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 Article publié le 18 juin 2017.

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L’origine ou le parcours des écrivains compte pour une certaine part dans leur littérature, et bien souvent ce sont des hommes ayant un cursus autre que littéraire, singulier ou encore scientifique - de ceux qui ont à l’esprit la recherche ou le tâtonnement - qui produisent une œuvre originale, dont le destin, par surcroît, défie ou traverse le temps.

Ainsi du militaire Laclos, Choderlos de Laclos, qui, de garnison en garnison, transforme son ennui et sa culture en une volonté spécifique, toute subjective, celle d’écrire un livre unique, voué à dépasser sa propre vie et à s’inscrire dans l’Histoire, à dépasser son propre destin. " Les liaisons dangereuses " condensent une vision et une forme particulièrement homogènes, donnant un diagnostic clinique sur l’Etat de la noblesse française, annonçant la Révolution, évoquant la cristallisation et son impact inattendu à travers la chute et l’abandon de Valmont, qui finit par devenir un homme grâce à Madame de Tourvel. Laclos est un homme cultivé qui aime la langue et la littérature. Il est prodigieusement absent et présent dans son œuvre.

La médecine, maintenant, poursuit l’histoire de la littérature, avec une autre écriture chirurgicale, partiellement née de cette discipline. Gustave Flaubert, au sein de la Normandie, travaille sans relâche pendant des années. Il distille ses apparitions, il se livre à la tâche, retranché de tout sauf de l’essentiel : la littérature. L a nativité se produit. Il l’appelle Emma. " Emma Bovary ". Chaque mot est soigneusement choisi, les impressions personnelles côtoient les descriptions externes, qu’il s’agisse des paysages ou des apparences vestimentaires, ces dernières apparaissant parfois comme démesurées, avec les détails du chapeau de Charles, qui s’arroge tout l’espace de la narration …

La médecine engendre à nouveau la plume, là, en ce début du XXe siècle, à partir d’un homme qui d’abord s’engage, sur un coup de tête, pour affronter la grande boucherie européenne, en patriote contrarié ou paradoxal. L’émotion des cellules, la passion de la biologie vient après ces quelques années ou ce grand trou noir, la médecine devient alors une discrète fierté, un sacerdoce. Louis-Ferdinand Céline soigne partout et surtout dans les zones peu fréquentables, tandis que naviguent en lui des souvenirs, nombreux souvenirs dont la fragmentation doit cesser, une division qui, grâce à la plume, grâce à la prose, permet de tout voir en un trait, une trajectoire : " Voyage au bout de la nuit ". Les registres populaire et argotique côtoient un registre classique, leur alliage donnant naissance à la musique célinienne, traversée par l’esprit de synthèse.

Passion des mots, maintenant …

C’est la vie et son mouvement, c’est une somme de lectures, enrichie ou patinée d’une année de journalisme qui engendrent une plume singulière, de l’autre côté de l’Atlantique, c’est un homme fait de différents petits métiers et d’un certain nombre d’événements qui incarne pleinement l’autodidactie, une plume qui se trempe dans le quotidien américain et toute sa rudesse pour en extraire le maximum de lumière et d’ironie, à travers nombre de nouvelles … " Contes de la folie ordinaire " …

Charles Bukowski fait corps avec la cité de Anges dont il connaît parfaitement les lieux de boisson et les champs de course qui sont également ses espaces domestiques. Sa plume rugit, oui, c’est un fauve qui écrit, et le relief qu’il imprime aux détails initiaux se transforme en aventures irrésistibles.

L’agronomie, là, prend en quelque sorte le relais, agrandissant les possibilités d’un prisme décidément étendu, juste avant le second trou noir européen, une science exacte en totale contradiction avec la souplesse et la spéculation de la recherche littéraire, ce que ressent violemment la figure de proue du Nouveau roman, ce navire immense et paisible, puissant, qui trace peu à peu son sillon au sein d’un océan vaste pour ne pas dire sans limite. Avec " Souvenirs du triangle d’or " , les fantasmes d’Alain Robbe-Grillet sont ordonnés, oui, ils peuvent vivre pleinement grâce à la plume, grâce à l’agencement méticuleux des mots, grâce à une structure narrative qui affirme sans cesse sa liberté et son esthétique. Au fil des livres se tisse la reprise d’une littérature moderne et profondément subjective, jusqu’à ce qu’une nouvelle autobiographie matérialise la trilogie des romanesques dont les titres sont, déjà, une invitation au voyage : " Le miroir qui revient " , " Angélique ou l’enchantement " , " Les derniers jours de Corinthe " .

S’ensuit " La Reprise ", comme s’il fallait tout recommencer.

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