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Seriatim 2
Seriatim 2 - La prospérité, c’est le viol (Patrick Cintas)

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 Article publié le 28 juin 2020.

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La prospérité, c’est le viol

 

« ne sera jamais riche / ni élu /

Dieu fils de pute y pourvoie / canaille

Des gosses de riches aux machines

(politiques, médiatiques, show-biz,

Lettres, écrans en tout genre, mer

Et panoramas sans distinction

De race ni de religion) et sur le pont

Les domestiques de la démocratie

Et des gosses souteneurs de proxénètes

(À leur âge, nom de Dieu / mais où

Court-on ?) / puis la ribambelle

Des fous et des larrons / enfermés

Ou agissant au creux des vagues

/ et le poète s’emploie à retrouver

Le sens : dispose des caractères

En rond sur les planches ou dans

Les pages de ses plaquettes imprimées

Aux frais de papa, de maman, de qui

Possède une parcelle de pouvoir

Sur ce que le temps finit par user

Jusqu’à la corde / ainsi les générations

Et cette maudite attente qui exige

De l’Homme qu’il pose son menton

Sur sa propre épaule pour jeter

Un regard nostalgique sur son passé

/ qui n’a pas été résistant comme

Camus ? Qui n’a pas tenu la chandelle

À la Presse ? Qui n’a pas feuilletonné

Dans sa jeunesse ? Dieu dans le cul

De sa mère l’Idée trouve de quoi

Entretenir la rue et ses campagnes

Environnantes de mers et de montagnes,

De déserts même si l’eau vient

À manquer au potager / je ne suis rien

Mais j’aime les idées et surtout celles

Qui divisent pour mieux régner / la terre

En surface comme en profondeur

Ne fera pas de moi un riche ni un élu

/ ça je l’ai compris il y a belle lurette

/ je vous parle depuis la station orbitale

Universelle : et pas un sou en poche

/ pas moyen d’influencer le cours

Des choses / entre les perroquets

Et les éjaculations précoces : je descends

Dans la rue avec mes bagages et le soir

Venu je n’ai toujours pas voyagé /

Qu’est-ce que la nuit dans ces conditions ?

La prospérité, c’est le viol / martel

En tête chaque jour d’heure en heure

/ cette fois se réveillant en même temps

Que la scène fond au noir / ne voyant pas

La nuit ni le jour / mon Dieu : qu’est-ce

Que ceci : ni nuit ni jour / ni espace ni temps

/ comme si je revenais de loin / sans passé

Ni futur / sans voyage ni mort / objet

Des pitreries qu’inspire la poésie

À l’angoisse ou au prurit / je deviens

Poisson dans l’eau / jouet des lignes /

Surfeur des crêtes / possible lendemain

/ mais vous ne m’écoutez pas, frères /

Nous nous ressemblons tellement peu

/ je bois et vous ne buvez pas / le monde

Vous sourit et je grimace dans les rangs

/ de douleur mais ça amuse l’enfant

/ le monde tel qu’il est ne convient pas

À ma vêture / grands vents par-dessus

Le marché / brassant idées et possessions

/ mais comment ne pas sortir de chez soi

/ conseillé par le temps qu’il fait /

Mais le conseilleur n’est-ce pas /

Pourtant je ne suis pas celui

Que vous croyez avoir portraituré

/ ni élu ni damné et bientôt

Ni jeune ni vieux »

 

Bal des suicidés qui ont survécu à la Guerre /

« on fait fortune ou on n’en profite pas »

La prospérité c’est le viol / on conseille l’amour

À tous les étages / mais là-haut le vent ravage

L’esprit et le soumet au vertige / lucarne

Des bonheurs possibles ou en usage / peupler

Le vide devient la seule obsession / « je veux »

Il est vrai que les promesses sont tenues /

Aux machines les plus belles (les plus désirables)

Présentent l’actualité et ses prix, ses honneurs

(sans jeu de mot) / ses défis face à l’impossible

Et à l’injustice décrite dans les meilleurs manuels

Scolaires / Dieu encule la femme et se fait sucer

Par l’homme / « puisqu’on est en période électorale

Refaites-vous une beauté

Car le temps voyez-vous

Regardez-vous enfin

Vous n’avez plus le poil

Aussi soyeux que jadis

Et je ne parle pas de naguère

/ revoyez la ligne et le profil

Replâtrez profitez-en pour

Changer l’opinion en idée

/ rien de plus beau que le suicide

D’un gosse de riche qui n’a pas

Convaincu / prospérité n’est pas

Triomphe / mais violer son prochain

Demeure le nec plus ultra /

Ne pas aller plus loin que cet arbre

Dit papa en présence de maman

L’enculée / le potager a besoin

De leur eau / dit-il encore à son

Fifisse ou à sa fifille / maman sans-

Culotte / on aime encore la tragédie

/ l’ouvrier veut travailler dans un bureau

/ le magister distingue la perversion

Du talent / ne buvez pas dans mon verre

Si vous pensez que j’ai tort »

 

Qui n’a pas reconnu le mythe en marche

Militaire ? Ses muscles de marbre dépeint

Par la fréquentation des enterrements.

Son regard troué. L’étrange perfection

De sa posture impossible à changer

Sous peine de chute. Ses membres manquants.

Ce que l’imagination conseille à la vérité.

Usinage parfait en son temps. Et même

Utile. Au passage des badauds. Escarcelle

À la ceinture ou sous l’aisselle. Reconnaît

Le Mythe et lève son verre sous la tonnelle.

Papa le leva en son temps. Qui n’a plus d’âge

Ici ? Affiche imitant par procédé dimensionnel.

Bois à la santé des parangons de la prospérité

Municipale. À la ville comme à la campagne.

Se souvient du djébel ou de la jungle, déserts

De l’amour. Jadis il possédait une statue

De héros. Articulée comme un langage.

Cornait comme Roland. Possédait acier

Et courage. Se voyait élu à l’unanimité

Moins ce qu’il faut d’adversité. Pas de roman

Sans poésie et pas de poésie sans possibilité

De trouver le sang ailleurs que dans la chair.

 

Expansion et récession devant la porte /

Tu n’as pas le choix / le charlatan veut disposer

De tes moments de disponibilités / voit

Ce qui est possible et ce qui ne l’est pas /

Un langage simple à la disposition de la volupté

/ avec ce qu’il faut de vulgarité pour te séduire

/ mystique sans Dieu ou saint sans ses églises

/ car il a « fait » la guerre / il en a construit

L’épopée avec ses maîtres en apparition

À l’écran / le cabotin bonimenteur et faux jeton

/ sur la place avec les produits du potager

Et les artisanats décoratifs et utilitaires /

Sait comment et pourquoi / de naissance

Ou par esprit domestique / gravit la montagne

Et ne redescend pas pour recommencer /

Se fiche du rocher comme de son premier

Baiser / dans l’urne jamais couleur de cendre

/ au vent pas plus volatile / taillé dans le marbre

Où on grave / le même outil sur l’établi /

« joue le jeu » et gagne de quoi se loger

Sans hiver ni été / jouisseur d’automne

Malgré les chants contraires et éprouvés

Par la pratique du vers / marteleur de printemps

Dans la chair de la jeunesse / « nous vîmes

Une statue : elle nous faisait signe de nous arrêter »

Elle : « as-tu pensé aux autres ? » / jardins

Piaillant dans leurs arbres annexes / le bras

S’abat en signe de prospérité gagnée sur le tas

/ le verset prend par la main et conduit / conçu

Pour ça / et devant les objets nécessaires

À la compréhension du monde ainsi imposé :

Coupure au niveau du poignet / sans technique

Conçue pour éviter la douleur et encourager

Le calme recherché / « nous ne sortons pas assez »

Quelle chance nous a manqué ?

 

Pourtant dehors rien de nouveau.

Les mêmes visages que dedans.

Le même chien en laisse et son os.

L’enfant jaloux et hypocrite le tient.

« nous aurons tout ce qui te fait envie »

Moins la beauté d’une pensée utile.

Chacun sa proie selon grosseur.

Le chien lorgne la vitrine du boucher.

Le chat voit des coussins partout.

L’enfant n’explore pas : il joue

À jouer / il sait ce qu’il veut /

« si tu ne sors pas tu deviendras

une momie » / pas question

De cendre à cette hauteur /

La couleur est celle du cuir /

L’immobilité imite les statues /

Interprète des crispations /

Au théâtre comme à la cuisine

« les chiens mordent par nécessité »

Devant la vitrine qui sent le pain :

Enfant j’avais envie de toi.

La momie est le signe de l’âge.

Tu n’auras pas la cendre ni le vent.

Des archéologues futurs en toi.

« ne sors pas dans cette tenue ! »

Ni nu ni habillé : satin des sorties

En plein air des places et des rues

Étoilées par principe giratoire /

« tu verras comme c’est beau

/ et comme c’est chouette l’urne »

Petits papiers ne quittant pas le nid.

« qui ne veut pas être heureux

ne le sera jamais » / or : que dit

La Sagesse (celle qu’on aime) ?

Dit : « nous ne sommes pas nés

Pour pleurer » / d’où le rire

Imité des babines de l’animal.

« sortons si tu le veux mais moi

tu sais je me sens bien ici avec

toi et tout ce que nous possédons »

Le tire par la manche jusqu’au

Bureau de vote / sous les mûriers

En rond affine sa pensée avec

Les autres / « qui aimons-nous

Le plus ? » / pas de prospérité

Sans agression / « depuis le temps

qu’on pratique » / voilà comment

On fait et pourquoi on le fait /

« tu es nous et nous sommes avec toi »

« rien qui te fasse envie ? » / choix

En guise de liberté / donner du grain

À moudre / l’arbre de Gertrude

Déraciné un jour de grand vent

/ l’Histoire en marche rien ne l’arrête

/ arbre couché sans ses feuilles /

« en portait fièrement je me souviens »

Comme les rues sont rues si on les prend

Pour ce qu’elles sont ! Et comme

Je suis moi si je ne suis plus toi !

 

 

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