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Poèmes traduits par François Olègue
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 Article publié le 10 septembre 2017.

oOo

ABRI

 

 

Le plus cher souvenir que je garde

de ma vieille ville, c’est son silence

et un chien qui aboie au loin.

 

Certes, il y avait là aussi des perdrix,

des vachers, des serins et des tangaras,

des organistes teités et des picolettes,

et, immergés dans le puits de la nuit,

quelques loups-garous.

 

Cependant, rien n’est aussi vivant,

tout au fond de mon cœur,

que ce silence

et ce chien qui aboie au loin.

 

C’est bien plus qu’un beau souvenir,

c’est l’abri de mon âme.

 

Et c’est pour cela que je vis encore,

que je supporte tous les chagrins,

que je renais de mes cendres :

 

c’est parce qu’il reste en moi

le silence de ma vieille ville

et un chien qui aboie au loin.


 

LES ACTEURS

 

 

Totus mundos agit histrionem

ont écrit Shakespeare et ses compagnons

sur le panneau

installé à l’entrée du théâtre Globe

afin de rappeler aux plus distraits des passants,

qui connaissaient néanmoins un peu de latin,

que tous les hommes sont des acteurs

(jouant dans les pièces intimes

qui, comme toutes les pièces jouées,

ont leur début, leur milieu et leur fin).

 

Cette troupe a déjà présenté sur scène,

il y a tant de siècles,

tous les gestes possibles

et toutes les phrases pauvres ou géniales,

de même que tout dénouement

a été mis en scène il y a fort longtemps.

 

Je me figure la scène que Shakespeare a vécue

lorsqu’il a baissé son propre rideau

et laissé le public pour toujours

là-dehors.

Après quoi, plus dramatique encore,

je me demande comment je jouerai, moi-même,

lorsque mon Heure sera venue.


 

ROYAUTÉ

 

Je suis comme le roi d’un pays pluvieux

Charles Baudelaire

 

 

À mesure que nos jours s’écoulent,

nous pensons davantage

à ce que le poète a écrit

à propos de ce roi

d’un pays pluvieux.

 

Moins de temps nous avons à perdre,

plus nous y pensons, obstinés.

 

Et nous contemplons,

de plus en plus proches de lui,

ce roi que plus rien n’intéresse,

ni même les mélodies

d’Aphrodite.

 

Et nous nous en approchons

de fil en aiguille,

jour par jour,

chaque jour,

et nous en venons à nous voir tous

gésir

dans un miroir pluvieux,

sans que rien ne puisse jamais

réchauffer nos veines

où ruissellent,

remplaçant notre sang,

les eaux vertes

du Léthé.

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