en passe. Bref, tout le monde écrit.

Chacun y allant de sa théorie du texte et de l’emploi qu’il convient de lui réserver. On est "partisan". On a sa ligne éditoriale, quelquefois même en conformité avec ce qui se fait de mieux dans le domaine de l’édition. L’auteur en mal d’homologation lèche bottes et vitrines. Il lui arrive même quelquefois de rencontrer le bonheur : il est toujours temps pour lui de se fabriquer une cause après "coup", s’il l’a tiré...

Ainsi Patrick Cintas, dans son intervention ci-dessus, propose quelques pistes pour appréhender sa "poupée" sans pédantisme ni suffocation muette d’admiration.

Cet auteur pourrait être qualifié, si on y tient, de "minimaliste impressionniste." Il n’accompagne pas ses contes du Littré ni de la Souda. Le plus souvent, ça parle. Et le message passe. Le non-dit et l’entre-deux-lignes sont ses deux outils principaux. Il ne raconte ni ne chante rien (car il est aussi poète) qui n’appartienne pas à tout un chacun.

Pourtant, l’interprétation de son récit n’est pas donnée d’avance. Ainsi, je ne vois aucune instance pédophilique dans cette poupée. Dix personnages lui tournent autour dans le cadre d’un jeu digne des meilleurs séjours estivaux. Mais seuls quatre d’entre eux sont désignés : Peter, en hôte soucieux de bien faire, Sabrina, convoitée mais distante, Jenny, une pisseuse de dix ans et le narrateur lui-même. Sur les six autres personnages, rien : ils sont "en quête d’auteur".

Loin de moi l’idée de considérer que la poupée est un personnage. D’ailleurs, elle se présente d’emblée en morceaux : un par personnage, moins un. Mais de loin, on distingue aussi bien que le narrateur un onzième personnage : une femme nue. Nue parce qu’elle se dore au soleil, sans doute étrangère à toute velléité d’exhibition. C’est donc entre une masturbation intense et une recherche de morceaux dissimulés par jeu dans le sable que se déroule ce qui, à mon avis et contrairement à ce qu’en dit l’auteur, est un roman. Celui-ci n’est effectivement pas la "suite" de la nouvelle, mais son cœur même.

Le roman de la poupée existe donc. Et l’auteur de la Nouvelle de la poupée ne le trouve pas où il le cherche !

Je ne serais pas la première à affirmer que la nouvelle est la graine des romans qui fleurissent au printemps et non pas en été avec ses graphomanes bronzés. Vargas LLosa avait proposé à un salon du livre de Madrid un jeu consistant à écrire ensemble un roman à la suite d’une phrase écrite par lui-même, jeu qui eut beaucoup de succès et en inspira plus d’un. Je propose à mon tour de jouer à la poupée : et, plutôt que d’en trouver la suite (comme si elle s’appelait Edwin Drood), de "trouver" (je suis sûre que ce verbe va "titiller l’intelligence" de notre auteur) ce qui s’est passé, et peut-être se passe encore, entretemps.

Entretemps la poupée… ou tout autre incipit de votre invention, chers auteurs qui écrivez parce que c’est possible et non pas vital. Joyeux buveurs !

...


  Éloge de la masturbation par Gilbert Bourson

Éloge de la masturbation , donc de l’écriture

La masturbation est toujours, une pratique intellectuelle, fantasmée par l’imagination. L’écriture est une masturbation où mots, langage, images, se donnent le change des métamorphoses, et dont le corps s’émeut. La plume est chatouilleuse, et ce, jusqu’aux endroits sensibles, fussent-ils baroques et même un tantinet précieux. Ce n’est pas Gadda qui est baroque disait de lui-même le grand écrivain Italien, c’est le monde. S’émouvoir jusqu’à la masturbation par le langage qui l’affine, en faisant bander les interprétations, le sens du dérèglement de tous les sens, à travers un texte, une pensée ou une fiction, n’est pas plus masturbatoire que de parler de ses émotions (qui en réalité sont une création) sur lesquelles on base la motion de son texte. On se branle la tête tout autant, en évoquant avec des mots simples ce qu’on ressent des horizons que l’on nomme lointains (la nature et sa prétendue beauté n’existe que par notre regard, les horizons ne sont lointains que dans les mots). Écrire est faire sortir le langage de ses gonds, pour excéder la vie réduite à ses seules sensations, lesquelles sont limitées à de pauvres croyances et donc à de bien maigres éjaculations. Le langage qui se refuse à être masturbé se condamne à répéter les clichés qui nous baisent. Le seul moyen d’y échapper est donc de baiser le langage ou de faire en sorte qu’il nous baise selon nos propres désirs, notre propre imagination. Une écriture qui n’excède pas le sens de son émotion, est étique comme l’échine de Rossinante ou comme l’arête de poisson peinte par Buffet, qui lui, bien évidemment, restitue la chair du poisson par la métaphore ironique de son tableau. L’enseigne du poissonnier, elle, ne montre pas les arrêtes, mais le poisson tel que sorti de la mer au naturel et semble ignorer la destination alimentaire de la chair, avec ses délices de tous acabits, de Capoue, ou d’ailleurs, quelles soient olfactives, gustatives, esthétiques, tous sens qui charrient des images, des goûts, des couleurs exotiques, des idées de pêches miraculeuses ou d’un doigt dessinant son signe dans le sable. Toute écriture est dépôt d’alluvions, le terme rappelant celui d’allusions nous voilà donc au bord de la masturbation, stylo ou clavier d’ordinateur en main. N’étant pas très à l’aise dans cet exercice consistant à expliquer ou m’expliquer sur tel écrit ou telle idée ou chercher à en donner une quelconque définition, il me semble avoir ici fait défiler des évidences. Dès que le raisonnement montre le bout de son nez, je perds l’odorat. Et donc, l’écrit (sans ture) ne sent plus rien que le formol. C’est comme si je n’avais pas pris les choses en main. Car la main à la plume vaut la main au machin que les anges n’ont pas.


  Is an ideal world possible ? par Jean-Michel Guyot

Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé. La tradition de toutes les générations mortes pèse d’un poids très lourd sur le cerveau des vivants. Karl Marx, Le 18 Brumaire de L. Bonaparte, 1851

L’histoire, agression de l’homme contre lui-même, ... se vouer à l’histoire, c’est apprendre à s’insurger, à imiter le Diable. Emil Michel Cioran, La tentation d’exister

Pourquoi ne pas accuser en ces circonstances où la vérité ressort, le fait que la littérature se refuse de façon fondamentale à l’utilité ? Elle ne peut être utile étant l’expression de l’homme - de la part essentielle de l’homme - et l’homme en ce qu’il a d’essentiel n’est pas réductible à l’utilité. Georges Bataille, La littérature est-elle utile ? 1944

Is an ideal world possible ?

A world can never be ideal because it is full of people with different beliefs and ideas. The definition of an ideal world changes between people. For example, Hitler was sure he was creating the ideal world for his country people but his ideas were very extreme and provoked the death of many people. So this perfect world would have to become a tyranny : one idea of what is perfect and good for everyone would have to be chosen and would leave some feeling oppressed and cheated on because their values wouldn’t be a part of this world. Anaïs Guyot, 2015

*

Dans un monde idéal, « idéalement idéal », l’on baignerait constamment dans une tautologie normative et dans un bain de moraline ouaté en diable, tout le monde, il est beau, tout le monde, il est gentil. Un paradis aux relents de cauchemar où rien ne se passerait que le rien, soit l’éternité, notion conçue et construite sur la dépouille de la condition humaine privée de toutes ses dimensions.

Pas d’histoire ni d’histoires, voilà qui serait bien ennuyeux car les histoires distraient au moins, occupent, obsèdent parfois tant elles nous révèlent à nous-mêmes cette part de nous-mêmes qui tend obstinément à nous éclairer sur nous-mêmes, tout en ignorant délibérément tout de ce « nous » fantomatique, voire en nous ignorant purement et simplement en tant que personnes associées disant « nous », mimant ainsi l’Histoire avec un grand H.

Le participe présent employé à l’instant participe de ce flux continu d’actes et de pensées qui innervent et nourrissent les grands récits : il s’agit de rendre présent à soi ce qui ne va jamais de soi, venant de l’homme.

C’est dans l’écart, la césure entre soi et soi, que s’origine toute histoire narrée qui se tienne un tant soit peu. L’histoire comble la césure en la creusant, creuse l’écart à mesure qu’elle le comble.

C’est l’arbre qui cache la forêt qui révèle l’arbre qui dissimule la forêt, ainsi soit-il. 

Dans ce jeu d’ombres et de lumières mouvantes, ascendantes et descendantes, crépuscule du soir et crépuscule du matin s’équivalent, mais entre temps le temps s’est arrêté pour mieux se raconter.

Une simple nouvelle foisonne tel un pré fleuri au printemps, nous rappelant joyeusement les rigueurs de l’hiver encore vif dans notre mémoire. Ni le sol ni les bulbes en fleurs, ni le ciel ni l’air frais et lumineux ne se suffisent à eux-mêmes, dès lors que l’auteur a pris le parti de dire ce qui advient dans le cadre souple qu’il a choisi : il est maître des lieux et des personnes, maître des masques et des vérités qu’ils révèlent en les dissimulant, qu’ils dissimulent en les révélant.

L’histoire, quant à elle, avec ou sans H majuscule, va toujours trop loin, nous dépasse, parfois même nous broie, effaçant jusqu’à nos traces les plus infimes.

Dans cette tragi-comédie interminable, elle agit à la manière d’un immense aparté qui disloque les consciences protéiformes, les affronte aussi, mettant ainsi en évidence notre solitude.

Elle donne ainsi de la voix.

L’on pourrait naïvement s’imaginer qu’elle murmure à l’oreille des « puissants », leur inspire leurs projets mirifiques et leurs actions héroïques, il n’en est rien. Elle ne parle ni par la voix de « grands hommes » politiques ou de chefs de guerre auréolés de gloire ni dans les livres d’histoire, colloques, cours et articles produits par nos meilleurs historiens.

Elle parle sans cesse, donne de la voix, disais-je, mais en aparté, à la marge des plus beaux discours savamment peaufinés et des plus belles envolées lyriques semi-improvisées ; on n’en perçoit jamais que le souffle explosif ou discret. Elle ne véhicule aucun message clair ou brouillé.

Radio Londres émet dans la nuit et le brouillard.

L’histoire, c’est une série d’hypothèses basées sur des faits dûment établis, inspirées par la conjoncture et sujettes à de multiples interprétations contradictoires.

Les centres d’intérêt varient en fonction des enjeux nationaux et internationaux, et le carriérisme ne joue pas qu’un peu dans les choix d’études opérés par les étudiants et leurs maîtres de thèse.

Les faits parlent pour elle, mais jamais d’eux-mêmes, dans tous les sens de ce terme sans terme. Ils sont toujours en nombre limité mais croissant. La masse des données recueillies peut être considérable au point de dépasser les forces humaines. Elle requiert des équipes entières d’historiens, de vrais bataillons qui se relaient de génération en génération.

Les faits sont têtus, certes, mais également obtus, biaisés, incomplets, lacunaires, aléatoires en ce qu’ils dépendent de l’état de la recherche qui se base sur des archives de natures diverses. L’écrit ne prime plus, l’image et le son se sont mis de la partie. Le primat du fait se plie de fait à la primauté accordée aux sons et aux images, même si priorité est le plus souvent encore donnée aux archives écrites fort précieuses, numérisées ou non, la civilisation de l’image et du son étant encore « toute jeune ».

La hiérarchie des éléments de preuve est devenue mouvante. Il s’agit désormais de naviguer entre sons, images et écrits numérisés ou non. Dans ce triangle qui tourne sur lui-même à la manière d’une roue du destin mue par on ne sait trop quelle force obscure, la pointe du triangle sera tantôt faite d’images, tantôt de sons, tantôt d’écrits.

L’histoire humaine en soi n’existe pas, elle n’est jamais que le fruit d’un travail d’historiens qui travaillent dans l’après-coup, mais, me direz-vous, et les événements, qu’en faites-vous ?

Un événement ? Les événements ?

Il s’agit là d’une notion floue et flottante qui englobe tant l’ontologie que la science historique, les sciences naturelles et les sciences humaines.

Chaque discipline tire un fil rouge de la pelote sans jamais parvenir à la dérouler entièrement. L’écheveau du temps dont la pelote tire son origine constituée et constituante se déroule selon un plan divin d’après quelques attardés ou bien suivant une logique infra et intra-humaine qui échappe tant à ceux et celles qui prétendent créer l’événement qu’à ceux et celles qui recueillent les faits, les auscultent, les comparent, les analysent puis les exposent.

En somme, c’est une fiction utile, une construction jamais achevée qui évolue au gré des découvertes et de leurs interprétations. Fiction nécessaire mais non suffisante à la compréhension du monde humain, en ce sens que les humains, constamment dépassés par leurs actes et leurs actions n’en mesurent pas toutes les conséquences ni n’en perçoivent clairement les motifs et les motivations, même longtemps après coup.

L’histoire écrite par les historiens mime en cela l’histoire en train de se faire.

Des conséquences à long terme imprévisibles durant le temps de l’action interagissent avec le donné fluctuant qu’est le monde en train de se faire jour après jour. Le monde humain matériel et immatériel est pour ainsi dire un tonneau des Danaïdes qui nous condamnent tous et toutes à miser sur l’avenir pour mieux comprendre ce qu’il en est de notre passé.

On pourrait ainsi parler de conjectures rétroactives : la connaissance du passé, censée éclairer notre présent, croît indéfiniment en se projetant dans l’avenir de sa recherche en cours. Notre présent, dans ces strictes conditions, n’a qu’une valeur relative à son existence éphémère, c’est-à-dire à peu près nulle. Nous en sommes dans le même temps obsédés et dépossédés. 

Le petit plus de connaissance est immédiatement détruit par le petit moins de ce que nous ne savons pas encore, sachant que ce « pas encore » fait tout le sel de la recherche en cours qui progresse sans cesse, ouvrant à la fois des horizons de recherche insoupçonnés et des perspectives inédites sur ce que nous savons déjà.

« L’avenir, jamais assez avenir » (Levinas) ouvre sur une ouverture indéfinie que nous appelons histoire en marche.

« Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. »

Le Christ en croix demande à Dieu « son » Père de pardonner à ceux qui commettent un tort tant envers lui-même qu’envers Dieu, sous-entendant par-là que les hommes ne sont pas conscients de ce qu’ils font, de ce pourquoi ils le font et des conséquences de leurs actes. Il faudrait ainsi excuser des actes dans la mesure où ils sont commis en toute inconscience de ce qu’ils impliquent.

« Vous ne savez pas ce que vous dîtes. » Voilà qui marque une incompréhension réprobatrice à l’endroit de qui s’enferre dans un aveuglement funeste en tenant un propos qui semble compromettre un certain état des choses parce qu’il engage sur une voie d’avenir jugée dangereuse. 

Cette petite phrase souvent entendue et cette autre belle phrase « historique » forment pour ainsi dire l’arc de cercle de l’histoire humaine, arc que beaucoup entendent bander pour décocher leurs flèches nouvelles.

Cercle jamais achevé, arc bandé qui se détend puis se retend.

Achevé, le cercle n’aurait plus qu’à tourner sur lui-même indéfiniment, l’histoire ne se répéterait même pas, ne serait qu’un statu quo ante indéfiniment réitéré.

Inachevé, il se tend et se détend tel un arc qui passe de main en main, toutes expertes, toutes fautives en ce qu’elles ratent leur cible.

Les hommes ne savent pas ce qu’ils font : Les hommes font leur histoire, même s’ils ne savent pas l’histoire qu’ils font. (Raymond Aron)

L’histoire, cette gueuse sublime n’abonde jamais dans notre sens, nous remue et nous dépasse toujours, nous poussant parfois à nous dépasser, à trouver en nous des forces et des ressources insoupçonnées, nous enjoignant souvent de nous faire tout petits - bouchons qui flottent sur les eaux furieuses - nous incitant ainsi à nous recroqueviller, à courber l’échine, c’est selon.

En dépit de tout cela qui nous vient d’elle, faisons acte de réalisme, laissons l’idéalisme à ses rêves éthérés qui ne disent rien de nous que notre désir d’échapper à notre condition humaine et prenons le monde humain pour ce qu’il est : un tas de fumier sur lequel, comme le fait remarquer Marx, poussent les plus belles fleurs, une gros tas de merde puant et putride, un ramassis d’abjections, une collection extraordinairement disparate, aussi, de trésors artistiques de tous les temps et de tous les lieux, une découverte indéfiniment renouvelée de choses sublimes ou grotesques apparues à diverses époques, et envoûtantes, merveilleuses et désirables, si désirables, parfois rebelles à toutes formes de beauté consacrées par la tradition, et jusqu’à celles qui n’eurent pas encore l’écrit pour se dire, mais la parole sacrée, sacrée d’abord pour elle-même, pour se proférer.

Les religions, entre autres choses, nous imposent un code moral.

Code qui fluctue avec le temps, pour ce que j’en sais, c’est-à-dire, je le confesse avec plaisir, à peu près rien. Des dogmes révélés qui se disent dans et par le prêtre ou la prêtresse et leurs séides, censés être inaltérables parce qu’intangibles et qui s’imposent, s’altèrent, pourrissent même dans les consciences égarées des siècles passés, mutent, renaissent, apparaissent, disparaissent, etc…

Disant cela, je n’apporte pas vraiment d’eau à mon moulin, dirait-on, mais il tourne quand même, je vous rassure. Alors, à quoi voulais-je donc en venir avec ce préambule que j’écourte volontiers pour aller à ce qui me semble être l’essentiel ?

Ce qui est sale, répugnant, dégoûtant, franchement dégueulasse en attire plus d’un, plus d’une en ce monde. On le sait de façon claire et distincte depuis au moins Georges Bataille. On le pressentait chez les libertins, chez Restif de la Bretonne, chez Sade, chez Lautréamont, liste non exhaustive.

Mais, être attiré, qu’est-ce à dire ? selon quel projet et quel désirs avouables ou inavoués, en fonction de quels principes directeurs, si tant est qu’ils existent ? Vaste question qu’on laissera ici en suspens.

Dénoncer des vices, c’est de la morale religieuse tout crachée, mais faire état de perversions relève-t-il d’une position moralisante, ou bien cela participe-t-il d’une démarche scientifique rigoureuse, d’une science médicale, psychiatrique pour faire court ou bien encore cela révèle-t-il une attitude mue par le désir ardent et obscur de voir le monde tourner court en se détournant de tout ce qui fait mal à autrui, le réduit à un morceau de viande, entre mille autres choses que l’on peut réprouver avec raison ?

Krafft-Ebing fut le premier psychiatre à recenser, décrire et analyser toutes les perversions sexuelles dont les humains ont été capables jusqu’à lui, et sans doute jusqu’à nous. Avant lui, Sade nous a décrit par le menu bien des choses.

Le voyeurisme est-il un problème de société à l’heure actuelle ? Il semble que l’époque soit à un voyeurisme tous azimuts : on veut tout voir. Tout voir mais très peu entendre voire rien du tout.

Or, la littérature donne à voir tout, absolument tout à travers ses lunettes tantôt grossissantes à l’extrême tantôt nous offrant pour ainsi dire une position à la Sirius. Tout voir et tout entendre, tout donner à entendre et à voir, tel pourrait être son mot d’ordre, si elle n’était pas ce fragile équilibre entre ordre et chaos qu’elle aura toujours été jusqu’à nous, ce qui me fait dire qu’elle se passe de mot d’ordre, ne donne aucun ordre, ne relève d’aucune injonction transcendante, mais ordonne le donné à sa guise. 

Loupe ou télescope, c’est selon. Une taxinomie des auteurs et des œuvres serait possible de ce strict point de vue, mais il y a fort à parier qu’elle nous apprendrait bien peu de choses. Passons.

Faisons comme si le voyeurisme ne posait pas problème, mais ouvrait sur des perspective ludiques, amoureuses et littéraires, sans tremper notre plume dans la moraline. Ecrivons à l’encre violette et sympathique tout à la fois ce qui, passant dans le monde, nous passe par la tête, fait battre notre cœur un peu plus vite que de coutume, nous remue les tripes.

Et lisons aussi, bien sûr.

Nous découvrons alors des textes drôles, puissants, voire envoûtants pour peu que l’on accepte de se laisser prendre par la main de l’auteur sans gêne ni honte.

Est-ce à dire que la littérature peut tout se permettre ?

Je répondrai ceci : le monde humain, lui, se permet tout, absolument tout, je vois mal dans ces conditions pourquoi la littérature devrait en somme domestiquer son regard, l’adoucir, le restreindre, en limiter les approches et les résonances, se rendre par-là docile à toutes les injonctions moralisantes explicitement religieuses ou non.

Position extrême, j’en conviens, par-delà bien et mal, qui n’implique nullement, soit dit en passant, qu’il faille a priori cautionner des pratiques sexuelles dégradantes et traumatisantes voire mortelles pour autrui.

Ce qui pose l’éternel problème de la mimesis résolu tant bien que mal depuis Homère.

Car si le réalisme commande que nous fassions abstraction voire fi de quelque morale que ce soit, laïque ou religieuse pour se limiter à notre beau pays, cela implique-t-il pour autant que nous devions nécessairement en passer par le réalisme le plus crû, négligeant par-là la voie royale des rêves, la dystopie, l’utopie, l’écriture automatique, la parodie, l’auto-dérision romantique, j’en passe et des meilleurs ?

Il est clair que l’homme André Gide, pour prendre à dessein un exemple éloigné dans le temps, n’a pas notre sympathie du fait de sa pédérastie notoire, tandis que l’auteur Gide mérite respect et admiration. Le problème devient délicat, dès lors qu’un auteur fait de la littérature en se basant sur ses pratiques avouées et ouvertement perverses. Les exemples abondent au fil de l’actualité à une époque où la chasse aux cochons est ouverte.

La littérature édifiante, non merci. Voilà qui est clair. Pas d’apologétique non plus, voilà qui est dit.

Il nous faut l’humain, tout l’humain, et si perversions il y a, au-delà de tout jugement moral explicite, alors regardons-les en face. Il ne s’agit pas, ce faisant, de cautionner quoi que ce soit de bestial et d’abject, mais il convient, faisant abstraction de toute morale en pratiquant une forme d’épochè proche de la psychanalyse, ni strictement stoïque ni explicitement sceptique, de regarder en face ce qui nous regarde, nous interroge, parfois nous confond, sans se laisser envoûter ni subjuguer par les faits que l’on relate en fictionnant ni tomber dans une apologie ou une défense de l’indéfendable.

Car il s’agit bien de faits et non de phantasiae qui, selon une perspective stoïcienne, réclamerait de notre part de leur refuser tout assentiment (précipité) - une sugkatathesis dans la terminologie stoïcienne - pour cause d’incertitude.

Il s’agit précisément de parvenir à réaliser par le truchement de la fiction une phantasiakatalêptikê, « une représentation compréhensive » du réel sans mesure ni obstacle ni frein moral d’aucune sorte.

Le christianisme est clair sur ce point, nous mettant en garde sur un danger bien réel : évoquer le démon, c’est toujours courir le risque de l’invoquer et de le faire apparaître en étant possédé par lui. Nous touchons là aux limites de toute fiction qui se sait fiction, c’est-à-dire un faire, une fabrication de toutes pièces, une affabulation éhontée qui prétend dire la vérité pleine et entière de ce qui est, soit une phénoménologie en acte qui se révèle à nous par le truchement d’un écrit de longueur variable.

Ceci peut nous conduire, sinon en enfer, du moins jusqu’à ce point de non-retour qu’est, selon le mot de Günther Eich - la fabula rasa à l’œuvre dans le récit le plus extrême qui soit, j’ai nommé La folie du jour de Maurice Blanchot. Il y a là un paradoxe, si l’on songe que le plus frénétique des réalismes voudrait que tout récit fût gorgé de sève, plein de tous les flux et reflux du monde humain pris dans sa dimension spirituelle, physique et psychique, le tout baignant dans un solide contexte économico-social à la sauce naturaliste.

Paradoxe fait de tous les paradoxes, se situant au-delà de toute doxa normative qui exclue tout ce qui n’est pas elle, se prend pour la Loi qui régit toutes les lois passées, présentes et à venir, obsédée qu’elle est par elle-même à l’instar d’un peuple sans tête qui s’obstinerait à se regarder le nombril, au lieu de fraterniser dans la parole commune sur l’agora, lieu qui n’exclue nullement le dissensus, la prise de bec, la polémique, pour peu qu’elle soit animée par des gens de bien et de bonne foi. 

La littérature est cette agora qui agonise chaque jour, renaît sans cesse, ne cessant, centrifuge en diable, de se fuir toujours sans jamais tout à fait y parvenir, dénuée qu’elle est de fins qui ne seraient pas de son ressort exclusif.

Mouvement centrifuge et centripète créent ainsi une tension féconde qui tient en haleine tout littérateur digne de ce nom.

S’ajoute à cette tension des fuites et des attirances, des répulsions et des fascinations, une force de gravité à l’œuvre dans tout œuvre qui attire à elle tout, absolument tout ce qui l’environne et même la constitue.

Pesanteur terrestre également qui nous rabat sur la terre, sur le monde humain et ses éternels débats.

Que serait en effet une littérature qui ne contesterait pas la littérature, non pas dans ses fondements qui ne sont jamais donnés mais toujours à refonder, mais bien dans ses fins et ses moyens, dans les buts qu’elle se donne à toutes fins utiles à son propos qui se veut vivifiant ?

Gardons-nous de confondre les fondements renouvelés génération après génération de toutes les littératures du monde passé et présent avec les tréfonds de l’humanité qui adviennent à la parole devant tout ce qui est de ce monde, émerge de ce monde, se manifeste plus ou moins discrètement, plus ou moins ouvertement, tréfonds qui s’acheminent au-devant même des faits les plus durs, les plus choquants, les plus horrifiques, les plus incompréhensibles, mais revêtus de parole, non pas sanctifiés ou consacrés par la parole, mais pris en compte, exposés, décortiqués, montrés et analysés. En un mot : manifestés.

Il nous faut danser sur le fil du rasoir et ainsi trancher le nœud gordien des morales qui surplombe l’abîme que nous sommes tous et toutes pour toutes et tous. Le nœud tranché, nous pouvons avancer et danser au-dessus de l’abime, aller à notre destin de mortel errant dans la vie qui va et vient dans les parages mouvants de la mort toujours proche.

Position intenable à bien des égards, mais c’est celle de toute littérature qui sait se tenir, tient son rang, s’affirme haut et fort ou au contraire s’insinue discrètement et si habilement dans la conscience éclairée de quelques lecteurs.

Cela passe en nous par nous, monte comme sève au printemps dans l’arbre de vie.

Faire son chemin dans les mots, avec la lenteur d’un escargot un jour de pluie qui se répète indéfiniment jusque tard dans notre vieillesse ou bien dans la fulgurance éphémère d’une œuvre écourtée par la mort trop tôt venue, peu importe.

Et n’oublions pas la folie d’un Nietzsche ou d’un Hölderlin qui coupèrent court le fil de leurs œuvres et de leurs pensées. Songeons aussi au suicide d’un Kleist en compagnie de Annette von Droste-Hüslhoff, cette poétesse de génie.

Folies oh combien problématiques et suicides qui laissent sans voix.

C’est ainsi que la fin des histoires n’est pas pour demain, loin s’en faut.

Un Arrêt de mort est à l’œuvre dans toutes les œuvres. Il fera encore couler beaucoup d’encre, à défaut de faire couler beaucoup de sang.

 


  Les derniers jours (mots) de Pompeo par Patrick Cintas

Entretemps la poupée...

Pourquoi pas une suite en effet.

En voici le premier fragment ou chapitre.

[Les derniers jours (mots) de Pompeo]

A suivre dans la RALM...

Les contributions sont les bienvenues.


  Poupée, vous avez dit poupée ? par Henri Valéro

Stop à vous tous, si vous avez encore des problèmes poupéesques vous êtres invités à la maison. Ma dulcinée au beau nom d’une montagne sacrée, la Montserrat donc, vend des poupées. Chacun aura la sienne et beaucoup d’encre sera ainsi économisée. Bien à vous.


  Stop à la pub clandestine ! par LUCE

La RALM n’est pas le meilleur endroit pour vanter les mérites pouponesques de la Montserrat. Quant au "stop" qui se répète ici, encore faudrait-il en justifier le cri... S’agit-il de moralisme ? De leçon de littérature ? De hallali ? De désespoir...? L’auteur de ces "stops" pourrait-il expliquer sa volonté de mettre fin à la masturbation et à l’usage de la poupée ? Il me semble qu’il serait bien inspiré de répondre à L’éloge de la masturbation de Bourson et à l’excellente réflexion de Guyot à propos d’un "ideal world". Stop, n’est-ce pas un panneau ? Faut-il tomber dedans avec son auteur ? Si oui, qu’il m’explique... Merci d’avance.


  Passages par Jean-Michel Guyot

Texte inspiré par le texte de Gilbert Bourson « Eloge de la masturbation, donc de l’écriture »
[ci-dessus]

 

Il n’est pas rare qu’un texte se barre en couilles, molles comme il se doit.

La verve de l’auteur, par la grâce d’un petit accident qui interdit momentanément la petite mort qu’il convoite, débande.

C’est la débandade des mots qui fuient en grappes colorées, en nappes fugaces mais lourdes de sens à venir avortés, en racèmes fiers obéissant à la parfaite symétrie de la plus pure phyllotaxie. La symétrie des parties est tout à fait impressionnante lorsqu’elle réussit, nous donnant une inflorescence unilatérale, telle celle, très en vogue, du muguet de mai ou multilatérale, telle celle de la gesse, malheureusement trop peu connue.

Il n’y a pas de mal à se faire du bien, me dit un jour une amie chère avec qui les jeux courtois ne se cantonnaient pas à de pures joutes verbales. Je garde en mémoire le goût de fraise de ses lèvres fines. Les jours de grand vent érotique, le gloss orangé avec lequel elle peignait ses lèvres lui donnait l’aspect d’une orange juteuse dans mes rêves d’après, sa peau étant, il faut le dire et le redire, rien moins que peau d’orange. Je préfère l’image de l’oronge en provenance de Gaule et tant appréciée à Rome. Sa chair délicate à la vue puis au palais dit quelque chose de ce que c’est que d’aller de métamorphose en métamorphose pour le plus grand plaisir de nos sens en éveil.

Tes seins, ces grappes de ma vigne…

Enivrante beauté aux allures musicales, si légères et tendres. Les mains qui caressent tes seins n’ont rien alors de vaporeux ni d’oppressant. Elles se pressent en troupeau vers ceux qu’elle sait être plus qu’ils ne sont à l’état naturel. La vigne vierge a de ces beautés grimpantes qu’il ne faut certes pas négliger, mais mesurer toujours à l’aune d’un bon vieux cep de vigne taillé avec amour par le vigneron soucieux de faire quelque chose de cette nature profuse qu’il domestique pour le bien de nos futures ivresses.

La raie des fesses se révèle être une fleur de mai fort séduisante. Elle ne se réduit pas à une faille intime séparant deux lunes appétissantes comme croissants chauds, la couleur en moins, hélas. Leur pâleur à faire peur, combattue par les nudistes des deux sexes qui s’exhibent au soleil brûlant sur de larges plages marines prévues à cet effet, cache une zone d’ombre qui ne demande qu’à être explorée.

Cette faille, cette face cachée tout aussi bien, nous révèle une géométrie très singulière d’où l’espace qui se meut dans on ne sait trop quelle direction donne l’idée. Dieux que cette phrase est tordue, mais mon vieil alambic en a vu d’autres.

Idée approximative voire vague, bien entendu, car jamais il ne sera question d’épouser la rigueur mathématique de l’abîme. Au déclin, préfère la chute, dût-elle t’en coûter. Le vent souffle à s’en rompre les os. Nous compatissons vraiment de tous nos os.

Un certain déclin nous tente les jours de pluie ou de grande fatigue, mais nous tenons bon, tenant plus que tout à notre petit bout de terre amère qui nous dispense simples et moissons délicates. Pas de disette en conséquence de quoi se plaindre des mots.

En effet, à défaut de jaillir, une idée florissante sort de sa coquille végétative, s’enroule dans son propre écrin de verdure, copule avec l’azur presque au ras du sol. Quoi de plus beau, quoi de plus simple alors qu’une cardamine puis une autre et encore une autre qui nous fleurissent en avril ? D’autres fleurs qui viendront plus tard dans la saison pas chiche en surprises.

Le pois chiche est de celles-là. Et ce mélange des genres est un délice pour les mots qui se lèvent de bon matin les cheveux en bataille. Fèves alors abondent. Arès, jamais loin, flaire le bon coup. Coup de bélier bien sûr, cela n’échappe à personne. Cicéron en sut quelque chose, ce grand prosateur devant Rome.

Je tiens là un texte qui me fait bander de bout en bout. Puisse-t-il te faire abondamment mouiller, ma douce ! 

De l’inspiration, je dirais qu’elle ne respire et transpire jamais mieux que là où tes chairs lisses font des vagues violettes et si violentes et nombreuses qu’elles me ramènent invariablement sur les rivages fantasmés d’une terre grasse à souhait, porteuse de fruits délicieux aux couleurs tranchées, à la chair tendre, au jus délicat. Et dieux que j’aime ce goût et cet arôme de pierre à fusil qui émanent de ta grâce en fleur quand tu serpentes le long de ma queue !

Au bonheur des mots, ce détour qui fait retour vers une enfance promise à un bel avenir qui, tout chargé de présents et lourd de tout un passé qu’il est dans toutes ses fibres motrices, se fait aussi léger qu’une plume. Une main délicate mais avide la retient pour quelque temps avant que de la laisser s’envoler vers des cieux autres, vers des rivages encore inconnus, vers que sais-je encore ? Plus tard, je le saurai, soyez-en sûrs !

Cieux et rivages qui, à tout le moins, ne reculent pas, effarouchés qu’ils seraient en d’autres circonstances, devant le navigateur ailé qui, lui, de son côté, comme aime à le dire la langue, n’hésite jamais à mettre pied à terre, délaissant pour quelque temps sa monture boisée qui navigue fièrement entre ciel et mer.

Navire ailé vogue d’aise en aise alors, se trouve fort aise de trouver une terre d’accueil sans écueil aucun, si ce n’est peut-être l’écho toujours lointain mais viscéralement ancré en lui de sa terre ancestrale.

Bornoyer dans l’azur par des chemins pentus. La chasse aux grands oiseaux est ouverte. Nous tenons de nos ancêtres de ces flèches qui ne blessent ni ne tuent l’élan ailé des grands volatiles. Nos flèches les accompagnent dans leur grands mouvements circulaires ascendants.

Apeuré, le cerf détale, jamais le chasseur. Actons ce fait, si vous le voulez bien !

Comment couler un fait ? La question se pose parfois, lorsqu’on se noie dans l’amertume. De cela, il ne s’aurait être question durablement. Le lait et le miel font tout aussi bien l’affaire, lorsque la question se pose sérieusement.

Couler des jours heureux sur une ile déserte, trop peu pour nous.

Il nous faut les déserts et les landes pour qu’y fleurisse en abondance une parole ferme et juteuse, éphémère fruit d’une imagination parfois cinglante.

De celle qui se partage sans jamais se perdre dans la fadeur des jours mornes. Là, peut-être, et ailleurs encore, mais près, tout près toujours de la source fraîche qui sourd, profonde-féconde, des profondeurs des terres en gésine.

Heureux labeur, et dur, je vous le dis tout net, comme fer forgé dans les forges de Vulcain.

 


  Mort et prostitution du noir greffier par Patrick Cintas

Gaudeamus igitur.

 

La note de lecture, marginalia toujours, est une pratique sans doute artistique, ce qui ne met pas son auteur à l’abri de l’interprétation, si tant est que l’interprète n’est pas un artiste, allégation difficile à faire entrer dans le moule du jugement, aussi peu définitif soit-il.

On sait ce que Griswold, Baudelaire et Mallarmé ont fait*, chacun de leur côté et pour des raisons personnelles, d’Edgar Poe et de son œuvre — fulgurante et complète dès son apparition avec ce que cela suppose de fine évolution, comme ce fut le cas de William Faulkner, alors que, selon ce dernier, Ernest Hemingway sut dès le départ de quoi il était capable et dans quelle forme toute nouvelle qui d’ailleurs fit et fait encore école.

Cette masse critique, qui se veut différente des élocutions voisines en jeu dans les réseaux, n’est pas conçue pour inventer, par l’exercice de la couche qu’on interpose entre le mur (le texte) et le lecteur toujours probable (ou le contraire), le mythe, ou l’odyssée, de son maçon, Montrésor de la truelle. On sait, forcément par expérience, que chacun est enclin à inspirer la fiction susceptible d’attirer le chaland selon la pratique des créneaux et du catalogue des vitrines. Faut-il aller dans le sens de celui qui fait ou malgré lui en recréer apparence et supposées réalités ?

Quel risque menace cette ébauche d’édifice aussi mental qu’intellectuel ?

Ici, le mal est intérieur. Inutile de s’en prendre aux autres pour expliquer sa propre déconfiture et son entrée inévitable dans le salon des refusés qui jouxte les meilleures expressions du boulevard à la mode ou carrément en phase avec son époque ou même avec l’Histoire qui, sériellement ou autrement, nous a placés sur le trottoir avec les grues. N’avons-nous pas exigé de descendre dans la rue pour baiser et être baisés ? Après tout…

À quand la migration vers de meilleures afriques ? Quand le retour aux origines ?

Cette curieuse et inquiétante image de la mort, pas dépourvue de rythme, volète en notes dans les marges de nos livres de chevet. N’est-il pas question ici d’en évoquer les ouvertures et les endormissements sous la lampe jamais éteinte de nos nuits ?

Nos réveils ne sont pas si joyeusement conçus par nos cerveaux endormis. On ne se passe pas de la matière première ni des modes d’emploi hérités de l’exercice de la lecture et des tentatives d’imitation premières. Le temps craquèle les surfaces, voire les boursouffle par excès de noir, ça repousse aussi, ou bien l’ouvrage n’a pas même le loisir, une fois que tout ceci est interrompu, par loi universelle et unique, d’assister à son vol plané dans les ordures qu’il entretient pour demeurer ce qu’il est depuis longtemps ou toujours selon les axiomes acceptés, acceptés pour ne pas se condamner au silence de l’attente et rater l’occasion de s’intituler (ou de l’être) chercheur.

En voilà une occasion de se rapprocher du possible frère ou de s’en éloigner pour ne pas mourir seul… paradoxe sur lit d’inventions, de mystifications et pourquoi pas de géniales (ou ingénieuses) parturitions. En gésine, oui, ou ça en prend le chemin, l’aventure.


* Claude Richard.

 


  Gaudeamus igitur dum sumus par Jean-Michel Guyot

A Emmanuelle Agrapart

*

Urge igitur, nec transversum unguem, quod aiunt, a stilo

Courage donc, et ne t’éloigne pas de l’épaisseur d’un ongle, de ta plume, comme on dit.

 

Cicéron, in Epistolae ad familiares

 

*

Paul van Melle, alors dans sa quatre-vingt-deuxième année, me dit, un jour que j’étais en visite chez lui, deux choses qui lui paraissaient essentielles.

Je cite de mémoire :

« Il ne faut jamais dételer ! »

« La brièveté est essentielle. L’usage du clavier incline les jeunes poètes au bavardage. »

Paul van Melle n’accueillait dans sa revue Inédit nouveau que des textes d’une page au grand maximum, défendant l’idée que l’on devait s’en tenir à une brièveté de méthode et de principe pour pouvoir aller à l’essentiel sans tomber dans des digressions nuisibles à la force du texte.

Il raisonnait en termes d’impact sur le lecteur : il ne faut pas abuser de sa patience ni risquer de le détourner de ce que le texte porte d’essentiel aux yeux de celui ou celle qui l’a écrit.

La brièveté du poème en vers ou en prose, d’après Paul van Melle, devait assurer son impact sur le lecteur vite lassé par de trop longues tirades. Je crois bien qu’il était hostile à toute théâtralisation du fait d’écrire, hostile à un style réflexif et partisan du droit au but. Son parti pris de brièveté, parfaitement justifiable, n’en a pas moins à voir avec la brièveté prisée par nos contemporains dans tous les domaines de la communication.

La brièveté, pas plus que la longueur, n’ont à mes yeux de valeur en soi.

Tout ne dépend pas non plus du but recherché, car il existe des paroles qui n’ont pas pour vocation de viser un but précis. Il s’agit souvent dans la vie de simplement maintenir le contact interhumain en échangeant des banalités. La fonction phatique a son importance dans les relations humaines.

Or, poétiser, ce n’est pas exactement communiquer un message, qu’il soit de la plus haute importance stratégique ou d’une affligeante banalité. La pluie et le beau temps ont leur charme. Le temps qu’il fait est un fait indéniable ; on peut au moins s’accorder là-dessus.

Tout poème de quelque valeur porte en lui une force intrinsèque, c’est celle du vocatif. Un poème est une adresse lancée à des inconnus qui sont nos frères et sœurs en langage, à défaut de l’être en Jésus Christ ou je ne sais qui ou quoi d’autre.

Il s’agit en premier lieu de retenir leur attention en les piquant au vif par le truchement d’une rhétorique mise au service d’un complexe d’émotions, de sensations et de pensées, que ces dernières aient fait l’objet d’une longue maturation ou bien qu’elles se manifestent au poète de manière impromptue et irrépressible, le tout étant alors, dans la durée, de ne pas en être foudroyé.

Il s’agit aussi de dialoguer avec les poètes de tous les temps au sein d’un espace poétique-noétique commun qui s’est patiemment constitué au cours d’une vie, avec une mention spéciale pour nos premiers chocs poétiques qui nous ont pour ainsi dire révélé à nous-mêmes. Nous-mêmes lisant, pensant, sentant, ressentant.

On dialogue ainsi avec quelques contemporains et surtout des morts mais cela n’a rien de morbide. Aucun fantôme ne vient hanter notre écriture sous la forme persistante de réminiscences inconscientes ou non qui seraient fort mal venues.

Les allusions sous formes de références explicites, de citations incises en italique ou mises en exergue peuvent s’afficher sans vergogne dans le but évident d’attirer l’attention du lecteur sur un chemin ancien qui chemine dans un espace parfois très vaste défriché par d’autres et avec lequel le poète souhaite frayer à nouveaux frais, comme il peut s’agir de disséminer dans le poème des clins d’œil référentiels destinés à dynamiser la lecture qui se doit bien sûr d’être horizontale, c’est-à-dire s’en tenir à la surface de cheminement que propose le poème, cheminement qui n’exclue pas cette invitation souterraine à sonder la profondeur d’un Dire qui se veut et se sait tributaire d’une tradition ancestrale.

L’intertextualité est chose bien connue. Elle fait les délices des universitaires. Démêler les références sciemment instillées et orchestrées dans l’économie générale d’un texte, afin d’en mettre en lumière tout le sens littéraire et biographique au sein d’un complexe culturel propre à une époque : je ne vois rien à redire à cela.

La contextualisation, tout aussi indispensable à la compréhension de textes anciens, est non seulement parfaitement défendable mais elle est même la condition per quam de toute réelle compréhension.

Il y a que certaines références soigneusement choisies et reconnues comme telles s’arrogent en nous une place nette que nous ne pouvons leur refuser, sous peine d’amputer le poème de sa charge poétique complète.

Nous rencontrons sur notre chemin non pas un obstacle incontournable et fort désagréable en ce qu’il retarderait notre marche en avant mais ici ou là une oasis, une forêt ancienne, une clairière, une lande, une rivière, un lac ou un étang, voire un bras de mer, toujours en écho avec nos préoccupations du moment inscrites dans le temps hors temps du poème en cours d’écriture.

Non qu’il faille se servir de la réminiscence pour en quelque sorte dorer notre blason et ainsi gagner en prestige. Il ne s’agit pas de nous octroyer par là même une autorité supplémentaire et quasi supplétive en nous autorisant d’une autorité supérieure, mais bel et bien d’un choix fait en toute connaissance de cause. Que cela irrite ceux et celles qui perçoivent cela comme des références intimidantes qui freinent la lecture et qui témoignent d’une haute culture qui en dépasse plus d’un ne doit pas nous arrêter.

Hommage à un auteur apprécié voire vénéré, clin d’œil au lecteur, étalage vain et stérile de références que tout cela ?

Pas nécessairement. Ce ne serait alors qu’une coquetterie de mauvais aloi et du pédantisme. Le mauvais goût n’a pas sa place en poésie pas plus que la frime et la gloriole.

Une réminiscence bien amenée, parfois presque imperceptible pour le néophyte, n’est pas destinée à donner du champ et de la profondeur à un Dire qui serait faible sans elle.

La réminiscence n’est en rien une béquille.

Elle n’est pas non plus un aveu d’impuissance devant un trop à dire assaillant qui nous contraindrait à faire usage d’une expression, d’un trait de langage, d’une formule heureuse inventée par un autre poète.

La chair des mots que le poème charrie ainsi que son lexique, sa syntaxe et son rythme propre, qu’il soit binaire ou ternaire-syncopé selon les besoins de sa cause, appelle-convoque tout le langage disponible.

Non que le langage se réduise alors à n’être qu’un instrument au service d’une propagande poétique destinée à répandre la bonne parole du poème.

C’est la recherche du nec plus ultra qui nous anime, et parfois, passer par les mots d’autrui sert mieux notre propos que quelque autre formule que ce soit. Notre poème - tant sa naissance que son achèvement - a force d’émotion au moins autant sinon plus que telle ou telle émotion-sensation-impression qui en a donné l’impulsion initiale.

Le vécu doit être ainsi sauvé de l’oubli ; il ne peut l’être qu’exhaussé-dépassé par le langage que le poète choisit pour mener à bien son opération de sauvetage.

Un double sauvetage s’opère : le vécu est lavé de sa gangue d’insignifiance et la gemme encore brute qu’il laisse alors entrevoir appelle le travail poétique qui taillera et sertira cette gemme, renouvelant-régénérant ainsi sans cesse le langage poétique qui est alors à la fois le réceptacle plein d’échos de tout un passé de langage et la pointe la plus aiguë d’une expérience vitale singulière qui revit en s’écrivant, s’écrit en prise sur la vie intime exposée à la vie et aux tribulations du monde, ce qui donne au poème, dans ce champ de distorsions que créent les souvenirs, les habitudes de langage et les sollicitations contradictoires du monde, le champ libre par où s’expose la vérité d’un langage obscur ou lumineux, hermétique ou limpide, peu importe, mais offert à qui veut l’entendre. Le lecteur est son propre oracle.

A la fois degré le plus haut qu’on puisse atteindre et limite infranchissable au-delà de laquelle notre action poétique irait à sa perte, le nec plus ultra comme recherche du meilleur parti à tenir face à l’inconnu qui se voile-se dévoilant agit à terme - au terme du poème - comme Hercule séparant Calpé et Abyla, créant de fait la nécessité de jeter un pont entre deux rives désormais séparées.

Cette séparation consécutive à l’acte poétique n’est telle qu’en vertu du fait que la séparation est constitutive du réel qui englobe les existants et le langage.

Séparer pour réunir, un mimétisme ?

L’être, qui se voile-se dévoilant, échappe à la prise unifiante qui ferait et du langage et du monde réel, imaginaire et mythique un seul bloc d’une densité extrême, un trou noir qui signerait l’arrêt de mort définitif de tout Dire qui sépare-relie dans le même temps.

La poésie est l’heureux constat de cet échec de l’unité de l’être et la relance permanente de la séparation qui relie deux rives entre lesquelles coule et coure la parole inextinguible qui appartient à toutes celles et ceux qui désirent la partager et se dire peut-être au fond toujours une seule et même chose : Nous sommes là, toi et moi.

Il y a toujours un peu de terre sous mes ongles quand je reviens du jardin.

¡ Vale !

 


  Enculeurs de tourner en rond* par LUCE

Gore Vidal : She doesn’t write, she types (Jacqueline Susann)

 

Paul van Melle « a dit ça » il y a une douzaine d’années si je compte bien ces maudits ans qui ne connaissent que l’addition. Et que si j’ai pas assez travaillé de la cafetière, sûr que ce que j’en écrirai vaudra pas le papier pour se torcher. Et que si on fait pas court, de toute façon le konkili n’a pas pensé à s’armer de patience et de curiosité maladive vu qu’il est con et qu’en plus il lit. Ça « vient » en contradiction avec Bukowski qui dit qu’ « on n’est pas écrivain parce qu’on écrit des livres. On n’est pas écrivain parce qu’on enseigne la littérature. On est écrivain seulement si on peut écrire aujourd’hui, ce soir, dans la minute**. » D’où l’utilité du clavier. Après tout, chacun fait ce qu’il veut quand il écrit, pourvu que ça respecte les usages et les lois dites républicaines. Qu’en plus elles sont démocratiques. Et que la démocratie, ça va bien avec le capitalisme qu’on n’appelle plus comme ça, libéralisme il faut dire pour ne pas passer pour un gauchiste ou un valétudinaire du système qui rend possible l’expression de la pensée. Que voulez-vous : yen a qui pratique le texte court parce que ça ménage le konkili et sa famille ; ou alors ils ont le souffle tellement court que ça finit dans le haïku et le haïku dans la poubelle des emballages dans un sac transparent destiné à tenir en éveil le jugement de l’éboueur. Tout ça c’est des conversations d’hypocrites et de doctrinaires qui se forcent à écrire pour se donner de l’apparence***. Entre le muscle saillant et la poésie lâche du court terme, faut occuper ses loisirs comme il faut pour pas inquiéter ses propres enfants qu’ont déjà pas le pot d’être nés ailleurs que dans ce petit foutoir de vitrines et d’envies. Mais qui dit qu’on a pas le choix ?... J’irai pas jusque-là, mais je vois bien ce qui est en train d’arriver sur fond d’infantilisation et de poésie comme art de vivre. Le Capital est en train de réussir à noyer le poisson. Ça fraie dans l’écume des jours. Yen a partout ! Et ça passe même pas pour de la débauche. Ça te torche un poème avant même de le chier pour que tout le monde comprenne qu’en plus de gigoter à la place du plaisir, ya des luttes qui vont sauver le monde et pas seulement des vilains penseurs et activistes : le nettoyage concerne aussi ceux qui, dans le droit fil de l’inexplicable, tournent le dos à la patrie des familles et du travail chômé ou pas pour aller trouver ailleurs du nouveau ou de l’ancien et le plus souvent rien ou pas grand-chose, certes, mais « ce fut un vrai plaisir. » Poissons dans l’eau, où voulez-vous nager si c’est pas de l’eau ? Seulement depuis quelque temps déjà (c’était pas beaucoup mieux avant, faut dire) ça ne coule plus de source : ça pleut avec les catalogues et les spots publicitaires, sans compter les messages des écrans et les certitudes exprimées avec d’autres gazouillis viciés par la croyance et la conviction. Cela dit, c’est pas parce que je m’additionne pas au babil des réseaux que je suis différente des autres. Je ne suis peut-être qu’un piaf qui se tait... Je dis ça comme ça. La question demeure : qui c’est qui dit que je mérite d’être lue ? C’est les autres. Même ces autres qui recherchent la chose bien dite mais pas forcément bien pensée. Mais j’y vais pas chez eux. Je me demande si quelques-uns me lisent. Je suis tellement longue. Tellement soucieuse de détails et de sources. À croire que je suis née pour mourir avant même de passer à la casserole de l’éternité qui a de moins en moins de chance de ressembler au temps, celui qui me reste à vivre par exemple. Quel effet je produis ? Voilà la réponse ! Mais ça ne veut pas dire que je doive faire court et qu’en plus, avant de le faire, il me faille si bien réfléchir que du coup la langue française serait la plus à même de me conduire au pinacle que le van Melle a laissé sur sa gauche (ou sa droite) en fonçant droit devant pour ne pas donner l’impression d’avoir songé à changer l’itinéraire imposé par son agence de voyage. C’est que ça a de la conscience ces « enculeurs de tourner en rond ». ****


* In un vieux poème de PC.

** En exergue au sommet de la RALM.

*** Est-ce que la lecture-spectacle vaut mieux que le tweet ? Non.

**** Non, j’ai pas été refusée par Inédits Nouveaux

 


 

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