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1 - Lettre ouverte à Alain Robbe-Grillet
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 Article publié le 30 juin 2004.

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Lettre ouverte à Alain Robbe-Grillet


Maurice Blanchot quelque part dans son à venir sans avenir
écrit un roman
dont le personnage principal est Thomas Mann
qui se prépare à écrire Doctor Faustus
et qui est presque effrayé
par la ressemblance du Jeu des perles de verre
avec son propre ouvrage.
 
les "romanesques" - au fond
ça ressemble aux "jours"
et je suis effrayé
 
mais il ne s’agit pas de cette frayeur d’homme de lettres
dont Maurice Blanchot est capable de parler
pour ne rien dire d’autre
 
ma frayeur est une frayeur d’écrivain obscur
une frayeur d’incohérence réduite au silence
une frayeur de pauvre
 
j’ai démonté les trois volumes
j’ai coupé les fils - gratté la colle
- taqué
- fixé au cousoir
 
tout était prêt
et puis plus rien
je me suis arrêté
comme une horloge -
effrayé
 
l’aiguille, le fil, la géométrie du cousoir
la lumière qui entre dans mon atelier
les couvertures des éditions de minuit
Angélique, le miroir, les derniers jours
ma paralysie, ma science, mon cheval
ma laideur d’idiot pauvre et infirme
ma femme qui me ment et qui m’aime
les "jours" dont je suis l’auteur
comme Robbe-Grillet est l’auteur des "romanesques"
 
cours-y vite ! léger relieur de pages blanches !

[...]
"Les lecteurs peuvent remplacer la notion fenollosienne de nature par d’autres comme connaissance, expérience, réalité etc.", écrit Salvador Elizondo, sans que l’idée générale de Fenollosa perde son sens. C’est aller un peu vite. On ne peut être au fond plus superficiel à l’endroit de ce texte majeur que j’ai intitulé en français :"Le caractère écrit chinois est un moyen d’écrire de la poésie".
[...]
Écrire consistant d’abord à imposer les conditions de la lecture, du coup le titre "bricoleur" d’Ezra Pound, au lieu de séparer le poète de son lecteur par des conventions de statut, refonde totalement le principe même d’apprentissage en installant l’apprenti poète sur le même banc que le lecteur en formation chargé dès lors de la diffusion tandis que l’écrivain est affublé des "antennes de la race". Le tableau est généralement compris (Gertrude Stein) comme l’explication d’un village vu d’assez loin, en tout cas d’aussi loin que le permettent les fluctuations de la pensée de Pound qui encercle plutôt qu’il ne fournit le compendium des explications nécessaires à l’introduction de la nouveauté dans le monde. Ces mondanités, de part leur caractère complexe et quelquefois incohérent, ne peuvent pas inspirer une sortie aussi facile que celle que propose Alonzo à des lecteurs fatigués d’impérialismes et de criminalité universelle. C’est bel et bien de la nature dont il s’agit et non pas de doublures, certes considérables mais impropres au sens même donné par Fenollosa et par Pound à l’histoire considérée comme une évolution, ce qui n’exclut par les cahots.
[...]
La connaissance risquerait de ne pas répondre aux exigences de l’histoire dont elle est l’issue intellectuelle. Il faudrait, comme dans les manuels scolaires, éviter de soulever les questions d’avances sur le temps, comme la machine à vapeur de Héron d’Alexandrie comparée aux conclusions de Denis Papin, lesquelles sont étroitement liées à des besoins d’énergie linéaire. La littérature fourmille d’exemples d’avances qui ne troublent pas, à distance de l’époque où elles ont eu lieu, l’eau intranquille du texte. Ce n’est plus par ses avances que d’Aubigné nous dérange mais bel et bien par ce qui a déjà passablement ennuyé et irrité ses contemporains. La connaissance ne suit pas le fil du temps historique. Elle en dénonce facilement la coulée verbale par ses exemples d’avances d’abord considérées comme des particularités ou des divertissements. La machine de Héron tourne sur elle-même comme si, par comparaison, elle ne devait jamais sortir de cette circularité, en tout cas pas pour l’instant, semble dire l’histoire vue d’ici. Depuis la marmite, en effet, la vapeur a remplacé les chevaux qu’on appliquait aux vérins, vilebrequins, et à toute géométrie mécanique que l’esprit avait conçue pour répondre à des besoins de progrès et non pas pour placer la nature humaine dans le courant d’une évolution qui n’a pas finit de nous étonner.[...]Qui dit connaissance dit progrès. Or, ce n’est pas du tout ce qu’envisage Fenollosa quand il remonte le temps qui lui sert de fil d’Ariane. C’est à ce point que toute idée de cohérence est remplacée par l’effort plus considérable et plus généreux d’équilibre trouvé. C’est méconnaître toute connaissance un peu riche d’enseignement que de chercher à lui substituer, au sein même de la pensée de Fenollosa et par conséquent près du noyau de l’oeuvre d’Ezra Pound, cette idée de nature qui demeure, n’en déplaise aux prostrés de la mortification par l’exemple, la seule source d’inspiration capable de lever le doute sur les spectacles donnés à observer par le seul fait d’être vivant et existant.
[...]
Les coulures de l’expérience, comme aux carreaux de nos fenêtres, s’interposent plutôt qu’elles n’enseignent ou si elles enseignent, c’est d’abord la prudence. C’est quelques marches en dessous de ce qu’on a bien voulu reconnaître comme de la connaissance, si tant est que l’image d’un escalier répond mieux aux croyances religieuses qu’aux exigences de la recherche scientifique. L’expérience est une affaire d’âge d’homme et non pas de ce temps obscurément écoulé avec la conscience de l’histoire. Elle est d’ailleurs bornée par ce nouveau départ dans le monde qu’a pu constituer la première idée simultanée de l’histoire. Elle est traversée d’héritages plus que de connaissances réelles. Elle se transmet comme un flambeau dont la flamme menace de s’éteindre sous le vent de l’innovation. Elle est si éloignée de toute idée de nature que l’esprit l’en distingue clairement à tous les instants de sa morose accumulation. Loin d’être une construction de l’esprit, elle impose ses anecdotes à l’esprit qui est sur le point de découvrir ce qui sera effectivement le contraire de toute fiction. Il n’est pas rare d’entendre un homme de cinquante ans proclamer sans vergogne que c’est son expérience qui "parle" quand il s’exprime ou plus souvent, quand il répond à la demande de production, d’enseignement ou de divination qu’on attend de lui.[...]L’expérience se passe devant la vitre d’amour. Les miroirs sont beaucoup plus facile à nettoyer d’un revers de manche, ce qui explique la préférence des poètes pour qui les fenêtres n’ont pas de carreaux.
[...]
Cette réalité le plus souvent observée en amateur, c’est-à-dire dans cette disposition d’esprit qui interdit au profane de distinguer la bonne idée de la mauvaise mais l’autorise à accepter sans analyse ni comparaison ce qu’en dit le savant (aberration), est rarement celle dont les poètes véritables ont une idée momentanée incompatible avec toute idée d’expérience et probablement peu conforme à la connaissance telle qu’elle est présente à l’esprit de ses spécialistes. La réalité est une idée, n’en déplaise aux réalistes.[...]Comment imaginer qu’une idée puisse remplacer la nature même de l’idée si l’on n’est pas soi-même un cueilleur de détails véridiques pouvant servir à la fois de grisaille et de rehauts à la peinture qu’on est en train de produire parmi les autres dans la seule et simple intention de leur renvoyer des reflets fidèles ? Fidèles à quoi ?[...]Tout comme l’expérience est une connaissance partielle et partiale (je reviendrai sur ces notions de connaissance-morale et art-action), la réalité, et particulièrement celle des observateurs délégués, n’est que la conséquence la moins discutable de cette expérience vouée au redressement de la jeunesse et au remplacement (on est au théâtre de la vie) de tout ce qui n’a plus d’importance. Ce qui n’exclut pas les hommages académiques, loin s’en faut.
[...]
Etc.[...]C’est bien de la nature qu’il s’agit et d’aucune autre entité à la réputation plus contemporaine. Cette nature, écrit Du Bellay, si elle "eût donné aux hommes un commun vouloir et consentement, outre les immuables commodités qui en fussent procédées, l’inconstance humaine n’eût eu besoin de se forger tant de manières de parler.[...]Donc, les langues ne sont pas nées elles-mêmes en façon d’herbes, racines et arbres[...]on ne doit ainsi louer une langue et blâmer l’autre, vu qu’elles viennent toutes d’une même source et origine." Raison de plus pour ne pas confondre une idée aussi profonde et exacte de l’homme avec ce que le temps et son doute ont fini par semer, dans notre esprit, de durée momentanée ou provisoire. Mais de deux choses l’une : ou bien l’on conçoit que c’est par ses perceptions que l’homme se met à parler ou bien c’est plus compliqué que ça et l’on a affaire à des procédures cachées que la pensée moderne a répandu comme la bonne parole. Ceux qui ont un peu vite, sous l’influence des possibilités de consommation et d’accession à la propriété, et dans la perspective de belles carrières négociées sur le tas, enterré l’inconscient pour revenir au corps lui-même et en trouver la première clé véritable, sont en général assez éloignés de toutes préoccupations littéraires et artistiques et paradoxalement, on ne trouve plus guère d’explorations des profondeurs chez ceux qui, j’allais dire au contraire mais ce serait presque mentir, pratiquent le spectacle des sens. Jamais, de tout temps, les uns et les autres n’ont été aussi étrangers à tout désir de communication. Nous n’avons guère le choix compte tenu de l’extrême indisponibilité qui nous ronge. Les "cultures" s’imposent à nos pratiques. On peut même en changer comme bon nous semble, au gré d’une inspiration qui n’aurait plus rien de naturel, plus rien à voir avec nos sens, mais qui n’existerait que par la constante comparaison avec les possessions des autres et sans doute plus précisément de l’autre en particulier. Ce qui prend du temps mais uniquement le temps dont on dispose et non pas celui qui nous concerne tous de la même manière.
[...]
La paroi humaine est une application de la perméabilité et non pas de la capillarité. Les principes du passage de l’extérieur à l’intérieur sont sensoriels. On a beau se creuser la tête, rien n’a encore remplacé ce qui dure depuis longtemps. L’homme voit, entend, et accessoirement il est capable de distinguer des odeurs, des goûts et des sensations nerveuses liées le plus souvent à la peau. Personne ne doute de la capacité de l’homme à accéder aux mystères de l’image et du son. Par contre, les parfums, les petits plats et les frottements plus ou moins autorisés n’ont pas à ce jour statut artistique. L’art ne fait que voir et entendre. La lumière et la résonance sont les deux seuls phénomènes naturels qui ont inspiré à l’homme des chefs-d’oeuvre de l’esprit. Tout le reste, les étoiles des restaurants, la peau des femmes et les piqûres dans ce qui nous reste de veine, relève d’une espèce d’erreur commise en cours de route mais dont il ne nous est pas tenu rigueur si nous ne dépassons pas les bornes. Faute de quoi, la société ou l’individu qui nous sert de pivot social, souvent la personne qu’on aime, se charge de nous remettre dans le droit chemin ou de nous en écarter pour un temps ou définitivement.[...]D’autre part, les pratiques visuelles et sonores ont été depuis longtemps divisées en majeures et mineures sans contestation autre que celle des marchands qui inspirent notre immédiat quand on a les moyens de répondre à leurs questions de prix ou de circonstances. Nous n’avons pas encore, quoiqu’on en dise, la main à la charrue. Et pourtant, les choses nous apparaissent si clairement que nous sommes rarement indifférents. Nous agissons soi disant sur la base de principes éthiques, ce qui est une aberration de la pensée, et nous apprenons par ce déplacement adroit, apparemment cohérent mais qui n’est qu’une conséquence et non pas une découverte, qui prend la place de toute l’action qu’on est sur le point de produire devant les autres, l’autre si on veut ou si on veut être avec lui. La confusion qui s’ensuit affecte la nature elle-même et nous perdons le fil. On s’inquiète rarement de cette menace de rupture. On voyage plutôt et de moins en moins loin au fur et à mesure que notre maîtrise de la vitesse et des frontières nous rend plus dangereux et plus impitoyables que les conquistadores montrés comme exemple de ce qu’il ne faut pas faire et défaire. Tout ça, tout ce qui se passe en marge de l’image et du son, ou plus exactement de la lumière et de la résonance, c’est la langue. Elle est donc tributaire des circonstances tandis que le son demeure ce qu’il a toujours été, un phénomène perceptible par l’oreille et finalement par l’esprit, et que la lumière dénonce constamment les dépassements de l’image toujours affectée de modes, de nostalgies et de facilités perspectives, ce qui la réduit fatalement aux slogans qui l’introduisent et l’expliquent.[...]La croissance des langues, en nombre et en mots, produit ces tangentes qu’on trouve poétiques quelquefois. Ce qui différencie les langues les unes des autres n’est pas sonore ni rétinien. Et ce n’est pas non plus dans la plus ou moins grande disposition de l’esprit à retrouver un fil de remplacement que la différence se fait jour avec le plus de clarté possible. Le maximum d’intensité est atteint quand la langue elle-même est porteuse de cette clarté. Il a semblé à Fenollosa et à Pound que la langue chinoise était encore capable de renvoyer des reflets véridiques et l’on voit bien que c’est sous l’effet des seuls phénomènes naturels dont l’artiste a connaissance : la lumière et la résonance naturelle.
[...]
Que la rhéologie de la langue doive tenir compte de tous les autres phénomènes perceptibles liés au nez, au palais et aux tissus, qu’elle ait à pousser encore plus loin sa croissance par l’observation de tout ce qui justement n’est pas perceptible et finit par devenir franchement incompréhensible pour l’esprit moyen, ce qui le réduit au spectacle même qu’on lui propose par esprit de vulgarisation, est une évidence. La langue est une conséquence de cette part marginale qui n’a jamais produit aucun art. La langue est une intention de discours. Ni la peinture ni la musique n’ont besoin de la langue pour exister. Mais la langue ne peut pas se passer de cette part de nous-mêmes qui nous relie au plaisir de façon plus efficace que les images ou le son. Et le plaisir, c’est le lit du désir.[...]La langue est donc pétrie de sensations vulgaires et plus elle est vulgaire, plus elle est capable de rendre compte de son objet.[...]La langue est le lieu de toutes les vulgarisations, ce qu’on appelle plus facilement de la communication.[...]Ici, l’inconscient prend la place des calculs indiscutables et non seulement toutes les langues mais encore toutes les formes de langages non issues directement de l’oeil et de l’oreille, c’est-à-dire du son et de la lumière, appartiennent à l’art ou peut-être plus justement elles sont dépossédés dans ce sens si particulier qu’il n’est soumis à aucune règle ni précise ni commune. Cette abondance incalculable ni par le texte ni par l’organe constitue plus ou moins clairement cette logopoeia dont la poésie semble bien pouvoir se passer. Et les organes qu’elle propulse au devant de la scène sont les nouveaux médiums. Plus faciles, moins exigeants et aussi plus discutables, ils alimentent la mémoire qui du coup prend la place si convoitée de l’histoire pourtant toujours préférable au moment de donner à l’oeuvre un pouvoir définitif.[...]Le nez propose des sens cachés aux madeleines innombrables des romans, la langue alimente la gourmandise des instants de partage, et le système nerveux monte sur les planches avec une probabilité de retenir l’attention qui met à mal des traditions plus respectueuses des chefs-d’oeuvre. La langue est présente partout où l’oeil et l’oreille ne sont plus invités à tout dire et à tout recommencer. La langue est envahissante sitôt qu’on la retrouve avec le nez, la langue et les extrémités nerveuses. Elle est le grand sujet des conversations, quel que soit le niveau de communication. Il ne reste plus à la musique qu’à se déposer sur des images ou plus exactement sur le mouvement inspiré par l’image quand celle-ci démontre sa capacité à forcer la représentation du plaisir. Le voyeur prend la place du guetteur et du contemplateur. L’oreille devient une brèche cérébrale à la pression acoustique et l’imitation de la proximité devient si réelle que la récompense égale en intensité les moments les plus intimes du couple qui n’est plus l’unité de mesure favorite des amateurs de sensations. L’art est à ce prix et nos civilisations, toutes compromises dans cette évolution en dépit des apparences qu’il faut bien qualifier de trompeuses, n’ont plus le pouvoir de marquer l’histoire au fer rouge de l’invention artistique. Mais il ne faut pas en conclure que la pureté du son et de la lumière n’est pas une évidence aussi claire que la capacité de la langue à récupérer tout ce qui n’est pas purement ni résonance naturelle ni relativité des couleurs.
 
J’en veux pour preuve cette petite histoire de la gamme, par exemple :

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