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Chansons primitives - Chantiers 1, 5, 6, 9 et 10
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 Article publié le 21 août 2018.

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La chanson « Cemetery party » occupe une place particulière dans le dispositif.

I met a fool in his grave

He did awake from an awful day

He said me : man, i’m feeling so free

Got no-one to stand on my way !

Was a cemetery party

At night – the radio said

The windows closed

The night was bright

Radio says today makes no fright

Ce n’est peut-être pas ma « première chanson » mais il m’est agréable qu’elle en ait pris le rôle. En réalité, c’est une des rares survivances des enregistrements que j’ai effectués avant 1993. Les autres bandes indiquent « essais 1989 ». Ce sont souvent des improvisations à la basse, sans direction. Il y a peu de chansons de ce temps.

C’est une chanson narrative, même si la narration suit une logique assez voisine de celle des comptines, avec ces rapports d’association qui prennent des allures de causalités : « Prête-moi ta plume... Ma chandelle est morte ». Dans « Cemetery Party », on a un enchaînement un peu brut à partir de la rencontre avec un mort qui est sorti de sa tombe et se réjouit de sa situation, suivie de l’annonce d’une fête au cimetière relayée par la radio, ce qui garantit semble-t-il que le jour sera calme.

La chanson a connu de nombreuses variantes à travers des improvisations qui ne s’appuient, très généralement, que sur le texte de la chanson et jamais sur la version originale, qui comporte en outre un solo de basse faisant office de bridge et une partie transitoire qui crée une échappée par rapport au couplet-refrain imbriqués. La voix, plutôt juvénile, est doublée.

J’ai repris le récitatif de la chanson est repris en 1993 pour le séquencer, sous l’emprise des expérimentations exemplaires du jeune Steve Reich quand il composait It’s gonna rain, Come out, Piano phase... Ce découpage est devenu l’un des composants d’Exp #74. Il en existe encore une variante tout à fait isolée, presque perdue, enregistrée sur ordinateur en 2001, je pense.

Une autre chanson de cette époque primitive est demeurée, par le biais cette fois de la mémoire. J’ai dû conserver le texte de la chanson. Je ne sais si je l’ai même enregistrée à l’époque. Je l’ai sérieusement travaillée en tout cas. Cette chanson est devenue « Parfois tu pries » dans les Chansons du sol et du repli (2004-2006). La structure n’a pratiquement pas varié et cette chanson n’a, à mon souvenir, fait l’objet d’aucune variation-improvisation ultérieure. Elle repose sur une chaîne d’accord qui, à la guitare, compose un enchaînement ascendant qu’il est aisé de se rappeler.

Mais pour ce qui concerne « Cemetery party », le processus de dérivation a été prolifique. Son déclenchement a coïncidé avec le moment où j’ai retrouvé le besoin de concevoir des chansons, à la toute fin de 1993, après le temps d’expérimentation sonore qui exploitait de petits magnétophones bas de gamme et une chaîne hifi de premier prix et qui avait donné lieu à Exp #74.

Contrairement aux essais antérieurs, qui étaient des essais relativement élaborés (du moins voisins des standards du rock en matière d’élaboration), ces nouvelles chansons étaient très brutes, minimalistes dans le sens où elles s’appuyaient sur des alternances de deux à quatre accord au maximum, improvisées ou quasi : « You should still be dancing with me » ; « Sliding hand », « Take me »... Comme la conception et la réalisation de la chanson, l’usage de la langue anglaise est lui aussi grossier et approximatif.

A l’instar des autres chansons dont je multipliais les enregistrements, des variantes de « Cemetery party » sont improvisées sur une alternance d’accords bruts qui se déplacent parfois avec le mouvement de la narration qui s’étoffe progressivement. Elle ne présentera plus, dès lors, de forme stabilisée. En revanche, elle réapparaît régulièrement dans les « récitals domestiques » que j’ai enregistrés à travers les années et n’a jamais plus été depuis lors « ni tout à fait la même ni tout à fait une autre ».

Les chansons se sont accumulées. En 1994, tout un cycle de chansons est venu se greffer autour d’une chanson, « The Lord has touched me », elle-même inspirée d’un étonnant film anglais, si je ne m’abuse, Oranges are not the only fruits. Les chansons évoquent une prière qui tourne mal. Les thèmes qui naissent des chansons – « Mankind » relate le désarroi d’un homme qui a dîné avec l’humanité entière, par exemple, un dîner où les gens étaient très gentils mais les scènes terriblement cruelles ; « Step in the night » pourrait figurer un thriller mais le suspense s’arrête au fait que rien n’existe (sinon soi) ; « Is there anything you can regret) » concentre en elle toutes les impossibilités du monde... Les passerelles entre les différentes chansons sont nombreuses, ce qui a conduit au développer d’improvisations plus développées, même si elles s’appuyaient toujours sur ces alternances d’accord très minimales. C’est l’expérience de « The house ».

La convergence offre un spectre très large. Elle inclut quelque chose de « Doctor song ». « Evil nights » qui naît de « Mojet buit / Parfois tu pries », etc.

« Cemetery party » est un épisode dans une série de tableaux. La scène, je ne l’ai identifiée que bien plus tard : c’était le village d’Iglotoir.

 

Joe au soleil

Le chantier prend corps à l’été 1998, il est difficile de retracer l’antériorité des faits.

La version pour magnétophone à courroie détendue est-elle antérieure aux essais sur magnétophone à quatre pistes ? Pour une part d’entre eux, c’est évident.

Les enregistrements forment des blocs plus ou moins compacts. La version pour magnétophone à courroie détendue forme un ensemble très compact, même s’il comporte des échappées et des incongruités. Les enregistrements sur quatre pistes, qui s’articulent plutôt autour de chansons constituées ou improvisées, comportent des ensembles transitionnels souvent marqués par l’utilisation d’effets tels que Delay ouFlanger (Boss).

L’ensemble propose un stock de chansons avérées ou potentielles qui ont été plus ou moins exploitées par la suite. Certaines l’ont été de façon constante, d’autres plus épisodiques, certaines sont restées à l’abandon. L’un des enregistrements m’est resté inaccessible pendant des années car la vitesse d’enregistrement était incompatible avec les appareils qui ont suivi.

Il s’agit véritablement d’essais même s’il y a des saillies et des chansons qui prennent une forme quasi définitive tandis que d’autres s’offrent en plate-formes d’improvisation ou en énigmes mélodiques.

Les chansons de Joe s’installent dans le répertoire général et semblent même le structurer, en concurrence avec Limites du jour. C’est assez net dans Insolation de Joe.

Il y a des scories de Joe dans la série des cycles pour radiocassette endommagé ou non qui sont sont poursuivies bon gré mal gré en 1999. Principalement et de façon récurrente le motif varié de « la mort de joe ».

Le chantier est resté en l’état jusqu’en juillet 2001. Les conditions matérielles de l’enregistrement avaient considérablement changé en deux ans. D’une part le CD était devenu le support idéal de l’enregistrement, paraissant plus pérenne que la cassette audio. D’autre part l’ordinateur permettait à présent d’enregistrer, de mixer, de graver.

Joe au soleil (été 2001) utilise des méthodes d’enregistrement très basiques, en prise directe sur l’ordinateur, via le magnétophone interne de l’appareil.

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