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Histoire de Jéhan Babelin 44
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 Article publié le 11 novembre 2018.

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« C’est fort, grogna à son tour
Mon voisin qui s’apprêtait
A aboyer à son tour
Des fois que la chance lui sourie.
C’est fort en tout et même en soi.
Mais je ne suis pas aussi fou.
Même pas riche pour le coup.
Et le chien ne m’aime pas.
La preuve toutes les nuits
Il vient chier sur mon gazon.
Je ne suis pas envieux
Mais tout de même !
La merde c’est pour moi
Et la gloire pour ce monsieur
Qu’on dit géant et babélien !
Je ne supporterai pas ça longtemps ! »

Ces paroles me terrifièrent sur place.
Et je n’étais même pas à la fenêtre
Quand je les entendis.
Le chien aboyait dans la rue.
Et pourtant j’ai entendu
Ces paroles de haine
Comme je vous entends
Maintenant que vous m’écoutez.
Je n’ai pas pu décoller mon anus
De la paille de ma chaise.
Ma langue ne franchit pas
Le seuil de mes dents.
Et j’apparus à la fenêtre
Plus muet qu’une limace.
Ils attendaient, bien sûr.
Et le chien s’impatientait.
Comment devient-on poète
Dans ces conditions humaines ?

« Le jet ! Le jet ! » criait la foule.
Mais j’avais beau me caresser,
Rien ne venait qui ressemblât
A un jet inspiré et sensé.
« On n’a pas idée, dit mon voisin
Dont le nez apparaissait
Entre deux rideaux,
De donner ainsi en spectacle
Le sens de ses masturbations !
Le peuple veut des fruits
Et peu importe si ce sucre
N’ajoute rien au sens commun.
Nous voulons mordre et être mordus ! »

Le chien mordait comme il pouvait,
Mais trop de sens change le sens
En idée si complexe qu’on s’y perd.
On l’empêcha même de mordre.
On lui donna des coups de pied.
On lui jeta des pierres,
On le frappa avec des bâtons.
Bref on lui fit tant de mal
Qu’il rentra dans la maison.
« Que t’arrive-t-il ? me dit-il.
Tu ne m’aimes donc plus ?
Tu m’abandonnes à la colère !
Au désespoir ! À la vengeance ! »
Il me mordit et se coucha.
Mais j’avais beau m’agiter,
Je n’agissais pas, je mourais plutôt.
Je sentais l’odeur de la mort.
Elle me tournait le dos.
Elle allait me demander de la suivre.
Ignoble moment que l’agonie !
Mon corps ne savait plus
A quel sein se vouer.
Ma langue se gonflait
D’injures, de propos
Qui eussent offensé
Ma propre mère.
Je devenais enfin
Ce que je n’avais jamais été.
Alors au plus fort de la douleur,
Je priai qu’on me sauvât.
Mon voisin referma sa fenêtre.
Les passants de la rue
S’égaillèrent comme des passereaux.
Le chien se gratta l’oreille
Et se mit à observer
La puce qui s’enfuyait
Dans les nœuds du tapis.
Je redevenais seul.
Voilà ce qu’on est
Quand la seule compagnie
Est celle de la mort.
Certes ce n’était pas la première fois
Qu’elle me montrait le chemin.
Mais cette fois je ne me tuais pas.
Personne ne me tuait.
Je mourais seul dans ma maison.
Sans chien, sans voisin, sans les autres.
Peut-être la puce et encore !
Elle allait si vite
Que je la perdis de vue
Quand elle atteignit
Le bord du tapis.
Elle disparut je crois
Entre deux planches disjointes.
J’aime la solitude mais pas à ce point !

 

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