Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Auteurs invités [Contact e-mail]
AUTEURS INVITÉS
Depuis avril 2004,
date de la création
du premier numéro
de la RALM.
La parole
Navigation
[E-mail]
 Article publié le 11 septembre 2007.

oOo

I

 

Rien n’est éphémère, ni la douleur ni le plaisir.

Nous courrons d’une porte à un arbre solitaire,

d’un pont à une grotte gardienne du temps.

Chaque regard est une découverte achevée.

La pluie est le soleil que dissimulent certains nuages.

Notre parole est un cri irrévocable dans le néant.

Nous écrivons un nom, celui de quelqu’un que nous ne connaissons pas.

Nous prions dans le temple déserté de l’oubli,

et rêvons de Dieu enchaîné à sa douleur.

Nous sommes des pèlerins sans foi au milieu du désert

et nous nous endormons sur le sable blanc en contemplant l’univers.

Pour survivre, parfois, nous imaginons un ami,

nous lui offrons un nom et, habités par son souvenir,

nous égarons dans une forêt de mots vagabonds.

Nous affirmons venir d’un autre peuple et ils nous confondent

avec les pleurs que laissèrent ceux qui s’en furent.

Nous ne gardons rien du silence que nous offre

le sort, le destin auquel nous ne souhaitons jamais être attachés.

Comme cet obscur passé, nous marchons sur l’herbe

pour atteindre le souvenir laissé par d’autres pèlerins.

Dans une rue nous croisons le sourire d’un inconnu,

puis nous nous asseyons sur une pierre pour contempler

les empreintes qui restent dans l’herbe,

et ton visage qui dans la pénombre reste en attente,

ami, frère, de la parole qui nous sauve.

 

II

 

Dès lors, je songe à cette parole qui tous nous délivre

de la peur, de l’ombre qui assiège la mémoire,

de l’air qui s’infiltre par les lézardes de la douleur.

 

Je songe à la parole qui tous nous délivre

de la douleur que nous découvrons dans cette vallée.

 

Je songe à la parole qui nous désigne un chemin,

celle-là qui nous montre une fenêtre, et non l’oubli.

 

Je songe à la parole que m’a donné un ami à la frontière,

celle-là qui préserva tout mon destin de sa manne.

 

Je songe à la parole secrète qui tous

nous attend quelque part, seule et nue.

 

Je songe à la parole que d’autres hommes ont prononcée,

celle-là qui ouvrit les portes de l’insomnie.

 

Je songe à la parole qui est restée gravée pour moi sur un arbre,

celle-là qu’avaient déjà gravée d’autres mains sur d’autres murs.

 

Je songe à la parole destinée pour d’autres à l’oubli,

celle-là qui me nomme un bruit, une chose, une image.

 

Je songe à la parole qui ouvrit les flots de la mer,

celle-là qui traversa tout un désert.

 

Je songe à la parole dont nous rêvons

depuis le fond d’une caverne.

 

Je songe à la première parole que nous prononçons

avec douleur, sur ce chemin qui nous conduit quelque part.

 

Je songe à la parole que je prononcerai un jour,

celle-là qui nomme tout, qui révèle tout.

 

Je songe à la parole que j’écrivis sur une carte

pour un inconnu.

 

Je songe à la parole qui mesure le temps,

celle-là qui détruit les chemins comme les nuits.

 

Je songe aussi à la parole que j’ai rencontrée au bord d’une rivière,

à celle-là qui me confia un enfant à l’aube

pour traverser l’immensité du jour.

 

 

III

 

Ce n’était pas la nuit mais la lumière

Non le passé mais le chemin qu’il reste à parcourir

C’étaient ses mains s’accrochant à une branche

C’étaient des voix qui dévalaient ses lèvres

C’était sa longue chevelure halée par le vent

Ce n’était pas la nuit mais ses yeux comme des lumières dans la nuit

Ce n’était pas une étoile mais une fenêtre ouverte :

c’était sa voix qui appelait depuis le fond d’un bois et aussi

le bruit que faisaient ses pas dans le sable.

Je l’attendais chaque soir

au pied de ce chêne dont l’ombrage accueillait mon corps fatigué.

Ce n’était pas le doute mais sa voix qui traversait le vent,

sa voix qui rafraîchissait tout mon corps dans le désert.

Mais aujourd’hui je veux la voir et ne le puis

Si bien que vers une ombre mouvante du chemin je m’approche.

Mes pas s’enfoncent dans la poussière soulevée par le vent,

je traîne mon corps comme on traîne un roc du chemin.

Ce n’était pas la nuit mais une parole qu’invente le jour

pour que tout soit différent dans le verger défendu,

pour que les enfants ne contemplent pas dans leurs mains

la faim,

la soif qui s’écoule comme un fleuve dans le corps des malheureux.

C’était une autre ombre dont personne ne voulait plus se souvenir,

le visage dont personne ne voulait plus se souvenir.

Ce n’était pas la nuit mais le vent qui descend ou monte vers le ciel.

C’était elle, la parole, la voix qui créa tout l’univers

et toutes les choses qui existent dans l’univers.

C’était la pierre qui de la pierre se forme.

C’étaient les mers qui impatientes m’attendent.

C’étaient les fleurs qui contemplent nos yeux dans les prés.

C’étaient les sources qui naissent du ventre de la terre.

Ce n’était pas la nuit mais un chemin découvert que tous attendent.

Ce n’était pas le feu mais la fontaine du repos

là-bas où les malheureux trouveront

De l’eau pour laver leurs pitoyables visages

Qui vécurent comme fuyant la vie des gens heureux,

puisqu’ils ne leur laissèrent rien d’autre qu’oubli, indifférence et mépris.

C’était la parole qui garde tout et se souvient de tout.

Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
2004/2019 Revue d'art et de littérature, musique

publiée par Patrick Cintas - 12, rue du docteur Sérié - 09270 Mazères - France

Copyrights: - Le site: © Patrick CINTAS (webmaster). - Textes, images, musiques: © Les auteurs


- Dépôt légal: ISSN 2274-0457 -