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 Article publié le 12 décembre 2007.

oOo

Tout a commencé par le nez et ses vertus esthétiques. 

Puis, sont arrivées la sueur perlant ta peau, la coquinerie de ton sourire, la sensualité de ta silhouette faite de déliés et de mâle odeur.

Et puis,

et puis tu m’as plu tout partout.

Bousculant les règles apprises de la bienséance, j’enfourche ton corps, galopant après l’orgasme,

Le souffle suspendu, je vis la plénitude

de ces caprices du temps,

 Plongeant dans ces émotions imprévues,

 je m’étourdie, comme quand j’entreprends un voyage dans un carrousel de foire, 

Exploitant cette échappée vers le plaisir,

 Je te bois et je me soule de toi. 

Je jouis de toi.

Tu jouis de moi.

 

 

Il fait un dimanche maussade

et le ciel se pare de tous les doutes de la légende voyageant le train de ma réalité.

Dans le désert immense de l’absence,

je revis ces moments passés et empilés dans mon souvenir. 

Je ressens encore au coin de ma lèvre la morsure de tes baisers gourmands.

C’est arrivé il y a si longtemps

 dans mon temps d’avant.

 

 

Et je revois le profil de ton nez.

Ton nez, rien que ton nez,

érotique, effronté, glouton,

 passionnément trivial dont les narines s’ouvrent, palpitent,

 furetant dans les recoins multiples d’une débauche inattendue.

Ton nez témoigne de toutes les canailles envies.

 De ton nez, la vue sur le sexe est inévitable

mon précieux ami.

 

 

 

LE DOS

 

Douce amie, ton dos est la plus belle de tes parures et ton meilleur ami. C’est l’endroit où la mémoire s’exile toutes sirènes hurlantes, quand nous voulons nous défaire d’un souvenir trop pénible. Sur les chemins sablonneux d’une vie, il est le bagagiste des émotions complexes, des actes gratuits et des situations pathétiques. On s’y réfugie quand les choses se passent différemment de nos attentes ou que l’on s’enthousiasme pour des hypothèses improbables. Se façonnent sur le dos, les séquences pour se fabriquer des attitudes de belle ordonnance par vantardise ou vanité, contraints de cacher nos états d’âme. Il aide à faire le point avec les tumultes intérieurs, ou à prendre un engagement vital. C’est un sentiment bien étrange, celui qui nous porte à croire, que contrairement aux mains, le dos ne trahit jamais. Il ne nous vient pas à l’esprit que ce dépositaire de toutes les souffrances accumulées au cours d’une vie, depuis les premiers incidents de l’enfance, jusqu’aux accidents de l’âge adulte, pourrait flancher. Ce dédicataire de toutes les crispations, ne saurait nous faire faux bond. Belle impertinence !

 

Nous tournons le dos pour conjurer le sort ou cacher nos confusions, fuir l’indicible pitié, marquer le mépris ou ignorer les déclarations outrancières ne méritant pas de relever le gant. Rencontre notre dos, le baiser de carême partant se perdre dans l’oubli. Vient s’y réfugier la peur du climat délétère, décevant, sur lequel toutes les donnes sont misées.

 

Lors des grands désarrois, pour avoir outrepassé nos droits, ou enjamber les interdits, se donner le temps d’accepter, de dissimuler sa déconvenue, on se met sur le dos. C’est le meilleur refuge pour le face à face avec soi, cultivant le détachement quand le bonheur n’est plus de mise ou que l’erreur de raisonnement nous dépossède d’un rêve. Le dos a une connaissance de nous et de nos mélancolies impalpables. Il est le complice de nos lignes brisées et de nos fissures profondes. Le dos décèle les richesses de nos zones obscures, nous assistant dans la lutte pour sortir de la macération de la déception. Il paye pour les promesses non tenues et la vague successive de nos jours de ténèbre ; sans oublier son combat pour vaincre l’attrait des profonds abîmes de nos désespérances. Le dos est le port de prédilection pour résister à nos fougues suicidaires, génératrices d’angoisses nauséeuses.

 

D’un commerce agréable, le dos est tributaire des dommages subis à combattre vaillamment le trac accompagnant l’ambitieuse gageure des pérégrinations hasardeuses. Le bas du dos récolte les contrecoups des randonnées démentielles des jusqu’auboutistes. Il sert de tampon à nos jambes flageolantes, quand nous prétendons être indifférents aux commentaires moqueurs, aux rires narquois, aux critiques dévastatrices, à une flopée d’insultes et autres billevesées dont l’orientation malhonnête nuit à notre dignité. Le dos sympathise, au point d’en pâtir longtemps, à nos douleurs convulsives, nos contorsions, nos faillites, nos deuils. Attentif à trimbaler nos heures non constructives, le dos est sur la ligne de toutes les fuites : la dépossession, la hantise, la lâcheté, la défection, la remise en question, le désarroi, la touffeur, le gel, l’escamotage, l’hésitation, la passion, le vice. Il charrie les signes de nervosité accompagnant le charisme, la compétition, l’éloquence et jusqu’aux récompenses, toutes émotions nous fatiguent le dos.

 

Imprégné d’une profonde complicité érotique, le dos projette par son haut niveau vibratoire, une élégance raffinée laissant le vis-à-vis souffle suspendu et béat d’admiration. Fier dans sa sobriété, le dos, pour un caprice passager, permet le geste large, voluptueux, suscitant les silences incisifs du désir. Atout précieux dans les jeux sexuels, il donne le ton ou le change. Le dos est témoin de la lente maturation de ce sentiment que soulève le contact du regard, chiffonné par une impatience inquiète, posé, déposé intentionnellement sur la nuque, sa voisine. Il dévoile occasionnellement ses intentions secrètes, en accentuant le creux de sa coulée médiane, mettant en valeur sa ruelle au dessin fouillé ; quelques gouttes de sueur serpentent alors la colonne sinueuse accusant la beauté de ses vertèbres dont les lignes vont se fondre dans l’anse du bas des reins. Le dos est sur la route escarpée voyant débuter le voyage des baisers pressants, allant culbuter vers les orgasmes ravageurs.

 

S’appuient au creux du dos, les premières secousses de la germination d’un nouvel amour. Il faut reconnaître à ce confident le mérite de pérenniser nos états d’âme, peu importe la pertinence ou l’incongruité de la chose. Il ne mesure pas les conséquences de son support quand, tourneboulés par le délire du plus bel après-midi de juillet, nous l’esquintons afin d’accéder à l’accomplissement d’une envie sexuelle. Convié à la noce, il est de toutes les plénitudes.

 

Par-ci, par-là, et de temps en temps, le dos est lorgné du coin de l’oeil par des intrigants. Son décor austère se pare alors d’infimes vibrations, son paysage s’anime d’une envie bestiale. Dans sa coquetterie, il se laisse prendre au jeu. L’affaire est anodine ; il ne fait qu’accepter un tribut. C’est le baiser du resquilleur, esquissé en public ou sous une porte cochère. Il se laisse volontiers piéger par l’amant de passage. Dans les moments de tendresse, il reste discret. Par contre, il se raidit sous l’impact des joutes oratoires, dans l’ambiance véhémente des concours, nos émotions se déguisant astucieusement nous nous cachons alors derrière nos manières impeccables, rivalisant de politesse. Toujours au rendez-vous, le dos se ressent de l’incompréhensible menace des dédales tortueuses du doute, des affres de nos chimères, tout droit sorties d’une hallucination ou allant vers l’illimité. Le dos s’hérisse sous un mauvais pressentiment. Tout le monde dort sauf lui, quand nous nous battons avec l’énergie du désespoir ou lâchons prise, dans l’affrontement d’un nouvel avenir improbable. Las, triste ou fautif, sur le dos s’accumulent nos malaises croissants, nos calmes apparents, nos sourires contraints et le voisinage de l’inacceptable. Le fatigue autant les insignes honneurs, le succès inattendu ou l’effroi d’une tempête. Que dire de ces crampes provoquées par nos phobies, nos imprudents conflits, nos impudences latentes, nos randonnées marécageuses, nos surabondances de ripailles nos envies coupables, nos désertions, bref toutes ces pluies diluviennes et leurs orages détrempant les berges où le dos croit reposer. 

 

Microcosmes révélateurs d’égoïsme, nous maltraitons le dos pour traverser la vie et observer la loi des effets et des causes de nos expériences successives. Nous rejetons sur le dos opprobres et quolibets. Jusqu’au fantôme archaïque du désir repose sur le dos nu. Peu Importe les contritions tardives, le dos porte les signes irréfutables de multiples avatars. Il perd ses proportions harmonieuses au fil du temps. Ses muscles s’affaissant, le dos se traîne cahin-caha sous l’outrage des ans. Oubliant qu’il ait pu susciter quelques envies, nous ne faisons plus de lui qu’un sujet anecdotique. On s’en plaint, perdus dans les rhumatismes : le goût immodéré d’une peau présentée par le revers d’une silhouette, s’étant affadi depuis belle lurette. Le dos n’est qu’une "donna poverta". Pauvre vieux dos, nous ne le laissons au repos, que pour rencontrer la mort corporelle qui dans sa légèreté, n’a que faire de béquille. Délivré de nous enfin, le dos, ce complice absent de commentaire critique, nous regarde entreprendre le périple vers le royaume des âmes. 

 

Douce amie, ton dos demeure jusqu’à la fin ton ami fidèle. A me lire, je vois se dessiner un sourire dans tes yeux, cela est fort plaisant. Bien des détails manquent à l’écheveau de mon histoire pour parler du dos. Ce n’est pas là mon domaine d’expertise. Pour reprendre Paul Eluard : "Le tout est de tout dire et je manque de mots, et je manque de temps et je manque d’audace".

 

 

L"HUMILITE

 

Quand la musicalité berce jusqu’à la trivialité de certains mots, d’aucuns expliquent que c’est là l’expression de la pensée créatrice d’un poète. Ces êtres que l’on admire parfois, sur lesquels on s’apitoie souvent, ou que l’on dédaigne, dérangent par leur quête de l’ailleurs, leurs jubilations, leurs révoltes et leurs douleurs intérieures n’allant pas forcément dans le sens du vent puisqu’ils ne cherchent jamais que la transcendance.

 

La poésie ne peut être une hystérie ni une attitude ; elle est l’expression vraie, spontanée du cours naturel des émotions confiées en toute humilité. Emotions partagées dans une certaine naïveté, elles ne cherchent point de réplique. La poésie limpide pour un lecteur, hermétique pour un autre, sort des profondeurs du néant et chante des états d’âme, des humeurs et des besoins. Ce n’est point là entrer dans un cirque pour jongler avec les mots, ou entamer une course dont le trophée est promis au virtuose du contenu du Larousse et du Petit Robert. En poésie, comme en prose poétique, le dit et le non-dit stabilisent le créateur, le gardent entier, sain et en paix avec soi. Le poète parle de la solitude, compagne de tout processus créateur. La dynamique naturelle d’un texte, ses variations infinies, la saveur de son en aller, relèvent de l’essence de l’imaginaire poétique qui n’est autre que la perception immédiate d’une émotion. La réceptivité, la sensibilité, l’honnêteté sont les qualités premières d’un esprit créateur.

 

La technique brillante, la culture, la curiosité intellectuelle, le contact énergétique avec la nature, ne sont que les outils complémentaires pour qu’un lien se forme entre le vécu et la manière de le communiquer cette aisance que donne la complémentarité aide certainement à assouvir cette soif de ne plus faire de différence entre l’écriture et soi.

 

Quand un texte chante, sa musique est la petite brise venue de la résonance intérieure. La secrète inspiration ne peut être que de pur amour. Quelque chose d’ineffable habite le créateur et sa révolte insuffle la vie aux mots : Le déferlement de la vague dépend de l’énergie des fonds marins.

 

 

L’intuition poétique permet de parcourir des infinis. En ratant les émotions d’un poète, on se retrouve dans un capharnaüm de mots élégants quand le vocabulaire de l’écrivain est riche, où dans la mappemonde des maladresses pitoyables si l’écriture est jeune. Cela fait partie de l’ordinaire et du goût vulgaire à vouloir rythmer avec adresse une cadence et des rimes. Comment avoir quelque estime pour une prose poétique tributaire de la technique habile de la mise en page et de l’intellect ?

 

Au large des normes et des interdits linguistiques, est assis en tailleur la transcendance de toutes les peurs qui engendrent cette explosion substantifique de la création. Le lecteur se retrouve alors en face de ce jaillissement époustouflant de beauté. Il dit que l’artiste est sur la voie royale ; accompagné d’une réalité différente, il ne peut rencontrer souvent qu’un seul lecteur dans cet univers autre et si palpitant. Mais, qu’importe. 

 

La reconnaissance de la forme ne concerne en rien le poète. La rencontre de l’autre n’est qu’un croisement de routes sur le chemin de la quête de soi. Pour qu’une communion entre une pensée créatrice et son lecteur connaisse la bienfaisante entente, il faut que les deux puissent mettre dans l’instant toute une éternité. Ceci va à l’encontre de toute raison. Il en est ainsi depuis des coutumes immémoriales. On ne peut tous saisir la fulgurance d’une émotion qui n’est pas nôtre, appréhender sa vérité et son innocence. Il est rarissime de faire d’un nomade, le ménestrel des émotions confuses. On ne devient pas poète à sa convenance et en maîtrisant la gram- maire. Certes, il faut de l’adresse et la maîtrise d’une langue pour bien vibrer avec elle, tourner la rime et lui donner relief. Mais... mais, il est impératif de vivre intensément ses remous intérieurs pour gagner l’embarcadère de ceux qui piègent la raison pour qu’éclate leur moi profond.

 

Il n’est point nécessaire de tendre l’oreille pour saisir l’âme d’un poète. Quand l’être est attentif, généreux, il se retrouve complice de toute la pétulance d’un texte humblement offert. Le lecteur se réjouit alors de l’osmose provoquée par cet élan irrésistible qui porte le créateur à poser ses émotions en bordure de soi. C’est alors que jaillit le cristallin de toutes les musiques de la planète terre. La pensée créatrice est un voyage désorganisée qui, toute honte bue, dévale la pente vertigineuse de l’inconcevable révolte afin d’atteindre à l’harmonie et à l’équilibre de l’être dans un monde où nous sommes tous, raisonnés ou habités de folie, seuls, irrémédiablement seuls.

 

 

LE BAISER

 

(Premier Temps)

 

 Ai-je reçu assez d’amour en réserve pour parler du baiser ? N’ayant pas loisir de comparer, je me lance tête baissée dans la cavalcade des sentiments exprimés par ce geste.

Parlez-moi de l’enfance et de son baiser innocent. La vie s’avance, arrive l’adolescence. Nous apprenons à faire du mouvement un geste, c’est le baiser entre deux rideaux, le baiser volé par un cousin lors d’un "lago-caché". Sonore, bruyant ce baiser d’une tendresse malicieuse, chavire dans un trouble érotique, gourmand de curiosités nouvelles. On le dit d’une sensibilité maladroite. 

La mi-carême se fait toujours complice des baisers de nos dix- sept ans. Ce baiser s’éparpille, fanfaronne afin de cacher un sentiment neuf nous portant vers la cible de tous nos désirs. De peur de tomber dans le burlesque, ce baiser est parfois hésitant, souvent brutal et salivant d’émotions troubles. Vingt ans, la saison des baisers étouffants, obsessionnels, désordonnés, déments, baisers de dupes alors que nous les croyons vainqueurs ou vengeurs. Complices du premier amour, on les associe au baiser des dieux. Ceux sont les baisers tant de fois réinventés et racontés à nos petits enfants, en comblant les vides de la mémoire quand le temps nous rattrape. Ces baisers amples de générosité et bien vite oubliés, baisers échangés, donnés ou reçus dans l’embrasure d’une fenêtre au seuil de paroles décisives que nous croyons éternelles mais qui s’effacent avec les neiges de l’hiver.

 

 Honorable baiser, baiser imposé quand il faut ravaler sa peine faire bonne contenance. Le baiser d’occasion et de feinte bonhomie, le baiser étranger ou officiel sont aussi malaisés que ce baiser complaisant ou de compromission maquillant d’artifices nos conflits intérieurs. Ces gestes d’accompagnent souvent des accolades scellant le pacte entre tristes sires. C’est la tartuferie portée à son summum.

Lors d’un événement majeur, nous jouons un rôle social, question de convenance. C’est la balade des baises mains élégantes. Le spectacle parle de lui-même. La main portée précautionneusement à hauteur d’yeux et que l’on ne voit guère, l’esprit ailleurs. C’est le prototype du baiser distrait, hâtif et courtois, brassant prétentieusement l’air froid de l’indifférence.

 

 La relation amoureuse prenant de l’âge, charrie le baiser négligeant, mécanique, marqué par la flétrissure des saisons traversées. Ce baiser a pourtant meilleur score que le baiser de désamour, de rancune et de lâcheté, celui de Judas, capable de changer une destinée. 

 

Se présente émouvant de brume, le baiser de loin, celui des gares et des aéroports, baiser de pluie au bord du fard, baiser des retrouvailles hypothétiques et illusoires. Le baiser déchirant du dernier baisser de rideau, quand demain n’appartient plus au futur. 

 

Etincelant bourlingue le baiser prometteur, déposé afin de nourrir l’imaginaire. Pareil au fifre, il précède, insouciant, le baiser d’amour et de sexualité, celui des amants qui s’offre et se prend, ne perdant rien du présent. Devant ce baiser, la sagesse se retrouve gros Jean comme devant. Toujours talentueux, il nous fait retrouver notre allant même si l’été s’est affadi dans les plates-bandes de l’automne. Ce baiser offre en plein midi la caresse amoureuse de l’aube. En rompant avec l’habituel, il nous propulse dans ces instants lubriques visant la plénitude dans toute sa provocation. Il est coupable, compromettant, gouailleur et volcanique. C’est le baiser enrubanné alimentant tous les désirs de l’ami précieux. Ce baiser audacieux, imprudent, nous rend plus belle que tous les printemps. Baiser coquin, baratineur, persuasif, se faufilant dans les détails d’un corps à découvrir. Au mépris de tous les dangers, il échafaude patiemment une complicité à la saveur de péché. C’est le baiser sans condition, le baiser de l’amoureusement aimé.

 

 A distance respectueuse se dépose le baiser affectueux mêlé d’honneur et de fierté. Plus intime est le baiser de tolérance et d’amitié, celui de tous les pardons et de la rédemption. Complice est le baiser de fraternité et de compassion, capable de sauver une nation. Que dire du baiser de bon augure, de joie, de liesse, ce baiser rafraîchissant qui arrose les terres désolées, ravinées de batailles perdues. Le baiser honnête, large, spontané, le baiser de dignité apaisant les âmes avides d’amour et de liberté.

 

Le baiser de toutes les grâces, de l’acceptation de soi et des autres : Celui de toutes les différences mêlées, le baiser de l’absolu, qui nous attend patiemment à la croisée de nos vies, le baiser de Dieu.

 

 

 

LE BAISER

 

(Deuxième Temps)

 

Freud écrit que le désir est coupable. N’ayant pas eu l’honneur de rencontrer ce grand professeur, je dis que l’amour est salvateur et atout maître de tous les jeux sexuels.

 

Dans le simple contentement de rapports chaleureux, l’histoire prend sens. Non loin de moi, un tambourin rythme l’atmosphère de ses notes sensuelles. Dans la solitude ambiante, la somnolence berce le rêve. L’ami précieux revient dans la souvenance des différents baisers que nous avons échangés. Viennent s’y mêler ceux qu’il ne m’a point donnés. Il les a offerts au vent. Il faut avouer qu’ensemble ou séparément, nous avons fait des choses folles, tellement folles que nos envies actuelles, les plus extravagantes, passent pour banales.

Comblant toutes les distances, flotte dans l’air l’odeur exquise de l’autre. Je ne sais plus où loge le désir. Si la conversation prend un tour badin, le baiser est présent à la pensée. S’insinue dans l’espace, le baiser simplement esquissé. C’est un petit baiser taquin dans les nuances qu’il exprime. Ce baiser déposé comme par mégarde sur le lobe de l’oreille ou au bas du cou, minuscule il va se loger ou s’égarer dans le fouillis de la chevelure foisonnant la nuque. Baiser tendre, attentionné, frivole dans sa gracieuse élégance, ce baiser me laisse sur un petit nuage. S’y joint un baiser des pieds, appel muet à une énergie nouvelle. Je suis prête à tous les compromis. Pourtant, ce baiser ne m’a rien demandé, rien promis.

 

Le baiser sur le nez, c’est le baiser aérien d’un flirt sans conséquence, on dirait un compliment dans les apartés de salon. Un baiser affable, gentil, presque correct, cependant, pour des motifs obscurs me voilà troublée. Se réveillent en moi des souvenirs lubriques, fantasques, annonciateurs de la montée de tous les raffinements de secrètes concordances.

 

 

Une bourrasque fait intrusion au creux de moi, peut-être au creux de nous, qui sait ? Nos corps vont-ils se plaire, s’aimer, s’accorder ? Ce simple baiser de l’ombre, volé, voulu, maladroit de hardiesse, déménage des frissons subversifs de mes épaules au bas de mes reins. Ma morale s’accommode déjà de ce chemin singulier, libertin. Il y a fort à parier que je me sens la femme la plus désirée au monde grâce à ce baiser irrévérencieux et conscient de l’être. 

 

Ne se cherchant plus aucune justification, ce baiser entraîne son pareil dans un tumulte silencieux, propulsant une ardeur aventurière. La rencontre aura lieu. Le plaisir n’est que différé de se chercher mutuellement, goulûment, dans l’immodération et la démesure de la passion. Exclusivement occupés l’un de l’autre, nous participons à la même quête de volupté sur la voie intime. Aux hasards des premières affinités, le baiser fleurit, devient bavard, mouillant d’envies nos sexes voyageant dans cette inconvenante insolence. Intrépides et rebelles, nous évoluons dans ce parcours sensuel où je sais être la femme la mieux baisée.

 

Tu prends mes lèvres et en toute discrétion je dépose un baiser sur ta toison. Je baise ton âme à perdre le souffle.

 

Ceux sont là paroles d’amants comblés. Nos corps se rappèlent de tous ces baisers déposés dans le temps si long dans son devenir.... Il y aura tant de baisers pour nous seuls inventés, avant que notre histoire à deux se ferme. Dans l’attente de l’absence, je me plais à rêver d’un solitaire baiser, celui des retrouvailles et de l’infini félicité.

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