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Le secret d'une reine de sagesse
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 Article publié le 10 avril 2008.

oOo

Un prince de marbre que jamais main de mortel n’aurait taillé, se secoua après tant de millénaires d’attente que la mer se retire d’une coquille d’huître, cachant une perle entre ses cils, que la mer, enfin, s’enfuie loin dans l’océan, trompée par une course contre le chronomètre de quelque haras d’hippocampes.
Le prince avait eu autrefois, il y a fort longtemps, un nom. Mais des pirates galactiques le lui avaient dérobé, ils sévissaient- tels de mauvais fantômes- dans l’océan planétaire.
Les millénaires chutaient des épaules du Prince, avec son nom volé par les pirates, ils s’écrasaient contre la Terre, où les hommes passaient à la hâte, en la chargeant de péchés. Les instants s’amplifiaient à vue d’œil de l’esprit, se muaient en un temps nouveau, qui tentait d’être meilleur que l’autre.
 Le temps nouveau, meilleur que l’autre, l’ancien, dont jusqu’aux requins- la terreur des océans- refusaient de se souvenir, fit don au Prince d’un château comme jamais vu. Pas même, dans les rêves des grands rêveurs. Au bout de tant d’années d’obscurité, le Prince se réjouissait. A force de se réjouir, la lumière est revenue à la vie. Le marbre froid où le Prince avait mué, se transformait maintenant en une rosée, les gouttelettes de rosée se transformaient à leur tour en pores. La peau du Prince pouvait à nouveau respirer, comme un véritable être vivant.
 Il s’est mis à marcher : un pas, deux, trois… au quatrième pas, il savait marcher. Comme son cerveau avait été de pierre, il ne savait plus comment on marchait. Le temps nouveau, meilleur et plus patient que l’ancien, ne se hâtait pas d’aller plus vite que le Prince. Tout au contraire, il l’attendait pour le voir encore marcher sur Terre.
 Le Prince leva les yeux, encore froid comme le marbre et tomba nez à nez avec la vie, ses yeux s’embuèrent d’abord de quelques pluies drues et chaudes. Ensuite, ils se réjouirent tels des cerfs volants en papier qui embrassaient le ciel. Ils s’étonnèrent de tant de beauté, s’en éprirent… à première vue. Le cercle solaire qui avait protégé son cœur, se changea tout doucement, puis de plus en plus vite, le sang du Prince se mit à courir dans ses veines. La vie, lui était incomparablement belle :
 - Moi, je m’appelle Céleste ! dit-elle, en approchant le Prince. Si près, que les chuchotements discrets de leurs cœurs pouvaient s’entendre l’un l’autre.
Le Prince voulu dire lui aussi quelque chose, mais il ne parvenait pas, le pauvre, à articuler. Et même, s’il y était parvenu, qu’avait-il à dire à Céleste ? Il n’avait plus de nom, les pirates galactiques le lui avaient dérobé…
 - Moi, je m’appelle Céleste, répéta l’incomparablement belle. Et toi, comment t’appelles-tu ?
Malheureusement, le Prince n’arrivait pas à parler, parce que sa bouche était restée de marbre. Voilà pourquoi avait-il attendu durant tant de millénaires pour que la mer se retire d’une coquille d’huître cachant une perle entre ses cils. Ou, tout simplement, que la mer fuie loin dans l’océan, dupé par la course contre chronomètre d’un haras d’hippocampes. La voix du Prince était la perle cachée entre les cils d’une huître.
Une colombe d’un bleu ciel, couleur des fleurs de myosotis, ressemblant à s’y méprendre au bleu gracieux de la robe de Céleste, lui apporta une rose rouge, aux pétales peintes par les étoiles. La déposa dans la paume de l’incomparablement belle Céleste. Elle embrassa la rose et la posa sur les lèvres du Prince.
 - Je ne veux pas être triste, mon Prince ! chuchota-t-elle, en voyant qu’il restait muet. Je ne veux pas devenir triste, parce que le ciel se mettrait à pleurer et les anges risqueraient la noyade. 
De gros sanglots commencèrent à rouler sur les joues du Prince. Ces larmes devenaient des rivières qui s’écoulaient rapidement vers la mer, pour trouver le repos. La mer avait pris un goût de sel, comme les larmes du Prince. Les dauphins pleuraient eux aussi, leurs larmes muant en énigmes que les hippocampes promenaient dans des calèches d’algues. Le ciel se mit lui aussi à pleurer, les pauvres anges se trouvèrent à deux doigts de la noyade. Céleste était tout aussi triste que la Lune, le jour où elle trouva la force de se séparer du Soleil, toujours à cause des pirates galactiques.
Les pirates galactiques se réjouissaient sans mesure, dans leurs antres au Ciel, dans les abîmes des mers et dans les gouffres de la Terre. L’une de leurs princesses, qui venaient de se voir offrir la couronne de reine, était la Tristesse, qui vit encore de nos jours.
 - Hé vous là-bas, s’écria la Tristesse entourée d’une couronne de soupirs. Plus vous pleurerez, plus je serai heureuse. Ha, ha, ha ! Mon royaume est l’un des plus puissants, comme celui de la Fausseté, ma soeur cadette ! Nous sommes tout aussi riches que notre mère, la Lâcheté, comme notre grand-mère, la Méchanceté, comme notre tante la Trahison ! Ha, ha, ha…
De gros nuages de plomb assiégeaient le ciel. La Peur, la sœur jumelle de la Tristesse, s’acharnaient à prendre possession des anges. Le Noir, l’époux de la Lâcheté, s’en donnait à cœur joie.
 - Lune, chère Lune- priait Céleste- mère chérie, je t’en conjure, dis-moi ce que je dois faire !
 - Aimes-tu beaucoup le Prince à la bouche de marbre ? lui demanda la Lune, qui était en train d’essayer une robe neuve, en poussière d’étoiles argentées.
 - Oui, mère !
 - Tout aussi fort que j’aime ton père, le Soleil ?
 - Oui, mère, peut-être même plus.
 - Bien, ma fille. Embrasse le Prince.
Céleste approcha le Prince d’un pas léger comme l’aile d’un papillon. Plus elle s’approchait, plus il se faisait beau et éclatant. Le Soleil, lui-même, n’arrivait plus à le regarder sans mettre… des lunettes de soleil !
Les dauphins s’arrêtèrent de pleurer et regardèrent Céleste fort intrigués. Les hippocampes hennirent si fort, que leurs hennissements cassèrent les freins de la calèche promenant les énigmes. Les énigmes se dispersèrent dans les mers et les océans, devenant des récifs de corail. Certains ont été absorbés par les rives, qui les envoyèrent bien haut, sur les sommets et les changèrent en sapins. D’autres se sont transformées en sable, en épices, en fleurs des champs, en immortelles des neiges. Elles se sont même métamorphosées en chants d’oiseaux, en papillons, en pingouins, en ours polaires et dieu sait en quelles merveilles encore ! Tout ce qui est né des énigmes, était mystérieux, fascinant, d’une beauté à part.
Les dauphins se sont décidés à ne plus verser de larmes pendant un certain temps, comme la Terre débordait de merveilles que les hommes avaient déjà commencées à traiter en banalités. Ou comme quelque chose qui leur était dû, sans qu’ils fassent le moindre effort, ils en avaient oublié le plus précieux : les aimer ! Si les dauphins avaient pleuré de joie, qui sait ce qui aurait pu naître de leurs sanglots ? Peut-être tout ce qui existe dans le Jardin de l’Eden.
Juste au moment où les humains se sont mis à construire, eux aussi, certaines merveilles qui allaient s’éroder à la longue. Céleste prit le Prince dans ses bras. Il ferma les yeux par crainte que la tristesse de son corps et de son cœur ne trouble l’incomparablement belle Céleste. Elle l’embrassa sur sa bouche de pierre froide.
Une explosion de lumière, de toutes les couleurs de l’Arc-en-ciel s’est formée de leurs embrassades et de leurs baisers. La lumière s’est divisée en deux parties égales, des deux lumières sont nées deux enfants : un garçon et une fille. La fille tenait du Soleil, le garçon de la Lune.
Au comble de la joie, en voyant ses petits-enfants, le Soleil fit sauteur le bouchon d’une bouteille de champagne. L’écume en partit en espiègle, se changeant en flocons de neige. Depuis lors, toutes les fois qu’il se met à neiger, la Nature s’étourdit un peu et va se coucher.
La Lune, fort fière d’être devenue une grand-mère jeune et bien belle, fit don à la Terre d’une quantité d’argenteries de ses écrins.
 - Ton tour est venu, mon mari, de faire un cadeau à la Terre ! fit-elle au Soleil.
Le Soleil était pompette, pris de joie, il avait bu tout le champagne.
 - Bof, pardon ! s’excusa-t-il en jetant la bouteille à la mer.
Dans sa chute, la bouteille frappa un pirate galactique au front, en lui pochant un œil, lui causant une grosse bosse, comme la couronne de la Tristesse.
 - Je vais porter plainte pour tentative de meurtre ! le menaça le pirate.
Une fois à la mer, la bouteille fut récupérée par une Sirène qui aimait secrètement le Soleil. Elle emmena la bouteille à proximité du quartier habité par les dauphins, en fit un petit château.
 - Bof, pardon ! C’est mon tour de faire un cadeau à la Terre- se souvint le Soleil. Voyons voir !
 - Allez, mon homme, plus vite et que ça saute ! le hâta la Lune. Le soir tombe déjà. Sous peu tu diras que tu tombes de sommeil et tu iras te coucher. Tu feindras d’avoir oublié.
 - Un moment, que je vérifie ma carte ! dit le Soleil, en présentant une carte au guichet automatique du Temps. Oui, décida-t-il, je vais donner à la Terre l’intérêt de mes rayons !
 - Et quelque chose d’autre encore- fit la Lune en regardant ses petits-enfants- ne fais pas l’avare !
 - Bon, soit, je vais donner à la Terre un peu d’or aussi !
Les farfadets riaient sous cape, ils savaient combien ils allaient s’amuser grâce à la naïveté des humains, qui se combattront- même en faisant des guerres- pour s’emparer du second cadeau du Soleil.
Alors que la Lune et le Soleil étaient en train de faire ces dons à la Terre, le Prince à la bouche de pierre, Céleste et leurs deux enfants avaient emménagé dans le très beau palais, du jamais vu ! Pas même dans les rêves des grands rêveurs.
 


 Les jumeaux de lumière : Sorena et Luan, se promenaient un matin au bord de le mer. Quand soudain, les dauphins se mirent à crier. Ils sautaient de l’eau en faisant des pirouettes en l’air, en montrant leurs ailes au loin. Les albatros tournoyaient eux aussi, effrayés autour des jumeaux.
 - Luan, regarde là-bas ! Quelque chose se dirige vers nous- Sorena attira l’attention de son frère.
 - C’est un navire ! se fit entendre une voix derrière eux.
En tournant la tête, un personnage assez drôle se trouvait près d’eux.
 - Bonjour ! saluèrent-ils l’étranger. Qui êtes-vous ?
 - Je suis Celui Qui Sait ! se présenta l’étranger.
 - Nous sommes…
 - Je sais qui vous êtes ! répondit le vieil homme.
 - Mais nous, nous ne vous connaissons pas, nous nous ne vous avons jamais vu ! s’étonna Luan.
 - Lorsque vous étiez en bas âge, votre grand-père ne vous a-t-il dit qu’un jour, le moment venu, se présentera, inopinément, un vieillard ? demanda Celui Qui Sait.
 - Ah, oui ! Oui, oui ! se souvinrent les jumeaux.
 - Il nous a dit aussi qu’il apparaîtra lorsque nous aurons grandement besoin de son assistance.
 - Eh bien, c’est bien moi, et vous avez grandement besoin de moi. Dans ce navire qui s’approche, il y a des hommes qui veulent vous faire du mal.
 - Pourquoi donc ? s’effraya Sorena. Nous, nous n’avons pas d’ennemis. Nous n’avons fait du mal pas même à un brin d’herbe.
 - Nombre d’hommes ont perdu la raison. Plus leur civilisation avance, plus leur être spirituel et moral devient faible. Ils ont inventé toutes sortes de machines qui leur facilitent le travail, pour qu’ils gagnent plus de temps pour leur vie personnelle. Malheureusement, les machines ont commencé à en faire des esclaves. La personnalité des machines a subjugué la personnalité de bien des hommes. Sous peu, les machines vont dominer toute l’humanité, la Terre court de gros risques.
 - Qu’est-ce que les hommes et leurs machines ont à voir avec nous ? s’étonna Luan.
 - Les hommes très riches et très forts de la Terre vont devenir immortels ! dit Celui Qui Sait.
 - Qu’y a-t-il de mal à ce que les hommes veuillent devenir immortels ? demanda innocemment Sorena.
 - Ces hommes, ainsi que les pauvres d’esprit, sont manipulés par les forces du Mal, qui veulent faire main basse sur l’Univers. Si je vous dévoilais maintenant un secret, vous n’y comprendriez rien, et, qui plus est, on n’en a plus le temps, car voilà, ces hommes approchent ! indiqua le vieil homme le navire qui approchait toujours plus.
Sorena sentit la chaleur envahir son cœur, au moment d’entendre le mot : hommes. Le vieillard, qui avait l’air d’avoir deviné la pensée du cœur de la jeune fille, s’attrista d’un coup.
 - Pourquoi vous-êtes vous attristé ? lui demanda Sorena.
 - Je me suis souvenu de l’avenir ! dit le vieillard en dirigeant son bâton fort noueux en direction du navire. Il chuchota quelque chose d’inintelligible, tout à coup, un gros orage se déclencha, mais juste autour du navire. Il est fort probable que les hommes se sont effrayés terriblement, car ils rebroussèrent chemin, le long de la seule portion de mer tranquille, à sens unique.
Sorena se mit à battre dans ses mains, de bonheur d’avoir échappé au danger.
 - Si j’avais vos forces, je m’en irais chercher l’huître entre les cils de laquelle se trouve la Vérité ! dit Luan.
 - Et notre père pourrait parler à nouveau, il n’aurait plus cette bouche de pierre ! soupira Sorena.
 - Aurais-tu l’audace de faire ressortir la Vérité ? demanda le vieillard à Luan.
 - Oui, bien sûr ! dit Luan.
 - Nous avons pensé plus d’une fois, qu’un jour, on partira en quête de la Vérité. Même quand on était tout petits !- admit Sorena.
 - Vos parents en seraient fort tristes- dit Celui Qui Sait- en traçant un cercle sur le sable, de son bâton.
 - Nous le savons ! dit Luan ! mais nous voulons voir notre père rire et parler. Nous voulons entendre sa voix. Nous savons que, si nous réussissons à trouver la Vérité, même les hommes deviendraient meilleurs. Peut-être que tout pourrait changer dans l’Univers.
 - Votre père vous aime-t-il ? demanda le vieil homme un creusant un point au milieu du cercle.
 - Bonne question ! Comment ne nous aimerait-il pas ? se divertit Luan.
 - Comment le savez-vous, s’il ne parvient pas à vous le dire ? répondit avec naïveté Celui Qui Sait.
 - D’après cette étincelle dans ses yeux ! l’éclaira la fille.
 - Et ne pourrait-il pas faire semblant ? continua le vieillard, en dessinant des rayons qui irradiaient du centre vers tout le cercle.
Sorena effaça les rayons de l’intérieur du cercle et dit au vieillard :
 - S’il faisait semblant, son visage aurait l’air ravagé comme le sable de l’intérieur de ce cercle. Mais de ce cœur qui ressemble à ce cercle, irradient une immensité de rayons de lumière. Cette lumière intérieur de notre père, nous dit par l’éclat de ses yeux, combien il nous aime. Même s’il ne parvient pas à parler.
 - Tu es trop sage pour ton âge ! observa Celui Qui Sait.
 - Maman dit que Sorena est tout aussi sage que grand-mère, s’enorgueillit Luan, en embrassant sa sœur sur la joue.
 - Lorsque vous serez décidés à vous mettre en quête de la Vérité, faites le moi savoir ! leur dit le vieillard. Maintenant, je dois m’en aller.
 - Mais nous, nous voulons y aller dans l’heure ! lança Luan.
 - Pour ce faire, vous devez d’abord parler à vos parents de la décision que vous avez prise. Ensuite, vous devez être prêts à affronter tous les risques.
 - Nous ne craignons rien ! articula Sorena avec audace.
 - Lorsqu’on n’a peur de rien, c’est que l’on a peur de tout. Et dans le moindre détail se trouve le danger que l’on ne soupçonne même pas, dit le sage vieillard. Ne prenez surtout pas la crainte pour la peur ! lui conseilla Celui Qui Sait.
 - Quelle différence y a-t-il ?- demanda la fille.
 - Tu le sauras le moment venu ! Lorsque vous serez prêts à partir à la recherche de la perle, pensez à moi et je serai là. Sans faute ! ajouta le vieil homme, et disparut.
S’il n’avait pas été ensemble, les jumeaux auraient pu croire que le vieillard, le navire qui avait rebroussé chemin, l’orage déclaré soudainement, n’avaient été qu’une illusion. 

 Il n’y avait que deux jours que les jumeaux de lumière étaient partis pour savoir où se trouvait la Vérité. Ni les larmes désespérées de Célestine, ni la tristesse sans bornes du Prince à la bouche de marbre ne les en avaient dissuadés.
 - Cela fait une semaine que je pense à ce drôle de vieillard- se plaignit Sorena, en se blottissant sur la poitrine de son frère.
Ils étaient partis sans un but précis. Ils étaient partis, voilà, et rien de plus. Ils ont longé sans discontinuer la côte pour s’égarer ensuite dans une forêt qui avait l’air de ne plus finir. Ils étaient transis de froid, adossés à un arbre, effrayés par la nuit noire qui était tombé depuis longtemps déjà. Des étoiles brillaient ça et là, mais trop loin pour faire de la lumière autour des deux jeunes gens. La Lune s’évertuait à les éclairer. Mais elle ne pouvait faire don à ses petits-enfants de toute sa lumière. Il lui restait toute une planète à éclairer, peut-être même deux ou trois… Qui sait !
 - Ma sœur, ne m’en veux pas, mais je pense qu’il vaut mieux que je te ramène à la maison et que je reparte tout seul ! lui proposa Luan.
 - N’y pense même pas ! On ira ensemble, pour le bien et pour le mal ! dit courageusement Sorena.
Croulant de fatigue et fatigués de penser au vieillard. Les jumeaux se sont dit qu’il valait mieux manger et dormir ensuite. Ils devaient se mettre en route dès l’aube. De quel côté ? Ils n’en savaient rien ! Il ne leur restait comme provisions, qu’un croûton de pain et un morceau de fromage, gros comme une jeune feuille d’acacia.
 - Moi je n’ai pas faim, tu peux tout manger- mentit Luan, en voyant ce qu’il leurs restait pour se ravitailler.
 - Je n’en ferai rien si tu ne manges pas !
Un animal bien étrange s’approcha à trois mètres d’eux. Il n’avait l’air ni chat, ni chien. Ou les deux ensemble, à la fois. Il les rivait du regard, de ses yeux vitreux.
 - Luan, j’ai peur ! s’écria Sorena.
 - Tiens-toi sage !- la rassura le jeune homme. Je vais aller vers lui, peut-être s’enfuira-t-il.
 - Non, Luan ! Je me fais du souci pour toi. Peut-être a-t-il faim, dit la fille. Je vais lui offrir notre dîner. Allez, minet minet, petit petit, appela-t-elle la bête, en lui tendant le pain et le fromage.
L’apparition approcha doucement Sorena, si doucement, comme s’il avait tenu à ne pas l’effrayer. La bête, dotée de serres et de sabots, saisit de ses longues dents acérées le morceau de fromage, l’avala d’un trait. Ensuite, elle regarda droit dans les yeux de la fille. Le regard de la vision lui transmettait un drôle de message. Sorena eut froid dans le dos, eut un puissant vertige. Se dit qu’elle se devait de vaincre sa peur et continua à regarder la bête dans les yeux. Elle en caressa la fourrure parsemée de pics. Elle ne la regardait plus apeurée, ne s’étonnait plus de son aspect, mais la regardait avec compassion.
La vision baissa les yeux, poussa un long hurlement à la Lune, un jappement débordant de douleur et de repentir. Elle lécha la main de la fille, s’enfuit au cœur de la forêt.
 - Je pense que tu es beaucoup plus courageuse que je ne le suis ! admit Luan.
 - Il ne s’agit pas de courage, mon frère, mais de bien autre chose. C’est un sentiment que j’ignorai à ce jour. Je ne saurais me l’expliquer à moi-même ! chuchota Sorena en s’adossant à l’arbre.
Elle sourit pour elle-même lorsqu’elle sentit le cœur de l’arbre. Son cœur et le cœur de l’arbre battaient en même temps.
 - A mon avis, tu aimes le monde ! observa Luan, ce n’est pas bon. Ne l’aime pas plus qu’il ne faut, parce que tu auras de la peine à t’en séparer, lorsqu’on devra revenir chez nous
La fille leva les yeux vers la couronne de l’arbre.
 - Regarde, Luan ! lui montra-t-elle.
Sur une branche juste au-dessus d’eux, se tenait un aigle jaune aux ailes rouges.
 - Bonsoir ! lui sourit Sorena.
 - Gla gla gla ! lui rétorqua l’aigle en glatissant et en battant des ailes.
 - As-tu faim ? lui demanda la fille, en lui offrant le dernier croûton de pain.
En instant, l’aigle fonça, saisit le morceau de pain et s’envola au cœur de la forêt.
 - Je ne pense pas que l’on aura du monde pour le dîner, puisqu’il ne nous reste plus rien à manger. Nous pouvons aller dormir- soupira Luan, à qui la faim donnait du fil à retordre.
 - Repose-toi bien, mon frère !
 - Repose-toi bien, ma sœur !
Les jumeaux s’endormirent en pensant à leurs parents, aux merveilles de leur palais et au vieillard qui n’avait pas tenu sa promesse.
Au réveil, ils n’en croyaient pas leurs yeux. Devant eux s’étalait une table débordant de friandises, il y avait même deux hautes chaises. Près d’une source, qui était apparue là, sur un support en bois, il y avait des vêtements, des chaussures tout neufs pour eux, une glace et des peignes.
Ils se lavèrent et changèrent d’habits. Les mets, à profusion, ils les partagèrent. Une partie, ils mangèrent directement. Le reste, ils l’emportèrent pour le voyage dont une part fut gardée pour cet animal étrange et pour l’aigle. Ils remercièrent ensuite pour cette merveille, en continuant leur voyage.
Ce ne fut qu’au bout de trois jours et de deux nuits qu’ils parvinrent à l’autre bout de la forêt. Au-delà, commençait une contrée encore plus étrange que l’animal doté de sabots et de serres. Plus coloré que l’aigle jaune aux ailes rouges. C’était une grande ville.
De hauts bâtiments, quantités de voitures klaxonnaient follement, des torrents humains croisaient leurs chemins, mais sans se soucier les uns des autres. Femmes, enfants, vieilles gens, hommes se bousculaient, se marchaient sur les pieds ou tout comme. Des gens pas trop tristes, mais pas gais, mais plutôt enjoués de ce que par le mensonges, l’hypocrisie, l’égoïsme, la méchanceté, la lâcheté et la trahison, ils pouvaient dominer les autres. Mais tous étaient des mortels !
 - L’apparition de la forêt était un pauvre ange en comparaison à tout ce monde-là ! s’émerveilla Sorena.
 - Je pense que nous avons emprunté une fausse route ! dit Luan. Nous ferions mieux de retourner dans la forêt et prendre un autre chemin.
Mais, en tournant la tête, ils remarquèrent que la forêt avait disparu, comme si elle n’avait jamais été là.
 - On ne peut donc qu’aller de l’avant. Il n’y a plus de chemin de retour ! s’attrista Sorena.
Les jumeaux, non habitués à ce monde indifférent à son propre sort, errèrent en ville. Les gens les regardèrent comme des… bizarreries !
 - Visez-moi ces deux là ! pouffa de rire un homme. Ils sont comme tombés de la Lune. Ha, ha, ha ! C’est le monde à l’envers !- ajouta-t-il, en oubliant dans quel monde il vivait, mais surtout qu’il en faisait partie.
 - Ce sont des jumeaux ! observa une femme, qui marchait côte à côte avec quelqu’un qui poussait un landau où se trouvait un bébé. Peut-être reviennent-ils d’un carnaval ! opina-t-elle, en faisant allusion aux vêtements des jumeaux. 
Et c’est ainsi que nos jeunes amis : Sorena et Luan, déambulèrent dans la ville, jusqu’à ce que la nuit tomba. Un policier, qui les trouva suspects, les arrêta et leur demanda ce qu’ils cherchaient.
 - Nous sommes en quête de la Vérité ! lui répondit très franchement Sorena.
 - Ha, ha, ha ! rit le policier. Tout le monde cherche la vérité, mais seulement celle qui convient à chacun d’eux…
 - Il n’y a qu’une seule Vérité ! l’arrêta Luan.
 - Ça, par exemple, jeune homme ! s’esclaffa le policier en feignant d’être sérieux. Et quelle serait-elle ?
 - La perle se cachant entre les cils d’une huître, qui se trouve dans un abysse ! avoua Sorena.
 - Mais non, dites donc ! s’étonna le policier, en prenant sur soi pour ne pas pouffer encore de rire. Les perles, ma petite, s’étalent sur les bagues des richards… Tu n’en sais rien !
 - Y a-t-il plusieurs perles ? s’enquit Sorena.
 - Ha, ha, ha ! Il y en a davantage que tu n’as de cheveux sur la tête, ma belle !
 - Cela veut-il dire qu’il y a autant de vérités ? demanda la fille d’un air craintif.
 - Ne te l’ai-je pas dit ! lui rappela le policier. Maintenant, allez-vous-en, chez vous ou au carnaval, costumés comme vous l’êtes.
Et le policier leur tourna le dos, en se perdant dans son monde à lui.
 - Ah ! Luan, voilà un endroit où l’on mange ! Sorena lui montra un restaurant. Allons manger nous aussi, parce que j’ai très, très faim.
 - Ça va, acquiesça Luan, bien que je n’aime pas manger aux côtés des gens, de ce monde étrange.
 - Pour ma part, ça me va ! ria Sorena en entrant dans le restaurant. 
Ils s’attablèrent, en regardant un groupe d’hommes qui tourmentaient des instruments musicaux. Une femme vêtue d’une sorte de lambeaux s’époumonait en essayant de couvrir le vacarme des instruments.
 - La pauvre, elle risque de se faire du mal ! se soucia Sorena.
 - Et personne ne fait attention à elle ! dit Luan. Peut-être appelle-t-elle au secours, tout le monde est occupé à manger.
 - Veux-tu qu’on aille à sa rescousse ? proposa Sorena.
Au moment de se lever, un garçon se dirigea vers eux et les invita à quitter le resto.
 - Chez nous, la tenue de soirée est de mise ! conclut-il, en les poussant dans la rue.
 - Au moins pourriez-vous avoir pitié de cette femme-là qui crie au secours ! le gronda la jeune fille.
 - Et dire que tu disais aimer ce monde- la taquina Luan. Nous, nous avons donné tout ce qu’il nous restait à manger à une bête et à un oiseau, ces gens-ci mangent sans se soucier de ce que nous avons faim aussi.
 - Peut-être les gens seront-ils meilleurs une fois que nous aurons trouvé la Vérité, mon frère ! Si ce que cet homme, si drôlement vêtu, nous disait, était vrai, qu’il y a plusieurs perles et plusieurs vérités, comment saurons-nous quelle est la vraie Vérité ? 
 - Je n’en sais rien, ma petite sœur. Si j’avais moi, les forces de Celui Qui Sait ! rêva Luan.
 - J’ai très, très faim, petit frère ! se lamenta Sorena.
 - Puis-je vous être utile ? entendirent-ils une voix derrière eux.
Les jumeaux tressaillirent, croyant que le vieil homme à qui ils pensaient sans cesse, était enfin apparu.
Un jeune homme, très beau, mais vêtu tout aussi étrangement que tout le monde, leur souriait d’un air amical.
Le cœur de Sorena se mit à battre très fort. Mais pas de peur. Elle s’était amourachée, un coup de foudre, du jeune homme, tout comme son père de Céleste.
 - Oui, oui ! Moi et mon frère, on a très faim et nous avons sommeil. Nous sommes très fatigués.
 - Vous n’êtes pas d’ici ? s’enquit l’homme.
 - Nous, nous venons d’un endroit qui n’existe pas même dans les rêves des grands rêveurs- dit Luan, qui ignorait pourquoi ce jeune homme avait tendu la main. Quelqu’un d’invisible lui chuchota de faire de même.
L’homme lui serra la main. Il procéda de même avec Sorena.
 - Si vous voulez, vous serez mes invités- leur proposa-t-il.
 - Avez-vous quelque chose à manger dans votre château- s’enquit la fille.
 - J’ai à manger, seulement, je n’habite pas dans un château ! sourit le jeune homme, dont les yeux avaient commencé à briller comme ceux du Prince à la bouche de pierre.
 - Habitez-vous en forêt ? s’étonna Sorena.
 - Oh non ! Je n’habite pas la forêt, s’amusa-t-il, j’habite une maison.
 - Une… maison ? répéta Luan.
 - C’est une sorte de château de moindres dimensions. Mais faisons connaissance ! l’inconnu tendit à nouveau la main. Mon nom est Gabriel.
 - Le mien est Sorena.
 - Et le mien, Luan. On est jumeau.
 - Cela se voit facilement, dit Gabriel. Allons chez moi, les invita-t-il.
 - Qu’est-ce que c’est que ça ? écarquilla Sorena les yeux, une fois qu’ils se retrouvèrent devant la voiture de Gabriel.
 - Une voiture ! Là, d’où vous venez, il n’y a pas de voitures ?
 - Non ! C’est donc cela l’invention créée par les humains, à l’aide de laquelle ils veulent gagner du temps pour leur vie personnelle ?
 - Oui, c’est vrai aussi ! avoua Gabriel à l’intention de la fille.
 - Et y a-t-il d’autres inventions pareilles ? s’enquit Luan.
 - Oui, beaucoup. Nous avons inventé un tas de machines dont nous dépendons pour une large part- admit Gabriel.
 - Etes-vous déjà les esclaves des machines ? prit peur Sorena pour de bon.
 - C’est cela, oui ! dit Gabriel, en invitant les deux frères à monter dans son automobile.
 - Et ça, c’est quoi ? demanda Sorena, qui s’était assise près du chauffeur.
 - C’est un volant ! l’éclaircit Gabriel, en lui expliquant à quoi ça servait.
 - Ce n’est pas une invention si mauvaise que cela ! conclut Sorena. Si moi et Luan, nous avions eu une voiture comme celle-ci, nous n’aurions pas marché autant à pied en quête de la Vérité.
 - Est-ce pour cela que vous êtes partis de chez vous ? s’enquit Gabriel.
 - Oui ! dit Luan. Mais je ne pense pas que ce soit le bon chemin.
 - La vérité dont nous sommes en quête, est au fond une perle cachée entre les cils d’une huître ! dit Sorena. Un homme drôlement vêtu, nous a dit qu’il y avait plusieurs vérités.
 - Les huîtres dotées de perles se trouvent au fond des mers, non pas en ville ! sourit Gabriel.
 - Y a-t-il plusieurs mers et plusieurs huîtres ? s’émerveilla Sorena.
 - Certainement ! la rassura Gabriel. Là d’où vous venez, il n’y a pas de mers ?
 - Notre château est juste au bord de la mer, mais elle ne veut pas se retirer pour que nous puissions trouver la perle. Les dauphins et les hippocampes la cherchent sans cesse, sans la trouver. Luan et moi, nous nous sommes décidés à partir à la recherche de l’océan. Pour lui parler et lui dire de nous aider. Pour qu’il ouvre ses portes et reçoive toute la mer. Après que nous aurions trouvé ce que nous cherchons, il n’a qu’à la laisser revenir à sa place. Il ne devrait pas la retenir plus de quelques moments, sinon nos amis les dauphins, les hippocampes, les sirènes et tout ce qui y vit, seraient en danger de mort.
Gabriel s’imagina que les deux jeunes gens venaient d’un autre monde, parallèle peut-être, car ils n’avaient pas l’air de fous. Mais, s’ils avaient raconté à quelqu’un d’autre ce qu’ils lui avaient dit, on les aurait pris pour des fous et qui sait ce qu’ils seraient devenus. Ils avaient eu de la chance.
 - Moult perles, beaucoup de perles s’étalent sur les bagues des riches- se souvint Luan. C’est cet homme drôlement vêtu, qui nous l’a dit. Est-ce donc vrai ?
 - Oui, c’est vrai ! admit Gabriel. Et si vous trouvez la Vérité, qu’en ferez-vous ?
 - La vérité est le don même de la parole de notre père ! avoua Sorena.
 - Dois-je comprendre que votre père ne pourra parler jusqu’à ce que vous ayez trouvé la Vérité ? s’enquit Gabriel.
 - Non, parce que sa bouche est de pierre ! dirent les jumeaux d’une même voix.
 - Comment s’appelle votre père ? s’intéressa Gabriel.
 - Notre père n’a plus de nom. Autrefois, il y a longtemps, quand les pirates galactiques hantaient comme de méchants fantômes l’océan planétaire, ils le lui ont volé. Sous l’effet de la douleur, il est devenu de marbre- raconta Sorena. Un jour, notre père s’est secoué de tous ces millénaires d’attente que la mer se retire d’une coquille d’huître cachant une perle entre ses cils. Que la mer s’enfuie loin dans l’océan, trompée par la course contre la montre d’un haras d’hippocampes.
Ce jour-là, il a connu notre mère, Céleste, qui est incomparablement belle. Et père en tomba amoureux. Céleste a embrassé notre père, le Prince à la bouche de pierre. Maman nous dit qu’au moment de s’embrasser eux deux, il s’est produit une explosion de lumière. C’est de cette lumière que nous sommes venus au monde, moi et mon frère. 
 - Ainsi donc, vous êtes les enfants de la lumière ! commençait à comprendre Gabriel .
 - Tout à fait ! confirma Luan.
 - Et comment, Céleste a rencontré le Prince à la bouche de pierre ? s’enquit Gabriel. Je comprends que votre père est un prince.
 - C’est vrai ! dit Sorena. Notre père est un Prince de Lumière, qui a combattu un autre prince, celui des Ténèbres. Les pirates galactiques, qui sont au service du Prince des ténèbres, ont volé le nom de mon père. A ce moment-là, sa voix est devenue une perle, par crainte que le Prince des Ténèbres ne fasse main basse sur la vraie Vérité. Par le nom qu’il a volé à notre père, le Prince des Ténèbres pourrait passer pour le Prince de la Lumière et alors, tout l’Univers pourrait lui obéir.
Fort irrité de ce que la Vérité se soit transformée en une perle, la Méchanceté, la sœur du Noir, a jeté l’huître entre les cils de laquelle s’était cachée cette perle, dans un abysse. Parce que l’abysse des mers est toujours en possession du Noir.
 - Et quel rapport y a-t-il entre la perle et le nom de votre père ? s’enquit Gabriel, qui s’était rendu compte de ce qu’il ne s’était pas trompé à leur égard.
Luan se décida à confesser à Gabriel le secret du Prince à la bouche de pierre.
 - Père a un nom caché que personne d’autre que lui ne connaît. Si la perle, c’est-à-dire la vraie Vérité, était connue, alors le nom de notre père pourrait être utilisé par le Prince des Ténèbres. Par la simple prononciation du nom de notre père, la Tristesse pourrait posséder les anges. Les anges gardiens seraient mis en chaînes et raillés. La Peur, sa sœur jumelle, créerait un état d’épouvante qui s’étendrait des hauteurs du Ciel jusqu’au fond des océans. La Lâcheté ferait en sorte que les gens et tout l’Univers croient volontiers à tout ce que leur dirait le Mensonge. Lorsque l’Envie s’emparerait de tout ce qui est, la Haine produirait une guerre terrible entre les humains, les anges, les fleurs, les oiseaux, les animaux, les étoiles, et finalement, entre tout ce qui est vie. Enfin, la Lune et le Soleil s’auto détruiraient, comme beaucoup d’autres planètes, dont la Terre aussi, le Noir prendrait tout en sa possession. 
 - La Tristesse, la Peur, la Lâcheté, le Mensonge et l’Envie se sont déjà emparés de la Terre ! dit Gabriel. La Haine combat encore l’Amour. Si elle gagne, alors on sera perdus !
 - Nous disparaîtrons avec la Lumière, chuchota Sorena.
Gabriel se jura qu’il fera de son mieux pour aider les jumeaux à trouver la Vérité. Bien qu’il ait acquis la certitude que quand Sorena allait être sauvée et qu’elle serait saine et sauve, il ne reverrait plus jamais l’élue de son cœur, Sorena.
 - Voilà, c’est là que j’habite ! dit Gabriel, en arrêtant la voiture devant une très belle maison, même si elle n’avait rien d’un château…
Le jardin de la maison était parsemé de toutes sortes de fleurs, multicolores et gracieuses. Leur parfum était suave et discret.
Les jumeaux admirèrent le jardin et la maison, où se trouvaient d’autres inventions. Des machines à cuire, à laver, certaines avaient pour nom postes de télévision, radios, ordinateurs, et qui sait encore quelles inventions étranges, que les humains avaient créées pour trouver plus de temps libre pour leur vie personnelle. Les Frères de la Lumière se demandaient quelle était, dans le fond, la vie des humains, la Haine avait déjà commencé à s’emparer de leurs cœurs.
Les jumeaux furent enchantés, pas par ce que ces machines pouvaient faire en appuyant simplement sur un bouton. Mais par le bain chaud à la mousse colorée et parfumée, par le dîner, par les lits où ils ont dormi comme chez eux. Luan crut voir le sage vieillard, Celui Qui Sait, mais au moment de se réveiller, vers midi, il se rendit compte que cela n’avait été qu’un rêve.
 - Bonjour, Luan ! le salua sa sœur, qu’il a failli ne plus reconnaître.
Sorena était enfarinée des pieds à la tête et tournait les boutons de la machine où Gabriel avait préparé leur dîner. Depuis une autre invention, que les humains appelaient radio, se faisait entendre une voix d’homme, qui parlait on ne sait à qui. Luan était convaincu qu’il parlait tout seul, parce que Sorena n’y faisait aucunement attention. Elle était en train de préparer un jus de fruits. Les fruits qu’elle tourmentait dans un…
 - Ca, c’est un mixer ! dit Sorena à son frère, qui regardait éberlué cette invention, qui vrombissait comme un essaim de guêpes. Il est vrai qu’elle ne faisait pas un bruit aussi fort que cette boîte loufoque.
 - Où est passé Gabriel ? demanda Luan pour dire quelque chose. L’envie lui prenait de prendre sa sœur par la main et fuir loin dans la forêt, mais il se souvint qu’elle avait disparu…
 - Il est parti à son bureau, mettre des affaires urgentes au point.
 - … bureau… affaires urgentes… ! répéta Luan.
 - Oui, comment t’expliquer… Gabriel a un bureau, une autre maison où il fait des affaires.
 - C’est quoi donc, ces affaires-là ? s’enquit son frère.
 - Un temps que les humains perdent pour gagner de l’argent !
 - De l’argent ?
 - Gabriel m’a montré cet argent. Ce sont des petits morceaux de papier dessiné et de petites pièces rondes, en métal. Les humains ont besoin d’argent pour vivre.
 - Je pense qu’il t’est arrivé quelque chose cette nuit ! la gronda Luan. Comment donc avoir besoin de petits morceaux de papier dessiné et de petites pièces rondes en métal, pour pouvoir vivre ?
 - Non, il ne m’est rien arrivé, Luan ! le rassura Sorena. Mais pour se procurer la nourriture, les vêtements, les maisons, les voitures… ils ont besoin d’argent. Dans leur monde, tout se vend et s’achète.
 - Les fleurs, les oiseaux, l’eau, les forêts aussi ?
 - Oui, Luan ! Dans notre monde à nous, tout se vend et s’achète- lui répondit Gabriel, qui venait d’entrer.
 - Mais c’est terrible ! dit Luan craintivement. 
 - C’est vrai ! lui donna raison Gabriel. Mais aujourd’hui, nous trois, nous avons beaucoup à faire. Voilà, vous avez là vêtements et chaussures pour vous, dit-il, en montrant des boîtes aux jumeaux.
Luan ouvrit les boîtes et dit fort fâché :
 - Nous aurons l’air tout aussi drôles que toi et que tout le monde !
 - Pour ma part, j’aime bien cette robe. Et les souliers sont très jolis, sourit Sorena, en regardant Gabriel amoureusement.
Finalement, Luan fut persuadé de mettre les vêtements achetés par Gabriel. Lorsqu’il se vit dans le miroir, il s’amusa un peu, car il n’avait pas l’air aussi bizarre que l’homme qui leur avait dit qu’il y avait plusieurs vérités. Ensuite, Gabriel les fit monter dans la voiture avec un volant qui faisait en sorte que les roues prennent tantôt à gauche, tantôt à droite.
 - Tiens ! s’étonna Luan. Presque tous les humains vont dans des voitures comme celle-ci.
 - Sous peu, nous monterons dans une voiture qui vole et qui nous portera dans un autre pays, se confessa Gabriel.
 - Qu’est-ce que nous allons faire dans un autre pays ? s’enquit Luan.
 - J’ai là-bas un ami qui connaît les secrets des mers, il est chercheur.
 - Est-ce aussi un métier qui vous fait gagner de l’argent ? s’enquit Sorena cette fois-ci.
 - Bien sûr ! dit Gabriel. Si possible, notre ami nous aidera à trouver dans l’abysse, l’huître entre les cils de laquelle se cache la perle. Il sait plus sur les abysses, pour avoir travaillé quelque temps dans une machine qui marche sous l’eau.
 - J’aime de plus en plus ce monde ! battit Sorena des mains, égayée.
 - Tu diras à ton ami qui nous sommes ? s’enquit craintivement Luan.
 - Sans doute ! Rassurez-vous, je lui fais confiance. Comme vous devez me faire confiance ! D’accord ?
 - Bon, ainsi soit-il ! répondirent les jumeaux d’une seule voix.
Ils arrivèrent à l’aéroport, montèrent dans un avion. Les jumeaux, mais surtout Sorena, s’étonnaient de ce que les humains, qui avaient été de taille à inventer toutes ces merveilles, soient capables de renoncer si facilement à l’Amour. Comment cela se fait-il que des êtres si intelligents et créatifs, soient en proie à la lâcheté, à l’égoïsme, à l’envie, au mensonge et à la haine ? Impossible à comprendre !
Les jumeaux regardaient les gens qui fourmillaient autour d’eux, en se souriant, mais sans que, dans leurs yeux, il y ait la lumière de l’amour jailli du cœur.
Le voyage avec cette machine ailée apparut aux jumeaux comme extraordinaire. Pouvoir voler comme les oiseaux, n’est-ce pas quelque chose de merveilleux ? Pourvoir caresser le Ciel, le Soleil et la Lune ? Pouvoir écouter de la musique depuis une boite à boutons, pouvoir voir ce qui arrive dans le monde par l’intermédiaire d’une autre boîte, en restant assis dans un fauteuil ? Tourner un volant qui fait que les roues d’une automobile prennent à gauche ou à droite, selon son bon vouloir, n’est-ce pas une chose merveilleuse aussi ?
Les humains du pays habité par les amis de Gabriel, n’étaient en rien différent de ceux habitant au bout de la forêt. Sauf qu’ils étaient plus égoïstes, plus lâches, voire plus méchants. Ils étaient plus pauvres, bien que leur pays fût plus riche et plus beau que l’autre. Les habitants en étaient tout le temps renfrognés, querelleurs. La lumière s’absentait presque totalement de leurs yeux. Ils étaient beaucoup plus indifférents, avaient une indifférence envers leurs pareils, même envers les fleurs, l’eau, les oiseaux, les papillons… Quant aux papillons, il n’y en avait presque plus. A cause de certaines maisons gigantesques, qui produisaient divers produits à vendre et à acheter et engendraient beaucoup de fumée nocive. Cette fumée avait tué presque tous les papillons. Même les hommes en tombaient malades et en perdaient la vie.
Mais c’était leur faute, ils avaient obéi à la lâcheté, au mensonge, à l’envie. La haine s’était emparée de leurs cœurs. Les sourires des habitants de ce pays, il ne fallait pas y faire confiance, ce n’étaient pas des sourires sincères. Ils étaient fort menteurs. Les jumeaux de lumière se dirent que c’était dommage pour ce beau et riche pays. Ses habitants ne le méritaient pas !
Durant le vol en avion, ils entendirent parler d’une façon peu gentille des habitants de ce pays. Ils disaient que là, la plupart des humains étaient très, très menteurs, paresseux, égoïstes et chapardeurs. Luan et Sorena crurent que les pirates galactiques pouvaient se trouver n’importe où dans ce pays. Malgré leur aspect d’humains, par dedans ils étaient autrement.
 "- Pourquoi avaient-ils vendu leur âme ? ", se demandèrent les jumeaux. Une partie de la réponse allait leur être donnée par l’ami de Gabriel, qui s’appelait Victor. Il méritait entièrement son nom, parce que malgré ses nombreux ennuis, il s’en était toujours sorti victorieux. Il n’avait pas gagné en richesse ou en réputation, non, loin de là. Il avait réussi à ne pas haïr, à ne pas être lâche, à ne pas perdre le plus précieux trésor de l’humanité : l’Amour !
Cependant, plus il aimait les humains, plus les humains lui faisaient du mal. Le Noir s’était déjà installé dans nombre d’hommes de ce pays. La Lumière de l’Amour les effrayait. A cette lumière, ils répondaient par la haine et la trahison. Les peu nombreux qui n’avaient pas renoncé à la lumière sacrée pour tout l’or du monde, étaient isolés, marginalisés et tournés en dérision. On les considérait même comme des fous !
 - Peut-être que les ennuis et les privations ont rendu les habitants de ton pays ce qu’ils sont à présent ! dit Luan à Victor, qui avait raconté aux trois invités ce que je vous ai raconté moi. Mais en détail, moi je ne tiens pas à vous attrister. Je veux juste que vous essayiez, autant que possible, même si vous êtes jeunes, de convaincre par votre innocence et votre pureté, les grandes personnes d’être meilleurs. L’esprit de chacun de vous, la lumière divine, ne saurait être échangé contre le néant. Elle n’a pas de prix, parce que Dieu ne saurait être vendu ou acheté, mais il peut être perdu. Lorsque l’homme perd Dieu, il devient un bateau sans gouvernail, l’abysse n’en fera qu’une bouchée.
 - Tu as raison toi aussi, mon ami, dit Victor. Mais si les gens attachaient plus de prix à l’amour et au respect, tout changerait en mieux. Les ennuis et les privations devraient faire en sorte que les humains soient meilleurs, plus sages les uns envers les autres. Ce qui est triste, c’est que de plus en plus quittent ce pays, en comblant, les vœux de ceux qui veulent faire mal à toute la planète Terre et à tout l’Univers.
 - Il ne faut point les blâmer pour cela. Ils veulent vivre mieux eux aussi ! dit Gabriel d’un ton conciliant.
 - Ce n’est pas pour cela que je les blâme ! se défendit Victor. Mais dans les pays où ils vont, ils font seulement des méfaits, s’y enrichissent, ils deviennent plus méchants qu’ils n’étaient au moment de partir.
 - Tu aurais changé, toi ? demanda Sorena à leur nouvel ami.
 - Non, certes, non… Tant s’en faut !
 - Alors, pourquoi es-tu resté là ? Pourquoi n’as-tu emménagé chez Gabriel ? lui demanda Luan.
 - Parce que j’ai une mission spirituelle à accomplir dans ce pays. Aussi y suis-je né ! dit Victor très décidé.
 - Quelle est cette mission ? s’enquit Sorena.
 - Essayer de rendre ce monde meilleur et plus sage !
 - Quand prendra fin ta mission spirituelle dans ce pays ? lui demanda Luan.
 - Une fois le moment venu ! avoua Victor. Mais je pense vous avoir déjà dit plus qu’il n’en fallait. Et puis, je n’aimerais pas vous ennuyer.
 - Tu ne nous ennuies pas ! dirent de concert Gabriel, Sorena et Luan.
 - Allons nous coucher, car il est tard ! dit Victor.
La maison qu’il habitait était fort petite. Il n’avait que deux chambres. Dans l’une se coucha Sorena, dans l’autre, les trois hommes.
Sorena venait de s’assoupir, lorsqu’elle sentit une présence étrangère dans la chambre et ouvrit les yeux.
 - Toi ? s’écria-t-elle.
 - Ssst ! lui interdit de parler Celui Qui Sait.
 - Qu’es-tu devenu ? lui demanda, irritée, Sorena.
 - J’ai été tout le temps avec vous, mais vous n’avez pas pu me voir.
 - Ça veut dire que le repas et les vêtements de la forêt, ont été le fruit de ta magies ? lui demanda la fille.
 - Oui ! Maintenant, lève-toi, car il nous faut faire un voyage ensemble. Et, il nous faut être de retour avant que les autres s’éveillent.
Celui Qui Sait prit Sorena dans ses bras et disparurent. En moins de deux, Sorena se retrouva dans un château, tout aussi merveilleux que celui de son père. Il n’avait pas de fenêtres, il illuminait de lui-même. Ne pouvait être vu par personne d’autre que de Celui Qui Sait et de ses amis. Douze colonnes de lumière soutenaient la toiture du château en forme de voûte, où les étoiles scintillaient. Elles n’y étaient pas peintes, elles étaient vivantes ! Au milieu de la voûte, se trouvait l’Etoile Polaire. Le château de Celui Qui Sait était le Centre du Monde. Tout l’Univers tourne autour de l’Etoile Polaire, lorsque le Soleil va se coucher.
 - Sorena, je vais te dévoiler un grand secret ! lui dit Celui Qui Sait- mais n’en dis rien à qui que ce soit, pas même à Luan. Promis ?
 - Moi et mon frère, nous n’avons pas de secret l’un envers l’autre ! se confessa la fille.
 - Du secret que je veux te dévoiler, dépendent le don de la parole et le nom de ton père, la vie de Gabriel, de Victor, de la Terre et de tout l’Univers- lui dit le vieux sage. Maintenant, promets-moi que tu n’en souffleras mot à personne…
 - Promis ! l’interrompit la fille.
 - Bon. Alors, fais attention à tout ce que je vais te dire. Autrefois- se prit-il à lui dévoiler le secret- sur la Terre existait un grand, un très grand pays. Le plus grand et le plus civilisé de tout l’Univers, il était fait à l’image des terres habitées par Dieu. A la différence, que l’élévation spirituelle n’était pas la même qu’au pays de Dieu.
Si certains des habitants de ce pays n’avaient pas commis de très grosses erreurs, ce pays aurait pu être la capitale de tout l’Univers. A l’époque, il y avait des machines beaucoup plus évoluées que celles d’aujourd’hui. L’énergie utilisée n’était ni le pétrole, ni le gaz, ni le charbon, ni le bois, ni l’eau… Chacun pouvait en profiter gratuitement. Cela va sans dire qu’il ne la gaspillait pas bêtement, elle n’était pas polluante comme l’énergie utilisée de vos jours. Elle était inépuisable, employé même en guise d’élixir d’immortalité, tant pour les plantes, que pour les animaux, et pour les hommes aussi. Cette énergie avait été dénommée diversement, mais son nom le plus répandu, était la Laine d’Or. D’autres peuples plutôt en régression, même d’autres civilisations d’autres Univers, voulaient la trouver.
Plus d’un espion a tenté de déchiffrer ce grand secret, mais les habitants de ce pays qui aurait pu être la capitale de tout l’Univers, n’avaient pas besoin d’or. Ils connaissaient un autre secret, qui leurs permettaient de fabriquer de l’or. Ils ont fait l’erreur de dire que c’est dans leur pays que se trouve le secret de l’immortalité. Il faut dire que ce secret n’était connu que par les seuls dirigeants du pays.
Ils habitaient dans une grande ville qui s’appelait la Ville des Portes d’Or. La ville était une vraie merveille. Les rues étaient toutes en or et en pierres précieuses…
 - Tout comme le château de mon père… l’interrompit Sorena. 
 - Les fleurs et les oiseaux- enchaîna Celui Qui Sait- les fontaines, les papillons et les animaux, absolument tout dans cette ville, ressemblaient parfaitement à la ville où habitait Dieu lui-même. Personne n’y était triste, ni envieux. Personne n’avait entendu parler de lâcheté, trahison et haine. Les hommes qui avaient la permission d’habiter avec les dirigeants dans la Ville des Portes d’Or, devaient parvenir à un très haut degré de spiritualité. Sinon, ils n’auraient pu voir Dieu, qui y venait souvent en visite. La Reine qui dirigeait ce pays, était sa propre fille. Elle avait un frère qui l’assistait pour régner sur le pays. Il était tout aussi beau, doux et intelligent qu’elle, mais pas aussi sage.
Un jour, le frère de la Reine était sorti de la Ville des Portes d’Or pour faire une promenade dans le pays et parler avec les habitants. Voir s’ils étaient heureux, s’ils avaient besoin de quelque chose. Il avait pris le Char de la Reine, sans lui demander la permission. Il n’avait pas voulu la déranger, elle était occupée. Ce matin-là, se réunissaient les douze Sages en conseil, la Reine le présidait. Le Prince avait déjà souvent utilisé le Char lors de ses promenades, il était même allé voir son père. Mais le Char était doté d’une manette que seule la Reine savait manœuvrer.
Cette manette n’était pas nécessaire pour le pilotage du Char, sinon pour certains voyages que la Reine faisait toute seule. Personne d’autre qu’elle et de son père, n’avait le droit d’y voyager.
Et comme, ce jour-là, immédiatement après le Conseil des Sages, la Reine devait partir à la rencontre de son père, elle installa la manette qu’elle ne laissait pas d’habitude.
Notre Prince était entouré par les habitants du pays, qui l’aimaient sincèrement et le respectaient.
 - Mon Prince, quand est-ce que nous pourrons avoir des enfants de lumière, comme vous et votre sœur, notre Reine adorée ? lui demanda une femme.
 - Le jour où vous serez suffisamment évolués spirituellement ! lui répondit-il.
 - Pourquoi nous ne pouvons voir Celui Qui a Tout Créé, Dieu le Père ? lui demanda cette fois-ci un homme.
 - Pour la même raison ! lui dit le Prince.
 - L’on dit que l’on pourrait être aveuglé, si on Le regardait. Est-ce donc vrai ?
 - Oui, c’est bien vrai ! Son Energie est trop forte pour vous, et Lui ne veut pas vous faire le moindre mal. Il vous aime trop- dit le Prince, en faisant ses adieux. 
Il monta sur son Char de Feu.
 - Etait-ce donc vraiment un Char de Feu ? interrompit encore Sorena Celui Qui Sait.
 - Non, ce Char était au fond un navire qui pouvait voler, circuler sur terre, sur l’eau, même au fond des mers, dans les entrailles de la Terre. Il pouvait même voler dans d’autres Univers. Grâce à l’énergie qui le protégeait, le Char avait l’air en feu.
Par mégarde, le Prince tira la manette que seule Reine savait utiliser, le Char tourna du côté des chemins que seuls la Reine et son Père pouvaient emprunter. Le Prince eut beau essayer d’arrêter le navire, rien n’y fit. Le Char porta le Prince dans l’Empire des Ténèbres.
A la vue du Prince, la Lâcheté tomba amoureuse de lui et demanda à sa sœur aînée, la Trahison et à sa mère, la Méchanceté, d’enlever le jeune Prince. La Méchanceté, qui enviait la Sage Reine de la Ville des Portes d’Or, appela une foule de pirates galactiques à la rescousse. Ils devaient mettre à profit tous leurs mauvais talents pour voler le nom du Prince. Tant le Prince, que sa sœur, comme Dieu, du reste, avaient des noms secrets, qu’ils étaient les seuls à connaître. Si le Prince des Ténèbres et sa famille avaient découvert ces noms, ils auraient pu les utiliser pour faire du mal à l’Univers de la Lumière. Rien qu’à prononcer ces noms, tout leur aurait obéi, même les anges gardiens.
A l’époque, la Reine, après s’être séparée des onze Sages, se dirigea vers son Char. Le douzième sage, amoureux de la Reine, remarqua que la place du Char était vide, comprit ce qui s’était passé et donna l’alarme dans tout le pays. Les habitants furent vite embarqués sur un navire gigantesque, pareil à une ville. Dix sages sont montés avec les hommes, les oiseaux, les animaux, les fleurs et toutes sortes d’être vivants. Ils sont partis quelque part, loin de là. Où personne n’allait plus jamais les retrouver.
Les douze soleils, qui illuminaient le ciel de la plus haute civilisation de la Terre, commencèrent à mourir un à un.
 - Le Prince des Ténèbres a réussi à voler le nom de mon frère ! dit la Reine aux deux sages qui étaient restés avec elle.
 - S’il arrive à convaincre ton frère de prononcer son nom, l’Univers de Lumière va s’auto détruire, dit l’un des deux sages.
Lorsqu’il ne resta plus qu’un seul soleil, la Reine dit aux deux Sages de s’enfuir.
 - On ne va pas te laisser seule ! s’entêta celui qui était amoureux de la Reine.
 - Ne vous souciez pas pour moi ! leur dit-elle. Sauvez-vous ! Toi- dit-elle à celui qu’elle aimait aussi, tu dois aller de par le monde et l’aider à se civiliser. C’est ta mission et mon ordre.
A l’époque, les hommes de plus d’une région de la Terre étaient fort primitifs. 
 - Toi- dit-elle au second- soit prêt, le moment venu, d’aider ceux qui viendront à la recherche du nom de mon frère. La vraie Vérité restera en ma possession, jusqu’au jour où les habitants de la planète Terre mériteront de la connaître, pour devenir immortels. Le jour viendra où l’on se reverra.
 Sur le navire où s’étaient réfugiés tous les habitants, ils se combattaient déjà pour s’accaparer le pouvoir. Un très grand nombre d’hommes n’obéissaient déjà plus aux dix Sages. La Reine pouvait voir ce qui se passait, grâce à une machine ressemblant aux postes de télévisions actuels. Elle s’attrista fortement, surtout lorsque des hommes permirent aux pirates galactiques de monter à bord du navire. Elle prononça alors une parole magique. Cette parole rejoignit plus vite que la pensée les dix Sages. Ceux-ci sauvèrent juste 1444 hommes qui étaient restés loyaux à la Lumière. Dans le ventre du navire, il y en avait un autre, plus petit. Ils y montèrent tous, les animaux, les plantes, les oiseaux et tout ce qui méritait d’être sauvé. Et le grand navire fut détruit.
 Le Prince des Ténèbres et sa mère, la Méchanceté, avec des dizaines de milliers et de millions de pirates galactiques, se dirigeaient vers la Ville des Portes d’Or. Le Prince, préféra, plutôt que de prononcer son nom, muer en… marbre !
 - Mon père ! s’écria Sorena.
 - La Reine- Celui Qui Sait feignit de ne pas entendre le cri de la fille- prononça une autre parole magique et la Terre se mit à trembler. Le tremblement de terre dura trois jours et trois nuits. Les Ténèbres avaient déjà fait main basse sur la moitié de la Terre, la nuit naquit. Bien des pirates galactiques ont trouvé alors la fin de leur bassesse et le début du châtiment qui durera dans les siècles des siècles.
Le troisième jour, la terre se divisa en deux, la plus haute civilisation de la Terre de tous les temps, disparut sans laisser de trace. 
 - Et la Reine ?- demanda Sorena, en pleurant pour la première fois de sa vie. Qu’est-elle devenue ?
 - La sage Reine pleura comme toi maintenant, pour la première fois de la vie. Les larmes aux yeux, elle se retira dans une coquille. Son secret mua en une perle qu’elle cacha entre ses cils d’huître. Par dépit d’être arrivée trop tard, la Méchanceté jeta l’huître dans un abysse, pour que la Vérité ne refasse plus jamais surface.
 - Donc, l’huître que nous cherchons, est la Reine de Sagesse, la sœur de mon père ? demanda Sorena, malgré que sa conviction soit déjà acquise.
 - Oui ! dit Celui Qui Sait. 
 - Et où est-elle ? Comment peut-on savoir où elle est ?
 - Cela dépend de vous- dit le vieillard.
 - Dis-moi au moins où je peux trouver les deux Sages, le conjura Sorena.
 - Tu les as déjà trouvés !
 - Serais-tu l’un d’eux ?
 - Non ! la rassura-t-il. Victor est celui qui était et est encore amoureux de la Reine, et Gabriel est l’autre.
 - Ah, dites donc ! s’émerveilla Sorena. Savent-ils qui je suis ?
 - Qu’est-ce que tu en penses ? Bien sûr ! dit le vieillard.
 - Le jour où les hommes mériteront de connaître le Secret de la Reine viendra-t-il ? lui demanda Sorena.
 - Le moment venu ! dit Celui Qui Sait.
Sorena voulut lui demander quelque chose d’autre, mais, en moins de deux, elle s’est retrouvée dans la maison de Victor. Celui Qui Sait avait disparu comme en rêve.

 Depuis quelques jours, tous les quatre étaient partis à la recherche de la Reine transformée en huître, Sorena était plutôt taciturne. Elle se tenait sur un rocher au bord de la mer, du pays de Victor, regardait le coucher du Soleil. Sorena attendait avec impatience la succession des instants, en pensant que le Temps était enfin venu. Mais ce n’était qu’un temps tout petit et très pressé. Le grand Temps, maître de la vie des instants, des gens, des papillons, des oiseaux… n’arrivait toujours pas.
 Cette nuit, ils allaient plonger tous dans la mer. Mais quel accoutrement ! Victor s’était procuré des vêtements plus drôles que ceux du policier, ils devaient les enfiler. Des costumes de scaphandre !
 - Sorena, ma sœur, allez, viens ! l’appela Luan. Viens, car le temps est venu…
La fille eut un léger soubresaut. Ce n’était pas le Temps qu’elle attendait. Il était grand temps de mettre les costumes de scaphandre et de plonger dans la mer.
Sitôt dit, sitôt fait. L’eau de cette mer était toute différente de la mer qui protégeait la rive hébergeant leur château. Cette mer était tantôt triste, comme les habitants du pays de Victor, tantôt nerveuse, fouettant les rochers de ses vagues, effrayant les albatros. Seul les dauphins étaient calmes, mais très tristes, les humains les tuaient en toute impunité.
Ils plongèrent, progressivement, dans les vagues de la mer. Ils illuminaient leur chemin à l’aide d’inventions contenant comme des morceaux de soleil artificiel. Gabriel leur avait dit que cela s’appelait des lanternes. Ils nagèrent pendant quelque temps, le temps de parvenir au fond de la mer. Une machine qui allait sous l’eau s’approcha d’eux. Victor leur fit signe de se cacher derrière de grosses pierres. Ils se tenaient serrés tous les quatre, en attendant apeurés que la machine les côtoie sans les voir. Mais le navire s’arrêta et environ trente-sept ou une quarantaine de pirates galactiques en sortirent. Ils étaient en quête de quelque chose. Quoi donc ? Ils approchaient de l’endroit où Sorena, Luan, Gabriel et Victor étaient cachés. Si un haras d’hippocampes n’était pas venu à temps, pour distraire l’attention des vampires galactiques, ceux-ci auraient trouvé, nos amis. Les pirates se mirent à nager après les hippocampes, dans l’espoir de les rattraper. Nos amis furent sauvés par une pieuvre gigantesque, qui s’empara de leur navire de ses bras et l’écrasa comme une coquille d’œuf. Les pirates galactiques projetaient de tuer la pieuvre à l’aide d’armes à base de laser. Ils n’en ont pas eu le temps, des requins aussi gros que la pieuvre ont vite fait de les dévorer.
La pieuvre tendit ensuite l’une de ses tentacules vers nos héros, les saisit tous les quatre comme un brin d’herbe et les projeta dans un abysse. Dans les bras d’un corail, qui croyez-vous qui se tenait et pleurait ? Une huître ! Le corail la balançait comme une mère qui berce son enfant qui pleure.
Victor prit l’huître des bras du corail, en le remerciant d’avoir pris soin d’elle pendant si longtemps. Ils ignoraient comment sortir de cet abysse. Quand, un autre bras de la même pieuvre gigantesque s’empara d’eux et leur fit refaire surface, à proximité de la rive.
Les hippocampes hennissaient de joie, en sautant en vrais magiciens au-dessus de l’eau, comme des chevaux dans une course à obstacles. Les dauphins faisaient des pirouettes comme des ballerines. Les mouettes applaudissaient eux aussi, en battant des ailes. Même le Soleil dansait avec la Lune et toutes les Etoiles du Ciel. La moitié du ciel s’écarta, en laissant voir l’au-delà où habitait Dieu. Les anges étaient descendus du ciel, attendaient la Reine de Sagesse, Sorena, Luan, Gabriel et Victor au bord de la mer. On leur fit don de bouquets de Fleurs de Lumière, cueillies dans le Jardin de Dieu, Lui-même.
Victor bâtit un trône en sable, en forme de cœur, y installa l’élue de son cœur, la plus sage reine de tous les temps. Mais l’huître n’arrêtait pas de pleurer. Ses larmes tombaient dans les paumes des anges, en se transformant en des milliers de petites perles d’ivoire, couleur de la Lune.
Depuis le ciel, qui commençait à se refermer, descendit un vieillard. Il marchait sur l’eau comme sur le sol, en s’aidant de son bâton noueux, en s’approchant de la rive.
 - Voilà Celui Qui Sait ! poussa Luan de joie.
 - Bonsoir, mes enfants ! leur dit le vieillard. Pourquoi votre joie s’est transformée en tristesse ? leur demanda-t-il à tous, ainsi qu’aux anges, aux dauphins, aux albatros et aux hippocampes.
 - Toi, tu es le seul à pouvoir nous aider ! lui dit Luan. Tu peux faire n’importe quelle magie. 
Le vieillard pointa son bâton vers le Ciel et demanda :
 - Qu’est-ce que le Ciel ?
 - Une merveille ! répondirent-ils tous en chœur.
 - Qu’est-ce que la mer ?
 - Une merveille !
 - Le sable ?
 - Pareillement !
 - La Terre, le Soleil, la Lune et les Etoiles ? leur demanda-t-il encore.
 - Des merveilles… merveilleuses !
 - Vous tous, les humains de la lumière, les humains, les animaux, les oiseaux, les fleurs, les algues… ?
 - Toujours une merveille ! répondirent-ils encore.
 - Vous êtes la merveille la plus accomplie, parce que vous donnez naissance à la vie ! C’est pour vous que j’ai fait les plus grands sacrifices, je vous aime comme la prunelle de mes yeux, qui sont la lumière de mes yeux, qui sont les sources de la Lumière sans fin et sans commencement.
Celui Qui Sait prit l’huître dans ses paumes et en embrassa les larmes :
 - Elle, la Sage Reine, ma fille, s’est sacrifiée par amour pour la Terre et pour l’humanité. Elle a choisi de se transformer en une huître qui a pleuré pendant des millions d’années au fond de la mer, dans un abysse. Seul un corail, en a allégé la souffrance, a été à ses côtés.
J’ai tout donné aux humains, même le droit de faire des erreurs pour survivre. Mais eux, ont commis de plus en plus d’erreurs. Elles sont devenues, à la longue, crimes et perfidies. Lâcheté, trahison, égoïsme, méchanceté se sont incarnés dans des millions d’humains. Ils m’ont chassé, en recevant les Ténèbres dans les temples que sont les corps des humains.
Lorsqu’un animal est en danger, les autres animaux font un cercle autour de lui pour l’assister et le défendre contre son ennemi. Si on arrache les pétales d’une fleur, les autres pétales s’étiolent aussi et choisissent de mourir ensemble. L’hiver il ne tombe pas un seul flocon de neige, mais des milliards et des milliards de flocons. Ils naissent ensemble et meurent ensemble au printemps, lors de la fonte des neiges. Les oiseaux volent ensemble, les dauphins nagent par bandes… Lors de la mort d’un dauphin, tous les dauphins de la Terre le pleurent…
L’humain ne veut pas vaincre le plus laid, le plus lâche et dégoûtant animal qui l’habite : le dragon qui se nourrit de la Lumière des sources de ses yeux !
J’ai demandé aux humains rien d’autre que de l’Amour. Lorsque leurs cœurs seront inondés par l’amour pour tout ce qui existe, créé par Amour par les Ciels, l’Eau et la Terre. C’est alors, qu’ils respecteront pour de vrai ma Création ! Lorsqu’ils se feront don l’un à l’autre de l’Amour vrai, cet Amour dont je leur ai fait le présent, c’est alors qu’ils recevront l’Immortalité dont ils sont en quête jour et nuit. D’ici là, ils ne recevront que de pauvres instants mortels, qui vont expier leurs péchés dans l’Obscurité, dans les siècles des siècles. S’ils choisissent l’Amour, on sera ensemble tant que de mes yeux coulera la Lumière de ces sources intarissables. S’ils choisissent la haine, la trahison, l’égoïsme, la lâcheté : ils choisissent l’Obscurité ! Je leur ai donné le droit de faire leur choix. Ce sont eux qui choisissent durant cette brève vie, la manière dont ils vont vivre éternellement : dans l’Empire de la Lumière ou dans celui de l’Obscurité.
Le temps n’est pas venu pour que la Sage Reine leur dévoile ce secret. Le secret appartient à la Reine, alors que le Temps m’appartient à moi.
 - Celui Qui Sait ! lui demanda Sorena- que va devenir la Reine ? Restera-t-elle cachée dans une froide huître ? Mon père va-t-il garder la bouche de pierre ? Que va-t-on devenir-nous ?
 - Dis, mon enfant, est-ce que ton cœur a un élu ? lui demanda le vieillard.
 - Oui !
 - Gabriel, ton cœur a-t-il une élue ? lui demanda le vieillard.
 - Oui !
 - Vos cœurs sont-ils inondés par la Lumière de l’Amour Eternel ?
 - Oui, répondirent les deux jeunes gens.
Celui Qui Sait sortit un nœud de son bâton, souffla dessus et celui-ci changea en une bague qu’il embrassa et offrit à Sorena. De son doigt, il ôta une bague qu’il offrit à Gabriel :
 - Vous, vous êtes le commencement d’un nouveau Monde ! décida le vieillard. 
Des vagues de la mer émergea le navire sur lequel avaient été sauvés les mil quatre cents quarante quatre habitants de la Ville des Portes d’Or. Celui Qui Sait fit savoir aux habitants et aux dix Sages que, désormais, Sorena et Gabriel seront leurs dirigeants. Les deux mariés prirent congé de ceux restés sur la rive et montèrent dans le navire qui disparut comme par miracle. 
 - Luan, tu n’as pu aimer ce monde autant que ta sœur. Aimerais-tu rentrer chez tes parents ? lui demanda Celui Qui Sait.
 - Oui, mais j’aimerais être avec ma sœur, dont je ne me suis jamais séparé.
 - Ta sœur est avec son époux. Aux côtés de Gabriel et des dix Sages, elle doit accomplir une mission extrêmement importante. Ton père, mon fils, attend le moment où il va recevoir sa voix et son nom. La Reine est encore prisonnière de sa coquille. Quel est ton choix ? Aller avec ta sœur, qui a déjà un époux et un nouveau Monde à bâtir ou laisser la Reine transformée en huître et rentrer chez tes parents. Tu peux trouver l’élue de ton cœur, aller au Château du Prince à la bouche de pierre. A l’aide des secrets que seule ta mère connaît, tu sauveras bon nombre d’âmes. Ce seront les habitants sur lesquels vous allez régner toi et ton épouse.
 - C’est toi Celui Qui Sait ! Pas moi ! dit Luan
 - Que choisis-tu donc ?
 - De revenir chez moi- décida Luan, malgré la tristesse qui s’emparait de lui à l’idée qu’il ne sera plus avec sa sœur. Toutefois, il comprit qu’il avait lui aussi une mission très importante à accomplir dans l’Univers de la Lumière.
 - Alors, en route ! dit Celui Qui Sait et frappa du bâton contre le sol, fit paraître un Char de Feu.
Le vieillard tourna une manette, celle à cause de laquelle le père de Luan avait pris le mauvais chemin dans sa jeunesse, le Char s’éleva droit dans le Ciel. Il dépassait la vitesse du son, les avions qui volaient en promenant les gens d’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre.
Près de là, ils arrivèrent dans la forêt qui avait disparu quand Luan et Sorena étaient entrés dans la ville où habitait Gabriel. Les arbres se mirent à tourner et Luan prit peur. Celui Qui Sait lui mit la main sur l’épaule et lui dit :
 - Ces arbres ont été eux aussi des habitants dans la Ville des Portes d’Or. Lorsque ton père s’est transformé en marbre, ils changèrent en une forêt où les animaux, les fleurs, les oiseaux et les papillons d’une terre engloutie pouvaient survivre. Les papillons, les oiseaux, les fleurs, les animaux n’ont été pour rien si les humains, comme ton père, ont été insensés.
 Les arbres sont redevenus des humains. Un aigle jaune aux ailes rouges, celui à qui les deux jumeaux avaient donné leur dernier morceau de pain, s’assit sur le bras de Luan.
 - Hé toi, bonjour ! le salua Luan d’un ton enjoué. Tu m’as manqué ! dit-il, en embrassant le bec de l’aigle.
Celui Qui Sait dit quelque chose qu’il était le seul à savoir, l’aigle changea en une jolie jeune fille. Luan perdit la voix au moment ou il la vit.
 - Moi, je m’appelle Marie ! sourit-elle au jeune homme.
 - Moi…
 - Luan ! Je sais quel est ton nom- rit-elle d’une voix de clochettes. Je ne t’ai jamais oublié. Je suis la sœur de Gabriel. Le jour où la Reine dit à Victor et à Gabriel de partir, en souhaitant rester seule, moi je me suis caché derrière une fontaine de la ville. Je n’ai pas voulu la quitter, parce que nous avons été très amies. Au moment du terrible tremblement de terre, je me suis mise à crier. La Reine m’entendit et, comme je ne pouvais plus me sauver, m’a transformée en aigle, pour que je puisse voler. Ce jour-là, j’étais vêtue d’une robe jaune à fleurs rouges. N’est-ce pas, ma très chère amie ? demanda Maria à la Reine, pour qui le temps n’était pas encore venu de quitter son état d’huître.
La Reine laissa tomber encore des larmes, qui se transformèrent en petites perles d’ivoire. Les anges les cueillirent pour en faire une couronne de jeune mariée, pour ses noces avec Luan.
 - Tu viens avec moi ? demanda Luan à la belle fille, son cœur avait cessé de pleurer l’absence de sa sœur. Il s’était mis à tressaillir, à papillonner… en signe que nous allons sous peu danser à ses noces.
 - Je vais avec toi à une seule condition ! dit la fille.
Celui Qui Sait feignait semblant de rien entendre.
 - Te souvient-tu de ce drôle d’animal ?- demanda-t-elle à Luan.
 - Celui auquel on a donné notre dernier morceau de fromage ?
 - Justement ! Le voilà ! montra-t-elle à Luan.
Ce drôle d’animal approcha le Char, en frétillant de la queue. Il s’approcha de Luan et lécha sa main, il poussa un long hurlement de douleur et de repentir.
 - Pourrais-tu l’aimer, même s’il ne ressemble à rien ? demanda à Luan Celui Qui Sait.
 - Mais je l’aime ! dit Luan. Il m’a manqué. Je regrette qu’il soit si endolori. Pourquoi est-il ainsi ?
 - Il a été un pirate galactique- dit Maria. Maintenant que tu sais qui il a été, que tu vois quel air il a, peux-tu encore l’aimer ? 
Le jeune homme s’éloigna d’un pas de l’animal. Celui-ci commença à hurler encore davantage.
 - Il se repentit de ses méfaits- dit Maria, en caressant l’animal sur son dos épineux.
Des larmes se mirent à jaillir de ses yeux, son jappement déchira le cœur de Luan.
 - S’il regrette ses faits, qu’il promette de ne plus jamais répéter, on peut l’emmener- décida Luan.
 - Il en sera ainsi ! le rassura Maria. Ton amour et ta compassion lui suffisent pour qu’il soit dompté. Il souhaite être aimé lui aussi, comme n’importe qui parmi nous, comme les oiseaux, comme les fleurs, comme l’herbe…
 - Peut-on l’emmener ? demanda Luan à Celui Qui Sait.
 - C’est toi qui décides, d’autant que l’on se dirige vers ton pays, dit le vieillard.
 - Oui, j’entends qu’il nous accompagne !dit Luan, en aidant l’animal à monter sur le Char.
Le vieillard frappa une fois le sol de son bâton noueux, l’animal farouche et très laid, mua en un chien, qui frétillait joyeusement de la queue, s’assit aux pieds de Luan :
 - Il te sera un ami très fidèle, te protègera contre tout ennemi- rassura Celui Qui Sait.
Le vieillard frappa encore par trois fois le sol de son bâton, à la place de la forêt, apparut une grande et belle ville.
 - Maintenant, allez-vous-en chacun de votre côté ! leurs dit Celui Qui Sait. Luan, le fils du Prince à la bouche de pierre et Maria, la sœur de Victor et l’amie de la Sage Reine, seront vos dirigeants. Aimez-les et respectez-les ! conclut le vieillard et il mit son Char en marche.
Lorsqu’ils arrivèrent au château du Prince à la bouche de pierre, une grande fête battait son plein. Les dauphins jouaient la ronde avec les hippocampes, les albatros faisaient la culbute dans le ciel. Les fleurs riaient, chantaient de bonne humeur, caressées et protégées par la rosée du matin. Céleste vint à leur rencontre. Elle était inchangée : incomparablement belle.
 - Soyez les bienvenus ! leurs souhaita-t-elle, en embrassant son fils.
 - Elle c’est Maria ! lui présenta Luan l’élue de son cœur.
Céleste embrassa Maria amoureusement, comme sa propre fille, ensuite approcha la Sage Reine. Elle embrassa sa froide coquille et se mit à pleurer. Les larmes de Céleste devenaient des saphirs. Les anges les cueillaient et les mettaient avec les perles, pour la robe de mariée de Maria.
Les anges se mirent à pleurer, lorsque le Prince à la bouche de pierre embrassa son fils et sa future belle fille.
 - Pardonne-moi, ma sœur ! dit le Prince, à qui la voix était revenue- pardonne-moi pour mon inconséquence. J’ai commis une erreur terrible, mais je ne l’ai pas fait exprès. C’est arrivé, par mégarde.
Les larmes du Prince se changeaient en diamants. Les anges foncèrent pour les cueillir aussi, mais là où les diamants tombaient, des lacs aux eaux cristallines et des jardins aux fleurs merveilleuses surgissaient. Au moment où le Prince embrassa sa sœur, un tonnerre prolongé se fit entendre du Ciel. 
 - Même si tu dois rester ainsi, sous cet aspect- dit le Prince en pleurant- jusqu’à ce que les humains des autres pays de la Terre méritent de connaître ton secret, tu seras pour nous tous, à jamais : la Reine de Sagesse.
Un tonnerre encore plus prolongé se fit entendre dans le Ciel. La méchanceté et ses filles mouraient d’envie. Voilà, elles pouvaient bien mourir aussi, pour avoir jeté un sort au monde. Elles ont semé le vent, elles recueillaient maintenant la tempête !
Sorena et Gabriel étaient déjà au château du Prince, les préparatifs pour trois noces battaient leur plein. Celle de la Reine de Sagesse avec Victor, de Sorena avec Gabriel, et celle de Maria avec Luan, dont le chien ne se séparait plus. Des anges portaient des guirlandes de fleurs du Jardin de la Lumière. Le ciel s’était ouvert, tous étaient près à faire la noce. Les dauphins ne pouvaient pas la manquer. Les albatros et les hippocampes avaient aménagé le Ciel. Le Soleil et la Lune s’étaient attablés avec les autres onze soleils qui étaient ressuscités grâce à l’Amour, qui régnait partout dans l’Univers de la Lumière. Sur certain au-delà, qu’il n’est pas donné aux humains de voir, quatre Villes d’Or avaient surgis comme par miracle. Elles se trouvaient l’une près de l’autre. Dans l’une régnait Céleste et le Prince à la bouche de pierre, dans l’autre la Reine de Sagesse avec Victor, dans l’autre Sorena et Gabriel et dans le quatrième, Maria et Luan, qui ne se sépara plus jamais de son fidèle chien.
Je ne saurais vous dire combien de jours durèrent les trois noces, pour la bonne raison que là-bas, le Temps n’est pas mesurable, parce qu’il n’y a pas de nuit. Malgré l’absence de la nuit, dans le Ciel existe aussi la Lune et les Etoiles. Même plus d’Etoiles que l’on ne peut imaginer. Ce que je sais, c’est que, avant que les hommes ne méritent de connaître le secret de la Reine de Sagesse, elle restera encore cachée en huître froide. Ceux qui aiment la Reine, se doivent de faire de leur mieux, même davantage, afin de semer l’Amour sur la Terre. L’Amour et le Respect pour que toute la planète terre, la plus aimée des planètes, devienne ce qu’elle doit être : la Capitale de l’Univers de la Lumière.
Ainsi, la Mort prendra la poudre d’escampette, en retournant dans l’Empire des Ténèbres ; il se pourrait que cet empire même mue, un jour, en un Univers de Lumière, parce que l’Amour l’emporte toujours sur l’Obscurité.
Aussi devons-nous, petits et grandes personnes, permettre à la Lumière de nous inonder, et l’on deviendra immortels pour les siècles des siècles !
 

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