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Histoire de Jéhan Babelin (49)
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 Article publié le 23 décembre 2018.

oOo

La vie de Jean devint monotone.
Le chien aboyait de temps en temps.
De temps en temps un admirateur
Exigeait par-dessus le portail
Une dédicace ou un détail
Biographique ou encore autre chose,
Des tas de choses
Qui n’avaient pas d’importance
Et que Jéhan laissait passer
Comme on regarde les hirondelles
Aller et revenir au rythme des saisons.
Des femmes il en avait
En veux-tu en voilà
Et pas des boudins de légionnaires.
Il choisissait la beauté
Si c’était ce qu’il voulait
Ou bien il vomissait
Sur le corps d’une intruse.
Sa grande queue était connue
Pour ses grandes performances,
Mais vous savez ce que c’est,
La rumeur…
On exagère toujours un peu.
Mais oui, il y avait bien
Une légende en formation.
Elle concernait sa queue,
Pas ses travaux d’écriture.
Et comme il ne travaillait pas
A autre chose,
On ne parlait que de ça.
Pourtant parfois ou au hasard,
Il signait des pages de garde,
Se vantait ou au contraire
Montrait à quel point
Il n’était rien
A côté de ce que d’autres
Avaient inscrit dans la fable
Nationale.
« Ainsi vous fûtes,
Disons le mot,
Un peu débile
En votre enfance…
Puis employé municipal,
Et à vélo !
Vous voyageâtes chez les fous
Et en revîntes avec un chien
Pour compagnon et allégeance.
Bravo l’artiste ! C’est complet !
Que peut-on attendre de plus
De la part d’un artiste du stylo ?
Vous écrivez toujours… ? »

Voilà ce qui arrive
Quand on revient.
On n’écrit plus.
On a écrit,
Mais c’est fini.
On fait semblant.
On recommence.
Quelquefois même
On se corrige
Et on revoit.
Le chien se tait.
« Abois ! hurlait Moïse,
Et toi reproduis-toi ! »
Mais c’était fini.
La vie continue.
Elle ne s’arrête plus.
Beaucoup ont connu ça.
Ils avaient la trentaine
Tonton tontaine.
Le chien ne meurt pas.
Il ne se tue pas.
Il traverse dans les clous.
Il surveille les génoises des rues.
Il se méfie des mains.
Un enfant à roulettes
Peut tuer le passant.
Ça s’est déjà vu.
« Je déteste les enfants, »
Se disait Babelin
En passant devant la cour
De l’école municipale.
Mais il ne tuait plus,
Ne volait plus,
N’y pensait plus.
Et s’il avait écrit,
Il n’aurait rien écrit,
Comme tout le monde.
Il était le monde
Après avoir été la solitude.
C’est aussi dur
Que de passer
De l’ombre à la lumière
Et pas le contraire.
Maintenant il pouvait passer
De la lumière à l’ombre
Pour faire comme tout le monde.
C’était ça être le monde
Dans sa totalité :
La lumière puis l’ombre
Où l’œil retrouve
Sa tranquillité
De vieil objet
Du passé.
Aussi une fois dans l’ombre,
On y restait.
Pas question de recommencer !
Il a déjà donné.
« J’y suis, j’y reste.
Comme tout le monde.
Rien de plus, rien de moins.
Et si ça continue,
Je laisse tomber les putes
Et j’épouse une femme. »
Il parlait sérieusement,
Pas pour ne rien dire
Comme tout le monde.
Une femme entre les femmes.
Pas facile de trouver l’introuvable.
Il pensa à l’échec,
A l’approximation,
A la résignation.
Il pensa à l’enfant.
Il en aurait un.
Au moins un pour le dire.
Un être de passé
Projeté dans le futur.
Gros risque pour le présent !
Mais les dés sont jetés
Depuis si longtemps
Qu’on a perdu le fil
Du récit primitif.
La poésie ne mène à rien.
On revient en chantant
Des ateliers municipaux
Et on repart sans chanson
Vers de nouveaux horizons.
Oui mais on en revient.
Trop de passé, pas de futur
Et rien à faire au temps présent
Sinon brasser l’ennui
Comme l’eau de la piscine
Municipale.
C’est ça l’expérience.
Il en avait, de l’expérience.
De quoi nourrir la critique.
Un pas de côté
Et c’est le fossé.
Un pas de trop
Et c’est la faux.
Impossible de reculer.
On ne ment qu’aux autres.
Et c’est l’enfer.
Fossé, faux, enfer.
Jetez les dés
Pour vous refaire !
Sinon fallait pas entrer…
À Las Vegas
On est plus chanceux.

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