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VERS LIBRE
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 Article publié le 8 octobre 2017.

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e.e. cummings disait que le vers libre n’existe pas. Les modernistes du XIXe et du XXe siècle (dont Rimbaud et Mallarmé) n’ont pas simplement aboli des contraintes : ils ont recherché une autre appréhension du rythme.

Paul Claudel l’a résumé clairement dans ses Positions et propositions sur le vers français. Ce qui conduit au vers libre, c’est le souffle et la pensée elle-même.

On ne pense pas d’une manière continue, pas davantage qu’on ne vit d’une manière continue. Il y a des coupures, il y a intervention du néant. La pensée bat comme la cervelle et le cœur.

La façon dont Paul Claudel a analysé le vers français reste sans équivalent, non seulement par l’attention qu’il porte aux travaux des phonéticiens de son temps mais plus encore par la sensibilité très forte à la plastique de la phrase elle-même et à toutes ses nuances.

La phrase française est composée d’une série de membres phonétiques ou ondes courtes avec accentuation et insistance plus ou moins longue de la voix sur la dernière syllabe. Ce caractère spécial du français a été étudié par un remarquable éducateur, M. L. Marchand, qui y voit la raison de ce qu’il appelle les doublets phonétiques, comme tu et toi, il et lui, etc., le même mot changeant de forme suivant la place qu’il occupe dans le phonème. De même on prononce dix sé sous et un franc dix sett, tou les enfants et ils y sont touss, appeler et j’appelle. Les syllabes ne sont donc en français par elles-mêmes nib brèves ni longues, et le phonème se compose d’une longue qui est toujours la dernière syllabe et d’un nombre variable et à peu près indifférent de syllabes neutres qui sont par rapport à elle toujours brèves quel que soit leur titre orthographique.

Si le lexique est désuet, l’appréhension du rythme phrastique, de la plastique verbale, sont d’une finesse que nos littérateurs contemporains seraient bien en peine d’égaler.

Le vers libre claudélien se niche dans « les coupures » et « l’intervention du néant ». Il ne s’agit pas seulement d’une critique du vers métrique mais aussi bien de la prose.

Le surréalisme, l’objectivisme, les nombreux sans-école du XXe siècle se sont engagés dans cette voie. Il n’en ressort pas un « art poétique » mais un ensemble d’approches, parfois horriblement complexes, souvent liées aux théories linguistiques de leur temps (Saussure et Emile Benveniste).

Aujourd’hui le champ des possibles est largement ouvert. Et il n’y a ni recette métrique ni recette sérielle qui soit réellement assurée d’être en soi plus valide qu’une autre. Mais des approches plus ou moins intègres, denses, vraies - qui font vivre le poème.

Le risque du moderne c’est l’idiotisme. Le risque du néo-classicisme - le passéisme. Le risque commun aux uns et aux autres - la relégation du poème dans l’espace social. Là où je suis fondamentalement optimiste, c’est qu’en la matière on ne pourra pas descendre beaucoup plus bas... Mais aussi qu’avec l’internet, la poésie connaît un essor sans précédent.

Elle ne peut plus être emprisonnée dans ces milieux qui l’ont annexée et étouffée.

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