Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Forum] [Contact e-mail]
Navigation
Seriatim 2
Seriatim 2 - Des fois j’ai des visions (Patrick Cintas)

[E-mail]
 Article publié le 29 mars 2020.

oOo

« Des fois j’ai des visions et des fois j’en ai pas »

Raréfiez l’air et obscurcissez les lieux /

« L’or va bien avec le cramoisi de nos dais »

Près du cadavre une couseuse et ma casquette

Que le chien a « découturé » / « des fois j’en ai »

Insiste-t-elle auprès d’une visiteuse étrangère.

Vite couverte de noir à l’entrée car elle ne venait pas

« Pour ça » / porteuse du feu d’un autre enfer mais

« celui-là je l’ai bien mérité » / poème-conversation

Alors que je n’ai pas dix ans : une 12 clouée au mur

Sa bandoulière de guitare / « comment êtes-vous entrée »

Bouffée dans le vestibule : toutes montant dans les stucs.

« je ne le connaissais pas comme vous le connaissiez »

De quoi parle-t-elle ? Je sais que les histoires s’écrivent,

Ainsi que les pensées (« si jamais on en a ») / mais des

Fois : on a des visions et ça nous rend malade / preuve

En est ce macchab qui n’appartient à personne : « il »

N’a jamais aimé à ce point : pour la casquette tu reviendras.

 

« Plus personne n’a envie de construire /

Ni même de déconstruire / surtout ce qui

Ne l’a jamais été / vie documentaire drama

/ séquences successives jusqu’à preuve du

Contraire / la pub vous remet sur pied à la

Fin / je ne vous dis pas ça pour vous nuire

/ prenez donc un croquant et mouillez-le

/ vous avez entendu parler de la mort en

D’autres termes ? / chacun sa hutte de paille

Et son seuil de bois mort / queues et trous

En quête d’une mort provisoire mais réelle

/ « qu’est-ce qui vous excite le plus ? » //

Avec jardin potager et même un carré de

Fleurs / voilà les outils garantis par l’État /

Vous m’en direz des nouvelles / ne fumez

Pas votre terre avant l’automne / mariez

Les plus jeunes : fille ou garçon ne cherchez

Pas à vous reproduire à l’identique / je vous

Parle depuis la station internationale / main

Caressant une bite qui n’est pas la mienne /

Dire que je laisse des gosses ! Ce temps perdu

Sans madeleine ! À la fin les champs de bataille

Vous paraissent moins injustes / coupez le son

De vos télés / cul nu dans les coussins resucez

Le crayon qui ne vous sert plus à rien sinon à

/ je ne vous parlerai pas longtemps car / chacun

À sa fenêtre avec des visons d’enfer plein les yeux

Alors qu’on se sent aveugle ou qu’on veut l’être

/ paille de nos murs et de nos toits à l’imprimante

3D / « comme si vous y étiez » / mais je pleure

Enfin / personne n’est mort mais je pleure : le vin

N’y est pour rien / auvent de vigne saturée de pa

De papillons blancs comme flocon de neige / JE

Ne voulais pas partir comme ça mais bon c’est fait

/ je vous écris depuis l’infini toujours sans solution

Satisfaisante pour l’esprit / ne comptez plus sur moi

Pour meubler vos silences / je parle une autre langue

Et elle me le fait bien comprendre / une cabane en

Alaska non mais vous rigolez ! Je ne suis jamais allé

Aussi loin ! Pas fait le tour de la terre avec vous ou

Sans vous : nous ne nous aimons jamais assez : ou

Trop tard : levez le nez et si pas de nuages choisissez

Celle que vous voulez : selon quels critères j’en sais

Rien / je l’ai fait moi aussi à propos de ce que vous

Ne savez pas de moi : je vous écris parce que je parle »

 

La ville ne dort pas.

Elle ne cesse jamais

De mourir de son feu.

De là-haut vient la nuit.

La nuit et ses petits fruits.

Baies des buissons de feu.

Allez d’un point A à un point

B sans passer par C ni D.

Trouvez alors le sommeil.

Ou rêvez avant de chercher.

Le bonheur est un autre.

Clou enfoncé dans la tête

Ou dans le pied selon que

L’on a de la chance ou pas.

Heureusement c’est l’été.

Perspectives noires des rues.

Phares projetant les ombres.

Qu’est-ce qui meurt cette fois ?

La ville mais encore / comment

La nommes-tu si tu en viens ?

Crasse des mains à force de murs.

Croit poétiser alors qu’il meurt

Avec elle / même avec plusieurs

Dictionnaires à la clé il meurt

Et la ville ne dort toujours pas.

 

Soyons tout. Écris histoire avec un s. Claque.

« Des cends plu tôt la pou bel le » / remonte

Avec le voisin et s’enferme avec lui dans un

Verre / Carlos de los Cojones a raison de penser

Qu’il vaut mieux éviter les ennuis avec les flics.

Écris amour avec un s. Claque. Elle se rhabille

En vitesse. Ne supporte pas sa nudité en pleine

Lumière. Mais joue avec les miroirs en experte.

« Ne re com men ce pas s’il te plaît » / claque

Puis écris / avec ou sans s / croit multiplier par l’s

Mais sans religion / le voisin a une crise d’angoisse

/ mais propre l’angoisse : lavée de tout soupçon /

Marchez sur l’enfant s’il fait mine d’exister.

 

« j’ai vu le toubib

Il est d’accord avec moi

Alors on s’y met

Le mois prochain

Avant les vacances

D’été dans cet hôtel

Où nous avons connu

Tu le sais bien le bonheur »

 

Crasse au frottement des murs.

Murs frottés par désespoir.

« Je ne joue pas toi non plus »

Nous aurons des enfants

De la patrie et du travail,

Des sans-famille au poil.

Pas loin qui veut se noie.

Mais ici on bande bien.

« ça te fait pas du bien ? »

De bander oui ça me fait.

Mais en venant je me disais.

« j’avais jamais autant grandi »

Je me disais que cette crasse

Dont ne veut pas le lavabo

On ferait bien d’y penser

Avant d’accepter de signer.

 

Glouglou des tubes. Soyons tout.

Eau chaude des murs. Des planchers.

« veuillez sonner avant de pénétrer »

Pourquoi ne pas se la faire seul

Cette existence de chemin ?

Prendre le nécessaire voire même

Le payer et ne pas rencontrer

L’autre d’aussi près / « j’y ai

Pensé figure-toi mais finalement

J’ai besoin de conquête en dehors

De ce putain de boulot à la con »

Paille des vents en lutte. Soyons.

Oiseau chie en parlant à sa mie.

Sur le zinc ça chie et ça parle.

Veut entrer pour visiter la nappe

Et le dessous de table déserté.

Ne dort pas dans notre lit mais

Sait construire son nid près du ciel.

Laisse traces sur la vitre.

Bec parle avec un minimum de mots.

Elle écoute et enfin se donne.

Ça va en faire du chahut au dessus !

« tu n’as jamais aimé les gosses »

Mais j’aime ce que j’ai été

Quand tu n’étais pas là

Pour me dire le contraire.

J’aime les friandises des boîtes métal

Métalliques / les miettes de croissant

/ les pelures d’orange pour jouer

Avec le feu de mes allumettes / j’aime

Tellement de choses que je me perds

En route / tu sais : sur le chemin de d’été

L’automne rencontré sous les feuilles.

J’aime m’en aller

Avec cette idée

Que je ne reviens

Pas avant Noël.

 

Ces temps. Spectacle en continu.

On vous amène de quoi manger.

Le sel de la soif. Soyons. Ne soyez pas

Sans moi. Ne suis-je pas avec vous ?

Comédiens usés jusqu’à la corde.

Dialogues de sourds. L’histoire avec

Un H. Un tremblement, docteur…

Je ne sais pas pourquoi je tremble

Comme ça ! / il m’a dit : va trembler

Ailleurs / « le travail d’abord / veille

Sur les enfants à ma place » Temps

Passés à relire celui qui n’écrit pas

Dans l’autre sens / Écran après écran.

Plus besoin de demander : c’est pro

Grammé / « qu’est-ce que je fais

De mon corps ? » Ne savait rien

Du mode d’emploi : un expert

À chaque table, dans chaque lit,

Chaque fétu de paille / chaque

Feuille même toujours aussi blanche

Qu’au matin / des savoirs qui s’enseignent

Mais pas juste pour savoir : maison

De fous : qui est le père ? qui es-tu ?

La chair recomposée / à caresser

Ou à manger : mais ne mangez pas

La chair humaine : ne condamnez

Pas vos enfants au cannibalisme /

 

N’aimes-tu pas mieux

Le fruit de l’amandier

Ou le frère du maquereau ?

J’ai lu ça dans un livre.

On peut aimer sans aimer.

Au passage les racines

D’asphodèle et les ailes

Des papillons / en montant

Vers le sommet où la croix

Étend ses bras d’équerre

Et de pivot / n’aimes-tu pas

Mieux le verre de gentiane ?

Pèlerins joyeux et partageurs.

Le fruit du noyer ou celui

Du mandarinier sauvage ?

Poisson dans l’eau avec son encre.

Ou crustacés des quais abandonnés.

Mine d’or en friche ses potagers.

Au pied de biche ses fenêtres.

« ils ont habité ici mais ils n’y sont

Pas morts » / j’ai aussi dans mon cor

Mon corbillon : « j’aime les fruits

Et leur alignement dans les cageots »

Qui est mort cette nuit ? J’ai entendu

Les grincements de l’ascenseur.

« partons si c’est encore possible »

 

Non je ne sais pas ce que c’est un poème

Si je le savais je serais le premier à publier

Ce que jamais personne ne s’avisera d’oublier

Tes fruits d’arbre conçu pour une lecture

Joyeuse dans la campagne que nous fuyons

Ensemble

 

Surtout ne me ressemble pas.

 

On aime ou on n’aime pas. Soyons. La vie s’achève

En queue de poisson. Possédons le moment à défaut

D’éternité : nous ne sommes sûrs de rien. Aimez-vous

La truite au jambon de Trevelez ?

 

Ne vous avisez pas de me ressembler.

 

Affirmateurs au banc. Le ciel s’élève encore d’un cran.

À force de mouvement la toupie quitte l’enfance.

Êtes-vous armé pour la fuite ? Ou nu comme un vers

Qui s’inspire du doigt ? Négateurs affirment. Mais soyons.

Façades des certitudes ouvragées au burin à même le ciel

Ou en atelier avant de perdre pied. Fabrique d’ingénieux

Inventeurs. Change d’idée en route. Épouse l’air de la chute.

Banc peuplé d’oiseaux qui chient en parlant. Si jamais

Vous pensez à me ressembler consultez les hauts lieux

Du malheur avant de ne plus pouvoir reculer devant

L’évidence de l’échec. Jeu dites-vous. Soyons. Marteau

En main. Fabbro. Ni feu ni autre chose. Des jardins si

Bien faits pour le regard. Mais vus de près on déchante.

Et la ville semble s’éteindre comme le feu alors qu’elle dort.

Une veille d’avance. « Vous reviendrez » / à l’heure prévue.

Vieille valise de papa et maman du temps de leur voyage

De noces. Venise dans la tête. Les pendus de Murano. Ah !

Oui j’aime les jardins

Arabes et ouvriers.

J’aime les carillons

Et les vitrines neigeuses.

J’aime ce qui se fait

Ensemble et pour toujours.

Même au prix de l’effort

Qu’on ne fait pas pour soi.

J’aime me promener

Au bras d’une inconnue

Jusqu’à la connaître enfin.

Avec elle biner les soles.

L’enculer à l’heure et sans faute.

Oui oui les jardins et la pub

Qui me procure le vocabulaire

Nécessaire pour comprendre

De quel bois nous sommes.

Soyons. Avec le voisin et la

Voisine. Avec les enfants

Des écoles et du cimetière.

Soyons le jardin de notre jardin.

 

Enfin… si possible… pas vrai ?

 

« des fois je pense comme toi »

 

 

Un commentaire, une critique...?
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides. Servez-vous de la barre d'outils ci-dessous pour la mise en forme.

Ajouter un document

 

Site officiel [>>

 

Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
2004/2020 Revue d'art et de littérature, musique

publiée par Patrick Cintas - 12, rue du docteur Sérié - 09270 Mazères - France

Copyrights: - Le site: © Patrick CINTAS (webmaster). - Textes, images, musiques: © Les auteurs

 

- Dépôt légal: ISSN 2274-0457 -