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Seriatim 2
Seriatim 2 - Retour sans le seul compagnon étranger (Patrick Cintas)

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 Article publié le 7 juin 2020.

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Retour sans le seul compagnon étranger

À toute idée de comportement philosophique :

Le chien / le mien / pas choisi mais rencontré /

Seul le hasard :

sans compensation graphomane

/ pacte des jours :

la nuit, nous sommes enfermés

Dans le même appartement : n’écrivait pas, rien :

Surveillait les lieux / ne racontait pas d’histoires /

Se pliait à ses actes et avait une bonne gueule /

Ruisseaux locaux et rivières paysannes longées

Ensemble / coupés par la couleuvre ou le chevreuil

/ amusés par le papillon ou fuyant la pluie des arbres

/ métal des truites dans la passe : vase du silure

Remontée près du pont au passage d’un oiseau

Allant à pied / rien sur les cuistres ni les charognes

/ mais pas philosophe non plus :

chien.

Des têtards l’amusent

/ ou le scarabée d’or

/ la crotte d’un ragondin

/ la peau du serpent

/ mais pas le galet agate

/ à moins de ricochets

/ sous le pont parcouru

Par leurs insectes têtus

/ l’oiseau jette un regard

Parallèle : fenêtre s’ouvre

/ chiffon des jours avec

Reflets et bras nus /

Philosophe non : chien.

Se laisse caresser par l’enfant

/ s’éloigne du promeneur

Ou s’en approche menaçant

/ nous ne savons rien du chien

Sinon qu’il n’est pas humain

/ et pendant que la mouche

Ne se laisse pas berner

Par le fil étincelant : promène

Sa vessie et son intestin /

Sa gueule aussi et ce museau

Qui ne trouvera jamais un sens

À l’existence ni à ses gouffres.

 

Moi-même je traverse l’existence

Sans connaissance des lieux

Ni des récits qui les approchent

De la ruine : mais sans personnage

Je n’écris plus qu’aux postulantes.

 

Pleurnichards de la décadence

En file indienne devant les vitrines

/ pourquoi leur écrire des lettres

D’amour — ou de haine selon /

Ça piaule même / au carrefour

/ chougnes des sorties en groupe

Serré de la vieillesse et de l’ennui

/ mon chien faisait le chien voyant

Que l’imitation de l’homme plaît

À l’homme : bluff des comédiens

À l’interprétation du personnage

Qui traverse pourtant les lieux

En parfait étranger / et le temps

Qu’il faut pour éviter de revenir.

 

Derrière le moucharabié les voiles

Et les bijoux avec promesse d’enfant

Au bénitier de la maison commune.

Fleurs des ventres en vente libre

/ l’adolescente s’y aventure en jeune

Première ou en promesse de l’esprit,

Du corps ou du travail bien fait /

Couilles des barons sans terre

En oscillation constante / paroxysme

Recherché ou seulement l’idée

Que l’acte ne connaît pas / lattes

Peintes à la main en atelier puis

Le menuisier et le jardinier ensemble

Contemple leur ouvrage de la rue /

Têtes levées et dans le dos les rites

Du verre et des doigts manipulant

Les dés de ce qui n’a pas eu lieu :

Guerre ou noyade comme au milieu

D’un océan qui n’a jamais existé.

Chien ne voyait pas les choses

De ce point de vue : happait la mouche

Sucrée ou trouvait de quoi jouir

Entre les pierres du chemin

Ou au fond du fossé où pousse

L’ancolie « couleur de cerne des yeux »

/ ces nuits sans une seconde d’éveil

Parce qu’il couche sur le tapis :

Au matin le brouillard s’enfuit

Vers d’autres horizons que ne connaît

Pas sa curiosité naturelle /

Mais qui croise les pleureurs

De la fin de la race ? Roman

Et styles confondus au panneau

Décliné en BD / confesse des justes

« à un chouya près » / approximation

En odeur de sainteté / croix

Portées en bandoulière comme

À la guerre entre deux combats /

Bref mon chien suivait sans savoir

/ du moins je m’en persuadai /

Qu’il allait mourir et me laisser seul

Face à celui qui n’a plus que le style

Pour exister comme il en a envie :

Style et non pas écriture / cadavre

De profil / avec pour seul personnage :

Soi-même.

 

Bien sûr il y a les poils, les crottes, les aboiements

Et l’urine des angles et des troncs / les visites

De semblables / quelquefois à l’intérieur / pendant

Les moments de séparation : parce que vivre ensemble

Suppose la séparation de temps en temps /

Le tapis sent le chien / les rideaux le tabac /

La cuisine le porc et l’huile cassée / la chambre

Sent comme le jardin pourtant : fleurs au soleil

Et terre mouillée des pluies / la braise en instance

De feu retrouvé / les soles en jachère / la chienne.

 

Nous aurons la grisaille pour étrenner

Chaque nouvelle année / la douceur

Des gelées blanches dans les mains.

Poids des ans alentour / grimaces

D’effort / seul sans son chien mon

Personnage sans histoires ni lieu

De naissance ni de mort ni d’aventure

Trouve son style et cherche à le vendre

Pour ne pas s’en aller sans toucher

Son pécule / l’ombre d’un chien

Au mur se souvient : « que c’est lui »

Et lui seul : à l’ouvrage du Colosse /

Laissant le style aux minus habens

De la confession / tout personnage

Et rien que personnage mais sans « moi »

/ chiant comme le chien n’importe où

En apparence / alors que le graphe

Est commencé depuis l’enfance.

 

Beaux jeudis les mercredis.

Les temps n’ont pas changé.

Ni les murs de l’église

Ni ce qui reste des ateliers.

Beaux samedis les dimanches.

Surtout l’été

Quand l’ouvrier

Croit en l’enfance

Qu’il a donnée

À la patrie.

Beaux lundis les nuits d’enfer.

Morts des routes de campagne

Alignés avec les affiches

Et les consignes sanitaires.

La jambe devient molle

Après l’abus de vitesse

Acquise en plein élan.

Beaux jours devant soi.

Au rythme des nuits.

« Comment qu’on dit déjà

Si c’est derrière que ça se passe

Encore / dis-moi tout, bougnat »

Belles allées des cimetières

Et des quartiers où l’on vit

Encore /

Des couches hanc ad horam

/ ça arrive toujours ou enfin

/ un chien est mort ou pas /

 

Intervalle à parcourir

Sans savoir

Ce qui s’est passé avant

Ni se qui se passera après /

Sauf témoignages d’historiens

Et traditions en usage /

Puis ces projections sur l’écran

Du même ciel depuis toujours

/ avec ou sans Dieu

/ chien ou pas chien

/ salauds et pédants à l’appel

De la guerre ou de la joie /

Le chien témoigne assez

De l’ambiguïté philosophique

/ un chien comme les autres

Mais à soi / vit et meurt comme

Ce qui naît de l’accouplement

Universel / rien qu’un chien

Chez soi / mort avant ou après

Soi / chien de sa chienne /

Ne dit pas non au philosophe

Mais ne l’accompagne pas.

 

Qui ne s’habitue pas à son chien

Au point de le perdre ?

Tâcherons et stylistes sans ouvrage

Passant devant le portail rouillé et moussu

De la maison où le personnage n’est enfin

Plus lui-même :

« car enfin :

Qu’est-ce que ça veut dire :

J’écris pour me retrouver :

Comme si tu t’étais perdu :

Alors que (des tas de gens

Sont prêts à en témoigner)

Tu n’as pas bougé de chez toi »

Chien conseille le chien

Contre l’homme qui conseille l’homme.

 

Os ne conseille rien.

os = os

comme

enfant = enfant

Ne cherchez pas des puces

Où il n’y en a pas.

Revenez au bord

(de la rivière, du chemin, du balcon, au bord)

Et regardez en bas :

Vous y étiez / avec qui ?

Voilà la question que le personnage

Pose à son propre personnage.

 

« en cas de vertige prenez

Ce qu’on vous a donné

À l’arrivée / vous n’êtes

Pas seuls / enculez-vous

En l’absence de femmes

/ rendez ce qu’on vous a pris

À la limite / Dieu n’existe pas

/ Dieu a toujours existé :

Donc il n’existe plus /

Avalez et fermez les yeux

/ la sensation de vertige

Est un chien / ne vous fiez pas

Au temps ni au décor :

Coulisses les voici :

Vous allez aimer mourir

/ avec ou sans chien : mort

Est le maître mot : qui

N’a pas de monnaie ?

Donnez la patte au chaouch

Et graissez la sienne : Dieu

(qui n’existe pas plus que vous)

Vous récompensera en nature :

Indiquez vos préférences

Par une croix : aucun verbe

N’est donné sans crédit.

Soignez votre apparence. »

 

 

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