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 Article publié le 14 janvier 2018.

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Ecce Homo

Comme Jésus présenté à la foule par Ponce Pilate, je suis sur la sellette de ma propre conscience reflétée par l’autre, le révélateur de soi, le miroir de mon aura, et celui de mon œuvre. Pour savoir ce que l’on veut, ce que l’on est, rien de tel qu’un avis extérieur, neutre mais pas condescendant, impartial mais constructif, critique mais pas haineux. Les sentiments controverses apportent de l’eau au moulin de l’artiste, et lui servent de baromètre, mais rien ni personne, en revanche, ne peut lui dicter son comportement inné, le lui imposer tel que l’on voudrait qu’il soit, et non tel qu’il est- essence même de l’origine de l’art, et de son originalité. Mais l’artiste, pourvu qu’il soit passionné sait composer avec l’adversité en excellant dans son art, la seule manière qu’il ait de révéler son talent, et donc son image, et ainsi convaincre de sa légitimité artistique, qu’il soit précurseur ou pas, à la mesure des attentes, des « Great Expectations » de la part de ses contemporains…

 

Digression :

Nous sommes aujourd’hui le sept novembre, et il fait vingt degrés sous abri, facilement vingt-deux au soleil. Avons-nous jamais connu tel automne, à pouvoir se balader en t-shirt dans les rues ? Que nous réserve l’hiver ? Un Noël au balcon sans doute, avec une bonne bûche glacée…

 

Tout ceci n’est que rhétorique, et je m’y livre par passion des mots, des phrases, des images que l’on rapporte aux lecteurs s’il en est, en jongleur syntagmatique, écuyer de la faconde, incorrigible montreur de mots domptés par l’inspiration et dressés sur les pages blanches, trapéziste en linguistique inconscient des risques à écrire sans filet, et je me demande pourquoi j’adopte le champ lexical du cirque pour décrire ma vocation, mais tout est dans tout puisque l’être humain est universel et je pourrais adapter tout autre champ lexical, cela reviendrait au même.

Voilà. Le temps passe et j’écris chaque jour, avide de modelage iconoclaste de l’écriture, mais aussi partisan du français littéraire, respectueux et admiratif des grands écrivains, les classiques, tel Victor Hugo dont « Les Misérables » est mon roman fétiche en ce qu’il est traité avec universalité et reste valable en substance philosophique de nos jours, mais aussi Sartre, Camus, Vian, Sagan, Pagnol et tant d’autres, comme Paul Auster, Bret Easton Ellis, Mathew Stokoe, Philippe Djian, rois du voyage littéraire dans des dimensions taillées à la mesure de leur talent, dont on débarque à regret et attend le prochain départ dans ces univers fantasmagoriques édifiants sur l’humanité, mais aussi et surtout sur soi, à l’épreuve des sentiments humains inconnus et ainsi édifiés, réjouis, métamorphosés, instruits en psychologie humaine par l’exemple et notre propre interprétation, et pétris d’émotion, émerveillés par d’autres styles, tels la S.F. , à la découverte d’autres mondes, d’autres dimensions qui valent par leur capacité à captiver notre attention, ou encore par la poésie, véritable chant du cœur de l’écrivain – et j’en passe.

 

De la prépondérance de l’écriture dans la vie de l’écrivain

Cela peut sembler évident, mais qui n’écrit pas ne peut comprendre l’implication profonde de l’auteur dans ses œuvres, particulièrement dans le monde de l’art ou tous les goûts sont dans la nature ; pour bien écrire il faut avoir du talent mais surtout travailler constamment, quotidiennement, avec confiance et détermination en son avenir, et surtout se délecter de ses créations, pendant et après l’élaboration d’une œuvre, bref prendre du plaisir à sa propre littérature pour que ne restent les écrits vains… Facile, hein ? George Bernard Shaw le formulait ainsi : « He who can does, he who cannot teaches »… Cela peut s’avérer dégradant pour le corps enseignant, mais il a voulu démontrer que l’on ne doit entrer en littérature que si l’on porte en soi la vocation, l’irrésistible soif d’imaginer, de créer, d’en subir les écueils bien nombreux, et de travailler dur, toujours. Rien ne semble plus simple à écrire que les créations les plus faciles d’accès – et c’est ici qu’intervient le génie, qui met à la portée de tous les fulgurances apparemment frappantes de simplicité, de vérité, d’authenticité.

La page blanche est la crainte de l’écrivain. Rien de pire que de ne pouvoir s’exprimer, créer, seul face à l’écran, seul au monde auquel on voudrait crier son désespoir, son envie d’aimer et être aimé, ses joies comme ses peines, ou encore donner vie à ses personnages de romans, les faire avancer, évoluer, bref encore une fois ou la solitude affirme l’horreur de ne pas partager avec ses lecteurs, de ne pas imaginer, de ne pas vivre, muet dans un contexte social particulier… Encore une fois, la dualité met en exergue sa nécessité, son importance, l’obligation de communiquer pour recevoir en retour la satisfaction immense et non vaine d’exister à travers son œuvre : n’écrit-on pas pour être lu ? Raconter une histoire nécessite un narrateur et un auditeur ou un lecteur, sinon il s’agit d’un monologue pesant et sans intérêt.

La théorie de Jakobson, très explicite, implique des points de vue différents, une dimension métalinguistique, afin d’échanger avec des codes communs pour bien communiquer. Ceci explique cela. Destinateur, destinataire, et enfin message. D’où l’importance pour l’auteur de garder le cap de son univers pour ne point dérouter le lecteur. Métalinguistique, métaphysique de l’essai célinien, disthymique et trash, pour ne pas se voiler la face et dévoiler ses intentions. Tel est mon univers, au sein duquel je suis omnipotent et omniscient, toujours prêt à disséquer, observer, aimer ou pas, démontrer des théories parfois fumeuses, mais à considérer comme des expériences et en tant que telles sujettes à réaction, but recherché de ma rhétorique : attirer le lecteur dans des univers inhabituels, et l’amener à considérer son existence à travers des pistes destinées à l’éveiller sur sa condition propre, sortir de sa zone de confort, et admette que le bon chemin n’est pas toujours celui que l’on croit, balisé par le Darwinisme social.

Parfois, effectivement, la vie s’apparente à une compétition, mais l’écriture échappe à la règle comme toute forme d’art. L’écrivain doit trouver sa voie et sa voix pour être lu et entendu, narrateur face au lecteur, ou plutôt humain face au miroir de sa fantasmagorie, et le terme « compétition » n’est pas adapté à l’art qui reste universel et soumis à l’interprétation de chacun ; à bien y réfléchir, peut-on même accepter de comparer l’art, pure création de l’imaginaire de l’artiste, et donc singulier, et le soumettre à une sorte d’étude comparative, alors qu’il n’y a pas lieu de quantifier, mais plutôt d’apprécier la diversité comme les couleurs de l’arc-en-ciel, seul critère objectif dans l’art, synonyme d’originalité et de divertissement ? Il n’y a guère que la critique établie, reconnue, rémunérée en tant que telle, qui puisse juger objectivement une œuvre, dans le but de la décrire, non de la condamner, encore qu’en tant qu’institution humaine elle soit prise à parti par des facteurs qui nous sont très obscurs comme les rouages financiers, tenus par les marionnettistes de l’ombre qui en manipulent les ficelles fallacieuses.

 

L’écrivain dans la société

Qui ne se souvient pas de l’air surpris de son interlocuteur lorsqu’il évoque son métier ? Une aura magique enveloppe l’artiste céleste et la question financière se pose rapidement : en vit-il ? Quiconque écrit de nos jours, de même que Baudelaire en son époque, sait qu’un écrivain, à moins de figurer dans le top 100, est obligé d’exercer une activité alimentaire, et alors s’installe une gêne dans la conversation, et l’artiste perd de sa crédibilité : la question « mais alors, de quoi vis-tu ? » me donne l’envie de répondre « du grand banditisme » en agitant un Beretta sous le nez de l’impudent pour jeter un froid et passer à autre chose. L’écrivain, comme tout artiste, est admiré dans la société actuelle, mais très vite jugé selon sa réputation, sa richesse, son influence : dans l’imaginaire populaire succès égal talent ; l’écrivain fascine, réifié par l’humanité pour sa propension à créer des univers imaginaires, extraordinaires, des histoires qui tiennent en haleine, et intronisent le lecteur dans des aventures qu’ils n’auraient jamais imaginées autrement, vécues par procuration selon l’imagination et les connaissances obscures et absconses de l’auteur. On lit pour s’évader de son quotidien, se divertir, se cultiver, pour passer le temps, et tout roman qui émeut et instruit son lecteur sur des faits de société, pour peu qu’il soit correctement, solidement ficelé, tiendra le lecteur en haleine, et le conquerra pour les romans à venir… Pour un écrivain, faire sortir le lecteur de ses repères, de son univers routinier, le faire rêver est la règle pour l’attirer et le retenir par l’intrigue et le style s’il est talentueux, garantie d’un certain succès s’il a rempli ces critères.

 Le succès…Ne l’ayant guère connu, je ne peux en parler et, comme tout écrivain – écrivant, devrais-je dire- j’aspire à le connaître un jour grâce à mes romans très divergents des courants littéraires classiques, qui en tant que tels doivent conquérir un public porté par ce courant littéraire sombre – Bret Easton Ellis et Mathew Stokoe l’ont fait avant moi- et ainsi, dans l’idéal, gagner un lectorat conséquent. C’est en tout cas tout ce à quoi j’aspire : partager mes romans avec le public, en tirer des leçons que m’a déjà donné mon éditeur, avoir la satisfaction, assez prétentieuse, d’être lu et apprécié, sinon l’écriture donne l’impression d’une représentation de cirque sans public, de film sans spectateur, de tableau dans une galerie vide, les uns allant de pair avec les autres, toujours dans la dualité, la complémentarité entre artistes et public pour que fonctionne cette osmose délicate et extrêmement difficile à obtenir, et tout aussi ardue à entretenir par une constance dans son art, une conscience aiguë des réalités artistiques modernes avec la prépondérance de l’internet où il faut être représenté pour exister, Panthéon informatique crédibilisé par ses millions – milliards ?- d’internautes, public et critique en puissance afin d’aller de l’avant et tirer des leçons de ses échecs, mais aussi de ses succès – tel est le sacerdoce de tout artiste qui vise la reconnaissance du public afin de vivre, un jour peut-être, de son art, et partager, instaurer encore et encore un flux continu d’échange et d’apprentissage intrinsèque à sa spécialité, afin de ne pas se scléroser et innover pour se démarquer de la meute de ses semblables, et gagner la liberté d’action, l’indépendance propre à l’artiste accompli – sans tomber dans la prétention de cette embellie, laquelle doit au contraire rendre plus humble l’artiste qui doit beaucoup à ceux qui ont cru en lui, et à ses lecteurs : ce serait mordre la main de qui le nourrit, en substance financière, et un abject mépris que d’adopter une attitude hautaine malvenue envers les acteurs de cette réussite, sans laquelle il n’est plus rien si le succès lui est monté à la tête…

 

L’écrivain au quotidien

Chaque jour se fait ressentir la soif d’écrire, d’inventer de nouvelles phrases, de nouveaux paragraphes, jusqu’au dénouement. Mais entre temps, parfois le doute s’insinue, perfide expression d’un manque de confiance en soi quand on n’est qu’un humble écrivain ; il faut parfois lutter, s’acharner sur une phrase avant d’en être satisfait, et alors c’est un petit triomphe lorsque s’achève ce combat délicieux avec les mots, afin de poursuivre son roman dans la direction choisie. Bon an mal an, je réussis toujours à réparer une phrase, et progresser dans la narration d’une histoire dont je ne connais souvent pas la fin, qui s’affirme peu à peu à travers le récit, les fulgurances, les idées débordantes qu’il faut analyser, choisir, car chaque virgule, chaque mot compte dans l’élaboration d’un roman qui tienne debout et soit assez intéressant pour donner envie de le lire, car l’écriture révèle les thèmes chers à l’auteur, qui le placent dans une catégorie, pour ma part assez noire, marginale mais saisissante sur les enfers terrestres humains. J’aime à croire qu’un jour mon œuvre sera appréciée à sa juste valeur, car je pense, en toute humilité, que mon œuvre regorge d’idées iconoclastes qui sortent le lecteur des sentiers rebattus de la littérature convenue, propre sur soi, et quand bien même ce seraient des romans de gare, j’aurais la satisfaction de faire passer un agréable moment au voyageur en lui évitant l’ennui, au travailleur qui lit dans le train, le métro pour s’évader de la routine quotidienne et lui fasse découvrir des univers jusque là méconnus, et que le roman de gare ne signifie pas forcément qu’il sera lu dans les transports ; mais je ne vise pas particulièrement cette catégorie, considérant que tout lecteur a la liberté de choisir un roman représenté dans les points de vente ou en version e-book, et pour cela il faut mettre en place une phase de promotion, quelle qu’elle soit, se faire remarquer par la qualité, la voix de l’auteur, cette litanie qui hypnotise et fait tourner les pages avec ferveur, jusqu’au mot fin.

Est-ce là pure vanité ? Pour ma part, non. Je souhaite réellement, et j’en suis convaincu, que ma prose à sa place dans l’univers littéraire, au cœur de la diversité des genres romanesques, qu’elle doit trouver son lectorat, et ceci me fait penser que le succès, s’il en est, n’est peut-être pas si accessible. Ou que mes romans sont médiocres, mais je ne le pense pas personnellement, car nombre de lecteurs qui ont eu accès à mes écrits ont été majoritairement séduits par mes sujets et mon style, d’où ma foi en un avenir littéraire brillant et satisfaisant…

J’occupe un créneau assez marginal, tantôt Despentes ou Stokoe, tantôt fleur bleue, romance et poésie ; j’aime ces styles opposés dans le sens où ils ont leur place, plus on est de fous plus on rit, non ? Est-ce impudent que de briguer divers genres littéraires ? Non car je ressens le besoin, sitôt un roman achevé, d’entamer –si ce n’est pas déjà fait- une nouvelle œuvre. Mes romans trash sont très différents de mes romances, c’est évident, car cela dépend de mon humeur dès les premières phrases qui conditionnent le roman entier – voir ma rubrique « Disthymie littéraire ». On pourrait croire que je cherche le sujet de chaque nouveau roman, mais c’est faux : il s’impose à moi au fil des mots, phrases, paragraphes, chapitres, et s’inscrit alors dans mon profil littéraire éclectique. Je ne peux être catalogué, étiqueté sous un genre particulier car la disparité de mes œuvres rend cette identification complètement partiale, indépendante de ma volonté, soumise à avis personnel du lecteur qui peut s’y perdre car parfois la dualité fusionne et se métamorphose en OVNI, Oeuvre Vraiment Non Identifiable, et je le revendique car j’en suis conscient et l’assume pleinement, ne voulant pas suivre le troupeau, proposer des escapades littéraires en terrain inconnu au lecteur qui premièrement adhère à un de ces styles, deuxièmement tombe dessus par hasard, et troisièmement par réputation, qui est quelque peu sulfureuse. Je n’écris pas pour choquer de prime abord, je veux seulement délier la langue de bois, remuer les poncifs, aborder des sujets sensibles avec des mots non muselés, des descriptions parfois sordides -mais sinon quel est l’intérêt d’une œuvre qui ne fait pas réfléchir, sortir des sentiers battus et rebattus, défricher la jungle littéraire et la mettre à nu avec une précision acérée, où chaque mot n’est pas choisi par hasard dans le langage, qu’il soit neutre, violent, sordide, car comment décrire l’horreur autrement qu’avec des mot adéquats ?

C’est ainsi que naissent mes œuvres. Vient ensuite l’écriture quotidienne, écrite au scalpel, toujours axée sur la qualité, la précision des mots, qui proviennent de mon imaginaire et mon expérience, l’un abstrait, l’autre concrète.

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