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 Article publié le 17 septembre 2017.

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Toutes vous déclariez m’aimer d’un amour vibrant et sincère, et d’une grande subtilité, armé qu’il était de toute la profondeur requise par l’enjeu considérable qui s’offrait à vous : rien moins que récupérer votre mise, c’est-à-dire votre cœur et votre corps unis dans une seule et même âme, afin d’en faire cette masse ductile et noble qui fait l’étoffe des héros.

Héros, hérauts de l’amour ! Et tonitruants avec ça, à nos heures !

Une seule et même âme, disais-je.

Celle-ci paraissait, à certaines heures, si chatoyante, si cahotante, si essoufflée ou si vibrante, cela devait dépendre de votre humeur du jour, peut-être des saisons, ou des phases de la lune, que sais-je encore ?

Où étais-je dans tout cela ? Telle l’abeille, je pillotais de fleur en fleur à votre recherche, et maigre butin au fil des jours, mais qu’importe, tout le temps, vous étiez là, et rayonnantes et épanouies ! 

A dire vrai, je sais si peu de choses.

De vous bien sûr, mais aussi de moi qui vous parle encore. Nous étions et sommes encore résolument, fatalement dans l’à peu près, n’est-ce pas ?

Vous disiez aimer le jeu pour ce qu’il offre de risque et de liberté, pensant qu’il n’est pas de liberté vivante sans courir le risque de la perdre, et en effet vous risquiez constamment de vous perdre en arguties, à la recherche cependant d’une vérité vivante et vivifiante comme l’air marin, mais alors pourquoi évoluer dans cet air vicié qui ne vous quittait jamais ?

Sans doute, parce que nos vices étaient notre vérité commune, et ce besoin d’aller au-delà des apparences sensibles nous a joué des tours. Disant cela, je ne regrette rien, et vous non plus, j’en suis sûr.

Au sommet, sur les cimes plutôt, le monde, qui nous entoure, était comme plongé dans une épaisse brume, nous avions alors tout loisir d’être sidérés la nuit venue. Oublier le monde dans une étreinte est chose si aisée.

Cela avait lieu dans votre chambre ou votre salon enfumé.

J’ai reçu ce poème ce matin, d’une grande naïveté de forme, mais direct comme un baiser sur les lèvres :

 

Au pays des sens

Nos deux corps se font jour
Attirés qu’ils sont par l’amour
Peau à peu se cherchent, se frôlent
Transpirent le désir, se séduisent

Longuement dans la chamade des cœurs

A pas de loup, en moi tu t’avances
Ton regard brûle posé sur moi
D’impatience, mes hanches frémissent
Au seuil de moi, tu me lances ce regard provoquant

Sésame et énigme tout à la fois

Debout devant toi
Lentement de mes doigts
Ton T-shirt mouillé
Je fais glisser

Découvrant ton sexe puis ton torse

Avec pour seules armes mes mains
Je suis la courbe parfaite de ton sexe
Je le sens durcir, avide de plaisir
Lentement de mes lèvres

Je dessines en orfèvre consommé
Des arabesques de velours sur ton corps
De plaisir, il frémit puis se tord

Mes mains voyagent dans le pays de tes frissons
Ton corps satiné m’inspire des caresses profondes
Hardies mes mains qui se font exploratrices
Et tel le démon tentatrices en diable

Tu me murmures fiévreusement
Prends moi, aime moi
Tu es dans un tel émoi

Vient du plus profond de nous un corps à cœur endiablé
Dans la nuit étoilée que la lune éclaire
Dans un tourbillon de désirs, je t’emporte
Au pays qui m’est familier

Que nous appelons d’une seule voix plaisir

 

Donnerai-je suite à cette image ? J’en suis bien tenté, tout en sachant qu’un abîme sépare la bouche friande de la main qui écrit, comme cette phrase volontairement ambiguë : un abîme sans profondeur, une surface étale, vaste et stérile comme la conscience, et qui engage la confiance sur des terres trop connues pour ne pas être louches.

Là où nous nous tenons commence l’énigme qui se perd dans les dédales de mots à la recherche d’une issue de secours qui se dérobe toujours.

Ni franchise ni sincérité n’y changent quoi que ce soit !

Ne pas se payer de mots semble la solution toute trouvée, saine en effet comme une belle pomme rouge tombée de l’arbre durant la nuit, mais resterait alors à faire en sorte que les mots ne se jouent pas de nous.

La mort est dans le fruit.

Son corps sera-t-il à la hauteur des attentes que le cœur formule si simplement ? Nous verrons. Ah la hauteur, toujours la hauteur, en amour, décidément, alors qu’il s’agirait plutôt de s’enfoncer dans les profondeurs brûlantes de vices tendrement partagés.

L’air raréfié des cimes, l’air vicié des chambres d’amour, tout cela revient au même, toujours la même source d’embarras pour moi qui répugne à l’idéalisme béat des amants qui se croient intouchables juchés qu’ils sont sur leur nuage doré.

On ne lévite pas dans une chambre, on ne parvient à aucun sommet, on ne sombre pas non plus corps et bien, on vit de mourir de plaisir.

Jamais ce n’est assez, vous le savez bien, vous qui m’avez suivi sur les chemins escarpés de vos vices tant et tant de fois.

Je ne vous oublie pas, vous voyez, et pour autant je ne fais pas de vous de tendres souvenirs. Vous n’êtes pas fantomatiques, mais bien de chair et de sang. Je sens votre souffle qui s’anime, votre cœur qui se heurte au mien, quand nous faisions l’amour.

Comme cette phrase est étrange, n’est-ce pas ? Nous le sommes bien autant, tous autant que nous sommes, et tant que nous n’adhérons pas à cette image comme le lichen à l’écorce des arbres.

Radicalement nomades comme eux dans la terre, mais immobiles quoique frissonnants aux yeux de nos contemporains immédiats.

C’est pure folie que de continuer ainsi sur cette voie sans issue, nous le savons bien. Dans les dédales qui s’ouvrent à nous, il y a place pour une forêt enchanté qui nous cache un jardin épicurien dans lequel nos mots perdus ont fait flores.

Nous vivons ainsi dans plusieurs mondes emboîtés les uns dans les autres mais qui ne communiquent pas volontiers. Cela fait un peu notre affaire, reconnaissons-le.

D’un regard, d’un seul, j’ai voulu embrasser la vaste contrée qui nous habite.

Je n’y ai vu que fumée et chaos, désordre sans nom et dévastation. Notre image dansait dans le jour, fumée blanche unie-désunie, séparée-scindée puis à nouveau réunie pour ne former qu’une seule et même unité de temps et de lieu.

Il fallait y voir je ne sais quelle bonne fée qui planait en nous hors de nous, augurale, ouvrant sans cesse sur un autre monde.

Mon corps héraldique mis en abyme dans le vôtre et vice-versa.

Quelle étrange sensation, mais délicieuse et addictive !

Ne plus voir le temps passer et déplorer qu’il passe tout de même, incapables que nous étions de totalement nous abstraire du monde qui nous entoure !

De ce passé irrésolu, j’ai fait une raison d’écrire à votre encontre pour mieux vous rencontrer.

 

Jean-Michel Guyot
9 août 2017

 

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