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 Article publié le 6 janvier 2019.

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Autant dire que malgré les politesses d’usage en cas de confusion, les rapports de Roger et de Jack se limitèrent ensuite au minimum requis pour ne pas sombrer dans la guerre. Ils trinquaient volontiers, mais à distance. Jack ne coucha pas chez maman cette nuit-là. Il avait acheté un nouveau pick-up et voulait l’essayer avec des copains dans la soirée et même plus si le temps s’y prêtait.

« Ça vous dit, les amis… ? dit-il à l’adresse de Frank et de Fred.

— Ils sont fatigués du voyage… dit Roger qui n’était pas invité. Moi aussi je suis fatigué, ajouta-t-il en tamponnant ses lèvres gonflées.

— Il va pleuvoir, » dit maman en écartant un rideau.

Le linge séchait devant la porte. Ses culottes paraissaient énormes à côté de celles d’Alice. Elle en frissonna. Jack avait remarqué la comparaison. Elle était inévitable. Là, devant la porte. Quelle idée ! Mais elle n’en était pas responsable. C’était Roger qui avait planté ce séchoir à cet endroit… du temps où il était le maître des lieux. Jack, qui n’était pas une lumière, avait assez d’esprit pour en tirer des remarques déplaisantes. Il avait aimé labourer les lèvres de Roger. maman avait attendu que ça se finisse. Et Fred avait pensé au soldat inconnu de Faulkner. À une crucifixion aussi, mais pas celle-là.

« Bon ben à demain, » dit Jack en poussant la porte, voyant les culottes suspendues. Il n’avait pas taquiné Alice sur la raison de cette suspension. Elle en aurait conçu de la haine. Et puis comment expliquer la raison des culottes de maman par un argument différent ? Jack cessa de penser et quelques secondes passèrent avant que le V8 de son pick-up se mît à vrombir dans la nuit. maman s’apaisa. Le rideau se referma. Frank nota tout ça dans son cerveau, se promettant de n’en rien oublier au moment de le faire dans le carnet qu’il tenait à la disposition de son imagination. Il oubliait souvent ce qu’il avait capté au fil des évènements. Son crayon restait en suspens au-dessus de la page quadrillée. Roger avait rouspété plus d’une fois quand le crayon suivait les situations et même les décrivait. Ça l’énervait ce carnet, alors Frank ne le sortait pas et il mettait en jeu sa mémoire qu’il savait défaillante. Plus tard, il fit appel à l’écriture automatique pour pallier cette propension à l’oubli.

« Elle ne dégonflera pas si tu ne mets rien, dit maman en parlant de la plus tuméfiée des lèvres.

— Je te demande pas qui c’est…

— Tu as deux filles, toi… Pourquoi pas moi ? »

Roger ignorait pourquoi maman voulait une deuxième fille. Il ne savait pas lui-même pourquoi il avait accepté d’en avoir. Elles ne lui procuraient aucun plaisir paternel. Par contre, elles s’y connaissaient en provocations sexuelles en tous genres. Il en avait presque honte. Heureusement, luce avait décliné l’invitation. Il n’aurait plus manqué qu’elle se livrât à des exhibitions en compagnie de Fred qui avait un esprit à soigner sous peine de finir entre les griffes de la justice moralisatrice en vigueur. Sa lèvre gonflait. Elle gonflerait toute la nuit et il se réveillerait avec un fruit mûr à la place de la bouche. maman agitait un flacon d’arnica. Elle ne pensait plus aux culottes. Il allait pleuvoir de toute façon et elle ne tarderait pas à sortir pour les décrocher de leur fil commun. Voilà comment on construit une histoire. Et celle-là était loin de s’achever. Après luce, pensa-t-il, Alice… alice… Qu’est-ce qu’elle voulait prouver, maman, avec cette autre fille qu’elle n’avait pas encore conçue ? Et il sortait d’où, ce Jack qu’elle appelait Jacky pour bien signifier la proximité de leurs sexes ? Et pourquoi j’ai amené ces deux pitres avec moi alors que j’ai l’intention de passer du bon temps avec les truites et les goujons ? Il rectifia : Je n’ai pas amené Frank. Il s’est ajouté comme une mouche sur le papier. Et luce qui manque au tableau. Jamais Alice ne la remplacera. D’ailleurs personne ne saura rien de sa mère. maman se réjouit tellement d’avoir conservé cette part de sentiment…

 

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