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Ma dernière machine
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 Article publié le 24 septembre 2017.

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  Il est beau. Elle est belle.

 Qu’un simple cube puisse plaire, en répondant à un critère de beauté somme toute relatif à tout-un chacun, relève de la fantaisie. Mais…pour moi l’objet est une pure merveille. En son sein, "ELLE" est là. Ma machine. Cachée dans le ventre de cette structure d’acier inoxydable de deux mètres cinquante de côté, si parfaitement polie que chacune de ses faces ressemble à un miroir.

 A peine visible tant l’encastrement est parfait, la porte décagonale peut laisser passer n’importe quel homme de taille normale. Un énorme embonpoint serait le seul handicap pour ne pas partir en voyage. Pourquoi cette forme de porte ? Un jeu de ma part, mais qui rappelle ce que personne ne peut voir à l’intérieur de la machine ; où justement, le décagone devient condensateur de mon unique source d’énergie. Le temps.

 Fou ? Si vous voulez ! Vos pensées ne sont pas mon problème !

 Ma dernière machine, après quelques siècles de cogitation et de nombreux fracas accompagnés parfois d’innommables jurons, est enfin au point. Si vous m’avez déjà lu, vous devez savoir qu’un nombre impressionnant de machines est à mon actif de génial inventeur.

 Pour vous en rappeler quelques unes, une arche que le Tout Puissant m’avait ordonné de fabriquer avec son ami Noé. C’était du temps où je ne m’étais pas affranchi de la domination de cette blanche barbe devenue sénile, incompréhensible et au nom de laquelle les hommes se foutent encore sur la gueule en permanence. Toujours pour lui et avec répugnance, j’ai fabriqué deux artifices, du style gros pétards de 14 juillet, pour des villes où les divertissements devenaient par trop scabreux. Sodome et Gomorrhe. Intelligent, mon maitre de l’époque a su provoquer un tremblement de terre pour effacer les traces de mon forfait. Il m’a aussi ordonné de forger les rouages compliqués d’un engin à broyer l’intelligence, à annihiler la vérité. Le Conseil de Trente mis à la disposition d’un vilain pape qui ne voulait pas que la Terre soit ronde. Cet infâme Urbain VIII qui s’est épanoui en usant de son arme favorite, l’Inquisition.

 C’est à cette occasion que j’ai voulu me mettre à mon compte. Pour défendre mon disciple Galilée, j’avais mis au point une autre machine. Celle qui l’assista lors de son procès. Ce fut mon premier échec. Monsieur Destin, l’ingénieur chargé de l’entretient des complexes commandes et rouages, m’ayant trahi au profit des juges engésuités de la retorse institution vaticane.

 Je n’ai pas honte à vous dire que depuis, aucune de mes inventions n’a réellement accompli sa mission. Mes bonnes intentions n’ont pas encore vaincu la bêtise humaine. Par jeu seulement j’ai mis au point deux peu ordinaires engins, la machine à patate, puis la machine à payer les impôts. Distrait par celle qui me trottait dans la tête depuis toujours et qui reluit aujourd’hui devant vos yeux ébahis, des menus détails, des mises au point certainement bâclées firent capoter ces projets secondaires. Beaucoup d’autres inventions ont fleuri sous ma calotte crânienne. Mais, dédaignant la postérité, j’ai glissé hier leurs plans dans les boîtes aux lettres de bien des hommes aujourd’hui célèbres (et de quelques femmes afin de ne pas être taxé de misogynie).

 Il est beau. Invisible à l’intérieur, "ELLE" est encore plus belle.

 D’innombrables textes de fiction, venant d’auteurs merveilleux à l’imagination débordante, ont parlé de cette machine faisant rêver l’humanité. Avant même que la technologie moderne puisse envisager sa construction, les esprits partaient dans le passé, probablement pour influencer un présent loin des espérances imaginées. Ou alors ils se projetaient dans le futur pour voir enfin comment la boule tournera (si elle y tourne encore). Voyons une réalité plus prosaïque, engins guerriers, moyens de locomotion sur terre, sur mer, dans les airs, aujourd’hui enfin dans l’espace, ont d’abord étonné puis font désormais parti du monde au quotidien. Le voyage dans le temps parait un mythe toujours hors de portée.

 La preuve que j’ai réussi est indéniable puisque je suis à la fois dans ma machine, je la contemple de l’extérieur et j’écris en même temps cette nouvelle. Je peux également vous affirmer que je me trouve à l’instant derrière vous qui lisez. Histoire de fous ? D’un seul fou ? Non ! Retournez-vous ! Trop tard ! Je vais si vite que déjà j’ai disparu. Alors, quelle machine impensable ai-je donc conçue ? La fameuse qui voyage dans le temps ? Pas tout à fait.

 J’ai pris le problème sous un angle non abordé à ce jour.

 Pourquoi ne pas voyager AVEC et non DANS le temps !

 

 

 Au fait, et si je me présentais ?

 August Santiago Wittwer. Immortel aux multiples visages qui n’a d’autre but, depuis qu’il ne se considère plus comme le Magicien de l’Eternel, que d’enseigner la sagesse aux humains. Tâche on ne peut plus rude vous en conviendrez. Oui, vous avez raison en prétendant la mission tristement impossible, l’utopie irréalisable. Mais l’obstination est l’une des mes qualités. Ne chercher pas mes défauts…il n’y en a pas.

 Combien de "couvertures" ai-je adoptées en venant de multiples fois me réincarner ? Sans réelle nécessité car il faut être maso pour vouloir revenir parmi les humains. Voici quelques exemples en passant. Chef d’un clan de Celtes, père fouettard sur une galère, sicaire de haut vol à son compte personnel après avoir servi sa patrie, puis homme d’affaire véreux ayant dépouillé sa propre frangine de tous ses biens ; quatre des multiples situations de mon passé. Au présent, je navigue de nouveau sur l’océan de la vie. Ayant déjà planté des arbres et fait des enfants pour complaire à Bouddha, après avoir peint, j’écris dorénavant. Mais je dessine encore sur ma comète Espoir les plans de mes machines à améliorer le déroulement du fameux schmilblick de la condition humaine. Celle qui fut si chère à André Malraux. Nota bene, mes intentions vont bien au-delà de la seule Chine. Je ne doute pas d’arriver à la révolution. Elle n’aura, rassurez-vous, rien de communiste.

  Mon cube va prouver à ce génie de monsieur Einstein, qu’il n’avait pas tout à fait raison, plutôt complètement tort. N’essayez surtout pas de rentrer en lui. La paume de ma main droite posée au centre de la porte ainsi que la reconnaissance de mon iris sont les seuls sésames valables pour ouvrir. Militaires, abstenez-vous ! Un système d’autodestruction est prévu en cas d’attaque ou de simple tentative de déplacement. Je n’ai rien laissé au hasard, y compris en me droguant ou en utilisant la force dont vous faites votre métier, vous n’arriveriez pas à vos fins. Avant de chercher des noises à ma modeste personne, je vous suggère respectueusement de lire Le Magicien de l’Eternel, nouvelle d’un auteur qui mériterait à être mieux connu.

 Dois-je entrer dans des explications sur un grand tableau noir, avec force équations mathématiques pour que vous compreniez le fonctionnement de ma merveille ? Mieux vaut éviter de saouler les simples gens que vous êtes. Pour des esprits scientifiques, je conseillerais surtout qu’ils abandonnent leur rationalité afin de pouvoir assimiler. Or rien n’est plus impossible à cette catégorie d’individus. Seul comprendra celui ou celle capable de se trouver au-delà du plus loin tout en restant ici. Comment ? Quel charabia !

 J’ai conçu ma machine. Amis, je sais aussi qu’en chaque atome de mon corps elle est reproduite à minuscule échelle. En vous aussi, tout comme dans le grain de sable au plus profond des abysses océaniques, tout comme dans les poussières célestes formées par la queue de la comète Haley.

  Ici intervient l’une des clés de ma réussite : le principe holographique découvert dés la fin du dix-neuvième siècle. Le principe holographique en physique est une conjecture spéculative dans le cadre de la théorie de la gravité quantique. Très à la mode en ce moment, tous en parlent…mais qu’en savent-ils ?

 Différant mathématiciens continuent de plancher sur cette conjecture, nous nous lançons sur leur voie, celle de la thermodynamique ! Depuis les années 70, les physiciens Stephen Hawking et Jacob Bekenstein, dans le cadre de la relativité générale et de la théorie quantique des champs, ont calculé que tout objet même le plus ordinaire possède une entropie, c’est-à-dire une mesure de la quantité d’information qu’il renferme. Définissons mieux ce dernier mot que vous découvrez peut-être pour la première fois.

 L’entropie est une mesure du nombre d’états que peut posséder la structure microscopique d’un système.

 Génial Stephen Hawking, ne t’est-il pas venu à l’esprit que le temps lui aussi pouvait avoir une entropie ? Là est ma machine !

 

  Et moi qui parlais de ne pas vous saouler, vous êtes déjà pratiquement tous endormis !

 Je ne prétends pas développer un essai philosophique sur les probabilités. La plus part des savants considère aujourd’hui que l’espace possède une structure où les dimensions connues ne sont que parties apparentes. En plus de la quatrième dimension qui serait le temps, existe une structure topologique. Déjà définie et étudiée en théorie ergodique comme une mesure de probabilité.

 Cette mesure, vous-même allez la faire, simplement en vous posant une seule et simple question. Oui ou non l’auteur de ces lignes est-il fou ? Une chance sur deux ! J’ai déjà dit dans un paragraphe précédant mon opinion sur votre pensée. Mais n’ai-je pas également promis de rester à votre portée ? Veuillez excuser cet oubli, voici donc et sans rentrer dans les détails techniques, une description plus détaillée de ma machine.

 A l’intérieur du cube d’acier inoxydable un parallélépipède décagonal dont l’une des dix faces est une autre porte. N’y chercher pas une quelconque serrure, son ouverture est semblable à celle du cube. 

 Ce deuxième volume constitue ma cabine de voyage. Quand j’y pénètre je m’assois sur un confortable siège face au tableau de bord. Peu de cadrans et aucun bouton ou manette de commande. Seule ma volonté va mettre l’engin en fonction. Les yeux clos, je médite en respirant par le ventre comme un yogi et me vide de toute pensée, pas même celle de mon proche départ. Puis je rentre en vibration…….

  Ondes si puissantes qu’elles se transmettent en ce vase hermétiquement clos. Un dispositif calé sur ma fréquence injecte de l’argon entre ma cabine et le cube. Gaz parfait monoatomique qui va faire disparaitre le parallélépipède avec son impossible inventeur. Je ne suis plus là. Je suis enfin tel que certains noyés de religion affirment, à l’image de Dieu. Omniprésent. Partout à la fois. Ma création procure le don d’ubiquité. Être avec et dans le temps, ni hier ni demain, mais dans un présent parfait où la distance n’existe plus. Or, si il n’y pas de distance, impossible désormais d’invoquer une notion de vitesse. Tous mes regrets, cher Monsieur Einstein.

 Un petit quelque chose me dit que vous ne me croyez pas. Et pourtant…si je vous précisais que, personnellement, je n’ai aucunement besoin de la moindre machine. Ce chef-d’œuvre de technologie n’est destiné qu’à la prise de conscience du possible pour les bipèdes d’humains. Tous n’ont pas travaillé pour l’Eternel comme moi, en officiant de magicien en plus ! En cette fin d’année 2013, j’ai réincorporé le corps d’un drôle d’individu. Un vagabond des mers et traine-savates sur les chemins terrestres de tous les continents. Il n’a pas foulé l’Antarctique ayant des chaussettes trop légères quand il est passé non loin.

 Je pense avoir bien choisi mon retour. De voir ce bon à rien, ce moins que rien, ce gars qui n’a rien à foutre de tous les systèmes d’une société pourrie à la moelle, de le voir donc si heureux, je vais faire en sorte qu’il dure encore quelques bonnes années. Ma réincarnation présente n’aurait pas été capable de fabriquer la machine. Mais le loustic n’est pas bête et aurait pu la concevoir, en idée du moins. Je suis d’ailleurs sûr que sans moi il l’a fait, et depuis lulure. Quant à la réalisation, disons que j’ai guidé ses stylos et crayons pour les plans. Des gribouillis que tout autre que lui qualifierait de déments. Mais ca fonctionne ! 

 L’idée serait plus tard de construire un cube où quelques grands noms de la politique, des décideurs de vie de l’humanité, puissent faire la merveilleuse expérience. Moi, August Santiago Wittwer me charge de les convaincre pour la construction d’un immense ensemble capable de réunir tous les chefs d’État, leurs ministres, toutes les sommités religieuses afin que ces braves puissent surveiller respectivement leurs sujets et leurs ouailles en étant omniprésent au dessus d’eux.

 Je m’arrangerai alors pour que leur voyage soit sans possibilité de retour dans le monde du réel, du palpable. Ce sera ma dernière machine.

 

 La suite est en cours d’écriture, pardon de construction……….

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