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Histoire de Jéhan Babelin 43
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 Article publié le 4 novembre 2018.

oOo

Mon voisin,

Dès le matin,

Ne se lassait pas

De m’inviter

A sortir tout entier,

Par exemple sur la terrasse

Ou dans le jardin

Au gazon frais

Comme les joues d’un enfant.

Le chien, par jalousie,

Me conseillait la prudence,

Car les fonctionnaires

N’ont jamais constitué

Le nœud de la vérité.

D’ailleurs sans nœud,

On ne comprend plus rien

Et le mystère reste total.

 

La nuit le chien léchait mes lèvres

Pour en recueillir les trésors

De facilité et de charme.

« Sortons ensemble,

Si ton intention

Est de finalement

Sortir comme tout le monde,

Disait-il en bavant à son tour.

Tu me tiendras en laisse.

Je serai ton rhapsode.

Tout le mérite revient

A l’aède à condition

Qu’il sorte de la niche

Où les impondérables

De l’existence

L’ont confiné un jour

De très grand vent et de tonnerre.

Compose et j’interprète.

Tout le monde sera content. »

Mais moi, je pensais à l’oiseau,

L’oiseau lugubre

Des nuits sommaires.

Le verrais-je si je sortais la nuit ?

Avec ou sans le chien ?

Mon voisin le sait-il ?

Qui sait ce genre de chose ?

Peut-être personne,

Pas même moi,

Ce moi futur

Toujours plus près

De la mort et du style.

 

Quand je pense que j’ai été

Employé municipal !

Qui aurait pensé,

Alors que je traversais en vélo

Les rues de la Cité,

Que je deviendrais à la fenêtre

Le véritable chien de ma chienne ?

Peut-on oublier

Ce style de passé ?

Quelle importance cela a-t-il

D’avoir été le contraire

De ce qu’on est devenu ?

Ah ! si Maman avait vécu !

 

Je m’endormis sur cette pensée.

Et au premier rayon de soleil

Qui emprunta mes interstices

Un jet plus vertical que les autres

Atteignit le plafond et l’araignée.

Il goutta sur ma langue.

Ah ! ce que j’étais bien inspiré !

Le chien ne quitta pas le tapis

Sans emporter avec lui

La dernière goutte, la meilleure,

Et j’entendis en suivant

Le grincement du vieux portail

Pénétrer le silence de la foule.

Il y avait ce jour-là

Plus de monde que d’habitude.

Le chien grogna avant d’aboyer,

Signe que j’avais atteint un sommet

Et que je n’en étais pas encore redescendu.

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