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 Article publié le 4 mars 2018.

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Ne vais d’échec en échec, mais suis l’échec dans ses tréfonds ailés.

Le vent de l’aile de l’imbécillité apporte fraîcheur à la tête enfiévrée.

Voici donc une tête qui, ne s’embarrassant pas de béquilles, volète de connerie en stupidité, heureuse comme tout, ravie de son audace d’idiot national. Lui donner divers noms serait aisé.

Je le conçois : tes oreilles te servent de béquille, d’où ces lobes allongés qui te pendent jusqu’aux joues.

Tes deux pavillons réfléchissent si bien les sons, te voilà papillon folâtre dans la clairière de l’être.

Tu pillotes gaîment les têtes chercheuses, fait ton miel de tout ce fatras idéologique si sonore.

Deux hélix donnent une idée de la perfection, résonnent dans l’air comme l’arc et la flèche.

L’arc s’envole, te reste dans les mains la flèche déplumée.

*

Tu en as soupé.

Tu n’es plus là pour tendre une oreille compatissante. D’où te venait donc ce besoin de jouer, dans une vie passée, les redresseurs de tort ?

Sage comme une image dans ton enfance, ivre de désirs, impulsif, passionné, un petit Prométhée, tel tu étais, et si incertain d’être aimé. Tu aurais volé le feu aux Dieux pour l’offrir à ta mère qui n’en avait cure.

Il te fallait aider tout le monde et n’importe qui, jouer au grand frère que tu n’as jamais eu. Réparer une voiture, entretenir son moteur, voilà une belle activité mécanique qui a son charme et son utilité, mais on ne répare pas les blessures, on les laisse tout au plus cicatriser après avoir pratiqué une chirurgie réparatrice, on n’efface pas un deuil profondément ancré dans une personne, on ne change personne en mimant sa conduite.

Tu n’auras fait que reproduire des schémas comportementaux, ce que les psychologues appellent joliment un report de comportement. Il t’a fallu des années pour en prendre conscience, agir en conséquence : on corrige une trajectoire, on ne la change pas diamétralement.

Tu traînes des casseroles qui remontent à ta prime enfance auxquels se sont surajoutés tes déboires à l’école puis avec les femmes.

Tu ne le sais que trop, car tout ton vécu antérieur se sera résumé à suivre les traces tortueuses de tes parents biologiques.

Flèches en main, seul à en crever désormais, archer privé d’arc et de cible, arc-bouté contre le vide qui avance, mur invisible qui te murmure des injures.

Les vents contraires forment une muraille de froid si intense.

*

Seule ta cape d’invisibilité de permet de rester droit sous le blizzard.

Tu fais le dos rond depuis des années, mets ta lumière sous le boisseau de peur qu’on ne voit clair dans ton jeu.

Ton jeu, c’est ton je tout entier, c’est toi tout entier lorsqu’on s’adresse à toi qui répugne tant à user du pronom je, lui préférant le jeu. Tu avances masqué.

Toi, l’écorché vif, l’esprit vif-argent, le papillon qui a compris que la profondeur des sentiments, c’est du vent qui te porte d’une fleur à l’autre.

Tu fais fi de toutes ces fleurs carnivores qui ont osé te défier. Tu en fais un fiel que tu retournes contre elles, les fielleuses.

*

De trop longues années, tu as courbé l’échine, faisant de ta personne l’humble servante de ces dames, échanson et dapifer, bonniche et homme à tout faire, t’échinant, t’éreintant à la tâche sans retour.

Amour du travail bien fait et bonne conscience étaient ta boussole de vie, ta règle de conduite qui t’aura conduit à te vider de toute substance, de tout enthousiasme, de tout élan vers les autres.

Tu as ouvert tes bras, n’as récolté que quolibets et mépris de la part de celle avec laquelle tu as gâché près de vingt ans de ta vie passée à lui faire tous ses mâchots. Qu’on me pardonne ce régionalisme !

Fort de ce rejet, tu t’es enfermé en toi-même, devenant de plus en plus sombre, de plus en plus irritable. Durant quelque temps, tu as feint de continuer à jouer le jeu, jusqu’à ce que, n’y tenant plus après la mort de ta mère, tu te décidasà écrire pour te sentir exister à l’écart du monde réel, pour regagner vie et entrain en compagnie de figures imaginaires, toutes des femmes vives et nobles comme le fut ta mère.

Il te fallait sauver une existence vouée à l’oubli, ce triste lot qui échoie aux humbles en te hissant à la hauteur d’une expression et d’un mode d’expression qui lui avaient fait défaut, qu’elle portait en elle pourtant, sans jamais avoir pu les faire valoir aux yeux du monde qui ne voulait voir en elle que l’humble ouvrière taciturne aux yeux pétillants d’intelligence.

C’est ainsi que de possible en possible, de figure en figure tu as construit un ensemble de récits-remparts, un petit monde qui en aura désespéré plus d’unes, de leur propre aveu.

L’une d’elle, folle de tes écrits au milieu des année 2000, était allée jusqu’à traduire en anglais des passages entiers de tes œuvrettes. Tu ne reconnaissais pas dans son anglais brillant les passages prétendument traduits. Tes propos étaient devenues méconnaissables.

Ton erreur alors, fut, durant trois années, d’écrire avec elle pour tout horizon. L’écriture dialogique ainsi inventé n’aboutit qu’à la prolifération d’un maquis d’insanités dans l’espace inextricable duquel se débattaient de beaux, de très beaux poèmes qu’elle ne méritait pas.

De cette muse infuse, tu t’es heureusement lassé et débarrassé, pour aborder rudement une écriture vierge de noms impropres, afin d’en venir enfin à écrire pour tous et pour personne, sans fard ni désir de reconnaissance.

Depuis lors, tu passes d’une heure à l’autre sans qu’il n’y paraisse.

*

Tu conserves un semblant de vie sociale et d’honneur.

L’estime de toi non pas restaurée mais créée de toutes pièces par toi, tu la vois contestée par quelques esprits chagrins qui trouvent tes écrits trop compliqués, mais tu n’en as cure.

On te taxe volontiers d’arrogance.

Une amante semée derrière toi est allée récemment jusqu’à affirmer sans rire que tes écrits étaient humiliants pour elle, parce qu’elle n’y comprenait rien.

Son anti-intellectualisme, somme tout banal et fort répandu dans la société française et de par le monde, lui faisait préférer les articles de journaux, les grandes études féministes, la chanson française et les slogans à courte vue, et tout cela en toute bonne conscience, persuadée qu’elle est aujourd’hui encore de se batte pour la noble cause des femmes opprimées.

Va pour la cause, à tes yeux parfaitement légitime, mais desservie par une intelligence obtuse. Cette coupeuse de toutes les têtes qui dépassent t’aura fait repenser à ces commissaires politiques d’Union Soviétique que tu hais., à ces nazis zélés capables de tuer père et mère que tu voues aux gémonies.

Les amantes innombrables semées derrière toi comme miettes de pain par un Petit-Poucet fort avisé ne te serviront jamais à mesurer le chemin parcouru passé à les courtiser en pure perte ni à revenir en arrière pour retrouver on ne sait quel point de départ vierge de femmes et de mère.

A la source, le malheur de vivre, une existence difficile, mais longtemps protégée par ta mère aimante, un farouche désir d’établir des règles et de fixer des limites à ton action littéraire, la ferme volonté au cœur de ne pas sombrer, la nécessité vitale d’avancer étape après étape vers un mieux-vivre qui devait profiter en priorité à ta fille si douée.

Il n’y a désormais plus de miroirs qui vaillent, plus de masques non plus.

L’existence des débuts sous le regard de ta mère à portée de voix et de mains, le regard des maîtres et maîtresses puis des professeurs et de tes employeurs, tout cela est mort en enterré.

Tu n’as de compte à rendre qu’à toi-même, et seule l’approbation de tes pairs a quelque valeur à tes yeux dans le vaste maquis littéraire que tu ne fréquentes que de loin, préférant rester à l’écart des modes et des honneurs, en bon maquisards des lettres que tu es.

Pas plus que les sirènes gaullistes et communistes ne t’auront séduit en des temps plus ancien, pas plus, désormais tu ne fais confiance à quelque institution ni quelque pouvoir que ce soit.

Tu es un passeur de verbe et d’espoir, rien d’autre ne comptent à présent que le pays natal, ses impossibles frontières forcloses et l’accueil qui t’anime, fort que tu es de convictions viscéralement préchrétiennes, hostiles à tout dogmatismes politico-religieux.

D’aucuns s’estimeront en droit de t’exclure de la communauté nationale parce que tu n’es pas catholique. A tous les cathos du dis ; c’est vous qui êtes étrangers, en ce que vous avez adopté des vues et des mœurs, des dogmes et des rites qui renient qui nous fûmes avant le grand désastre de la romanisation.

Que quelques chefs de guerre païens, des roitelets opportunistes, aient compris l’intérêt politique qu’il y avait à se servir de l’Eglise chrétienne trébuchante et balbutiante pour asseoir leur pouvoir, comme cela se passa dans toute l’Europe depuis les Mérovingiens, ne suffit pas à arracher de ton cœur la foi païenne. Ces opportunistes ont précipité la mort d’une civilisation en gestation.

Tes ancêtres ont payé le prix fort de la romanisation, puis de la christianisation forcée, aussi reste-tu ouvert à l’étrange de l’étranger pour peu qu’il ne tente pas de t’enlever, pour l’aliéner, cette part de toi qui, toute entière, s’ouvre à la liberté dans la vérité d’un corps et d’un cœur ouvert sur le monde qu’il peut embrasser par la pensée et les voyages.

L’infime chaos des familles et des amitiés, le grand chaos qui déborde des mondes, traditions littéraires et innovations poétiques baignées de cold wave et de jazz selon ton humeur, voilà qui constitue un multivers instable que tu aimes.

Jamais tu ne songerais à t’en excuser.

Tu ne passes pas en fraude des produits frelatés, car pour toi, tout simplement, aucune frontière n’existe vraiment que celle du cœur ouvert sur le mystère de vivre dans la compagnie des dieux qui te portent et que tu portes en toi chevillés au corps.

 

Jean-Michel Guyot
21 février 2018

 

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