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 Article publié le 10 juin 2018.

oOo

Tant de couleurs attendent leur heure.

Elles scintillent dans des œuvres aussi dissemblables que celles de Debussy et du premier Schönberg.

Voici des années que j’ai consenti à enépouser la patience.

Un mimétisme qui en vaut un autre.

Sans heurt, ainsi, je chemine vers toi.

Ta robe arc-en-ciel fend les herbes folles. Le ciseau de tes jambes fait merveille.

Dans l’aube mesurée, les faunes baillent aux corneilles.

Il leur pousse des cornes aux pieds et des yeux sur les bras. N’en prends pas ombrage. Laisse le soleil s’étirer longuement à l’horizon de tes jours.

*

La gestation sera lente, plus lente encore que la dégustation de vins fins menée hier jusqu’à l’abîme dans le froid de mon cœur.

Fouler les raisins jusqu’à l’ivresse un soir d’automne et s’y noyer.

Il ne fait jamais bon être ivre de soi, mais la sagesse souvent ivre d’elle-même n’est pas en reste.

Sagesse encore… lavée de toute ivresse.

*

L’hiver venu, j’eu la faiblesse de voir dans les épicéas de longs pinceaux noir prêts à l’emploi.

Quelle main, sinon la mienne, serait assez hardie pour s’en saisir, assez innocente aussi pour oser peinturlurer le ciel idolâtre ? 

Le soleil s’y trompa, crut voir dans le rendu des raisins mûrs une grive enivrée à l’œuvre.

L’orage laisse ainsi d’innombrables graffiti que la mémoire embrouille.

Qui tentera de faire de ces abstractionsaléatoires une géométrie vivante ouverte à tous vents, capable d’impressionner durablement la rétine au point de conduire sa main experte vers les chemins sûrs d’une hyper-figuration ?

Dans le lointain, les meules de Monet, au crépuscule, rivalisent avec les pyramides d’un autre âge.

*

Poser les yeux sur un ciel enragé. Mordre la vie à pleines dents.

 

*

Je me rebelle. Me démène. Remue ciel et terre. En pure perte.

Je refuse les râteaux et les bêches. Les bêches surtout. Et les châteaux de carte ou de sable. En vain.

On ne ratisse pas les bois, on n’en retourne pas les terres humides.

On y flâne abruptement, on y chemine pensivement, on y fait l’amour à la sauvette, que sais-je encore, avec les rudes écorces pour seuls témoins, et les mousses et les lichens, les souches et les branches mortes.

Les bêtes s’absentent dans les yeux de l’invisible.

Tout à fait mortes, les branchesfigureraient la mort, mais c’est la vie qui a leurfaveur. Jusqu’aux étoiles.

Parfois, elles blanchissent, de minuscules moisissuress’y installent à demeure et meurent.

*

Je fais le dos rond contre le soleil brûlant.

L’été interminable étend son emprise. La grande barrière de corail menace de se dissoudre dans des eaux devenues trop chaudes.

Des eaux chauffées à blanc, j’extraie le marteau de Thor.

Que des étincelles en jaillissent ne laisse pas indifférent, ne laisse d’intriguer les passants célestes.

Prestement, je me lève, soulève un nuage de poussière jaune.

Elle refuse de retomber.

Pour autant, elle ne stagne pas dans l’air bleuté, elle prépare le grand voyage nocturne, flotte dans deux mondes, ignore l’entre-deux déchirant.

*

L’entre-dieux, voilàl’obstacle redouté.

Mi-fanges, mi-démons, les hommes ? Mais qu’en est-il des femmes ?

L’inconsistance des dieux est devenue proverbiale, leur jactance proverbiale, cire chaude au soleil qui n’imprime pas. Trop de mollesse dérange les lignes.

Je connais des roches nourricières qui s’abreuvent de runes.

A l’ombre des grands saules argentés, le long des rives complantées d’aulnes, j’aime les brouillards d’automne. Çà et là, un frêne en majesté ponctue la rive. Je l’entends qui frémitdans les yeux des fées. Elles me content l’histoire de seigneur Oluf qui se gaussa des Elfes.

Où sont donc passés les dieux ?

Perdus dans l’entre-soi de leur mise, ils ont perdu jusqu’au sens de l’humaine condition. Ils flottent entre deux eaux plus légers que bouchon de liège qu’emporte les eaux furieuses.

Et toute croyance un peu forte est une béance amère.

Je préfère la paume de tes mains chaudes. Et le fin sourire des rives qui abritent les iris jaunes.

Peu de mots suffisent à ma peine.

Songeant à l’amie lointaine, ma pensée devient aussi claire que ses eaux. Limpides, languides les flots bleus d’avant-mer.

Avant que de redessiner l’ultime source, je m’attarde dans les deltas et leurs filandres. J’abolis les courants et je file au vent.

Sillage de sel de terre court dans la Seille.

 

Jean-Michel Guyot

28 mai 2018

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