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 Article publié le 7 janvier 2018.

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SONS, ODEURS

 

lettre de voyage

Un essieu cassé net de nuit, et l’on finit trois jours dans une auberge à écho, au bord d’une route, et de rien, sinon d’un bouge vide adossé à des ruines de grange où personne ne descend (on n’en voit jamais les filles, d’où peuvent-elles bien venir ?),

et d’un gros tas de blé peu à peu accru de quelques tombereaux (non, c’est du sable roux ; non, c’est bien du blé et une senteur fertile tassée, en plein midi, de céréale ombreuse, peut-être épeautre ou seigle, dont on vient de spolier les champs blonds d’alentour).

 

Troisième soir. Une odeur de fumée de bois signale une boulangerie à l’horizon et un village avant l’horizon dont bouge, mont de blé, auberge étaient finalement partie ;

trait brun de moisson où je vais longuement dans un souffle de planète sèche et graines sombres d’été,

y découvrant pour finir une vie : des étrangers, un gros temple, une chapelle, d’ocres greniers d’adobe nu, d’autres moins archaïques et enfin l’anonyme boulanger bourru, son pain blanc et fin, dont j’ai rêvé, et de plates pâtisseries peut-être à l’anis, dont il n’eût fallu point rêver.

 

Mais c’est dans cette auberge que j’aurai lu trois livres (et demi)

et, dans la hâte distraite et l’attente d’un départ, sous le cri d’ouvriers à ma fenêtre presque aussi âgés que leurs jurons - ayant regardé jouer puis repartir cinq jeunes pèlerins - signé d’un trait en chambre mon épigramme votive et solaire sur un rythme alcaïque court

qui m’aura coûté à écrire bien moins que cette lettre-ci, dont je n’ai voulu rien inventer (nuance, intervalle, transition) dans sa tendre magistrature à l’égard de l’infini réel musicalisé, infiniment plus imaginatif que nous.

 

*

 

Temple, modeste et princier, non occupé. Bourgade sans centre (sauf peut-être une fontaine à quatre jets inégaux), pour une part à l’abandon mais avec la manie de l’écusson, soutenant la ruine. Peut-être, vu de nuit, sans qu’on en sache ou ait vu rien vu autour, cela offrirait-il un débris de grandesse, au fond, là-bas, à mi-horizon, loin derrière le bouge cimenté contre sa ruine non cimentée.

 

 

SONS

 

Les jeunes peupliers plantés au bord d’anciennes prairies,

l’écho, les cris de jeux d’enfants d’il y a deux siècles et cependant d’aujourd’hui derrière les derniers murs mi-sonores, là-bas, de cette dernière agora invisible pavée là-bas,

un homme d’équipe détaché de son équipe et qui s’en éloigne sur le sable sonore le long de nos gros murs clos, la fontaine fanée où il s’arrête et boit peut-être,

le souffle et le brûlement continus d’un feu affaissé de hautes bûches dans l’âtre,

ces cloques du bois qui, de loin en loin, en éclatent distraitement sur nos longs propos distraits longuement suspendus et interrompus,

les raisonnements silencieux que je m’y fais,

toute cette Asie que j’y tisonne avec tes larmes, lourdes (un écho lisse, à nouveau, d’agora, l’écho là-bas, ici, tout près),

et l’hiver mytilénien qui vient.

 

 

SONS

 

les raisonnements silencieux que je me fais

(le langage qui naquit, jadis, autour d’un feu obscur),

et me refais soudain

(naissance obscure du langage, jadis, sous l’étoupe de l’origine, autour d’un feu luisant, bien avant l’éternité première de Saturne),

tes jeunes seins (ferme raisin vert muscat), les bords de ton âme belle (oui, tu es mieux formée que Mnasidika mais ne lui répète pas),

le jeune poids de tant de choses que je n’aurai pas tenu

 

et l’hiver mytilénien qui vient.

 

 

SONS

 

Silence. Derniers bruits. Long silence sonore à nouveau

où s’apaise et devine à nouveau la fine liturgie désespérée des choses finies et infinies,

la forme pure d’un cyprès, le chant pluvieux et ployé des petites gens à une chapelle polie de Mars en saillie sur le trottoir

(et même la mort secrète des moineaux, ignorants de toute tragédie).

 

 

SON, PARFUM

 

Musique, son, parfum tout est plus lent et long la nuit, comme une torche maintenue au pôle tout un hiver six mois durant sur

tes seins

tes fesses

ton cirque

obscur à

demi velu

paisible comme l’or et le brasillement de baisers de mes lèvres sur l’égratignure d’une filiale peau que ce simple contact anesthésie.

  

 

SON, PARFUM

 

Qu’aimes-tu le plus de moi ?

Ma voix, mon épaule, mon parfum ?

 

Et quand je ne suis plus là ?

 

Livres et flambeaux ?

La nostalgie de fin d’automne d’un bouquet de marguerites aiguës d’Asie au bout de son étroit panier d’osier

le long d’un mur de calcium dont le silence allonge encore l’ombre ?

 

Ou, sous un ciel gris peigné de nuées grecques,

ce bout en sueur de mes cheveux contre le drap, vite refroidis, que l’on ne sent

qu’après la chute ha-letante de nos corps ?

 

Et quand je ne serai plus là ?

 

Hors du fourbe néant…

la luciole, silencieuse, de ma voix…

 

ou ce dernier feu fumeux sur la pluie du jardin ?

 

 

PARFUM

 

[...] craquements lointains d’un feu... lointaine danse, souvenir... rythme déjà distrait de poëme à mon ouïe...

[...] parfum calme d’Europe de cette Grecque-là, non sensuelle, et dont c’est la grâce sereine et classique [...]

 

[...] large, subtil, mûr et frais, impondérable et visible parfum mélodieux du nom de Chant d’arôme

[...] dont un aveugle ou quasi-aveugle mélodieux (du doigt) a pesé la formule [...]

 

[...] qui fait soudain rechérir une inconnue et la suivre, miroir enfui d’un visage jamais vu, hors d’une rue d’Europe [...]

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