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Histoire de Jéhan Babelin 45
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 Article publié le 18 novembre 2018.

oOo

Alors j’entrais dans le rêve,
Mais cette fois pour de bon
Et non pas pour me réveiller
A l’autre bout de la nuit.
Je vais sans doute vous surprendre,
Mais je me sentais bien,
Un peu comme si je me tuais.
Je ne tentai même pas
De me réveiller en sursaut.
Je me laissais aller
Comme la mort me le conseillait.
C’était facile comme tout !
Ah ! si à ce moment-là
J’avais eu de quoi écrire,
J’aurais atteint la limite de mon génie !
Cependant, je n’y songeai pas.
C’est maintenant que j’y pense.
Je suivais la mort sur le chemin
Qui naissait sous ses pas.
Chemin de guerre et de tuerie.
Il y avait des morts partout
Et je n’en connaissais pas un.
Arbres de morts, potence, fossés
Traversant même les prairies
Où le hasard tissait des toiles
Avec les membres et les tripes.
C’était dantesque comme spectacle !
Je m’y habituais cependant.
Rien ne m’horrifia vraiment.
Rien non plus pour inspirer la joie.
J’avais laissé mon cœur
Dans la réalité.

Aujourd’hui que je suis de nouveau
Plus vivant que mortel,
Je ne m’étonne pas
De ne m’être pas épaté.
Je ne ressentais rien
Sinon ce bien-être intérieur.
Je vérifiais toutefois
L’état de mes poignets.
Ils ne saignaient pas.
Rien ne saignait ni dehors ni dedans.
Aucun poison ne pétrifiait mes surfaces.
Je mourais d’une belle mort
Comme tout le monde en rêve.
Bien sûr, les derniers moments
De mon existence de poète
N’étaient pas beaux à voir
Ni à entendre,
Mais je n’y pensais pas,
Je ne regrettais rien,
Ni le chien, ni le peuple,
Ni rien de tout
Ce qui avait empoisonné
Mon existence.
Au diable le passé !
Moi qui en ai possédé trop.
Trop de passé, pas de futur.
Mais maintenant je jouissais au présent.
Il n’y a que la mort qui le peut
A la place de la vie qui s’en va.

Hélas, je ne vous apprends rien,
Les bons moments ne durent pas.
On a beau s’accrocher à leurs basques,
Le temps revient pour imposer
Les conditions de la durée.
Sapristi ! Je me réveillai !
Le sommeil avait pris le masque de la mort !
Et j’y avais cru, comme à Venise !
Ah ! le réveil dura plus longtemps.
Quelle douleur abstraite !
Finasserie du devenir en puissance !
Je me tordais dans des draps blancs
Comme les neiges du bon temps,
Celui que je n’ai pas connu.
Misérable existence du riche fou !
Vie exécrable de celui
Qui a son chien pour le chanter !
Le rêve se dissout dans la lumière.
La mort s’en va comme elle est venue.
Mais il ne s’agit pas de se tuer.
Il faut revivre pour regoûter.
Il est absolument nécessaire,
Et je pèse des mots sans poids,
De retrouver le fil du récit
Dont l’auteur est la mort.
Voilà où j’en étais ce matin-là !

Matin sans chien, pas de voisins,
La rue déserte, et tout vivait !
Bon sang ce que le monde est beau
Quand il n’y plus personne pour l’enlaidir !
Et comme on se sent bien
Quand personne ne pense à mal !
Semence sans avenir
Des murs et des fenêtres.
J’ensemençais ! J’ensemençais
Sachant qu’aucun enfant
Ne viendrait empoisonner mon amour.
J’ai tout vu, tout visité,
Fouillé caves, greniers, salons,
Chambres à coucher, et les cuisines
Qui sentaient encore la friture
Et la fleur d’oranger, ô Monde !
Je te tenais dans ma seule pogne !
Aucune chance de rencontrer
Quelqu’un qui me ressemble de près
Ou de loin, personne de vivant.
Pas même des morts ! Tous enterrés
Sous le fardeau de la poésie enfin nue !

J’étais dehors, je sortais,
Je n’arrêtais pas de sortir.
Personne ne sortait à ma place.
Et je ne sortais pour personne !

 

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