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 Article publié le 3 mars 2019.

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Il fut un temps où, d’aveux circonstanciés en confessions savamment orchestrées, je croyais approcher une vérité, celle d’une vie qui n’était déjà plus tout à fait la mienne.

Je recollais des morceaux, je fragmentais le fragmenté pour reconstituer un puzzle inachevé, mu que j’étais par le désir d’y voir clair dans des choix qui m’avaient conduit là où en j’en étais.

Et là où j’en étais n’était pas beau à voir à mes yeux, guère réjouissant et pour tout dire comparable à une voiture bricolée et rafistolée de bric et de broc, rien qui ressemblât à un modèle connu ni même à une voiture customisée.

Nous étions au milieu des années deux mille.

Une crise financière sans précédent se préparait dans le monde et une autre toute personnelle. Elle s’acheva par un divorce difficile, puis une lente reconstruction des tenants et aboutissants de mon existence, j’entends par là qu’il me fallut en tout premier lieu retrouver le goût de vivre, c’est-à-dire avant tout la force de m’occuper de mon enfant qui avait grandi.

Ce fut fait patiemment et par étapes, toutes franchies avec succès. Une fois la garde de mon enfant obtenue, c’est-à-dire pour le dire crûment une fois qu’elle fut pleinement en sécurité, je pus envisager une nouvelle étape : quitter le Nord où j’avais vécu près de vingt-sept années et retrouver enfin ma région natale, la Franche-Comté.

Les années avaient filé sans que j’y prisse garde, et de virages serrés en lignes droites sur de mornes plaines, le moyen de transport que j’étais s’était transformé en un véhicule à tout faire, las et poussif.

Véhicule de chair qui glissa d’abord sur les mousses du barrage de Pesmes avec son enfant de huit mois dans les bras : chute verticale, une jambe repliée qui ne cassa pas, mais ligaments distendus sans doute. Je ne prenais guère soin de moi à cette époque. Mon enfant était indemne, je ne voyais que cela. Pendant près d’un an, je ne pouvais plus soulever la jambe que de quelques centimètres. Tenter de passer un obstacle en ciseaux, c’était une douleur déchirante assurée.

Enfance et adolescence, études et vie de jeune homme furent des moments de découverte, d’enthousiasme, d’ennui et d’ennuis, un temps long où germèrent en moi des désirs et des envies, des besoins et des pratiques professionnelles, tout un complexe de vie que je ne démêlerai pas ici, tant ce serait fastidieux et au fond peu éclairant.

Qu’il suffise de dire que passé proche et lointain se confondent désormais dans une brume heureuse débarrassée de ses fantômes. J’aime l’été et sa lumière insolente, mais préfère l’automne et ses lumières douces. Arrivé dans l’automne de ma vie, je ne me penche que sur des visions nouvelles, des mondes qui germinent, des pensées troublantes, des accès d’enthousiasmes revivifiés.

Et me penchant ainsi sur ce qui, tout d’abord, n’est que minuscules germes en folie, je me vois comme progressivement agrandi à mesure que poussent et prospèrent les mondes de sensations et d’émotions nouvelles qu’il m’est donné de vivre enfin.

L’écriture aura accompagné avec bonheur toutes ces années chaotiques puis plus calmes et déterminées. La base extrêmement ferme d’un labyrinthe en constante expansion est acquise. Commence maintenant l’exploration patiente de pentes et de désirs, de clairières vastes comme des forêts millénaires, de bois aux chemins de traverse innombrables.

Pouvoir séjourner longuement auprès de grappes de mots qui prospèrent comme vignes sauvages, faire halte et repartir vers de nouvelles sensations appelées par des mots magiques, sentir, voir et entendre que ces mots, mes mots, les mots de tous me destinent à vivre leurs promesses, et que, de promesses pressenties en promesses réalisées, je vis en poésie, voilà mon bonheur.

Bonheur qu’une femme honore de sa présence de chair et de mots, de regards et de sourires. A laquelle tout ce qui me vient en langage s’adresse, chair et sang, langage et soupirs se trouvant n’être que le tout de nos deux vies conjointes, dans la liberté affirmée et chérie, loin de toutes contraintes.

Qui prend l’autre sous son aile ?

Deux grands oiseaux de proie nichent dans la solitude de leur nid haut perché, planent dans le même ciel, jouissent ensemble des courants ascendants, plongent dans les vallées puis remontent ivres d’air chaud et de vie.

Montagnes lutinent l’azur, accrochent les nuages, fomentent les orages et délivrent.

 

Jean-Michel Guyot

2 février 2019

 

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