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Seriatim 2
Seriatim 2 - Dieu est une idée agréable (Patrick Cintas)

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 Article publié le 14 juin 2020.

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Dieu est une idée agréable

Mais la religion est une ignominie

Et ses adeptes un savant mélange

D’imposteurs et de bonnets d’âne.

Mais ne peut-on pas en dire autant

De toutes les planches de salut ?

Maintenant mon chat / oui comme

Sphynx sur le dossier / en contrejour

Reçoit les lumières contradictoires

/ petit poète deviendra grand

S’il vend son histoire aux communiants

Et autres pratiquants de l’ablution

Et de l’aumône / chat non pas

De faïence mais de chair et d’os

/ à l’abri de la pluie derrière

La vitre : tiquant à la goutte dure

Ou aux craquements de la menuiserie

/ immobile et vide de tout sens

Qui échappe à la symbolique

Des aspects / la poussière scintille

Dans un rayon qui a trouvé sa voie

/ se pose elle aussi mais cette fois

Sur la feuille encore blanche /

Quelle idée plus exquise invite

À la rencontre ? Cons et paranos

Assemblés sur les dalles ou les tapis

/ dans la fumée ou le clair contrejour

Des ajours / le chat n’a pas de nom

En poésie ou alors il a un sens /

Or je n’en cherche pas : ridicule

Prétention du croyant qui s’avance

Sur le parvis des fontaines de jouvence

/ pieds nus et le cul à l’air sous la robe

/ cherchant une issue à sa pensée

Du matin que le soir piquouse

Au cœur de la veine et de ses arts

Ses artifices / tu quoque / des pères

Et des fils et la femme comme ventre

À cultiver en chapelle ou dans l’ombre

Des artesonados : d’autres chats parents

Des patiences portuaires / chat hybride

Venu de Chine et de ces contrées

Où l’esclavage continue de nourrir

Son homme et la femme de ses fils

/ Dieu renégat de la Philosophie /

La religion élevant des palais

Et étendant ses places dans le monde

Jadis peuplé des seuls animaux

En conversation avec la nature /

Beaux arts des plafonds et des dômes

/ la Philo ne peut pas en dire autant

/ maintenant à la place du chien

Qui connaît ses cuistres et ses loups

 : le chat qui en sait plus sur la folie

Qui amuse ou terrorise les cons

Selon que le temps est au beau

Ou à la pluie / à l’abri de ce côté

De la vitre tambourinée ou ensoleillée

/ mes pieds frottent la poussière du parquet

À cet endroit sans tapis car c’est l’été

/ l’hiver j’écris (dit-il) dans mon lit mais

Tous les matins se ressemblent / globes

Réfléchissant toutes les lumières acquises

Au fil de l’expérience : l’adepte est ennemi

Du profane : il finit toujours par tuer

Ou en tout cas par contraindre : les enfants

Soumis aux principes familiaux qu’aime

Et finance la patrie souvent reconnaissante

/ toujours ce n’est pas possible mais ne vois

Aucune injustice dans cette évidence,

Mon fils (ou ma fille ou toi que je possède

Encore qui que tu seras) / on perd sans regret

Son chien et son collier : mais le chat, poète,

Qui se « promène » comme s’il était chez lui

À l’intérieur de ce crâne : le chat ne s’oublie

Pas : icône des murs achetés tels quels

/ ne riez pas si je vous en parle comme

Si j’en possédais un exemplaire moi

Aussi : Dieu n’est pas la meilleure idée

/ mais ses artistes sont subventionnés

 : querelles des faubourgs de la gloire

/ hypocrites et jaloux au cœur de la question

De savoir qui est qui / des chattes

Dans le jardin du voisin / ou plus loin

Dans la rue / ce chat n’est pas le mien

Mais il habite chez moi : tombé du ciel

Avec les feuilles d’automne / à l’orée

Du bois d’hiver et de ses promesses florales

/ seul l’été connaît mes érections

Et leurs objets divers / aussi divers

Que les dons prosodiques de la langue

Qui me sert de fil à la place des récits

/ chat des coussins les mieux placés

/ sa patte douce ou non : interdite

Dehors / s’exerce ici de jour comme

De nuit / à moins que tu ne saches pas

De quoi je parle entre tes cuisses /

 

Longtemps j’ai rêvé de voyage

Mais ils attendaient les premières

Mouettes, celles qui reviennent

Avec leur prise, sans vent ni cri,

Les mouettes de l’avant-garde.

 

L’horizon à cette heure bouclé

Par la nuée, les sillages bleus

Dans le vert de la houle, à toi

Comme à ces chats qui attendent,

Posés comme en peinture dans

Le contraste et les effets de trou.

 

Crasse du sel et des écailles sur

La toile de tes genoux, plié tu vis

Pour vivre et non pas pour écrire

Ce que personne n’a écrit avant

Toi, des jours et des nuits pour

Seule mesure, maintenant que

Tu pars, sans étoiles ni bon sens.

 

Qu’est-ce qui te manqueras, à part

Ce que tu aimes ? Ces bras de bronze

Au travail de l’homme, ces cris d’enfants

Au carreau brisé, la chair adolescente

Et les bamboulas au tison, le combat

Et l’attente, peut-être un chat ou deux,

Apprivoisés sur le seuil, dans le rideau

Cachant des désirs de l’autre, celles

Qui ne t’appartiennent pas de droit

Ni de force. Raison de partir enfin seul.

 

Ainsi les ports et les clubs, leurs houses

Et le tintamarre des goélettes amarrées,

Au sec ou proposant le quai au tartan vert

Et noir, sonnaillantes cloisons des soirs

D’été, comme si le mot n’existait pas,

Comme si ces oiseaux et ses chats errants

N’entretenaient pas des rapports avec elle.

 

Dieu se nourrit comme tout le monde

Des illusions en cours et de désirs croissants.

Partout des symboles de sa gloire imméritée.

Mâts aux filins fous dans le vent qui zigzague.

Tours des guets anciens, bite du sodomite.

Même les millions d’années ne réduisent pas

La concrétion. Accepte de mourir idiot mais pas

Ici. Il faut partir un jour ou l’autre mais sans elle.

Sans son chat et ses habitudes. Vitre brisée

Des cris d’enfants. Passage de l’adolescence

Qui revient à la même heure te hanter.

Mon Dieu, faites que la poésie se libère de tout !

C’est elle qui existe et non pas ces architectures

Où l’artiste trouve sa place entre deux colonnes.

 

Comme la langue retrouve sa patte douce

Quand la pensée ne sait plus ce qu’elle dit !

Barils des sels vivaces !

Croissance des systèmes

Entre le vent et les marées.

Je poursuis un chat voleur

Qui s’est habitué à moi.

Rien ne résiste mieux au vent

Que la toile des mâts et la pierre

Des guets, rien d’aussi pérenne

Que ce que tu n’as pas conçu.

La chair salée entretient la soif,

Eau ou alcool selon que le désir

Est en fuite ou captif de ses propres

Saisies. Le chat, le voici et me voici

Dans la même perspective, sans

Faïence de chien ni hâle gagné

Sur la défaite constante des courses.

Marchandises des quais alignées

Avec ses chats en visite des fois

Que quelqu’un ait oublié quelque chose.

Plus loin on ne pense qu’à la fin

De l’été, à l’entrée en scène de l’hiver

Interminable, annoncé par l’automne

Qui veut jouer aussi, le printemps

Est un chat qui n’a pas épousé

Celle qu’il aime.

 

Des plages sans fin

Et des enfants perdus

Comme coquilles vides

Dans le sable et l’écume.

Tu connais ces récits

Aussi bien que le vent.

Suffit de s’asseoir

Et de prendre le temps

D’écouter et de voir.

Au fond, il n’y a que ça :

La couleur dans tout ses états.

Pleuvent les voiliers

Et leurs pestiférés.

J’entends et je vois

Des enfants que j’étais

Comme si j’y étais.

Mais ne sois pas trop simple :

Ya rien de plus mytho

Qu’un môme avec les siens.

Vieux poète a l’air con,

À cent ans comme à vingt.

 

Bref, Dieu ne parlait pas : donc il ne mentait pas.

Ne parlait à personne, ni au lit ni ailleurs.

Comme au comptoir ou sous le robinet.

À la galène et au tison, rien, pas un mot,

Ni sacré ni autre chose, des riens en veux-tu

En voilà, et des fidèles en masse et en rond,

Alors qu’on crève de faim ou d’ennui,

Qu’on n’arrive à rien sinon à gagner

Ce qui ce gagne ou se perd selon le jeu

À jouer ou à rêver / personne n’a calculé

La masse de la mort depuis que la terre

Est humainement possible / personne n’a tenté

Le Diable à ce point / mon chat n’en sait pas plus.

Et mon chien ne reviendra pas de si loin.

Faut que je m’en aille (dit-il) sinon je tue.

Je finis mes jours en prison ou ailleurs.

J’avais le choix mais je l’ai plus.

Je n’écouterai plus personne,

Ni Dieu ni ses prophètes,

Personne mais alors personne,

Et quand je dis personne c’est

Personne sur le pont ni à la baille !

Marre de gratouiller les écailles…

De boire et de chanter, de revivre

Ce que je sais et ce que je ne sais pas.

Rien à transmettre, broyez vos galènes !

Tuez les chats si ça vous fait plaisir

Et laissez le café à ceux qui le cultivent.

 

 

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