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Quels sens pour la couleur ?
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 Article publié le 14 septembre 2007.

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Crépuscule
de Jamal Boumahdi

Sang ocre

Dans l’horizon

Noir

Le ciel n’est pas bleu

Ce soir

Le bateau

N’a plus d’ombre

sur la mer

ses vagues vertes

demeurent blanches

Dans un écrit précédent (1), nous avons tenté d’appréhender l’œuvre picturale, particulièrement abstraite, par l’entrée thématique que nous avons désignée du nom de « repère » selon une approche que nous avons qualifiée de pédagogique, c’est-à-dire, une démarche qui vise la précision possible et écarte les détails et les profondeurs professionnels qui sont hors de notre portée.

Nous avons abouti à une conclusion, provisoire pour le moment, qu’un tableau abstrait ne contient aucun repère, ne représente rien et ne véhicule aucun message, d’aucune nature. Tout au plus, une peinture abstraite vise à susciter des sensations, des émotions ou une réflexion esthétique.

Cette fois, nous testerons, selon la même approche, l’entrée par les couleurs qui constituent le langage privilégié, voire exclusif du peintre. Mais commençons par quelques remarques préliminaires sur ce sujet.

 

Disons, de prime abord, que dans la nature, tout objet visible possède obligatoirement une couleur, sa couleur propre et que lorsque l’homme, artiste ou non, décide, pour des raisons utilitaires ou esthétiques, de le peindre (de le colorier), cela revient, au fond, à en modifier la couleur, la sienne précisément.

Signalons, ensuite, que nous nous trompons beaucoup lorsque nous opposons, dans le langage courant, le noir et le blanc aux autres couleurs. Nous en faisons l’équivalent de l’absence de couleurs alors que le blanc et le noir ne sont pas moins deux couleurs. Ceci est d’autant plus vrai que des artistes rendent superbement , avec le noir (du crayon, du fusain, du pastel ou de l’encre de chine) et le blanc (du support) les effets de toutes les autres couleurs (le bleu de l’eau ou du ciel, le vert des feuilles, le jaune du soleil, le blanc ou le gris des nuages …) opération difficile, voire impossible autrement (2).

Le travail de l’artiste consiste à créer des œuvres d’art avec des couleurs qu’il choisit, qu’il combine et qu’il répartit sur l’espace toile selon sa logique esthétique, à moins qu’il ne décide de livrer une toile vide, nue, uniforme.

A partir de là, nous pouvons entamer nos interrogations sur les intentions de l’artiste chez qui nous distinguons quatre attitudes possibles.

Son projet peut consister à reproduire fidèlement un modèle. Alors, il n’a d’autres choix que de reproduire en même temps ses couleurs. Du coup, celles-ci échappent au pouvoir de sa créativité. Elles n’en dépendent plus. La qualité de son travail ne peut plus être jugée sur leur base. Elle continue de l’être sur d’autres critères tels l’angle de vue, le moment de l’exécution du travail (pour les effets de l’ombre et de la lumière) et la qualité de la reproduction (3).

Son projet peut, cette fois-ci, consister non pas à reproduire un modèle, mais à en livrer l’impression et les sensations qu’il lui procure (4). Dans ce cas, le modèle perd de son importance. En revanche, le choix des couleurs entre largement en ligne de compte dans l’appréciation de l’œuvre. Reste à déterminer ce qui relève du conscient et ce qui relève de l’inconscient au cours de ces opérations. Une couleur peut être dictée par d’autres qui la précèdent ou qui la suivront, afin d’assurer une harmonie, par la complémentarité ou l’opposition. Une couleur peut servir à marquer une démarcation sur une surface ou à casser un ton dominant. Certaines couleurs réjouissent ou révulsent, enchantent ou dépriment. Ici, l’ingéniosité de l’artiste se déploie à souhait pour inventer les techniques les plus propices aux effets visés. Son bonheur dépendra par la suite, de son rapport avec la tendance esthétique en vogue que répercutent les médias et, de plus en plus, de la loi du marché qui finance et écoule les œuvres d’art.

Maintenant, on peut envisager le cas de figure dans lequel l’artiste crée des « tableaux/ messages » au service d’une cause ou pour revendiquer une identité (5). Il s’ingénie à allier supports et matériaux pour y parvenir. Nous ne voyons pas d’autres issues pour lui que d’adhérer à une culture pour lui emprunter les conventions de ses signes. En effet, à la différence du langage articulé dont le signe se compose d’un signifiant, d’un signifié et d’un référent, le langage pictural ne possède, lui, ni signifié ni référent. Le signe ne réfère qu’à lui-même. Pour résoudre le problème, l’artiste recourt à la convention. S’agissant de la couleur, il existe, dans la civilisation occidentale contemporaine, dont nous nous revendiquons culturellement, une signification aux couleurs (6). Leur symbolisme est issu de différentes sources, aussi bien de l’histoire, des traditions et des religions. Le type d’œuvres de ce troisième cas de figure, peut être déchiffré au moyen de cette « sémiotique » qui varie, probablement ,selon le lieu et l’ époque.

Dans un dernier cas de figure, l’artiste opte pour l’abstraction, pour le reniement de toutes les règles établies en matière d’art, y compris celles qui organisent l’utilisation des couleurs. Le peintre donne libre cours à son imagination et à sa fantaisie (7). La seule entrée possible dans son œuvre reste la psychanalyse. Elle servira à explorer son inconscient pour d’une part, découvrir ce qu’il en révèle et pour d’autre part, mettre ces révélations en phase et rapport avec notre système d’entendement.

Il nous semble que dans un tableau abstrait, tout artiste se laisse conduire par les formes et les couleurs qui le sollicitent et dont le rassemblement apaise ses soucis, répond à ses interrogations, lui permet à son tour, d’interroger et de s’interroger et lui procure la satisfaction de ce qu’il a accompli. Toutefois, il est rare que cette peinture rencontre la réception souhaitée auprès du grand public. Le plus souvent, elle s’accompagne de déclarations et de discours théoriques pour expliquer, justifier et convaincre. Elle s’appuie sur des expertises techniques pour optimiser ses chances d’écoulement. Quant à nous, nous nous en tenons aux sensations, aux émotions et aux interrogations esthétiques et philosophiques qu’elle suscite.

 Ahmed Benhima - El Jadida le 21/05/2007


 (1) La femme qui me déconcerta, peinture et discours au Maroc, Ahmed Benhima , 24/04/2007 

 (2) Abdelkrim Lazhar, panoramique, Azemmour et Oum Rabéa

 (3) Mohamed Ben Ali Rbati, la sortie du sultan.

 (4) Hassan El Glaoui, cavalcade.

 (5) Abbas Saladi, l’oiseau prisonnier 

 (6) Quelques exemples qui ne prétendent ni à l’exhaustivité ni à l’exactitude scientifique :

 - Le rouge symbole du sang et du feu. Il est signe de vive colère.

 - L’orange s’associe au plaisir du bien concret et du goût de vivre. Il éveille les sensations du corps.

 - Le jaune symbolise l’estime de soi, la puissance et le pouvoir.

 - le vert est le symbole de l’équilibre et de l’harmonie.

 - le bleu apaise et calme. Il symbolise la créativité et la tranquillité.

 - Le violet symbolise la spiritualité et l’autorité.

 - Le noir est couleur de tristesse et de deuil.

 - Le blanc est couleur d’unité et de pureté.

 - L’or symbolise la générosité, la richesse, la domination et le rayonnement.

 (7) Mohamed Bennai, composition.

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