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 Article publié le 23 juin 2019.

oOo

Les jours s’écoulent comme des miroirs.
Et dans celui qui reflète mon visage, qui reflète ce corps d’un certain âge ou d’un âge certain, le même regard apparaît, la même pilosité, aussi, ainsi que la même texture du derme, alors que l’une de mes mains se conforme à la vacance d’un rasage repoussé, oui, sans cesse repoussé, jusqu’à ce qu’une homogénéité naissante ne recouvre la totalité ou presque d’un visage aux traits lisses, précis, d’une boîte crânienne recouverte de cheveux bruns en désordre, de cheveux épars, de cheveux courts, de cheveux sombres et unis, de cheveux dont la couleur se reflète partiellement autour de mes pupilles obscures, des circularités statiques striées à l’instar des sauriens.

- Monsieur Hall ? dit la voix de la servante ou gouvernante.

- Oui ? répond le narrateur à cette silhouette statique au professionnalisme et à la courtoisie comme naturels.

- On vous demande au téléphone.

- Oui, je sais …
C’est un fleuve de métal, maintenant, c’est un vaste cours aux proportions plastiques, un flot ou un flux qui apparaît dans mon champ oculaire dont les yeux sont fermés, c’est un vaste mouvement ductile, argenté, qui se dessine, là, maintenant, dans la pièce où je suis, cependant que mes mains restent posées sur le rebord marbré, sur la matière blanche, sur cette incurvation au milieu, au fond de laquelle s’évacue, d’ordinaire, l’eau utilisée, emportant avec elle les innombrables points ou extrémités de pilosité, avant de retrouver son éclat initial, un éclat immaculé, un éclat total sur lequel mes yeux de saurien glissent à nouveau.
Ma main, maintenant, dans un geste placide, se conforme mécaniquement à la texture de ma pilosité, chaque micro-pilosité s’effaçant sous le derme, dans un effet de constance, dans un effet de répétition, dans un effet de globalité qui s’accentue encore, là, avec l’extrémité de mes doigts qui glissent le long de mes mâchoires, des extrémités qui rejoignent, à nouveau, le marbre incurvé.
Chronos s’écoule dans son silence propre, l’abstraction temporelle suit son cours, tandis que ma peau, tandis que mon métabolisme change rapidement, maintenant, imposant à mon visage une mutation progressive, la texture de ma peau et l’ensemble de mes doigts se modifiant se manière substantielle au profit d’une nouvelle peau et de nouveaux traits qui reconfigurent l’ensemble de mon visage, la totalité de mon apparence … désormais identique, oui, strictement identique.

 

L’écriture est une réponse ontologique.

 

Concomitamment, les schémas narratifs poursuivent leur évolution propre, subissant une succession ininterrompue d’implosions qui donnent de multiples directions à la narration, une narration, donc, toujours souple, qui n’en demeure pas moins affirmée.
Le sable sombre ou le sable noir clairsemé se dépose dans l’incurvation, se collant provisoirement au marbre, avant que l’eau ne projette son flux central qui disperse, en un premier temps, la mince pellicule sombre, pour ensuite la regrouper inexorablement, l’emportant dans un dernier ou ultime mouvement synonyme d’évacuation. Le marbre retrouve alors son aspect lisse comme du métal et son éclat cru comme le jour.
Les cours ou flux divers du métal, eux, continuent de se croiser, ils sont maintenant dans mon squelette, traversant les fibres, traversant, aussi, chaque organe.

- Monsieur Hall ? … reprend la voix au sein de mon cortex …
Les étendards, maintenant, reprennent position dans le plan, avec une présence accrue, sans doute jamais égalée jusqu’ici. Cette sensation de déjà-vu se multiplie par centaines de millers, pour ne pas dire davantage. Oui, il est même probable que je les ai toujours vus, en quelque sorte, et que leur récurrence n’est, somme toute, que naturelle. Cette fois-ci, me semble-t-il, la puissance éolienne fait claquer avec encore plus de force l’immense masse de tissu accrochée de manière verticale, la structure métallique, elle, demeurant statique, strictement statique. Les larges formes rectangulaires flottent ainsi brutalement, ne pouvant se départir de leur support, les larges formes étalant leurs mouvements ondulatoires et battus, la continuité de leurs battements absorbant, en quelque sorte, la totalité de l’espace ou du plan.
Les chantiers narratifs se poursuivent et se multiplient, oui, des embryons de fictions émergent, en appelant - plus tard, ultérieurement ... - à l’érection de formes encore invisibles.

- Monsieur Hall ? ...
Mon corps de saurien, mon squelette métallique sont de plus en plus matériels, tandis qu’une épaisse sudation envahit mon visage, une pellicule liquide qui recouvre maintenant le derme, enduit continuellement de l’élément le plus naturel, le plus vital, qui s’immisce entre les différents points d’une nouvelle pilosité, tandis que mes yeux durcissent encore, leur minéralité annonçant probablement une autre mutation, synonyme, peut-être, de nouveau regard ...

 

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