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 Article publié le 21 janvier 2018.

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Peut-être une chambre. Pénombre avec un miroir de théâtre avec ampoules tout autour du cadre. L’homme est devant le miroir et se regarde. On ne le voit que de dos. Une fenêtre à gauche laisse passer un jour de petit matin On entend au loin des mouettes dont le cri s’éteindra progressivement. L’homme va à la fenêtre, regarde un temps puis revient s’assoir devant le miroir. A ce moment son visage apparait sur un écran en fond de scène pendant toute la pièce. On pourra parfois faire apparaitre la mer la plage et les mouettes, soit en surimpression sur le visage de l’acteur, soit sans le visage de l’acteur qui continue de parler. Le metteur en scène pourra interpréter les temps comme il l’entend.

 

 

Toujours ce vertige (un temps)trapèze (un temps)ce visage (un temps) le sien (un temps bref)oui (d’un air critique)et absent. De quoi ? de la foule ? (rire bref)foulé par la foule comme dit (un temps) non, pas foulé, comme (il chantonne lachanson dePiaf, puis :) dans la foule, et déjà (un temps) si loin et si (un temps bref) quoi ? (comme cherchant ses mots)ce visage, le mien ? un trapèze (petit rire) trancher sur ce temps (un temps)cet emploi (untemps) le verbe (un temps,puis facétieux)était (encore plus facétieux)comme la mer toujours le (cherche le mot) vertige. J’étais suspendu au sien, ce trapèze, et tombé dans (un temps) trop con. (lyrique) visage non pas vaisseau mais radeau (un temps)celui de la méduse, vertige trop con mais heureux de l’être (un temps) vu de ce trapèze (un temps)notre nébuleuse dans la nuit du rêve (rêveur un temps) la vieille jeunesse quand je l’étreins (un temps) l’étreignais, en veille ? (un temps et rire amer)pareil au même non ? je voulais donc je veux, bon ! faudra les accorder donc retenir son cours (un temps) son visage, l’actualiser (un temps)les rêves sont l’origine non ? de quoi l’origine ? mais quelle origine laquelle de quoi de qui ? de ce vieux vertige dans ce vieux visage où celui de (un temps) sa beauté ? son visage dans le naufrage du mien, médusé ? (petit rire sec)cette digression (un temps et gros rire)moi ! (rire prolongé un temps)Nous nous balancions dans la barque et les friselis de l’eau nous mimaient les poissons plus fins que des aiguilles (rêveur un temps) on entendait les rames faire un clapotis qui fait songer aux baisers et à l’odeur des mots et l’odeur de la mer butinait la barque qui s’alourdissait à chaque coup de rame (un temps bref)vers (un temps)peut-être (un temps dubitatif)la rive (un temps)celle qui est nous-mêmes (un temps et un rire)la rive c’est moi ! (un temps puis approbateur) suspendu au visage expression bien sentie locution populaire tout ce qu’on voudra pour en faire tout un (un temps) un laïus, un petit monologue (un temps) ventrue la barque comme tout fait ventre dans ce visage (un temps) expression poétique et conne (un temps) c’est la vie ! autre conne expression mais y en n’a pas d’autres. (comme évoquant un souvenir agréable) Elle était embarquée comme moi et nous sur la mer qui frisait la belle catastrophe qu’on voulait lointaine (corrigeant) vers d’autres rivages mais tout près du notre (un temps) suspendus au rivage et tout ce fond dessous et la concupiscence qui frise au dessus (un temps) nous étions bien baisés (un temps) et tant mieux ! (un temps) De quoi ce visage où se suspendre est fait pour trouver son vertige ? (un temps) ne pas philosopher (un temps)un branloire et c’est dit (un temps et proclame) le corps est mon prophète. (comme évoquant un souvenir agréable) Nous conservions le gout de la violette que nous croquions confites (riant) en dévotion de nos bouches qui se naufrageaient l’une en l’autre. Visage et vi-o-lette et (un temps) là je cale. (un temps) en cale sèche (un temps) impossible en barque et (en détachant les syllabes)in-en-vi-sa-gea-ble ! (imitant quelqu’un de féminin)tu feras tout chavirer en cherchant ta violette que tu as laissée dans ma bouche et que j’ai tant sucée mye dear ! (il sort un nécessaire pour rasage et commence l’opération en déclamant)) et cette odeur de violette qui traine (il se coupe)merde j’ai blessé son visage sur ma vieille peau ! (songeur) rasoir ! Miroir ! (comme évoquantun souvenir) elle avait pris l’eau sur ses genoux et c’est comme si elle berçait la bonne circonstance, elle sentait la mer qui prenait eau alourdissant la barque de ses clapotis, de ses aiguilles fines comme les rides de ce miroir (il s’essuie avec un mouchoir blanc)ensanglanté (un temps)comme le soleil qui se couchait dans la barque entre ses genoux nus comme un berceau (un temps puis commerévélant une imposture) cette barque mon cul invention ! (temps bref)la suite dans les (se reprend) j’allais dire (un temps) celles de Mars (rêveur) quand amour m’inspire il dicte et je vais (un temps) m’embarquant (temps bref) je cite incorrect (temps bref pendant lequel il tire un papier de sa poche et lit) laisse-nous choir et revenir intacts comme de l’eau (un temps) tache aveugle (un temps il déchire le papier ) boire la tasse (un temps pendant lequel il tire un mouchoir de sa poche) elle se mettait du rouge sur mes lèvres (il rit) du rouge à lèvres bleu (il rit plus fort) maintenant de l’eau (un temps) celle de l’obscur jamais deux fois (rêveur) et pourtant ! (se mouche et regarde longuement dans son mouchoir) saloperie souvenir (un temps) elle regardait la mer et le dos noir des vagues smillées par l’embrun, tous ces bonds qu’on dirait sous le souffle du ciel, et les mouettes on eut dit du plomb avec des ailes et ce qu’elle me disait du plus léger que l’air ou peut-être l’inverse (un temps) les lourdes paroles qui volent (un temps) la voix (un temps) plus un murmure ( rectifiant) un vent violent parfois et la douceur de ma propre peau imaginée s’imaginant sous sa très chère main ( comme cherchant un mot) il dicte je vais (comme quelqu’un qui trouve tout à coup)signifiant !et cependantmouvant selon le temps qui souvent se brouille (un temps) des enfants coloriés par la distance et l’air avec ce cri des mouettes oh ce cri des mouettes comme le cri qu’elle eut quand tous les sauveteurs (imitant le crid’alarme des sauveteurs)ne vous affolez pas nous le ramènerons (emporté par son discours) et elle avec ses vagues pourtant si tranquilles si rassurantes dégustant ses mouettes tout en oscillant au bout du fil à plomb de son intangible éternité qui l’a pourtant mêlée à elle et engloutie comme je l’avais fait avant elle et c’est moi maintenant ce reflet dans la glace quand je lui disais alors qu’elle se campait devant l’armoire à glace de la chambre et moi, j’ai maintenant deux amoureuses en une (un temps)incompréhensible, je me noie dans mes (un temps) se noyant elle me noie (comme rectifiant et imitant la voix qui rassure) ne vous affolez pas nous la ramènerons (un temps)ils parlaient de la barque peut-être (un temps assez long)nos dents brillaient de baisers comme des écailles des mots qu’on disait en faisant lofer nos langues dans leur saveur de sel (un peu emphatique avec un brin d’ironie) qui maintenant est celle de ma tête (un temps) sueur de mes propres remous et élans flux reflux (un temps) je lui disais je suis Glaucus plongeant en toi et les odeurs marines de ton sexe et elle s’ouvrant de plus en plus je suis la mer et me citait toujours le début du « de natura » de Lucrèce en me caressant toute m’engloutissant toute de son flot marin de son visage nu (se touche la joueoù ils’est coupé)ça s’est rouvert saigne encore et toujours (un temps) étancher trapèze la barque (un temps)ce visage qui cache le sien (un temps) ce vieux Cronide barbu (un temps) et si c’était elle qui allait se noyer moi ou elle ? (un temps) elle noyée bouche à bouche puis un deux un deux le cœur ne bat plus il répète, le cœur ne bat plus et la mouette crevée sur le sable (un temps imitant le sauveteur avec ironie) désolé vraiment désolé (un temps) sauveteur désolé (un temps) laisse nous choir et revenir intacts (un temps puisironique) comme de l’eau ! (un temps assez long)visage donc oui son visage oui le mien plonge oui dans (un temps petitrire) cette mer (un temps) comme cette mouette (méditatif) sur le rivage tombée saigne un peu (un temps) sa réplique et elle pas un mot (un temps très long pendant que la lumière baisse) le dernier visage noyé (le noir s’est fait)tombée du trapèze la mer dernier mot (la lumière revient) une mouette a frôlé la lumière de l’aile cette foutue bestiole à coté sur la plage et les corps allongés le sien le mien rêvés (un temps) la mort rêve nos vies (un temps) entourée d’eau la vie, une île la vie ou une aile (un temps où on perçoit comme unmurmure : facile)chacun Crusoé de sa vie, se sauver de son île ou de son aile et seul. Se sauver (un temps)à la nage ? un peu comme en plein ciel ? (il s’emballe) impossible oui ce visage le notre celui bien réel les mouettes sur la mer sur la scène une actrice je suis sa réplique et ses didascalies le temps qui change au loin sur les vagues le sable et l’allée du soleil sur la mer chouette encore et toujours la journée elle en face des fleurs son balcon

(on sonne, l’homme se dirige vers la fenêtre et regarde. On entend la mer et les mouettes. On sonne toujours à la porte qui apparait sur l’écran du fond. Petit à petit on entend des bruits de rue pendant que disparaissent ceux d’une plage et que la fenêtre s’illumine brusquement, puis s’éteint avec la lumière du plateau.)

 

Noir.

 

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