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Histoire de Jéhan Babelin (64)
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 Article publié le 21 avril 2019.

oOo

Seul’ment, voyez, la pauvreté,
A force, à force c’est payer,
Payer trop cher pour ce que c’est.
À la fin j’étais fatigué,
J’avais le doute en croix sur moi.
Jésus lui était presque mort,
Ne mangeait plus, se laissait faire
Et même parlait aux oiseaux.
Que c’en était triste à vomir.
Le chien m’avait suivi.
Il renifla mes ordures
Et jeta un œil amer
Dans la poubelle où délirait
Jésus plus si sucré que ça.
À la maison maman pleurait.
Ah ! je voyais ça d’ici :
« Et que je n’étais jadis
Qu’un employé municipal.
Et que je suis devenue
Autre chose à force de
Travailler dans le voyage.
Tellement que j’ai rencontré un chien
Et après tu connais la suite. »
Moi, j’avais vu la mort de près.
Et en plus j’avais fait exprès.
« Ah ! si on avait su, fiston,
Autrement on t’aurait élevé.
On n’en serait déjà pas là
Avec du temps pour réfléchir
Comme le commun des mortels. »
Le chien moralisait sur le trottoir.
Je buvais l’eau du caniveau
En reluquant la chair nue de la nuit.
« Ya pas comm’ la poésie
Pour rien cacher de la complexité
Que c’est de vivre avant d’ mourir ! »
Disait le chien qui en souffrait.
Jésus était peut-être mort,
Mort sans moi et tout seul
Au moment d’en savoir plus
Sur le plaisir en fin de vie.
Je suis monté sur le chien
Et on est rentré à la maison
Où papa m’a passé un savon.
Je ne serai jamais poète !
Fallait que je me le mette
Dans la tête.
Jamais poète ! Jamais poète !
Et avec ça bête !
Mais bête à couper au couteau !
J’en ai retrouvé le sommeil.

J’ai rêvé de Jésus, des putes,
De la rue et de ses vitrines,
De la lumière déjetée,
D’autres débris au bas des murs,
Du train arrêté et du quai.
Et au matin,
Dans le jardin
A deux mains j’ai
Fait un enfant
A la luzerne.
Ça fait chanter les oiseaux.
Même le soleil
Paraît plus gai.
Papa-chien écrivait
Dans le reflet de sa fenêtre.
Maman-géant relisait son ouvrage.
Je n’écrivais pas.
Je n’y pensais pas.
Une fille passa.
Je la suivis,
Mais pas pour la violer,
Simplement pour la regarder
S’éloigner lentement
Comme dans un film.
Ça fait un bien fou
De n’être ni heureux
Ni dans la merde.
Ah ! j’aimerai toujours
Ces bons vieux retours !
À midi,
Une éclipse
Répandit son ombre
Et j’entendis la mer.

Je suis le fils de Jéhan Babelin
Et de son chien,
Fils de Jésus aussi en touche.
J’ai mon mot à dire
Et je vais en rester là :

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