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Entre engouement et hostilité - Les Allemands et la langue française
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 Article publié le 25 juin 2017.

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Casanova, La Mettrie et Voltaire attablés avec Frédéric II

Der runde Tisch von Friedrich II von Sanssouci d’Adolph von Menzel

 

Les contacts entre les peuples, que ce soit par le biais du commerce ou de conquêtes, ont toujours favorisé l’importation de mots étrangers. Au Moyen Âge, le vocabulaire allemand de la chevalerie et de l’amour courtois est largement inspiré du français, et à l’époque, nul ne s’en offusque. La perméabilité linguistique de l’allemand s’accentue encore au XVIIe siècle. La Guerre de Trente ans, qui dure de 1618 à 1648, fait entrer dans le vocabulaire nombre de mots empruntés au français (Appell(1), Blessur, Eskorte, Deserteur), toutefois l’influence majeure provient du rayonnement de la cour de Versailles. La noblesse et la bourgeoisie allemande singent les Français. On parsème sa conversation d’interjections françaises telles que « par ma foy » ou « morbleu ». Frédéric Ier (1657-1713), souverain prussien, et sa femme Sophie Charlotte conversent exclusivement en français. Un dixième du revenu des provinces allemandes est dépensé pour l’acquisition de biens importés de France. Le français colore le vocabulaire de la diplomatie, de l’administration, du commerce, des transports, de la gastronomie et du savoir-vivre.

Dans un pays constitué d’une mosaïque de duchés et de principautés, dont la langue est encore souvent marquée par les dialectes, cette porosité linguistique est perçue par certains écrivains comme un obstacle à une unification de l’allemand et un manque de fierté. Cette exaspération s’exprime dans un poème satirique, Der teutsche Michel, dans lequel l’auteur s’en prend à tous les courtisans qui dénaturent l’allemand à force d’emprunts. Le poème commence par ces mots :

Moi, le brave Allemand, je n’entends goutte, ou presque,

 dans ma patrie/et c’est une honte(2)

S’ensuit, de la 4e à la 49e strophe, une longue litanie de mots étrangers prétendument incompréhensibles pour l’homme du peuple. L’exaspération qui s’exprime ici inspire à des poètes, contemporains de l’auteur, l’idée de fonder des cercles pour dénoncer tout à la fois la décadence des mœurs et la corruption du langage. Le purisme allemand vient de naître. En 1617, à l’initiative du prince Ludwig von Anhalt-Köthen, la Fruchtbringende Gesellschaft (Société fructifère), également nommée Palmenorden (Ordre des Palmes), voit le jour. Elle réunit nombre de poètes célèbres, parmi lesquels Martin Opitz, Julius Georg Schottel ou Philipp von Zesen(3). Parallèlement, d’autres sociétés de puristes se créent un peu partout en Allemagne, animées par la même ambition, mais leur écho est surtout régional(4). Seule la Fruchtbringende Gesellschaft qui, entre 1617 et 1680, comptera en tout 890 membres, jouit d’une influence dans toutes les provinces allemandes.

Le but affiché dans ses statuts est de « préserver tant que faire se peut l’allemand d’intrusions lexicales étrangères, de s’efforcer d’adopter à l’oral la meilleure prononciation et de s’exprimer à l’écrit et dans la poésie de la manière la plus pure et la plus claire »(5).Pour remédier aux intrusions lexicales étrangères qui existent déjà, les poètes font œuvre de créateurs en espérant qu’ainsi le mot étranger n’aura plus lieu d’être et tombera en désuétude. Buchstabe, création de Julius Georg Schottel remplace progressivement Lettre, Begegnung(6)supplante peu à peu Rencontre et Wörterbuch – littéralement, « le livre des mots » – se substitue à Diktionär. Le plus souvent, le succès des poètes est mitigé. Alors que le néologisme visait à rendre le mot étranger obsolète, les deux vont coexister jusqu’à aujourd’hui. C’est le cas de Bibliothek et Bücherei, création du poète Philipp von Zesen, Distanz et Abstand, Exkursion et Ausflug, Passion et Leidenschaft. Les poètes découvrent chez leurs contemporains la force de l’habitude, partant la résistance au changement. Le sens du ridicule a aussi parfois fait défaut à ces hommes de lettres. Julius Georg Schottel, pourtant puriste lui-même, blâme son confrère Philipp von Zesen d’avoir voulu faire de la nature une génitrice avec des mamelles en proposant de substituer au mot Natur le substantif Zeugemutter, à savoir « mère génitrice ». Comment ne pas sourire aussi lorsque les poètes baroques proposent de rebaptiser les cloîtres(7) « enclos à vierges » (Jungfernzwinger). Souvent, les succédanés proposés sont également inutilement compliqués, ainsi Spottnachbildung – « reproduction moqueuse » – suggéré pour remplacer Parodie. Malgré les efforts des puristes, l’intrusion des mots étrangers est loin d’être contenue.

A la fin du XVIIe siècle, elle est même favorisée par l’arrivée de protestants français, les Huguenots, à qui le Grand Prince électeur de Prusse permet d’échapper aux persécutions ayant cours dans la France catholique en promulguant en 1685 un Édit de tolérance. Les Huguenots s’installent majoritairement à Berlin. Beaucoup continuent à parler français entre eux, ils ont leurs églises, dont les registres paroissiaux sont tenus en français, leur propre hôpital, leur propre cimetière et leur école, le Collège français, aujourd’hui Lycée français de Berlin. Les Huguenots ne sont pas toujours accueillis à bras ouverts par le petit peuple. Les artisans berlinois voient d’un mauvais œil l’arrivée de ces tanneurs, perruquiers, horlogers ou chapeliers qui leur font concurrence. Malgré cela, la population berlinoise saisit des mots au vol et s’en empare, ce qui donne lieu à un joyeux sabir. « Chacun fait ce qui lui plaît » devient Jeder nach seinem Schaköng. Dans un mélange de dialecte berlinois et de français, « j’en ai par-dessus la tête » se dit ick hab die Neese pleng, littéralement : « j’en ai plein le nez ». Ce n’est pas un hasard si le français « plein » est nasalisé en « pleng ». La plupart des Huguenots sont, en effet, originaires du sud de la France, ce qui explique que, jusqu’à aujourd’hui, en allemand, Balkon se prononce comme dans le midi « Balkong » et Restaurant « Restaurang ». A la fin du XVIIe siècle, les Huguenots représentent 20% de la population berlinoise.

Le siècle des Lumières va, pour sa part, léguer à la langue allemande le vocabulaire des philosophes et des salons français. On peut citer à titre d’exemples Delikatesse, Esprit, Genie, Impression, Sensation ou encore Sentiment. Le roi de Prusse, Frédéric Guillaume Ier (1688-1740), confesse en français : « Je ne suis pas fort en allemand » et son épouse, Christine de Brunswick-Bevern, maîtrise mal l’orthographe allemande. Leur fils, Frédéric II (1712-1786), protecteur de Voltaire, s’entoure de Français dans son château de Sanssouci. Ils sont si nombreux que Voltaire, avec l’esprit qu’on lui connaît, dit au souverain prussien : « Vous êtes le seul étranger parmi nous »(8). La Société royale des sciences, inaugurée par Leibniz sous le nom de Königliche Societät der Wissenschaften, est rebaptisée en français et devient l’Académie Royale des Sciences et Belles Lettres. Un tiers de ses membres sont des réfugiés, originaires de France, et les travaux de l’académie sont publiés en français. La loge berlinoise de franc-maçonnerie porte le nom de Royale Yorck de l’Amitié, l’hôpital municipal est nommé en français Maison Royale de Charité et porte toujours aujourd’hui à Berlin le nom de Charité. Les hôtels berlinois se parent de noms français tels que « Hôtel au Soleil d’Or » ou « Hôtel de Brandebourg ». Les châteaux s’appellent Bellevue, Monbijou ou Sanssouci. Les impôts prélevés ne portent pas le nom allemand de Steuern [impôts], mais d’Accisen, tiré du français « accises ».

Vers la fin du XVIIIe siècle, la Révolution française fournit tout un vocabulaire d’inspiration politique, ainsi Revolution, Reaktion, Komitee, Terror, Emigrant, Bürokratie, demoralisieren, fraternisieren. Les flots de la Révolution déversent également à Berlin une nouvelle population française, composée d’émigrants issus de la noblesse ou de la haute bourgeoisie. Contrairement aux Huguenots, qui vivaient en vase clos, la noblesse française se mélange à la noblesse berlinoise par le biais de mariages, de relations sociales et commerciales. On sert désormais à Berlin du Ragoufeng alias « ragoût fin » ; sur l’avenue Unter den Linden, on a le choix entre le Café Royal et le Café National auxquels viendra s’ajouter bientôt le Café Impérial. Des mots français font leur entrée dans le vocabulaire allemand, notamment dans le domaine de la mode et de la gastronomie, entre autres Kostüm, Paletot, Manschette, Robe, Taille, elegant et Eclair, Filet, Frikassee, Omelett ; Kotelett ou Roulade. Mais la liste ne se limite pas à ces champs lexicaux. Il faudrait ajouter aussi, sans prétendre, loin s’en faut, à l’exhaustivité Cousine, Entrée, Kommode, Journal, Malheur, Malaise, Skandal, Misère, Parapluie, Rage et même Pissoir, qui désignera longtemps, en Allemagne, les urinoirs. A la différence du XVIIe siècle, au cours duquel les poètes allemands traquaient les mots étrangers, le XVIIIe est, en Allemagne comme en France, le siècle de la tolérance. Les différents mouvements littéraires qui se succèdent, l’Aufklärung, le Sturm und Drang et le classicisme de Weimar, incarné par Goethe et Schiller, ne manifestent pas d’hostilité à l’endroit du français. L’écrivain et grammairien Johann Gottfried Gottsched (1700-1766) condamne, certes, l’emploi de mots étrangers, mais il est dans le même temps un ardent défenseur du théâtre français. Goethe maudit le purisme obtus. Les écrivains du XVIIe siècle, s’ils étaient encore en vie, s’arracheraient les cheveux. En l’an 1800, à l’orée du XIXe siècle, il y a en Allemagne plus de grammaires françaises en circulation que de grammaires allemandes ; la bourgeoisie cultivée se pique de parler français, et dans la langue scientifique, le français est en passe de supplanter le latin.

Toutefois, un certain patriotisme allemand est en train de naître. Les Romantiques expriment leur attachement aux vieilles légendes allemandes et conçoivent la langue comme l’expression de l’âme d’un peuple. Les frères Grimm recueillent les récits des paysans, « ils prétendent servir leur patrie en contribuant à préserver ses trésors poétiques »(9). Dans ses Discours à la nation allemande, le philosophe Fichte estime que le peuple allemand, pur de tout alliage, parle une langue qui est l’idiome primitif de l’humanité alors que toutes les langues romanes ne sont que des idiomes dérivés d’un latin corrompu10. La date de publication de ces Discours à la nation allemande (1807-1808) ne doit rien au hasard. En 1806, Napoléon a créé la Confédération du Rhin et érigé la Bavière et la Saxe en royaumes. Le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume III, se sentant menacé, déclare la guerre à la France. Après la défaite des Prussiens, les Français occupent durant deux ans toute la ville de Berlin. La situation se reproduit pendant la campagne de Russie, en 1812-1813. L’hébergement forcé des militaires français – les officiers chez l’habitant, les sans-grade dans les écoles et casernes – favorise la pénétration de mots étrangers que les Allemands adoptent en les déformant : « propre » devient proper, « boutique », Budike, « radical », ratzekahl et « tout chic »,  todschick. L’occupation française est vécue comme une humiliation, à l’origine d’un vif ressentiment qui va ranimer un réflexe de purisme linguistique qu’on croyait oublié.

Des patriotes lettrés se lancent dans des purges linguistiques. Friedrich Ludwig Jahn (1778-1852), qui popularise en Allemagne la gymnastique, germanise tout le vocabulaire de cette discipline, mais veut aussi bannir des textes de loi et du vocabulaire commercial les termes étrangers. Joachim Heinrich Campe (1746-1818), écrivain, linguiste et pédagogue, publie de 1801 à 1807 en six volumes un Dictionnaire destiné à expliquer et germaniser les expressions étrangères imposées à notre langue(11). Mais ses succès sont fort maigres. Le mot Lieu, désignant les lieux d’aisance, tombe certes progressivement en désuétude et est remplacé par Abortexprès disparaît au profit de ausdrücklich, mais le plus souvent, les créations de Campe, comme les inventions des poètes baroques, vont coexister avec le mot étranger sans le rendre obsolète. On dira pendant longtemps indifféremment Parterre ou Erdgeschoss, Rendezvous ou Stelldichein, antik ou altertümlich. Campe n’a pas toujours la main heureuse. Il ne parvient pas à imposer Lotterbett ( lit de mollesse) à la place de Sofa, Schalksernst, (sérieux dans l’espièglerie) à la place d’Ironie. Soit le mot proposé apparaît comme ridicule – Dörrleiche (cadavre desséché) à la place de Mumie (momie) –, soit il est plus inélégant que le mot d’origine, Menschenschlachter (boucher humain) pour Soldat, Schweissloch (trou à sueur) proposé pour remplacer Pore, ou encore il est plus compliqué que le mot initial, ainsi Zwischenstille (intermède silencieux) suggéré à la place de Pause.

Pour faire écho aux préoccupations de Campe, en 1815 est fondée la Berlinische Gesellschaft für deutsche Sprache (Société berlinoise de langue allemande). Elle se fixe pour objectif de préserver la pureté de l’allemand et de combattre les gallicismes. Mais, en ce début du XIXe siècle, le purisme linguistique demeure une affaire d’érudits qui rencontre peu d’écho dans la population. C’est ainsi que, durant les décennies qui suivent, de nouveaux mots étrangers font leur apparition. La Révolution industrielle apporte son lot de termes techniques et économiques (Asphalt, Fotografie, Brikett, Industrie). Le réseau de transport qui se développe emprunte majoritairement son vocabulaire au français (Kondukteur, Billett, Perron – ce dernier mot désignant un quai). Il en va de même pour les télécommunications. Les bouleversement politiques, eux, se reflètent à travers l’irruption de mots tels que konservativ ou Propaganda. La grande nouveauté tient à ce que l’anglais concurrence désormais sérieusement le français, notamment dans le domaine économique (Kartell, Trust) ou journalistique (Interview, Reporter). Mais l’éveil du nationalisme dans le sillage de l’unité allemande proclamée en 1871 va venir changer la donne. Cette fois, le patriotisme linguistique n’est plus l’affaire de quelques érudits, il devient une affaire d’Etat.

Les mots étrangers sont perçus comme une menace pour l’identité nationale. Du sommet de la hiérarchie à la base, des ministères aux administrations locales, des zélateurs de la pureté linguistique font la chasse aux indésirables. En 1885, l’Allgemeiner Deutscher Sprachverein, Association Générale de Langue Allemande, est fondée à Brunswick. Elle va publier pendant un peu plus de deux décennies de nombreux dictionnaires de germanisation, dans lesquels, pour chaque mot étranger, l’auteur suggère un substitut allemand ou, à défaut, un terme aux consonances plus germaniques – Elze est ainsi proposé en remplacement d’Elektrizität.

Dans un travail de recherche(12), Katarzyna Sztandarska s’est penchée sur ces ouvrages, et notamment leurs préfaces, dans lesquelles les auteurs expriment les motivations qui les animent. Celles-ci sont multiples. Il y a d’une part des motivations nationalistes : une langue pure est une condition indispensable à l’identité nationale ; de surcroît, la langue allemande, égale au grec, au latin et à l’hébreu, est si belle et si riche qu’elle n’a pas besoin d’emprunts. Il y a, d’autre part, la volonté de rendre la communication plus fluide et plus claire, les mots étrangers, non compris de tous, pouvant engendrer des malentendus et rendre imperméable au commun des mortels le langage scientifique, si nécessaire au progrès de l’humanité. Certains arguments sont d’ordre esthétique : les mots étrangers rompent l’harmonie naturelle de la langue maternelle. « Est-il de bon goût de coudre sur un habit toutes sortes de morceaux de tissus et de pièces multicolores ? »(13), interrogent Wilhelm Haertl et Oskar Hauschild, auteurs d’un dictionnaire destiné à germaniser les menus des restaurants. Certains arguments avancés confinent à la paranoïa. On soupçonne les mots étrangers de modifier la façon de penser des Allemands et d’être utilisés sciemment par les politiciens pour induire le peuple en erreur, en dissimulant derrière un écran de fumée leurs funestes projets. Ce sont souvent les motivations nationalistes qui prévalent, mais les arguments ciblant la clarté de la communication sont mis en avant dans les dictionnaires de germanisation du vocabulaire des assurances, de la médecine et de la restauration. Pour la gastronomie, des arguments esthétiques sont également cités. Aux thèmes que nous venons de mentionner, il conviendrait d’ajouter des dictionnaires de germanisation du vocabulaire du commerce (Karl Magnus), de l’école (K. Scheffer), du chant, du théâtre et de la danse (Arthur Dennecke), de la langue administrative (K. Bruns), des mines (Emil Treptow), du sport et du jeu (Robert von Fichard).

Le purisme ne séduit pas seulement les linguistes et grammairiens. Deux hommes, l’un, directeur général de la Poste, l’autre, haut-fonctionnaire dans le génie civil prussien, vont marquer durablement de leur empreinte le vocabulaire. Le directeur général de la Poste, Heinrich von Stephan (1831-1897), nommé par Bismarck, décide de germaniser le lexique des postes et télécommunications, jusque là majoritairement tiré du français. Von Stephan est l’inspirateur du décret du 21 juin 1875, qui impose la traduction en allemand de 675 mots parmi lesquels Couvert, utilisé pour désigner une enveloppe et qui devient Briefumschlag, Recommandé, remplacé par Einschreiben, Récépissé par Einlieferungsschein soit « bon de remise », poste restante par postlagernd soit « courrier entreposé ». L’opération est un succès. A l’exception de Couvert qui survit encore un certain temps, tout le vocabulaire français de la poste devient rapidement obsolète.

Dans le domaine des chemins de fer, un autre homme peut s’enorgueillir d’un succès comparable. Otto Sarrazin (1842-1921), d’abord employé aux services techniques du ministère du commerce, participe à partir de fin 1873 à la construction du chemin de fer de la Moselle. En 1886, il publie un dictionnaire de germanisation qui va faire date. Les propositions de Sarrazin, relayées par l’administration des chemins de fer, s’imposent au détriment des mots français jusqu’alors en vigueur. Coupé – désignant un compartiment – cède la place à Abteil, Perron est remplacé par Bahnsteig, Billet devient Fahrkarte. « Billet retour » ne se dit plus Retourbillet mais Rückfahrkarte. Comme pour récompenser Otto Sarrazin de ses services rendus, il est élu en 1900 président de l’Association Générale de Langue Allemande. Impossible pour nous désormais de dire que, par nature, le purisme est condamné à l’insuccès. Le cas de Heinrich von Stephan et d’Otto Sarrazin montre que, lorsque la volonté de l’Etat et de ses représentants rencontre un terrain propice au sein d’une partie de la population, et que l’Etat se donne les moyens d’agir, le purisme linguistique peut effectivement engranger des succès.

N’allons pas croire pour autant que tous les Allemands fussent devenus xénophobes. Le purisme a aussi ses adversaires. En 1889, quarante-et-un intellectuels publient une tribune dans les Preussische Jahrbücher (Annales prussiennes). Parmi les signataires, des germanistes, des scientifiques, des écrivains comme Gustav Freytag ou Theodor Fontane. Tous refusent que la lutte contre les mots étrangers devienne un impératif catégorique dicté par le patriotisme. Ils dénient à toute autorité le droit de définir ce qui est correct ou non et accusent l’Association Générale de Langue Allemande de faire plus de mal que de bien en forgeant à la hâte des mots de substitution absurdes, contraires à l’esprit de la langue. Les signataires entendent s’en tenir à l’exemple des classiques qui ne nourrissaient pas de préventions à l’endroit des mots étrangers. Mais on s’en doute, dans l’Allemagne de Guillaume II, ce point de vue est minoritaire.

Pendant la Première Guerre mondiale, on assiste à un nouvel accès de nationalisme linguistique. Un journal régional comme le Siegburger Kreisblatt signale, le 20 juin 1915, que l’organe de presse des bouchers allemands propose de remplacer des mots français comme Kotelett, Frikadelle ou Bouillon et des mots anglais comme Roastbeef ou Beefsteak par des équivalents allemands. Le même journal note, à la date du 25 août 1915, que la Chambre de commerce de Bonn a obtenu que le mot Saison-Ausverkauf , désignant les soldes, soit remplacé par Sommer-Ausverkauf ou Winter-Ausverkauf. Après la Première Guerre mondiale, la fièvre retombe un peu avant que de remonter en 1933. L’arrivée des nazis au pouvoir donne des ailes aux fanatiques de la pureté linguistique. Ceux qui, jusque là, traquaient les mots français, anglais, grecs ou latin traquent désormais le yiddish, fréquent dans l’argot, et épluchent les œuvres d’écrivains juifs comme Lion Feuchtwanger, Franz Werfel ou Stefan Zweig pour y détecter « cet allemand qui est de la langue juive dissimulée »(14) car « il est indigne [pour un Allemand] de tirer son vocabulaire du ghetto et de le compléter par le vocabulaire du bouiboui »(15). Contre toute attente, les dignitaires nazis sont vite exaspérés. Ils n’apprécient pas l’excès de zèle des puristes, qui vont jusqu’à reprocher au Führer l’emploi de mots étrangers comme Propaganda, Organisation, Sterilisation ou Garant. Lors d’une séance de la Chambre des affaires culturelles du Reich, le 1er mai 1937, Goebbels, ministre de la Propagande, condamne les délires des puristes, qui risquent de faire passer l’Allemagne pour arriérée. Hitler le rejoint. Lui, qui condamnait déjà dans Mein Kampf le recours aux vieilles expressions germaniques obscures et inadaptées à la modernité, désapprouve par un décret du 19 novembre 1940 le remplacement artificiel de mots passés depuis longtemps dans l’usage. Les ardeurs des puristes sont définitivement calmées et ne connaîtront plus de regain.

Après 1945, une large tolérance envers les mots étrangers s’installe. En 1951, la Gesellschaft für Deutsche Sprache, Académie de langue allemande, écrit dans son magazine Muttersprache que le combat visant à éliminer les influences étrangères est dépassé et fait sienne la position de Goethe pour qui la langue doit absorber et non rejeter les mots étrangers. Même si le Denglish (Deutsch-Englisch), équivalent du franglais, suscite aujourd’hui quelques grincements de dents, tous s’accordent à refuser une loi visant à protéger la langue allemande et, ironie de l’histoire, c’est aujourd’hui la France avec sa « loi Toubon » qui est raillée en Allemagne pour son chauvinisme.

 

Le moment est venu faire le bilan de cette épopée linguistique. Comment expliquer que, malgré les efforts déployés depuis le XVIIe siècle par les puristes pour rendre obsolètes les mots étrangers, notamment français, les gallicismes soient toujours aussi nombreux en allemand et émaillent la langue quotidienne, à travers des mots comme aproposvoilà, pardon, Portemonnaie, Parfum, Abonnement, chic, Dessert et bien d’autres encore ?

Il convient de se rappeler qu’à l’exception d’une période comprise entre 1870 et 1940, le purisme a surtout été une affaire d’érudits sans grand retentissement auprès d’une population qui avait bien d’autres préoccupations. Et même dans l’Allemagne de Guillaume II ou dans l’Allemagne nazie, l’obsession des mots étrangers était davantage le fait d’excités et de fonctionnaires zélés que de l’homme de la rue. Si les puristes ont largement échoué, c’est aussi parce qu’ils méconnaissent le rapport que les locuteurs entretiennent avec la langue. Ce rapport est, pour beaucoup, façonné par la paresse et la force de l’habitude. A l’oral, notamment, remplacer un mot étranger usuel par un équivalent peu familier requiert un effort qui va à l’encontre d’une inclination universelle à la facilité. Autre tort des puristes : considérer que la langue sert avant tout à se faire comprendre. Or, ce n’est pas là son unique fonction. En utilisant des mots français, le locuteur peut vouloir épater autrui, se montrer spirituel, charmeur, galant, en utilisant des mots anglais donner une image jeune, dynamique, ouverte sur le monde. Le mot étranger attire l’attention, d’où son usage fréquent dans la communication, le marketing et la publicité. Si les mots étrangers ont bien résisté aux assauts des puristes, c’est aussi parce qu’ils ont des avantages stylistiques. Le mot étranger est parfois plus élégant ou plus suggestif – Attacke est plus agressif que Angriff. Le mot étranger apporte aussi des nuances que n’a pas toujours le mot allemand. Gazette est plus ironique que Groschenblatt, Visage, plus péjoratif que Gesicht, phänomenal, plus spectaculaire que son équivalent außergewöhnlich. Le mot étranger épargne également à l’écrivain ou au journaliste les répétitions en lui offrant la possibilité d’alterner Dialekt et Mundart ou Dessert et Nachtisch. Le mot d’emprunt permet également de parler avec tact et neutralité de sujet difficiles, désagréables ou tabous. Epilepsie est plus neutre que Fallsucht (manie de tomber), Inkontinenz moins humiliant que Bettnässen (mouiller son lit).

 

Les champs lexicaux dans lesquels les gallicismes sont aujourd’hui fortement représentés sont, sans surprise, ceux de deux secteurs dans lesquels la France rayonne depuis plusieurs siècles, à savoir la mode et la gastronomie, ces deux notions étant, du reste, désignées en allemand par le mot français. Dans le domaine de la mode et de la beauté, citons Accessoire, Boutique, chic, Coiffeur, Collier, Haute-Couture, Couturier, Prêt-à-Porter, Textil, Dékolleté, Dessous, Satin, en vogue, elegant, kokett, Krawatte, Mannequin, Saison, Parfum et même Eau de Cologne, plus chic que Kölnisch Wasser. L’influence de la gastronomie française se reflète, pour sa part, à travers des mots tels que Aperitif, Champagner, Likör, Baguette, Camembert, Champignon, Crème fraîche, Crêpe, Croissant, Diner, Fondue, Gourmet, Kanapee, Konfitüre, Menü, Mousse au chocolat, Raclette ou encore Sauce.

 Qu’importe que la bible du savoir-vivre en Allemagne, Über den Umgang mit Menschen (Du commerce des hommes), publiée en 1788, soit l’œuvre du baron Adolph Knigge, le français reste, dans l’esprit des Allemands, la langue du beau monde et du raffinement. Cela résulte de l’influence combinée de la cour de Versailles et des philosophes des Lumières. En témoignent aujourd’hui encore des mots comme brillant, Contenance, Esprit, Bonmot, Dilettant, diskret, Elite, Etikette, exzellent, süffisant, Fauxpas, Fête, Genie, Gouvernante, Privileg, Rang ou Renommee. Expression privilégiée du raffinement intellectuel et esthétique, les arts et les lettres françaises des divers siècles ont marqué le vocabulaire allemand. En littérature, on parle de Roman, Romancier, Genre, Œuvre ou Sujet. Au théâtre, au cabaret, dans le music-hall et au cinéma, les mots d’emprunt abondent : Komödie, Boulevardtheater, Akt, Szene, Komparse [figurant], Debütant, Amateur, Souffleur, Claqueur, applaudieren, Ensemble, Gage, Loge, Kulisse, Garderobe (vestiaire), Foyer [d’un théâtre], Premiere, Plagiat, Kritik, Regisseur (metteur en scène), Akteur et Aktrice. Ajoutons encore Variété – qui désigne un music-hall –, Kabarett, Interpret, Potpourri, Repertoire et Tournee. La chanson à texte, désignée en allemand par le mot français Chanson, évoque Edith Piaf, Juliette Gréco, Brel, Aznavour, Bécaud, Brassens, Gainsbourg, Ferré, Moustaki et Gainsbourg, mais le mot s’utilise également pour désigner le répertoire d’Hildegard Knef ou Reinhard Mey.

Sujet par excellence de la chanson à texte, l’amour. Bien que Casanova fût italien et don Juan espagnol, c’est à la France que les Allemands associent spontanément l’amour. D’ailleurs, n’est-ce pas Edith Piaf, une Française, qui a interprété L’hymne à l’amour ? Dans l’esprit des Allemands, l’amour à la française est très XVIIIe siècle. Des mots comme Avancen [des avances], Kavalier, amüsant, galant, charmant, sentimental, Amüsement, Rendez-vous, Tête-à-Tête, Liaison, Affäre, Passion, Illusion ou Fantasie évoquent tout à la fois le théâtre de Marivaux et les fêtes galantes de Watteau mais s’emploient encore aujourd’hui. Le XVIIIe, c’est toutefois aussi le siècle de Sade et des libertins. L’amour à la française, vu par les Allemands, a toujours quelque chose de leste, de grivois, d’un peu sulfureux. On prête aux femmes françaises, réputées faciles, des talents de courtisanes et d’expertes en débauche. Le « sexe à la française », französischer Sex, désigne la fellation et le cunnilingus. En allemand, pas de « capote anglaise », mais un Pariser [Parisien], synonyme de Präservativ, lui aussi inspiré du français. Autres témoins de cette France licencieuse, les mots frivol, Mätresse, Ménage-à-trois, Eskapade, Prostitution, Bidet, Fetischist, Exhibitionist, Sadist, pervers, Frottage(16) ou encore Domina, du français « dominant », nom donné aux maîtresses SM, sans oublier le lieu favori des militaires allemands pendant l’Occupation : das Bordell.

 Cette allusion à l’Occupation nous rappelle que la relation entre la France et l’Allemagne a souvent été marquée par la guerre. Le vocabulaire militaire allemand comporte de nombreux emprunts au français : Armee, Soldat, Militär, Kaserne, Uniform, et bien d’autres encore. Fort heureusement, ce ne sont pas des mots du quotidien, si ce n’est dans le compte rendu des divers conflits qui ensanglantent le globe. Nombre de mots français d’utilisation courante n’appartiennent toutefois à aucun des champs sémantiques que nous avons distingués, citons : Courage, Faible, Garage, Hommage, Initiative, Karriere, loyal, Milieu, nervös, Panne, Resultat, Souvenir, vis-à-vis, et la liste est loin d’être exhaustive. Certains mots sont trompeurs car ils ont pris en allemand un sens qui diffère de celui qu’ils ont en français. Baiser désigne ainsi… une meringue, Flair, une ambiance, Cineast, un cinéphile, Pedant, un maniaque Trikot, un maillot, Toupet, un postiche, Regal, un rayonnage, Souterrain, un sous-sol et Parterre un rez-de-chaussée. Quelques adjectifs sont également de faux-amis, salopp a le sens de « familier », « relâché », leger – prononcé léchère – le sens de « décontracté », ordinär de « vulgaire », penibel de minutieux et l’adverbe partout a le sens de « à tout prix ».

 

Abstraction faite du sens des mots, comment le français est-il aujourd’hui perçu à l’oreille ? Le plus souvent comme doux, mélodieux et…érotique. Beaucoup d’Allemands ont encore en tête cette chanson, Je t’aime,… moi non plus, dans laquelle Jane Birkin chuchote voluptueusement « je t’aime, je t’aime, oui, je t’aime ». Dans un souffle, Serge Gainsbourg réussit ce tour de force de faire paraître follement érotiques des mots aussi peu poétiques que « moi non plus ». Il suffirait donc de susurrer en français les choses les plus prosaïques pour qu’elles deviennent poétiques, quitte à faire prendre aux benêts des vessies pour des lanternes. C’est ce qui a inspiré à la comédienne Katrin Bauerfeind la chanson satirique, Alles klingt sexy auf Französisch (En français, tout a l’air sexy). La vidéo(17), tournée pour illustrer la chanson, met en scène un café très français avec des créatures très parisiennes, élégamment maquillées, les jambes croisées, tenant leur cigarette avec distinction et sirotant un verre de rosé. Au milieu d’elles, Katrin Bauerfeind se désole :

 

Tout ce que je dis ou chante en allemand

Aura toujours l’air moche.

Trop de consonnes, trop de raideur.

J’aimerais tellement être française,

Et je vais te dire pourquoi, chéri.

En français, tout a l’air sexy,

Chaque mot, c’est de l’érotisme à l’état pur.

Je n’ai qu’à dire « Centre Pompidou »

Et ta libido s’enflamme…

 

S’ensuit une longue énumération de mots chuchotés langoureusement, destinée à tourner en dérision ces idolâtres qui tombent en pâmoison au premier mot français qu’ils entendent. La comédienne susurre ainsi « bouchon cérumineux », « salle d’attente », « tringle à rideau », « excursion de personnes du troisième âge », « mauvaise haleine », « réforme de la santé publique », « appareil dentaire » et « crotte de chien ». Et il y a fort à parier que, pour beaucoup d’Allemands ne comprenant pas le français, les mots sont aussi sensuels que « Je t’aime… moi, non plus », susurré par Gainsbourg et Birkin.

 Pourtant, nonobstant cette prétendue sensualité du français, c’est aujourd’hui aux mots anglais que va la préférence des Allemands. Le français a beau être sexy, il a parfois un côté gentiment suranné. On ne parle plus de Mannequin mais de Model, on n’a plus un Rendezvous mais un Date. Certes, le français a encore de beaux restes, mais l’avenir, malheureusement, ne lui appartient pas.


1 En allemand, les noms communs prennent une majuscule.

2„ICH teutscher Michel/versteh schier nichel/in meinem Vatterland/es ist ein Schand“, Ein schön new Lied genannt Der Teutsche Michel, publié en 1642.

3 Il faudrait ajouter encore les poètes Georg Philipp Harsdörffer et Andreas Gryphius, le satiriste Johann Michael Moscherosch et le grammairien C. Gueintz.

4 Die Aufrichtige Gesellschaft von der Tannen voit le jour à Strasbourg en 1633, Die Deutschgesinnte Genossenschaft à Hambourg en 1643, Der Löbliche Hirten- und Blumenorden an der Pegnitz à Nuremberg en 1644, Der Elbschwanenorden à Wedel près de Hambourg en 1656, Die Kürbishütte à Königsberg en 1640 et Die Poetische Gesellschaft à Leipzig en 1677.

5 […] dass man die Hochdeutsche Sprache […] ohne einmischung frembder auslaendischer wort auffs möglichste und thunlichste erhalte und sich so wohl der besten aussprache im reden als der reinesten und deutlichsten art im schreiben und reimen befleissige“, cité d’après Wilhelm Schmidt, Geschichte der deutschen Sprache, Stuttgart, S. Hirzel Verlag, 2007.

6 Buchstabe, Begegnung et Wörterbuch sont trois créations de Julius Georg Schottel.

7 Le cloître, das Kloster, est perçu comme un mot étranger car issu du latin claustrum.

8Cité d’après Ewald Harndt, Französisch im Berliner Jargon, Berlin, 2005, Jaron Verlag, p. 12.

9 Henri Plard, Histoire de la littérature allemande, Paris, Aubier, 1959, p. 556.

10 Cf. Jean-Edouard Spenlé, La pensée allemande, Paris, Armand Colin.

11Joachim Heinrich Campe, Wörterbuch zur Erklärung und Verdeutschung der unserer Sprache aufgedrungenen fremden Ausdrücke, 1801-1807.

12 Katarzyna Sztandarska, Zu Motiven der Verdeutschung von Fremdwörtern

13« Ist es geschmackvoll, auf einem Rocke allerlei bunte Lappen und Flecken aufzunähen ?“, Wilhelm Haertl/Oskar Hauschild, Deutsche Speisekarte, Berlin, Allgemeiner Deutscher Sprachverein, 1889, p. 27

14« jenes Deutsch, das geheimes Jüdisch war », Ewald Geissler cité par Peter von Polenz dans Fremdwort und Lehnwort sprachwissenschaftlich betrachtet, vds-ev.de/wp-content/uploads/2017/02/ag-literarisches_polenz.pdf, p. 5.

15« Es ist seiner nicht würdig, seinen Wortschatz aus dem Ghetto zu beziehen und aus der Kaschemme zu ergänzen“, Alfred Götze cité par Peter von Polenz, ibid.

16 En français, on parle de « frotteurisme », perversion consistant à se frotter contre des personnes principalement non consentantes, dans des endroits publics, et dans le but d’en retirer une jouissance d’ordre plus ou moins sexuel.

17 Katrin Bauerfeind, Alles klingt sexy auf französisch, youtube.com/watch ?v=iFQGKCvI-wM

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