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Histoire de Jéhan Babelin 66 (poésies de Romain Gambois - suite)
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 Article publié le 5 mai 2019.

oOo

Jéhan Babelin était vieux

Quand il relut tout ça,

Ces poésies d’un autre temps,

Ces tentatives de s’extraire

De la tombe déjà creusée.

Il était vieux et solitaire,

Car le chien était mort

Et l’enfant n’était plus.

La maison en témoignait.

 

Il n’écrivait plus depuis longtemps.

Il connaissait la source de Jouvence,

Mais ne s’en approchait plus

Aussi facilement

Que jadis et naguère.

Il l’entendait fluer,

Il en devinait l’ombre,

Mais ne visitait plus

Cet angle mort du jardin.

Il laissait le temps agir.

Il voyait le monde se rapetisser

Dans une nouvelle enfance,

Une enfance qu’il ne connaissait pas

Mais qu’il avait peut-être inventée

Avec les autres sur le fil

D’une Histoire par définition

Sans début et sans fin

Et surtout sans queue ni tête.

Les jours ressemblaient aux nuits,

Les rêves à leurs doubles

Et la mort à d’autres existences que la sienne.

 

Il ne recevait plus,

Ni devant le portail

Ni dans le salon doré

De ses inspirations célèbres.

Il mourait à petit feu,

Alors que le chien

Avait été écrasé

Dans sa propre rue.

L’enfant mourait lui aussi,

Mais il était impossible

De savoir de quelle manière

Peut-être étrange

Ou même cruelle.

Il ne restait de lui

Que ces Quatre saisons.

Jéhan ne relisait rien.

Il tournait en rond

Et y prenait plaisir.

Il attendrait longtemps

Si c’était nécessaire,

Inévitable,

Peut-être écrit.

Qui sait si ce n’est pas écrit,

Pensait-il quelquefois

En se mordant la langue.

Qui sait ce que personne ne sait ?

 

Il fallait bien que ça se termine.

 

***

 

HIVER

 

Jésus se prit pour Jéhan Babelin.

…………………….

…………………….

 

Romano Gambas dit Romain Gambois

 

*

 

C’est compliqué, la poésie.

Rien à voir avec la chanson,

Ni le peuple, ni la nation.

Je voudrais vous y voir, amie,

Quand le vent cesse de dorer

La pilule à nos frais.

 

Les bons mots

Ne sont plus à la mode,

A la mode de chez nous.

On a beau

Se jeter à ses genoux

Voilà, elle n’est pas commode.

 

Certes je suis petit

Et mal embouché.

Je fais tout à demi

Et c’est bien mal torché.

 

Mais au moins je le sais.

Alors passez votre chemin,

Poètes à deux mains.

Le présent est déjà passé.

Je ne suis plus un enfant,

Ni le vieillard mouchant

Son nez dans sa trompette.

En voilà un poète !

 

*

 

On apprend de la femme

Comme de l’homme.

Seul l’enfant ne dit rien.

Son jouet

Est muet.

 

L’enfant est une horloge.

Il ne voit pas bien loin.

Seconde après seconde

Le silence tire la langue.

 

Il y avait un horizon

Et d’autres paysages

Moins facile’ à redire.

Le jouet avançait

Sans se retourner.

 

Quelqu’un le suivait-il ?

Ou m’accompagnait-il ?

On devinait le cri

Mais de quelle fontaine ?

Jouet

Muet.

L’enfant

Le sait.

Il est devant.

 

*

 

Qui suis-je au personnage ?

Regardez comme il va !

De son petit bonhomme.

Quelle autre alternative ?

 

On ne s’interroge pas assez.

Tout va comme on va,

Depuis toujours

Comme on va.

 

Qui change le mot en source ?

Plus de temps à l’arrivée.

Quelquefois c’est l’hiver.

Non, c’est toujours l’hiver.

 

Nous marchions elle et moi.

Elle, Romana, la belle absente,

Et moi Romano l’héritier.

La mer nous attendait.

 

Nous sommes nés du vent

Ou du feu qu’il nourrit

Quand l’été est venu

Pour changer les données.

 

Je ne sais plus ce que je dis.

Et pourtant elle écoute.

Mais n’est-ce pas le vent

Qui inspire son silence ?

 

Ah ! pauvre de moi seul !

Nous sommes trop réalistes.

La mer n’est que la mer

Et le voyage est un rêve colonial.

 

*

 

Le corps n’aime que la tiédeur.

Ni chaud ni froid, craint le corps.

Comme entre toi et moi, cet hiver.

Et j’écris cela en été.

Je ne suis plus moi-même.

Je parle dans le personnage.

Me voilà deux sur scène,

L’un désirant l’autre qui ment.

 

Froidure des fenêtres ouvertes.

Cristaux des fenêtres fermées.

Le mur s’en allait en poussière,

Poussière de vent et d’étoiles,

Atomes de jours et de nuits.

 

Il n’y a pas de saison pour le corps.

Certains jours et quelques nuits.

Rien de plus dans le temps.

Et nous en perdons le fil

Avant même d’exister.

 

Hiver en été,

Ou le contraire,

Je ne sais plus

Ou tu habites

Ni où je vais.

 

*

 

Ni triste ni joyeux,

Voilà un homme heureux !

Et je l’étais ma foi !

Elle me donnait tout

En un seul mot fêté

Aussitôt comme il faut.

 

Rendez-vous entre les siècles.

Elle arrache des pages

Et le vent les emporte.

Campagnes désolées.

 

Un chien venu du paradis

S’interposa entre elle et moi.

Sorte d’hiver comme en été

Ou le contraire si on veut.

Voilà un chien bien malheureux !

Un chien qui n’aboie pas.

Un animal de porcelaine.

Une chose en soi,

Presque abolie.

 

Ce que je voyais dans le miroir,

C’était ma joie triste et sonore.

Et je n’en demandais pas plus

A la poésie, à la solitude.

 

*

 

Vous verserez une larme

Sur l’angle encore pluvieux.

Je vous vois d’ici là,

Encouragée par l’éclaircie.

 

Qui étiez-vous quand vous étiez ?

Aujourd’hui votre absence

Est un signe des temps.

Temps passés à redire

Que le jour est venu.

 

La pluie encore glacée

Vient de cesser

De détruire les plis

De votre voile noir.

 

Un enfant sommeille toujours

Dans l’allée parallèle.

Pages criantes de vérité.

La fleur fanée au soleil

Mouille l’angle de pierre.

 

*

 

L’araignée est morte en hiver.

Je regardais ce plafond.

La fenêtre était ouverte.

Il pleuvait comme en automne,

Lourdement sur le couvercle.

Et vous ne cessiez d’exister.

 

Des cavaliers ornaient le mur

D’en face, ils chevauchaient

Les répétitions insensées

De la tapisserie horrible.

 

Sur la table la cire des fruits

Recevait les reflets blancs

De la dentelle et de vos plumes.

Je m’en souviens, ô bel hiver,

Comme si c’était hier.

 

Et pourtant je suis revenu,

Comme dans un roman.

Et lentement je vous ai vue

Déshabiller l’apparition.

 

*

 

Jaune blanc des lumières

De l’hiver,

Nous rêvions de la mer

Et de ses plages bleues.

 

Statues des parois en blanc

Aux cristaux des verres vides.

La tisane en volutes

Croisait nos regards.

 

Nous n’agissons plus depuis

Que l’été a emporté

Les dernières trouvailles

De la nuit et de ses rêves.

 

Nous sommes comme morts.

Vivants mais morts.

Et plus rien n’existe que nous.

La maison nous enferme.

 

Jadis un enfant nous aimait.

Il a disparu avec les mots.

Sans lui le temps devient espace

Et tout est faux au blanc du ciel.

 

Jaune blanc des lumières,

Je ne pense à rien d’autre.

Je ne vois plus la nuit.

Je ne sais plus ce qu’elle a été.

Et ton silence m’oublie.

 

*

 

Chute d’un soleil lourd

De sens et de mémoire

En plein milieu du jardin

Où l’enfant jouait encore

Pas plus tard qu’hier.

 

Tu le vois comme moi.

Je n’hallucine pas.

Il brille comme en été.

Le feu gagne la saison

Comme au jeu du hasard

Avec les fils de l’enfance.

 

La terre s’est fendue

Cette après-midi noire

D’un soleil tout exprès

Tombé du ciel comme

Si nous n’existions plus.

Les jambes nues d’un enfant

Cisaillaient l’herbe jaunie.

 

Cela arrive quelquefois.

Nous ne nous y attendons pas.

Nous sommes seuls

Dans le jardin.

Il ne se passe rien d’autre.

Et tu ne t’en étonnes pas.

Alors que je jubile

A l’écoute en moi

Des mots qui te manquent toujours.

 

*

 

Mains crispées du bonheur.

La nappe se fendait

De ses miettes aux oiseaux.

Une tâche de vin ployait.

Joug des jours anesthésiant tout.

 

Dessous les pieds ruaient

A l’unisson de la langue.

Un fruit ouvert coulait

Entre d’autres saisons.

Mannequin des retours,

Un oiseau caressait

Des projets d’avenir.

 

Rupture dans l’image.

Dans la fente j’existais.

Je me glissais, je m’étonnais,

Je traversais d’autres distances

Et tu revenais

Un pichet à la main,

Rougeoiement des délices

Qui complotent avec le sommeil.

Ainsi tu m’invites à rêver,

Avec toi ou sans toi,

Je ne sais plus qui tu es

Quand tu reviens de loin.

 

*

 

Romano, Romana,

Faces des nuits

Entre les jours.

Je suis monté

En haut de la tour.

 

Ni jour, ni nuit.

Ni ciel, ni terre,

Tout juste le feu

Et cet infini.

 

Je suis ma femme,

Mon enfant, ma vieillesse.

Je suis ce que tu n’es pas.

Ni double, ni traversé

De langage.

 

Chute lente des essais.

Avec elle je croissais.

Sans lui je ne suis plus

Au chant comme au champ.

 

Romano, Romana,

Crevettes des eaux tristes,

Sous les îles poussait

La fleur des existences.

 

*

 

Le monde est dessous.

La mer emporte les nuits

Que le sommeil a désertées.

Blanches nuits des orages.

Pluie de jours sans fin.

 

Dans l’interstice ainsi tracé,

Des personnages renaissaient.

Paroles au hasard des langues.

Devant on applaudissait.

 

Ensuite il faut saluer,

Remercier, se donner

Encore à leurs rideaux.

Puis tout revenait comme avant.

 

Monde des profondeurs

À la hauteur du mythe.

La face tavelée de miroirs

Comme aux alouettes des champs.

 

Comment trouver le sommeil

Dans ces conditions ?

Quel animal sait creuser

Sans en perdre les ongles ?

Comédie des lendemains,

Nous la jouions sans en perdre

La goutte au bord du vase,

Automates des averses

Où le poisson se noie.

 

*

 

Nous respirons l’écriture

Comme le cadavre sent la mort.

Tous les matins il se rature

Et se réconcilie

Avec son corps

Comme au lit

Il foisonne

De rêves et de fantômes.

 

Il n’a jamais été

Cet enfant de l’été.

C’est l’hiver qui le crée

Au rendez-vous des fées.

 

Le mur se couvre de signes.

Lais verticaux

De ses échos.

Sur ça, pas d’autres lignes.

 

À midi il mange le personnage

Et en recrache les répliques.

Nous n’avons pas d’âge,

Rien de beau ni d’historique.

 

L’après-midi il rend le vin

A ses tripots et s’en retourne

A ses cahiers lâchés au fond.

Il devient ce qu’il écrit

Par habitude et dans l’angoisse.

 

Respirons avec lui

Cet air au feu de sa langue.

Il est en nous

Comme nous sommes en lui.

 

*

 

Fenêtre d’un saut

Conçu pour lui.

Il crut que l’oiseau

Par son cuicui

L’invitait à

Chanter dans la

Joie et là-haut.

 

Par terre il chante

Et en déchante.

Il n’a pas d’ailes,

Alors sans elle

Rien n’est gagné,

Même signé.

 

L’os est cassé.

Joie en morceaux.

Tombé de haut,

Sait-il que c’est

Demain la fête,

Bête poète ?

 

Sans lui l’hiver

Est un enfer.

Elle le dit

Et le redit

Au vert passant

Du seul printemps

Né de la chute.

Elle est en rut

Cependant.

 

*

 

Comme c’est enchanteur

L’été en hiver !

Fracas contre la vitre

De reflets presque verts.

Il lève son verre

Et trinque

Avec la branche nue

D’un arbre encore mort.

La source est immobile.

Elle attend son heure.

Elle viendra à temps.

Soleil des tiges grises

Et des rides d’écorce.

Un animal s’approche,

Sans doute domestique.

Poil électrique de l’été

Pris au piège de l’hiver.

Hier il neigeait sur tout.

Il a plu cette nuit

Et dans les draps

Le même animal

S’est glissé comme un rêve

Entre le jour et le sommeil.

Quelle jouissance ! Quelle joie !

Quel endormissement sous la chair !

Soleil comme une flaque d’eau

Dans la boue hivernale.

Le lit se soulevait

Sous l’effet de la vague.

Le désir enfin récompensé

Par tant de poésie !

Maintenant l’animal

Prend la parole.

Dans cette éclaboussure

C’est toute l’écriture

Qui verdit comme feuille

Au printemps de son heure.

J’en ai mal aux gencives !

 

*

 

Il n’y a rien comme la poésie,

Excepté le doux alcool,

Pour remettre à leur place

L’homme et ses possessions.

 

À midi, ce n’est plus l’hiver

Qui cache le soleil et son enfer.

L’or se couvre de vers

A l’endroit comme à l’envers.

 

Je suinte comme un vieux mur

Prometteur de moments

Autrement

Obscurs.

 

Quelle poésie en hauteur !

Saut dans l’avenir des mots

Et des teneurs.

Abattoir des animaux

Et de l’enfance.

Quelle douleur dans la connaissance !

 

Et quel plaisir de s’entendre !

La voix d’un comédien

Revient

Sans attendre.

 

Il n’y a rien comme l’interprétation

Pour faire du poème,

Ô chanson,

L’emblème

De la nation.

 

*

 

Passé le temps, ma mie,

Où pour lutter contre la politique

On faisait de la politique.

C’était dur mais facile.

Aujourd’hui il faut

Lutter contre l’économie

En faisant de l’économie.

Combat de riches et de voyous.

Fini l’homme honnête et sincère.

Je n’ai plus qu’à me taire.

Et me voilà à la dérive

Au fil des technologies de l’inutile.

Quel besoin créé de toutes pièces

Me rend mon cœur et mes passions ?

D’ailleurs je ne t’aime plus.

Je m’accroche à tes avantages,

A tes possessions acquises

D’une manière ou d’une autre.

Fini de douter savamment.

Le juge est convaincu

Et le penseur aporétique.

Nous n’irons plus au bois,

Ma belle ! Ma belle !

Nous n’irons nulle part

Sans croisière organisée.

Ainsi la mort perd son sens.

Et sans cette mort immémoriale

Chacun agite son pantin

Et finit par le jeter

Au rebut de l’Histoire.

Nous n’irons plus cueillir

Les fruits de notre enfance.

On invente pour nous

Les commerces du désir.

Au fond je ne t’aime pas.

Trop de vie tue l’existence.

 

*

 

Poètes de ce temps,

Graphomanes des jours

Sans interruption

Comme s’il était possible

De survivre à ce rythme.

À la fin rien n’est construit.

Le fil n’est pas d’Ariane.

Infini de l’illusion comique.

Les journaux forment le journal.

L’humanité devient homme.

Un seul roman nous raconte.

Comme si une seule étoile

Eclairait le sommeil.

Comme si le soleil,

Déjà seul en son monde,

Ne connaissait plus la pluie.

L’existence réduite à force

De donner la parole

Au moindre signe de droit.

Ainsi va le nouveau Dieu.

Tout le monde

Dans le même sac.

Et le sac à l’encan

D’un possible futur.

Dieu chair à pâté

De l’humanité.

Univers chien

A quatre pattes

Pour recevoir

Quelle semence ?

Mais comment s’extraire

De cette profusion ?

Comment être soi-même

Et trouver un parterre ?

Dieu pâté d’homme

Sous prétexte de poésie.

Grande église du plaisir

Au service du désir

Réduit à la publicité.

Comment ne pas les haïr ?

Et que suis-je moi-même

Si je ne les hais pas ?

 

*

 

Hier je rencontre un poète,

Ce que je ne suis pas.

Il me salue, je le salue.

Le soleil s’interpose.

Me voilà aveuglé

Et transpercé de rayons.

Je saigne comme

Un chardon ouvert.

Puis la nuit arrive,

Epanchement d’encre.

Je veux rêver mais

Le poète mes draps

Secoue comme le vent

Au cours des voyages.

La mer fait des vagues.

L’Himalaya se fend

En tables de lois.

Dans cette fente

La Lune aboie.

Le Pôle lance des cris

Dans un ciel noir de monde.

Et je glisse à la surface,

Creusant le sommeil

D’un trait profond

Comme ma main.

Puis on redescend.

Le vent secoue

Mes joues.

Mes narines se gonflent.

Mes oreilles applaudissent.

Voici le Nouveau Nouveau Monde.

J’ai perdu mes poils d’antan.

Je suis lisse comme un coquillage.

Mes yeux ont du poisson.

Mon cœur tambourine.

Je n’ai plus pied.

Je vais me noyer

Dans une eau trouble.

Enfin je vois devant

Et le poète cesse

D’agiter ses doigts

Dans l’écume des crabes.

Chaque matin je reviens

Sur la plage mouillée

Par une pluie d’automne,

Une mouette sur l’épaule

Et les yeux gonflés de sommeil.

 

*

 

Poésie des oiseaux

Qui fracassent leur vers

Contre la vitre

Des fenêtres ouvertes.

 

Le jardin est une ruine.

L’allée jouxte les friches.

Il y a si longtemps

Que je n’existe plus !

 

Poésie des insectes

Qui entrent dans la maison

Par ses interstices

Au lieu d’emprunter

Les chemins des ouvertures.

 

Sous la marquise tu attends

Que la pluie cesse,

Pieds nus sur le paillasson

Et une main sur la poignée.

 

L’autre main tient le livre,

Doigt entré dans ce corps

A la page où je mens.

 

Poésie des feuilles mortes

Et des herbes couchées.

L’hiver s’est annoncé,

Honnête visiteur.

 

*

 

Une fois l’arbre tombé

Sous l’effet du vent,

Les fruits ornent tes pieds.

 

Avance encore un peu

Vers les murs surmontés

De cristaux ensoleillés.

 

Gravis les quelques marches

Que j’ai sculptées pour toi

Un jour de grande amertume.

 

Dehors tu vois l’horizon.

Et après cette limite du regard ?

Le retour au jardin de notre enfance.

 

Fruits sur tes ongles taillés.

L’arbre semblait souffrir.

Et je l’ai achevé.

 

*

 

Ne sortons pas dans le monde.

Ni toi ni moi, les jours de pluie.

Ne visitons pas les châteaux.

Oublions les fleuves d’or.

 

La vitre gicle entre les rideaux

Comme le miroir dans les fleurs.

 

Demeurons ici-même, ensemble,

Page après page dispersés,

Loin des châteaux et des rivages,

Silencieux comme des morts.

 

Jet de lumière vertical

En travers de l’ombre bleue.

 

Penchés sur la table d’acajou,

Brouillons les pistes du bonheur.

Toitures d’or et de nuages,

Nous volons au-dessus de tout.

 

Eau intruse des parois

A même le sol.

 

Arrêtons-nous avant de devenir

Les mannequins de leurs châteaux.

Plongeon hors des fleuves

A la limite des algues mortes.

 

*

 

L’ombre frappait à ma porte.

Je la vis se glisser entre

Les murs verts et l’allée.

L’eau ruisselait encore.

Le ciel s’ouvrit à peine

De quoi donner de l’ombre

A mon imagination.

 

*

 

Œuf brisé au pied du mur.

Alice passa son chemin.

Je retournai à mes lectures.

 

Le chat croqua les débris

De la coquille vidée

Auparavant par une intruse.

 

J’attendis la suite en rêvant

A des voyages coloniaux.

Le chat vida les lieux à son tour.

 

Le mur reçut une pluie fine,

Caressé par le vent comme

Si rien ne s’était passé.

 

Puis la nuit effaça tout,

La nuit d’un trait supprima

Cette annonce de poème.

 

*

 

Cheval au galop de la nuit,

Comme ça, sans nuance.

Je humai l’air refroidi

Par des apparitions tremblantes.

 

Autre cheval du même acabit,

Une heure à peine après le premier.

 

La lumière sautillait dans le noir,

Collier d’une poitrine

Que je venais de caresser

En pensant à autre chose.

 

Les femmes des autres m’appartiennent.

Troisième cheval dans la nuit,

Plus rapide que son éclair.

 

Le jour apparut enfin

Verticalement,

Et les chevaux se rassemblèrent

Autour d’elle.

 

Elle me héla de loin,

Secouant sa main

Dans les crinières.

 

Elle me raconte des histoires

Tous les jours que je fais

Sans elle pour l’aimer.

 

*

 

Poésie sylleptique des jours,

Comme s’il était possible

De figer une bonne fois pour toutes

La cristallisation en cours.

 

Chronique coupée de fables.

Tous les plans sont oubliés.

Ainsi elle entre chez moi

Comme si je n’existais plus.

 

Dans le lit elle enfante elle aussi.

Elle prévoie des cris d’entente.

Le jardin s’anime d’enfants

Et la faune déserte les lieux.

 

Que reste-t-il ? Mais les fleurs !

Les fleurs inoubliables, fleurs

Renouvelées selon les saisons

Au rythme de son imagination.

 

À l’étage je tente encore une fois

D’interrompre la coulée des laves

De l’enfance et des voyages,

Mais les plans sont partis en fumée.

 

La poésie ne coule pas de source.

Cette eau de conque préfère la perle

Et les plongeurs ne sont pas fous

Comme je le suis de l’existence.

 

Je finirai par en mourir, seul

Sans doute au milieu de rien.

À moi l’anacoluthe et la spirale !

C’est la vie et non pas l’existence

Qui forme le lit de la pensée.

 

*

 

C’est la légion des retraités,

L’honneur comme on coupe le vin,

Pions de la citoyenneté

Au 15 du mois de juillet.

 

Le trottoir sent la colonie

Et le service militant.

Les uns sont couchés là-dedans,

Les autre’ agitent leurs vessies.

 

Ça remplit ainsi les sillons.

Aux fenêtres le soleil luit

Comme au monument les rayons.

Le 15 ce n’est pas fini.

 

Et jusqu’au 14 on se drape

Dans le blanc du rouge et du bleu.

La jeunesse a l’odeur du vieux

Et la marmite des soupapes.

 

Tant mieux si on gagne la guerre

Et si on la perd c’est gagné !

Le courage c’est fermenté

Que ça se boit au lance-pierre.

 

La pacotille des nations

Fait les trottoirs et la chaussée

Et l’amour en brèche des fions

Des croix dûment enrubannées.

 

Faut 50 ans et des poussières

Pour en arriver à ce stade.

Et pour achever la ballade

Les enfants croissent dans la bière.

 

Vivent les victime’ innocentes

Qui témoignent qu’à ce train-là

On n’ira pas plus loin que ça.

La justice aussi ça se chante.

 

Et comme ça de nuit en nuit,

De rêve en merdique voyage,

La famille abrège l’ennui

Que causent grammaire et langage.

 

Après tout entre le terrain

Et le champ ya pas d’ différence !

La retraite c’est pour demain

En attendant d’autres naissances.

 

*

 

Les chauves-souris

Des feux d’artifice

Sont entrées en lice

Avec le ciel gris.

 

Ciel gris des fumées

Et des pétarades

Sans les barricades

De vœux animées.

 

Un peuple d’été

Assis aux terrasses

Relève le nez

A défaut d’audace.

 

Le congé payé

En bas et culottes

Ainsi balayé

Se sent patriote.

 

Et en attendant

La fermentation

Se sucre l’enfant,

Don de la Nation.

 

La barbe à papa

N’vaut pas le rata

Mais sûr ça viendra

Si on n’attend pas.

 

Les chauves-souris

Qui chauves sourient

Dans la nuit s’enfuient

Loin de nos abris.

 

*

 

Ça pète

Au-dessus de nos têtes.

Le clocher en flammes

Troue la nuit.

 

Le peuple en rond

Sans entrelacs

Se sent bien là,

Le verre au front.

 

Les yeux réfléchissent,

Tavelés d’explosions.

Jadis,

Ou peut-être naguère

Des avions

Etaient eux aussi

Passés par là.

 

Chemin du village en feu

Un jour de fête.

Le discours du maire

Sentait la saucisse.

 

*

 

Il y a loin

Entre la communion

Et la fraternité.

 

Et dans ce juste milieu,

Un citoyen se perd

En conjecture.

 

Il voit

Comme tout le monde

Les fleurs métalliques.

 

Elles tapissent sa rétine

De calligrammes

Et de cadavres.

 

Il ne s’éloigne pas.

Il ne boit pas.

Il tente de ne penser à rien.

 

*

 

Je veux bien croire

A vos sincérités jointes

Comme des mains

A l’église.

 

Mais vous avez l’air con.

Même les miroirs le savent.

Miroirs des rues et des parvis,

Ils éclairent pourtant

Les lanternes.

 

Mais pourquoi ne pas croire

Que vous êtes sincères

Quand vous croyez vous-mêmes

A l’énormité de mon erreur ?

 

Enfants de l’ordre et du pouvoir,

Vous n’aimez que vous-mêmes,

Ce qui vous sépare de moi.

Mes jours

Ne joignent pas vos nuits.

 

*

 

Pas de fête populaire

Sans jeux de lumière.

Le ciel et les murs

Ne font qu’un.

 

Où est la poésie

Des ces répétitions ?

Même l’écho

Ne s’y retrouve pas.

 

Cris des sensations,

Les cervelles font

Des ronds

Dans le vin de l’oubli

Et dans le sirop

De l’avenir rejoué.

 

Le coup tiré

Entre deux traits

D’humour et de

Vieux pas de deux,

Le promeneur de vos mémoires

Met fin enfin à votre Histoire.

 

Et seul dans son lit

Après la fête

Il en écrit

La musette.

 

*

 

Que les enfants,

Surtout ceux-là,

Aillent au pas

Voir si des fois

Je suis encore

Fidèle au poste.

 

Pour dire vrai,

Je me recrée

Au son du jour

Sur le tambour

De la nuit.

 

Réveil du juste

De passage.

 

*

 

Cornets à pistons

Sur le fronton

Crachant le sang

Des innocents.

 

Certes je n’ai pas donné

Et comme il est dit plus haut

Je m’en garderai bien,

Car ici la vie m’enchante

De choses que je peux toucher

Comme on touche aux femmes,

Aux hommes et aux enfants,

Selon désirs et ordres.

 

Je ne suis pas chrétien

Pour un sou,

Ni pour deux,

Ni pour trois,

Etc.

 

Cornets de douceurs

En papier sucré

C’est vous que j’entends

Quand il est question

De faire la fête.

 

Au diable vos morts

Et vos souvenirs !

J’ai mes morts à moi

Et bien plus que de la mémoire.

 

Spectacle vous êtes

Et pitres vous resterez !

 

*

 

Enfants de la patrie,

Nourrissez la terre

De vos cadavres nus.

Moi aussi j’ai faim.

 

La terre me ressemble,

Ses arbres, ses montagnes,

Ses mers de voyageurs

Et de fous en cavale.

 

Transparente et sans tain,

Je me vois dedans

Comme si j’étais vous.

Mais je n’aime que moi-même.

 

Ah ! j’oubliais que j’en aime une autre,

Ou un autre, je ne sais plus

A quels seins me vouer !

Lait ou sang, vous ne m’aimerez pas.

 

Enfants des monuments

Et des histoires réinventées

Pour les besoins de la cause,

Passez votre chemin

Et mourez encore

Pendant qu’il en est temps !

 

*

 

Je change d’avis

Comme de soucis.

Des fois suis à l’heure.

D’autrefois je demeure.

 

Oiseaux des carreaux

Dont on vitre les vues,

Je change de peau

Comme d’imprévues.

 

J’habite le toit

Et le temps me scie

Un peu comme si

Je tenais à toi.

 

Insecte fugace

Des boissons d’été,

Fais comm’ si j’étais

Seul et sans cuirasse.

 

Aussi je m’expose

A toute critique,

Mais la rhétorique

De mal ne me cause.

 

Ni de bien d’ailleurs.

Alors c’est ici

Et là qu’ j’officie

Ou fais le dormeur

Comme au val du poète

Que la fleur affleure.

 

*

 

Le pauvre s’habille,

Hiver comme été,

Et le riche tout nu

Se met au soleil.

 

Je ne suis que le passant

De vos géographies.

 

Le pauvre se baigne

Pour ne pas se laver.

Le riche envoie

De toutes les couleurs.

 

Je croyais que ce coin de terre

Pouvait m’appartenir

Avec un peu d’imagination

Et de mort en conserve.

 

Le pauvre recule

Et le riche avance

Et met en panne

Si la mer l’y invite.

 

Sur la plage j’ai trouvé

Le coquillage de tes mers.

 

Ni riche ni pauvre

Je te voyais en rêve.

Tu n’appartenais

A aucune existence

Et je commençais

A m’extraire

De la terre

Qui m’a vu naître.

 

Mais le riche et le pauvre,

De concert,

Ont ouvert le rideau

Et la comédienne a joué

Ce que j’avais écrit pour elle.

 

*

 

Rien ne s’en va

Aussi vite que le mot

Qu’on a sur la langue.

 

Pourquoi parler alors ?

 

D’autres mots se proposent

A l’esprit comme au reste.

Il faut s’en remettre

A cette chanson.

 

Mais qui chante alors ?

 

*

 

Qui vacille comme la flamme

Sous la cendre des jours ?

Tu connaissais l’extase

Mais c’était oublier.

 

Impression seulement,

Nourriture de l’attente.

D’autres se fient à leur intuition,

Mais tu ne les connais pas

Comme tu te connais.

 

Caresser la poussière

Comme on achève

La toilette des morts,

Pensant à soi-même.

 

Ce n’est pas le feu qui couve

Sous la cendre des jours.

Aucun feu n’atteindra jamais

Le sens qui change la lumière.

 

Demeure le sentiment

D’avoir appris quelque chose.

 

*

 

Rude hiver sous la charmille

En fleurs artificielles.

 

Au passage des enfants

Le vent pousse un cri.

 

Me voici éveillé

Une bonne fois pour toutes.

 

Rosée des vitres

Aux meneaux crucifères.

 

La pluie bat des mains

Et sa cervelle s’enflamme

A l’idée déjà usée

Que ça ne durera pas.

 

Un ballon traverse l’allée

Sous l’effet du caniveau.

 

Je ne suis jamais allé

Plus loin que cet arbre.

Pourquoi ces retours maussades ?

 

Rouvrir la porte

Et la refermer toujours

Après le paillasson.

 

À l’intérieur les feuilles

Tapissent le plancher.

 

Cri d’un enfant blessé !

Je me jette dans la mêlée.

J’en sors vaincu et nu.

 

Et je reviens toujours

Avec la même poignée

De terre et de cailloux.

 

Rude hiver, je vous le dis !

Et jamais le dernier.

J’ai le printemps coriace.

Puis le grésil installe ses vers.

 

On a vu mieux au paradis.

Mais en enfer, on est bien seul.

 

*

 

L’humanité est une maladie de la Terre.

Une bien vieille idée du désespoir.

Le confort, même spartiate, recule

Les limites d’une fin acceptée.

 

Quel couteau multiplie l’homme ?

Comment s’exposer à cette symétrie

Sans en ignorer les conséquences

Sur l’esprit de ceux qui suivent devant ?

 

Les fossiles sont plus ou moins tranquilles.

On trouve des époques en creusant

Verticalement mais sans cette profondeur

Que le rêve promet à ses dormeurs fous.

 

Le nez dehors ne vaut pas la chandelle.

Le langage s’extraie de sa gangue patriotique.

Pour une fenêtre fermée sans issue,

Dix de retrouvées et même plus.

 

Mais tout ça c’est pour moi, moi seul.

Et l’inconnue dépose son sac devant ma porte.

Elle prononcera mon nom le moment venu.

La maladie entrera avec elle demain matin.

 

*

 

Rumeur des vents sur la chaussée,

Car cette fois j’habite en ville.

Vous me trouverez bien tranquille

Ment installé dans les nausées

Que les étages sacrément

Empilent comme religieuse.

Ah ! le gros gâteau du moment !

La fève paraît bien juteuse !

Elle est pour celui qui la mord

À pleine dent comme la mort.

Mais je n’ai pas faim de bonheur.

Me voici plié sans rondeurs

Sous la charpente avec les tuiles.

Dans les interstices rutile

Le soleil de l’hiver en cours.

On ne plus pas faire plus court.

 

*

 

La rencontre est inévitable.

Dans la descente d’escalier,

Les pas se croisent

Et même se décroisent.

Les miens comme les autres.

À part le chat

Tout me ressemble.

Nous attendons l’été,

Mais le printemps

Se fait attendre.

Pas un mot sur l’automne.

Nous recomposons

Les vieilles chansons.

Main tendue

Par habitude.

Elle ne prend rien,

Ne donne pas non plus.

Même les mots

Ont perdu leurs sens.

À moins que l’hiver

En ait un, le même

Pour tout le monde.

La porte refermée

Derrière moi, j’entends

La première syllabe

Du mot « bonjour ».

Puis le silence,

La syllabe « ver »

Et la poussière

Des fissures.

Nous ne ferons

Jamais rien d’autre.

Ni toi ni moi,

Ni le chat mort.

 

*

 

Tout irait bien

Si je pensais

A autre chose,

Mais je suis cause

Ici de bien

Petits traités.

La rime pauvre

Ajoute au sel

Confidentiel

Le vain chef-d’œuvre

De la consonne

En amazone

Sur la colonne

Que j’ saucissonne

A peu de frais.

Mieux je ne fais.

Et ne ferai

Du minerai

Rien d’autre que

Ce que ma queue

Veut que je fasse.

Faut que je passe

Par où tu crèves.

Tel est le rêve

Qui cauchemarde

Ma nuit camarde.

 

*

 

À la fin on fatigue.

Tourner en rond

Donne un sens

À la paresse.

 

L’hiver dure toute la vie.

 

Pourtant

Le printemps

Revient

Toujours à l’heure.

 

La vie ne dure pas autant.

 

Et cet été

J’ai encore raté

Mon rendez-vous

Avec le soleil.

 

L’automne n’a plus de feuilles.

 

Paresse verticale

De l’instant passé

A retravailler

Le détail qui rejoue

 

A la marelle des saisons.

 

*

 

Grand-peur j’ai

De l’hiver

Enneigé

De travers.

 

Ce soir le vent ramène

Les personnages de la veille.

Ils redisent encore

Ce qu’ils ne cesseront jamais

De récrire pour toi.

 

On écrit

Que l’hiver

Moins on rit

Plus c’est vert.

 

Bois sec des humidités couchées.

Chute d’un nuage plus gris que la pluie.

Leurs voix traversent cette épaisseur,

Langue ardue des connaisseurs.

 

Souvent c’est

En été

Que l’oubli

Se souvient

Que demain

Est écrit.

 

Chemin d’équerres et de vents.

Le tout coupé de paysages étrangers

A la question de savoir, ô Hamlet,

Si la réponse accompagne

D’autres visiteuses pressées.

 

Jamais je

Ne saurais

A quel jeu

Je jouais

En ces temps

D’ mauvais vent.

 

Histoire de ne pas revenir en trompette.

 

*

 

Croisements insensés !

D’autres passants se saluaient

Du haut

De leurs chapeaux.

 

Volant je crus bon

De battre de l’aile.

Une fée se pencha

Sur mon berceau.

 

Elle saliva

Sur ma propre langue !

Je revins à moi

Et à elle je parlai.

 

Je suis de ceux

Qu’on n’écoute jamais.

Animal ou enfant,

J’ai la voix

Aux abois.

 

Langue de l’hiver

Que l’étourdissement

Passager

Fait passer

Pour une promesse.

 

Je ne les comprenais plus

Depuis longtemps.

Et je l’ai emportée

Avec moi où je vais

Quand je m’ suis égaré.

 

*

 

Ils appelaient leur téléphone

Ou jouaient avec leurs trombones

Sur les trottoirs de leurs bureaux.

J’avais besoin de leurs travaux.

 

Aussi sec je me gare en file

Double devant le flic ductile

Qui me fait signe que je suis

A peine plus malin que lui.

 

Ils s’adressaient à leurs écrans

Et moi qui n’avais pas le cran !

J’avais pourtant besoin de leur

Connaissance de mon bonheur !

 

J’ai crié comme l’enfant mort

Avant même qu’on le recale.

Qui comprendra que le ressort

De l’existence me décale ?

 

Ah ! marre de ces téléphones !

De ces écrans et des personnes

Qui ne me disent pas leurs noms !

Mais quelle est donc leur vocation ?

 

Dans la rue je revois le flic.

Ah ! cette fois il tombe à pic !

Je le soumets à ma critique

Des fois qu’avec moi il abdique.

 

Mais j’ai eu tort de l’apprécier

Sans prendre le temps de douter.

Il a aussi un téléphone

Et il appelle un épigone,

Car il se sent seul avec moi.

Doué pour l’amour je n’ suis pas !

 

Je finirai comme mon vieux,

Dans un trou où on n’ fait pas mieux

Que les autres sans téléphone.

Et là-dedans c’est nous qu’on sonne !

 

*

 

Crasse aux parois obliques

Et de marche en marche

Il monte au grenier

Pour se souvenir

Que ce n’était pas lui.

 

La portière

En poussière

Devient autre.

 

La tête émerge

A la surface

D’une immobilité

Dont il connaît

Les phénomènes

Paralysants.

 

Chatoiements des tuiles

Entre les poutres grises.

 

Plus loin il rencontre

Une cheminée crevée.

Elle ne fumera pas

Cette année.

 

À la lucarne

Il met un œil

Curieux de tout

Ce qui peut arriver.

 

À l’horizon du jardin,

Dans le noir des fourrés,

Se joue encore la vie.

 

Et d’année en année,

Le ciel se rapproche

Du ciel de lit ancien

Et démodé pour toujours.

 

Le premier poème

Est tombé de là-haut.

L’hiver en prit un sens.

 

Il est temps

Maintenant

De redescendre

Pour recommencer.

 

*

 

Ne vous extasiez pas

Devant le verre vide.

Je n’ai pas bu cette eau

Du retour à la terre.

 

Nous passions donc l’hiver

Entre amis de toujours.

La neige ne tombait pas.

Nous n’attendions personne.

 

La pluie revenait la nuit.

J’en profitais pour rêver.

Je n’ai jamais rien possédé.

Et je n’aime pas ma mort.

 

Qui buvait à ma place,

Là, devant le feu de joie ?

Les miroirs sans reflet

Jouaient à se reconnaître.

 

Ce verre vide

N’est pas de moi,

Ni ce qu’il a contenu.

Et à la place de l’autre :

 

Il y avait l’hiver,

Les souvenirs de l’hiver,

Les passions éteintes

Et le feu toujours vivace.

 

*

 

À même la terre mouillée

Par une pluie si fine

Que l’existence en devient

Comme transparente et claire.

 

Des feuilles encore vertes

Glissaient au fil du temps

Ainsi recomposé, aboli.

Nous n’étions pas heureux.

 

Le ciel coupé en deux

Au-dessus des murs

De clôture et la perspective

D’une rivière en rut.

 

La barque filait maintenant,

Emportant ce qui reste

Quand il n’est plus question

De tout recommencer.

 

Et là, sur la terre lisse

Et à même l’eau qui ruissèle

Sur sa peau tendue de tambour,

L’attente me parut raisonnable.

 

J’attends encore ou souvent

Ou chaque fois que la pluie

Interpose sa surface et ses

Coulées, à même la terre.

 

*

 

Giclée d’extase

Sur les murs blancs

De ton apparition.

 

D’une plume de temps

Je trace les contours

D’une probable intention.

 

Je ne sais plus

Si je suis ce

Que j’imaginais.

 

Entre le mur

Et les fenêtres,

Interposition :

 

D’une possible

Invention

De l’amour.

 

*

 

Brassées dans le temps.

Je me suis pris

Pour un papillon

Mais j’étais crapaud.

 

Il était nuit

La plupart du temps.

Je nageais en direction

De l’autre rive.

 

Traversée riche

En circonstances.

Sous moi le lit

Charriait de l’ombre.

 

Rencontres fortuites

Sans compter l’heure.

L’aviron d’un touriste

Heurta mon front.

 

Oui coulée de crapaud

Sur le fil de l’ombre

Projetée par les rêves.

Le temps prit un sens.

 

Avec moi le sens.

Les pieds sanglants

Des roseaux pensants.

La rivière devint pluie.

 

Alors le jour se leva.

Les poissons morts

De tes jouissances

Frétillaient encore.

 

*

 

Rhapsodes sans rhapsodies.

Aèdes sans guitare

Ni chapeau pour l’aumône.

Mais qui êtes-vous donc ?

 

Vous n’êtes pas suivis.

Vous ne précédez rien.

Certes vous avancez,

Mais de quel côté

De l’aventure ?

 

Je ne vous comprends pas.

Vous avez le loisir

Et les vacances d’or.

Vos enfants sont autistes.

 

Ici, on se comprend.

Rhapsodes et aèdes

Trouvent et se racontent.

Mais sur votre chemin,

Promeneurs sans cavale,

La pluie c’est de la pluie

Et le rêve du temps

Passé pour s’amuser

A donner des enfants.

 

Femmes qui les voyez,

Et vous enfants volés,

Soyez leurs lazarilles

Et laissez-moi tranquille !

 

*

 

Va pour la liberté

Et ses manques de pot !

Item l’égalité,

Même en rêve de trop !

 

Mais la fraternité… ?

Moi le frère de qui ?

Et qui est notre père ?

Une mère en commun !

 

Je voudrais vous y voir !

J’ai longtemps potassé

La question de savoir

Qui chasse le chassé.

 

Aussi je perpétue

Le signe que c’est là

Qu’on se retrouve pour

Fêter la langue morte.

 

La question est de style

Et non pas de vacances !

Je veux être payé

Seulement par mon double !

 

*

 

Il y aura toujours

Moins d’humains que de mouches.

C’est pas demain le jour

Où je mourrai en couches !

 

Certes je vieillis mal.

Les écrans en témoignent assez.

Mais je les ai inventés

Pour que ça arrive.

Ne me prenez pas

Pour ce que je ne suis pas !

 

L’homme mangera de l’homme

Et la femme ses enfants.

J’ai écrit un roman

Pour en dire la fable.

 

Les mouches me questionnent ?

Je connais les réponses.

Vous partez en vacances ?

Je sais tous les chemins.

 

C’est pas demain la veille

Où Grenade sera prise.

Je suis né pour le dire

Aux pieds du grand Atlas.

 

Passez votre chemin,

Poètes vadrouilleurs !

Le monde c’est les mouches

Qui l’inventent demain.

 

*

 

L’immortalité à tout prix

Et à la portée

De toutes les bourses.

Ya pas mieux pour survivre !

 

Dans le canal les noyés

Remontent pour faire coucou

Aux promeneurs des rives.

Ya pas mieux pour renaître !

 

Prenez un homme sain.

Ajoutez-y du sel

Et de quoi rêvasser.

Ya pas mieux pour l’écrire !

 

Des fois je perds la tête

Et je me vois creusant

Le lit de nos rivières.

Ya pas mieux pour en rire !

 

*

 

Mais l’hiver baladin

Tisse le ciel d’étoiles.

Chaque fois je reviens

Pour ne plus repartir.

 

Voyez comme la porte

Ne s’ouvre ni se ferme.

Ainsi la langue morte

Poursuit les corridors.

 

Le vent fait les couloirs

Et les tapisseries

Perdent thème et couleurs.

Dans quel sens faut-il fuir ?

 

Des fenêtres se battent

Contre les murs en ruine.

Et dans les plates bandes

Des animaux s’enterrent.

 

Voyez comme il est temps

De s’asseoir sous les arbres

Pour repenser l’idée

Qu’on se fait de ce monde.

 

Je parlais à des ombres

Et l’ombre me montrait

A quel point j’avais tort

De ne pas m’amuser.

 

L’hiver est baladin

Du monde occidental.

Le fils est orphelin.

Il est même assassin.

 

Lisez et relisez

Sa ballade de temps

Qu’il fait entre le ciel

Et la terre des hommes.

 

*

 

Nous ne serons plus

Les chiens de nos chiens.

Nous habiterons l’air

Et peuplerons la terre.

 

Pour ce qui est du feu,

Voyons si le silex

Fait toujours son effet.

Que la lumière soit !

 

Ainsi voguant sur l’eau

Des mers imaginaires,

J’inventai le moteur

Pour remplacer le vent

Et les courants marins.

 

Ho ! Hisse ! Matelot !

J’ai la foi en travers

De la gorge ce soir !

La mer aboie encore.

 

Chiens d’homme

Et chien de femme,

Enfant chien

Et vieux chien,

Croissons dans l’élément !

L’infini nous en saura gré.

 

 

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